#15 Marianna Szeib – S’élever en élevant les autres

Crédit photo > Cédric Canezza pour Sharps.fr

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Dans ce 15ème épisode nous allons à la rencontre de Marianna Szeib, elle a fondé FACE TO FACE,  Marianna definit FACE TO FACE comme “The Human face of fashion”. Son letmotiv c’est d’élever les talents et faire rayonner les créateurs indépendants œuvrant pour une meilleure façon de consommer la mode.
Cet épisode est un interview fleuve où Marianna revient sur son parcours, sur ses expériences professionnelles qui l’ont construite et sur le démarrage de sa carrière d’entrepreneuse. Elle souligne l’importance de rencontrer des personnes et de se faire un réseau, d’être entouré dans le domaine professionnel comme personnel, de suivre ses envies et ses coups de cœurs, de l’importance de tester avant de se lancer dans un projet, d’être curieux et de prendre des risques au risque de faire des erreurs, de l’importance de se former et de continuer à apprendre. Elle parle du future de FACE TO FACE, des erreurs les plus fréquentes qu’elle voie chez ses créateurs et de bien d’autres choses encore.
J’ai adoré interviewé Marianna, j’ai appris encore beaucoup de chose, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à l’écouter. Bonne écoute!

Parcours 

Marianna est Polonaise, elle a vécu en Pologne jusqu’à 21 ans, elle a fait son lycée dans une classe bilingue française parce que attirée par la France. A 16 ans, première venue à Paris pour un échange pendant 6 mois:

« C’était  la première fois que j’étais complètement seule, et finalement, ça m’a donné un coup de boost, cette expérience de devoir m’organiser, de devoir remplir mon temps libre, de devoir aller vers l’autre pour le rencontrer… Au début ce n’était pas facile mais ça m’a donné une certaine notion de liberté et de capacité faire les choses seule et de façon autonome. »

Après le lycée, elle rentre à l’université en science économique dans sa ville natale. Un programme d’échange avec l’ ESCP Europe lui permet de participer à un programme de 3 ans dans 3 villes différentes Londres Madrid Paris:

« C’est un vrai challenge parce qu’on doit se réadapter chaque fois […] et en même temps en 3 ans, on peut comparer 3 cultures, 3 comportements de vie, 3 milieux de travail […] donc c’est très formateur et encore une fois ça m’a permis d’être autonome et de comprendre que ma vie c’est moi qui la décide. »

Madrid : « J’ai pu faire mon expérience dans le groupe CORTEFIEL qui est le concurrent direct de INDITEX […] où j’ai pu voir comment travaillait les équipes marketing d’une marque haut de gamme PIEDRO DEL HIERRO et j’ai pu comprendre comment on construit la collection. On se basait sur le travail d’un architecte, le travail d’un peintre, on allait beaucoup plus loin que des enjeux business. On avait une vraie notion artistique. Et c’est là où j’ai commencé par me passionner pour le marketing plutôt que pour le côté commercial ou retail, parce que je voyais que l’on pouvait raconter des histoires qui enchantaient les gens, qui résonnaient en eux. En arrivant à Paris je savais déjà que j’avais envie de faire une expérience dans une marque de luxe et dans une équipe marketing. »

Première expérience professionnelle à Paris : Yves Saint Laurent, parfum, dans l’équipe de marketing développement, création de nouveaux produits pour le lait parfum L’Homme.

« Ce qui m’a plu le plus c’est la responsabilité. En arrivant en tant que stagiaire j’ai pu déjà être en interaction avec plein d’intervenants différents : avec l’équipe merchandising, l’équipe packaging, avec les agences de publicité. […] J’ai trouvé ça hyper intéressant que moi à ma petite échelle en venant juste d’arriver dans l’entreprise je peux déjà écrire des choses, je peux partager ce que je pense qui est le mieux et c’est la première fois où j’ai senti que je n’étais pas là pour faire des photocopies, j’étais vraiment là pour réfléchir et pour donner ma vision, ma sensibilité. »

« Ce qui m’a vraiment étonné chez Yves Saint Laurent c’est que l’on n’était jamais en contact avec la couture. Le parfum c’est un peu le produit qui n’était pas considéré comme étant luxe, comme la mode ou la maroquinerie. Donc j’avais envie de faire une expérience au plus proche de la création, du luxe perçu comme tel à Paris et j’ai fait mon stage chez Louis Vuitton dans le département marketing développement à la maroquinerie. »

« Dans le parfum, on a beaucoup plus de liberté au marketing de décider et d’écrire une histoire. Dans la maroquinerie ou dans la mode on est beaucoup plus limité par la direction artistique, c’est le studio qui décide quelle histoire ils vont écrire et le marketing devient plutôt un département support, […] on n’intervient pas dans la décision esthétique. Du coup je voulais retourner dans le monde de la cosmétique, où j’avais cette compétence de pouvoir décider de l’esthétisme du produit et avoir plus d’impact sur l’histoire et le produit final. Donc j’ai fait une dernière expérience en tant que stagiaire chez Dior […] équipe Parfum Homme […]. On rentrait vraiment en profondeur dans les lancements. Chez L’Oréal ce que j’ai connu c’était des lancements très rapides, avec une date de mise à disposition sur le marché prédéfinie. […] Chez Dior l’approche était différente, tant que le parfum n’est pas à la hauteur de nos exigences, on ne communique pas la date de mise à disposition. […] Il y avait moins de lancement mais les lancements étaient très grands avec d’énormes budgets publicitaires. »

Le déclic 

« Ca faisait déjà un petit moment que je me posais la question sur mes envies et aussi un rythme de vie que j’avais envie d’avoir. J’étais très contente de pouvoir me former dans de grandes entreprises type L’Oréal, LVMH mais j’avais une conviction à l’intérieure que je n’avais pas envie de rester dans ce cadre jusqu’à la fin de ma carrière professionnelle. »

« Le déclic ça a été un weekend à Varsovie avec mes deux copines parisiennes qui ont voulu voir mon pays […]. Et en fait je me suis rendu compte qu’à Varsovie j’avais pas mal d’amis qui s’étaient lancé en tant que créateur soit de mode soit de parfum. Ils avaient leur atelier, ils nous ont invités. Une de mes copines a acheté une robe d’un des créateurs […] et elle l’a porté à la soirée Catherinette de Dior.  Sa directrice marketing a remarqué cette robe est en a acheté plusieurs pour ses filles à Noël. […] Ce créateur m’a appelé un soir, presque les larmes aux yeux, en me disant Marianna j’envoie pour la 1re fois mes robes à l’étranger, c’est à Paris et en plus c’est pour quelqu’un qui travaille chez Dior. Je me suis rendu compte que pour moi c’était une satisfaction énorme. Je me suis dit que si je pouvais faire ça je pouvais faire beaucoup plus. J’ai commencé à remarquer que pas mal de mes amis à Paris ont lancés […] leurs marques de maroquinerie ou de vêtements et qui faisaient des ventes d’abord chez eux, dans leur appartement, auprès de leurs amis. Et je voyais que ce n’est pas forcément un contexte très propice parce […] que nos amis nous demandent des prix d’amis. On est aussi confronté au fait que l’on est commercial, on veut vendre mais […] c’est compliqué de construire une marque forte en ayant juste un appartement comme magasin. Donc ma première expérience en tant qu’entrepreneur je la fais chez Dior, je lance une association à but non lucratif. »

« En tant que hobby d’abord, on travaillait avec deux très bonnes copines là-dessus […] Le but c’était d’organiser un événement dans une galerie d’art, dans le Marais. On a trouvé une galerie de 300m2, le but c’était que ce soit un lieu assez prestigieux, dans une localisation branchée, avec une connotation jeune création. Et on a invité 18 créateurs. La moitié c’était des créateurs polonais, l’autre moitié c’était des créateurs français. […] J’ai invité aussi des photographes et des créateurs de meuble, designer parce que je ne voulais pas louer de meuble et j’avais cette envie aussi d’avoir cette notion haut de gamme. L’expérience quand on arrive qu’il y a vraiment un espace qui nous surprend. Du coup je me suis rendu compte qu’en mettant les photos magnifiques de jeunes photographes sur le mur, les meubles de designers, on crée un univers et les gens qui viennent, ils vivent une expérience parce que non seulement ils peuvent acheter des objets de créateur inconnus, qui ne sont pas encore vendus dans les grandes surfaces, des grands magasins. Et ils peuvent aussi rencontrer ces créateurs et comprendre comment l’objet est fait et comprendre comment la personne a décidé d’être entrepreneur parce que souvent ce sont des secondes vies, ce sont des histoires. Une fois que l’on porte un objet que l’on a acheté dans ce contexte, on sent que l’on porte une histoire aussi, c’est très valorisant. »

L’importance de rencontrer des personnes et de se faire un réseau, d’être entouré dans le domaine professionnel comme personnel 

« Le mot-clé quand tu te lances c’est ton réseau, c’est les gens qui t’entourent et plus tu as des gens qui peuvent te soutenir plus c’est « simple », plus c’est possible, plus tu as d’opportunités. »

Station F, c’est un bâtiment qui héberge plusieurs programmes comme incubateur HEC, comme incubateur ESSEC, comme incubateur de VENTE-PRIVEE ou de groupe Havas. Aujourd’hui il y a aussi L’Oréal et LVMH qui vont rejoindre leur incubateur. Les programmes ne sont pas équivalents, il y a différentes manières de rentrer à la station F. Moi je suis dans le programme IFM ADN qui est en collaboration avec l’école IFM et comme j’ai pu passer un an à pitcher, à développer mon projet, j’ai pu gagner la confiance de cette école qui m’a permis d’avoir la place dans son incubateur. Donc je n’ai pas eu de concours supplémentaire, c’est mes 1 ans à l’IFM qui m’a permis de gagner cette place, ça s’est fait naturellement. »

« On a pas de bureau en propre, ce sont des grandes tables, on peut s’asseoir à peu près où l’on veut, ce qui permet de rencontrer des gens différents tous les jours. ça déjà c’est un point extraordinaire. »

« Il y a une dynamique de collaboration, toutes les start-up qui sont hébergées dans ce programme ont le droit de demander de l’aide, des conseils, de la mise en relation avec quelqu’un, le directeur du programme, c’est plus cette approche entrepreneuriale c’est à nous de demander de l’aide et de savoir ce qu’il nous faut. »

On peut aller voir directement la personne qui s’expose avec son entreprise, avec sa start-up et on peut créer un lien direct et ensuite travailler ensemble. Donc il y a aussi cette possibilité de travailler avec des gens qui sont invités, qui sont sélectionnés, et ça crée aussi un réseau par ailleurs qui est très intéressant.  (Station f)»

« Il y a des moments où on est très haut, très heureux et il y a des moments où on manque d’énergie et on sait que c’est à nous de la dégager, et d’enthousiasmer les gens autour. Donc effectivement, pour moi, il y a plusieurs éléments qui me font vibrer, qui me font vivre effectivement des moments qui sont plus difficiles. D’abord c’est une vie personnelle qui est stable, j’ai un énorme soutien de mon mari qui me soutient qui croit énormément en ce projet et donc je sais que pour moi avoir une stabilité quelque part c’est crucial. Et effectivement on peut avoir ça dans nos parents, dans nos amis quelqu’un de très proche mais pour un entrepreneur il faut un élément de sa vie qui lui donne un élément de sécurité, une sensation que l’on n’est pas seul. »

« La deuxième chose, c’est de créer une équipe. Etre seul et organiser tout seul, avoir cette responsabilité, je trouve que c’est extrêmement dur. […] Je pense que c’est très important de créer une équipe avec des gens complémentaires, avec des compétences, déjà une expertise. »

« De l’énergie, de l’optimisme et aussi des belles rencontres parce que pour moi je prends de l’énergie de gens qui m’entourent. Ce qui est une vraie différence entre ce qui était ma vie dans une grande boîte en tant qu’entrepreneur, c’est que je me suis ouverte à des rencontres parfois à des hasards de la vie est des gens grâce à qui je suis là aujourd’hui, qui m’ont fait avancer, qui m’ont fait confiance et qui m’ont appris des choses, qui m’ont soutenus, et ça c’est quelque chose qu’en étant employé on s’expose pas à ça ou moins en tout cas. Donc j’aimerais bien continuer à rencontrer des gens qui m’inspirent et avoir cette envie farouche de les soutenir moi-même. »

« Et de savoir que soutenir les autres ce n’est pas une perte de temps au contraire ça nous fait avancer. […] Je suis vraiment persuadée que seul on avance, peut-être, mais c’est beaucoup moins gratifiant et on peut s’enfermer dans l’orgueil et finalement s’isoler. Et pour moi ce qu’il y a plus agréable dans la vie d’entrepreneur c’est d’être entouré. »

Suivre ces envies et ses coups de coeur

« Ça faisait déjà un petit moment que je me posais la question sur mes envies et aussi un rythme de vie que j’avais envie d’avoir. J’étais très contente de pouvoir me former dans de grandes entreprises type L’Oréal, LVMH mais j’avais une conviction à l’intérieure que je n’avais pas envie de rester dans ce cadre jusqu’à la fin de ma carrière professionnelle. »

« Le premier événement a eu lien en décembre 2015 et le 4 janvier […] je suis allé directement, le matin, dans le bureau de mon manager pour parler de mes envies. J’ai senti qu’à l’intérieur de moi, j’avais pris ma décision. J’ai eu un super retour de cette expérience, de cet événement et j’ai senti que j’avais un impact, une possibilité d’évoluer dans une autre direction et j’ai senti que c’est quelque chose qui me plaisait énormément. […] Il a rapidement compris que c’était non négociable, que j’étais très déterminée, que c’était un nouveau projet de vie, que je ne partais pas chez la concurrence, que c’était vraiment un projet où je savais que j’allais aller dans cette direction. »

« C’est le coup de cœur, c’est très intuitif, c’est comme la rencontre de l’homme de notre vie c’est-à-dire qu’il n’y a pas de raison particulière il y a quelque chose qui fait que notre cœur bat plus vite. »

En dehors de l’histoire du créateur pour moi, ce qui est important c’est l’esthétique. Et il y a des objets qui intuitivement, je sens que l’esthétique est particulièrement réussie et en fait je me base sur cette envie de créer des objets pour une vie. Donc je ne m’intéresse pas à des temporalités, à des modes. Je veux que l’objet que l’on peut acheter à FACE TO FACE est un objet que l’on peut porter dans 2 ans, dans 5 ans, dans 10 ans, que l’on a envie de transmettre et que ça ne sort pas de la mode. J’aime beaucoup cette notion de choses assez universelles, des esthétiques qui nous plaisent parce qu’elles nous plaisent et pas parce que on les a vu quelque part et que c’est à la mode. Le calendrier de la mode ça ne m’intéresse pas du tout. On est vraiment dans une construction d’objets qui sont beaux et qui nous font vibrer. Après c’est un goût personnel donc pas tout le monde adhère mais en tout cas ; moi je suis très honnête avec moi-même et j’invite pas de marque où je sens que je ne le mettrai pas cette chose sur moi. »

L’importance de tester avant de se lancer dans un projet

« J’avais cette conviction que je ne pouvais pas quitter mon emploi sans être sûre que mon projet a été vraiment validé, je voulais être sûr que finalement ce que je fais ça va me plaire, donc j’ai senti que c’était nécessaire de faire une première expérience. »

« Quand j’ai pris ma décision en janvier, j’avais très envie de partir tout de suite dans cette aventure entrepreneuriale mais comme j’ai dû rester encore 6 mois, ça m’a donné l’opportunité de mieux réfléchir sur comment. Pas uniquement sur le coût d’une envie et d’une impulsion. »

« Je pense que la leçon à apprendre c’est de d’abord de faire un test, de se confronter, pas seulement à ses amis, mais aussi à des gens que l’on ne connaît de plus loin et de savoir quelle est leur réaction face au produit. »

Etre curieux et prendre des risques au risque de faire des erreurs

« Et en fait je me rendais compte de plus en plus que ce qui m’angoissait le plus dans ce changement de vie, c’était le quotidien quel serait mon quotidien une fois que je quitte cette sécurité d’une grande entreprise ? Cette sécurité d’un emploi du temps très orchestré, de 9h à 19h dans le bureau, avec une vision d’évolution donc c’est très rassurant. »

« Il faut être en mouvement permanent […] je pense que la vie d’un entrepreneur c’est pareil il n’y a pas de moment où on s’arrête. Il faut en permanence avoir une vision qu’est-ce qui va arriver après, avoir des paliers, avoir des moments pourquoi on se mobilise parce que si on est trop longtemps dans une étape on peut s’épuiser. »

« Il a pas mal de créateurs qui souffrent de vouloir avoir un produit parfait donc ça nous prend tellement temps de le développer, une fois qu’il est prêt on est tellement épuisé qu’on a plus du tout l’énergie pour le vendre et le commercialiser. […] Aujourd’hui je dois justement me dire ok ce n’est pas encore parfait mais allons-y et on va modifier, on va corriger. Il n’y a aucun problème à se tromper. C’est un accord qu’il faut se faire avec soi-même, c’est-à-dire je peux faire des erreurs mais je suis là aussi pour rebondir et pour les modifier et les corriger. »

 « Etre curieuse, de ne jamais penser que ce que j’ai appris, ça me suffit ou que je m’enferme dans un confort parce que c’est une sécurité. Pour moi, ce qui est très beau dans la vie c’est cette curiosité, envie de sortir de ce que l’on connaît. »

L’importance de se former et de continuer à apprendre 

« Je me disais maintenant que j’ai envie d’aller vers l’entrepreneuriat, surtout que j’ai envie de travailler avec des marques de mode, avec des marques de maroquinerie, j’ai travaillé 5, 6 ans dans le parfum surtout donc peut-être que j’ai besoin d’avoir plus de compétences dans le métier de la mode et de la création. Et donc j’ai décidé d’intégrer le parcours de l’IFM, il venait d’ouvrir un programme qui me convenait à merveille parce qu’il s’appelait « entrepreneurs ». C’est un programme pour 10 personnes, des gens qui sont suivis de façon très personnalisée, sur mesure. C’est un an de formation qui permet de rencontrer des professionnels, d’être coacher sur plein de sujets, sur comment faire son business plan, mais aussi quel est l’ ADN de notre marque. On pitchait nos idées en permanence donc ça permettait de confronter nos idées aux autres et de voir leurs réactions, de savoir comment nous on réagit face à une réaction négative par exemple. C’était une année formidable pour moi qui m’a permis de remplir mes journées et de savoir comment je m’organise et me préparer pour la suite. C’était une vraie préparation pour la suite parce que ce programme […] m’a permis d’intégrer ensuite la STATION F, l’incubateur de Xavier Niel, […] qui est aussi un réseau considérable. C’était un vrai privilège d’être là-bas dès le début, […] avec HEC on était la première promotion arrivé là-bas et c’est assez excitant de voir comment se construit ce réseau d’entrepreneurs qui font plein de projets très complémentaires et différents. »

« Il y a aussi des ateliers qui sont organisés par différents programmes de la STATION F, […] on peut s’inscrire à des ateliers spécialisés. Hier par exemple j’ai pu assister à un atelier sur les réseaux sociaux et comment développer et gagner des followers. Ou l’autre jour j’étais à une formation juridique. […] »

« Pour moi, ce qui était crucial, dès le début c’était d’avoir des partenariats avec des institutions importantes dans la mode comme DEFI la mode de France, IFM parce que ça crédibilisait l’événement et ça montrait aussi mon envie de ne pas être uniquement un lieu de vente et d’échange commercial mais aussi un lieu où l’on peut apprendre. Et donc à chaque événement, on organise des ateliers. Donc on a des ateliers sur différents sujets ça peut être la sophrologie, ça peut être la dégustation de chocolat, ça peut être aussi faire son portrait sur mesure pour comprendre qui on est. Et on fait une table ronde avec des experts qui s’expriment sur un sujet en particulier. Et notamment ce qui nous intéresse le plus c’est la nouvelle économie, les nouveaux business model des jeunes créateurs. […] Le but c’est aussi de s’entourer de personnes qui sont dans cette nouvelle économie, dans cette nouvelle approche versus la création et pas uniquement la création. […] Pour moi ce qui est intéressant c’est tous les entrepreneurs qui finalement montrent une nouvelle façon de faire et je veux que FACE TO FACE soit aussi ce lieu de rencontre avec des gens passionnants qui ont tous envie de changer les choses. »

Faut il de passer par les grosses entreprises du secteur pour entreprendre 

« Je ne sais pas si c’est le cas pour tout le monde, mais moi, en étant polonaise, sans connaître Paris et surtout sa vie professionnelle, pour moi ça aurait été impossible de lancer un business après mes études directement. […] Moi j’ai dû d’abord comprendre comment ça marche et surtout me spécialiser en quelque chose parce que en finissant une école de commerce, mon ressenti c’était que toutes les portes étaient ouvertes mais je n’étais pas spécialiste de rien donc il fallait aussi se développer ça compétence clés et sa crédibilité qu’est-ce que je peux apporter aux autres. »

Passion avant business 

« Pour moi c’est crucial dans FACE TO FACE, c’est que ce ne soit pas uniquement un lieu de vente mais aussi où on peut vraiment rencontrer la personne. »

« Il y a 4 éléments qui pour moi sont vraiment clés. La première chose, c’est lui-même. Son histoire, sa motivation. Je cherche les entrepreneurs, les créateurs qui ne créent pas uniquement un projet suite à une école de commerce pour avoir un business et le faire tourner. Je cherche des gens qui souvent sont en changement de vie, qui ont eu une vie avant et qui ont compris leur besoin profond, leurs envies profondes. Et du coup aujourd’hui, ils lancent des marques qui sont guidées par leurs passions, par leurs histoires personnelles. Je cherche aussi une certaine générosité, une certaine approche des autres, une certaine bienveillance. »

Plateforme internet 

« Je me suis associé avec un codeur, développeur de l’école 42, […] il est responsable du développement d’une plateforme e-commerce. Aujourd’hui, on a démarré par un site qui raconte les histoires des créateurs. Au début on va être un site éditorial qui permet non seulement de montrer le produit mais surtout de montrer le visage du créateur, de raconter son parcours, leur passion.[…] La deuxième étape, ça sera le lancement de e-commerce et le but pour nous c’est de prescrire les objets, d’être une plate-forme de curation, où non seulement, on présente les créateurs que l’on estime qui sont les plus intéressants du moment, avec une qualité qui a été vérifiée, avec un service qui a été vérifiée. On veut aussi être garant que les objets que l’on montre sont des objets qui sont faits de façon éthique et qui ont une histoire. Et qui aussi esthétiquement me plaise à moi. C’est vraiment ma sensibilité qui est injecté dans ce projet. »

« Cette notion digitale est très importante. Et pour moi c’est de devenir un retailer,  une plateforme de vente omni canal. Il y a pas mal de gens qui viennent pendant les événements et qui ont des coups de cœur et qui achètent pas tout de suite parce que parfois le niveau de prix est assez élevé alors il faut réfléchir. Et en fait je veux que l’on puisse venir avec notre portable et ajouter sur notre wishlist les objets qui nous plaisent et les acheter quand on le souhaite. Avoir cette possibilité de double achat soit sur place soit en ligne en fonction de nos envies, en fonction de notre budget. »

« Toutes l’innovation, pour moi, c’est de retranscrire l’expérience FACE TO FACE en ligne. Donc effectivement, on travaille sur une nouvelle technologie de vente qui permettra d’acheter l’objet dans un communicateur. On veut que la conversation avec le créateur soit la plus instantanée possible et la plus directe possible. Le but c’est d’intégrer tous le processus d’achat dans une conversation de type facebook chat. […] La différence avec un chat bot c’est qu’on a l’impression que c’est impersonnel, […] on a l’impression que c’est un robot, pour moi le but c’est que ce soit le créateur qui répond direct. »

Importance du savoir-faire et de la qualité 

« Deuxième chose, c’est la qualité de l’objet. Pour moi c’est très important de comprendre le savoir-faire et de savoir en quoi il est unique. […] c’est l’exemple de la marque PALOMI c’est une marque de maroquinerie qui a trouvé une tribu en Colombie, de femmes qui ont un savoir-faire particulier de tissage de sac très résistants. Ça, ça m’intéresse, c’est de trouver des savoir-faire, de les faire perdurer. […] Il y a une notion de qualité qui est pour moi très importante. »

« 3e élément pour moi, c’est le prix. Pour moi c’est très important d’avoir aussi des objets avec des prix justifiés. […] Avec FACE TO FACE, on est en direct avec le créateur, on est à la source donc on a envie aussi de savoir pourquoi ce prix, qu’est-ce qui a finalement décidé ce prix. Et souvent on se rend compte que c’est le temps qui était nécessaire pour réaliser un objet qui finalement le rend particulièrement précieux. On a besoin de comprendre, ce que l’on ne comprend pas forcément sur le site e-commerce actuel, si on ne connaît pas l’histoire de l’objet on ne comprends pas le prix souvent et du coup pour moi c’est très important d’avoir cet aspect très transparent. »

Le créateur ne crée pas seulement son produit mais aussi son image de marque 

« Le 4e élément dont je parlais, c’est une certaine transparence et quand je parle de la transparence effectivement pour moi ce qui est très important c’est que le créateur comprenne qu’il est le créateur pas uniquement de son produit mais aussi de l’image de sa marque et c’est lui aussi qui va ensuite guider toute la conversation et la relation avec son client. »

« On a créé ce que l’on appelle FACE TO FACE TALENT CLUB donc un groupe fermé sur Facebook qui permet aux créateurs qui ont déjà participé à FACE TO FACE d’un côté d’échanger entre eux, de poser des questions. […] Cette plate-forme nous permet de communiquer des événements que l’on va organiser dans le cadre de conseil, on fait une fois par mois un petit déjeuner pour les marques qui ont déjà participé qui a lieu au café PINSON et on invite des interlocuteurs. Soit ce sont des témoignages, des marques qui ont déjà réussi et qui racontent leur étape, qui parlent de comment et par quoi elles définissent leur succès. Soit avec des experts qui peuvent aider à définir la stratégie de prix, qui peuvent aider à comment mener leurs réseaux sociaux. Parce que je me rends compte que les créateurs se sont souvent des électrons libres ce sont des gens qui sont dans leur atelier, avec la tête dans le guidon dans la création de leurs objets, et aujourd’hui ils doivent être chef d’entreprise donc ils doivent savoir créer tout autour de leur produit ce qui n’est pas évident donc j’ai aussi envie de livrer cette économie ou écosphère d’entraide. »

« La plus grande erreur, c’est de croire aveuglement que l’objet que l’on fait tant qu’il est beau il va se vendre. Il y a effectivement une certaine alchimie qui est parfois inexplicable. […] Mais il y a quand même des choses, des mécanismes que l’on peut apprendre aujourd’hui et prévoir. Aujourd’hui produire et faire des objets ne suffit pas, aujourd’hui il faut savoir en parler, il faut savoir raconter l’histoire, il faut savoir se mettre en avant. Le créateur aujourd’hui c’est comme l’égérie de sa marque, de plus en plus il se met en photo, on le voit, c’est quelqu’un existant, on a envie de l’incarner. »

Mettre de côté son ego et se remettre en question 

« FACE TO FACE aussi permet ce type d’expérience parfois c’est frustrant, parfois c’est douloureux parce que souvent le créateur, il se dévoile complètement c’est leur création […] et donc souvent quand on reçoit une critique on se sent critiqué nous-même, personnellement. Je pense que ça c’est quelque chose qui nous fait avancer de mettre de côté son ego et de se poser la question. C’est là où la marque devient intéressante, elle peut aller plus loin parce que le créateur se donne cette place et la possibilité de modifier les choses. Et je pense que c’est ça qui est le plus important c’est d’avoir ce recul et cette capacité de la remise en question. »