#31 Julien Goulard – AIRVEI

Dans ce nouvel épisode nous allons à la rencontre de Julien Goulard, à l’age de 12 ans il lance Très Rare, un compte Instagram qui compte aujourd’hui plus de cent six mille followers. En 2016, le projet AIRVEI commence à naître dans l’esprit de Julien alors jeune étudiant d’école de design industriel parisienne, Strate – École de Design.
Dans cette épisode il nous raconte comment il a construit Très Rare, comment il a fait levier sur ce compte à la fois pour financer sa marque, la lancer et collaborer avec d’autres créatifs. Il nous raconte step by step les début de sa marque AIRVEI qu’il définit lui même comme un studio d’expérimentation avec laquelle il souhaite à chaque collection présenter une étude très singulière du vêtement sur des aspects tels que la structure formelle, le contexte d’utilisation ainsi que son rôle dans notre société actuelle.
C’est un épisode à destination des jeunes et aspirants entrepreneurs qui se demande comment se lancer quand on est pas forcement issue d’une formation de mode et sans expérience.
REFERENCES DANS L’EPISODE

– TRÈS RARE: www.instagram.com/tresrare/
– AIRVEI: airvei.com
– Strate – École de Design : www.strate.design
– RAF SIMONS: rafsimons.com
– HELMUT LANG : www.helmutlang.com
– Y/ PROJECT: www.yproject.fr
– Antwerp: www.antwerpacademy.be
– Nicolas Ghesquière 
– Alvar Aalto 
– Rem Koolhaas
– Franz Kline
– NUBIAN : www.nubian-ave.com
– DOVER STREET MARKET : www.doverstreetmarket.com
– WER-HAUS: wer-haus.com
– Romain Aufauvre
– Scott Toulis
– Saf Hansen: www.sefhansen.nl
– Paul Franco: www.paulfranco.fr
– Emil Cioran
– Milan Kundera
– Conférences TedX : www.ted.com/talks?language=fr
– Dieter Rams

LES PERSONNES QU’IL SOUHAITERAIT ENTENDRE DANS LE PODCAST
Elena et Pierre de AFTERHOMEWORK : http://afterhomeworkparis.com
Simon Porte Jacquemus de JACQUEMUS:  https://www.jacquemus.com

#29 – Corinne Sarrut – Une vie de mode de Cacharel dans les 70s à Coryn Paris en 2018

Ecouter sur Apple/ iTune

Dans ce nouvel épisode nous allons à la rencontre de Corinne Sarrut, après avoir fait parti du trio à l’origine du succès de Cacharel avec Sarah Moon et Jean Bousquet, après avoir lancé dans les année 80 sa marque éponyme Corrine Sarrue, elle décide après une longue pause de se lancer dans une nouvelle expérience cette fois-ci sur internet avec Coryn Paris (https://www.kickstarter.com/projects/coryn/coryn?lang=fr).
Dans cette épisode elle reviens sur toute l’épopée de Cacharel, de sa marque et de sur la génèse de sa nouvelle aventure.
Vous pouvez suivre Entreprendre dans la mode sur Instagram: www.instagram.com/entreprendredanslamode/

#21 Lou Menais – JOUR/NE – Un trio complémentaire

Ecouter sur Apple/ iTune

Pour lire la retranscription de l’épisode rendez-vous sur www.entreprendredanslamode.com
Dans ce 21ème épisode nous accueillons Lou Menais, après le studio Berçot, des stages et une première experience solide chez Marc Jacob elle fonde en 2014 avec Léa Sebban et Jerry Journo la marque JOUR/NE.  JOUR/NE est une ode à ces femmes urbaines, actives, résolument modernes, à la recherche de tenues empreintes à la fois d’esthétisme et de praticité. Leur ambition est de  proposer chaque saison un vestiaire du quotidien adapté, alliant simplicité et créativité.
Je dois dire que ça faisait longtemps que je voulais interviewer JOUR/NE. C’est une des rares marques qui a sue s’imposer dans les meilleurs points de vente du monde et a être inscrit au calendrier officiel des défilés en un temps record.  Voilà maintenant chose faite avec cette interview de Lou.
C’est un épisode passionnant, j’ai adoré interviewer Lou, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à l’écouter.
Et surtout, Bonne écoute!

Invité : Lou Menais de Jour/né

Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans « Entreprendre dans la mode ». Aujourd’hui, je suis chez JOUR/NE avec Lou Menais, une des trois cofondatrices.

Bonjour Lou.

Bonjour.

Est-ce que tu pourrais te présenter s’il te plaît ?

Alors, je m’appelle Lou, j’ai créé JOUR/NE avec Léa et Jerry, il y a maintenant bientôt quatre ans. Moi j’ai une formation de designer, styliste-modéliste, j’ai fais Berçot comme toi. Tu veux que je te raconte… ?

Je veux bien que tu me, que tu reprennes tout ton parcours et à la sortie de Berçot, chez qui tu as travaillé et jusqu’à aujourd’hui, jusqu’au lancement de Jour/Né finalement ?

Alors, quand je suis sortie de Berçot, j’ai fait un stage chez Fifi Chachnil dans la lingerie de luxe. J’ai été son assistante pendant six mois. A la suite de ça, j’ai tout de suite fais un stage chez Marc Jacobs au prêt-à-porter au studio à Paris. Puis, je suis parti six mois en stage à New-York encore en Prêt-à-porter. Et puis en revenant à Paris, j’ai été embauché en designer maroquinerie et j’ai presque travaillé quatre ans et demi comme ça, designer maroquinerie chez Marc Jacobs. J’ai monté JOUR/NE avec Léa et Jerry en parallèle.

D’accord, donc ça veut dire que tu étais en freelance ou ?

En fait, on connaît le milieu de la mode, et souvent on nous fait croire, c’était un peu un CDI déguisé, avec un contrat de freelance. Donc c’était, fallait quand même que j’aille au boulot tous les matins …

Cinq jours sur sept

Cinq jours sur sept, sauf qu’en fait, c’était un contrat de freelance donc moi j’en ai profité pour monter ma marque à côté Et donc voilà, j’ai travaillé avec Léa et Jerry depuis depuis quatre ans. On a commencé première collection, spring summer 2015.

C’était quoi le déclic, ça vient d’où cette envie de monter ta marque ?

Vraiment, en toute honnêteté, c’est plutôt Léa et Jerry qui sont venus vers moi avec ce projet. On en parlait énormément, Léa et moi, on est des amies de très longue, on se connait depuis plus de dix ans, on en parlait toutes les deux. Jerry et Léa étaient aussi des amis et en parlaient tous les deux. Et c’est Léa qui a fait le rapprochement entre Jerry et moi, et ç’est arrivé un peu comme une évidence, on ne s’est pas trop poser de questions, en fait, je t’avoue. On s’est, un jour, posé au restaurant tous les trois, c’était la première fois que je voyais Jerry et à la fin de ce repas on était vraiment déjà en train de réfléchir au nom de la marque. Ça s’est fait vraiment, une envie d’entreprendre sans se poser de questions, assez naïvement. Et du coup, on n’a jamais lâché le projet.

Est-ce que tu peux peut-être nous dire ce qu’ont fait les deux autres ?

Bien sûr, alors Léa a fait l’Essec ainsi que la chair LVMH. Elle a fait un stage chez Chanel en tant que business analyst. Et puis, elle était chez Givenchy au studio Alom. Jerry a fait Mod’Art et il a eu des expériences en commercial chez Valentino, APC et Nike. On a vraiment tous les trois des parcours très complémentaires parce qu’on a des formations complètement différentes. Et aujourd’hui, on est un trio complémentaire et un duo créatif avec Léa.

Explique-nous la toute première collection, vous avez, donc suite à ce repas vous avez essayé de de trouver un nom…

On a trouvé un nom. On a passé vraiment, je pense que ça nous a vraiment pris du temps à trouver le nom. On a passé des soirées entières à réfléchir à vraiment ce qu’on voulait faire. Quel allait être notre ton de communication. On a commencé à travailler autour de ce vestiaire du quotidien, c’est comme ça que né le nom Jour/Né. C’est des vêtements qui sont nés pour le jour. Et après on a travaillé avec une graphiste autour du logo, de toute la question de la temporalité, c’est pour ça qu’il y a un slash, c’est comme des dates en fait, avec un jeu de mots. Et c’est vraiment, même le beige Jour/Né, on s’est longtemps posé la question quelle va être la couleur JOUR/NE, et voilà, et ça, ça n’a pas bougé depuis le début. C’est la même chose.

Et ça, tu estimes à combien de temps cette phase vraiment de définition de la marque ? ça vous a pris combien de temps en avant le premier vêtement ?

Je pense que ça ne nous a pris quand même pas mal de semaines, je dirais peut être même quelques mois. Moi, en plus, j’étais chez Marc Jacobs à temps plein, donc on se voyait beaucoup les weekends, le soir. Léa et Jerry aussi, de leur côté, se voyaient la journée, mais Léa elle n’était pas encore diplômée, elle était encore à l’école. Si je ne me trompe pas je crois que Jerry aussi travaillait encore à cette époque-là. Donc, vraiment, c’était un projet sur le côté, comme ça. On n’a pas tout quitté d’un coup, en se disant il faut trouver un nom.

Et donc les premiers vêtements, dis-nous c’était quoi l’ADN au départ de la marque et est-ce que que ça a changé ?

Oui ça a évolué, ça a quand même assez évolué. C’est vrai qu’au départ on avait un réel, réel, une réelle envie de faire des vêtements, j’ai pas envie de dire technique mais pratique.  Et en fait, on pensait vraiment aux poches invisibles, aux zips. On avait fait, la première collection, on avait un manteau à fermeture aimantée, on avait une minijupe avec des poches cachées, plein de choses comme ça. Et aujourd’hui, c’est vrai que ça reste un élément essentiel à la marque, il y a toujours ce désir de confort, de praticité mais c’est vrai que je pense que la création a pris le dessus. Et surtout la façon de créer des collections, on est beaucoup plus dans une narration, à chaque fois raconter une histoire.

C’était pas le cas au début ça ?

C’était moins le cas. C’était quand même le cas mais moins qu’aujourd’hui, où vraiment, la première collection, il fallait juste qu’on existe. Ce n’était pas la même chose. Il fallait qu’on donne un message assez clair. On n’aurait pas pu, par exemple, commencer avec une collection comme ce qu’on vient de faire là, la dernière collection qui s’appelle « twenty seven », qui raconte toute une histoire parce que il fallait juste qu’on impose les bases. Voilà, on a fait des basiques, on a revisité des basiques, on avait une gamme de couleurs assez pop parce que c’est quelque chose qui est propre à la marque. On avait travaillé l’éponge.

Si tu peux définir les codes et les valeurs de la marque c’était quoi au tout début ?

Alors c’est vrai que c’était, la première collection a été un peu inspirée de, a été très inspirée d’un vestiaire un peu sportswear, tennis, des années 70. Donc toujours très vintage, avec des codes de nostalgie. On n’est pas une marque qui a pour ambition de révolutionner le vêtement c’est-à-dire que l’on n’est pas dans la lignée d’un Margiela ou à faire des trench à trois manches parce que ça ne serait pas nous. On a vraiment envie de faire des choses qui sont portables, qu’on a envie de voir dans la rue mais pas seulement sur une communauté mode, c’est-à-dire que quand on crée le vêtement c’est très important pour nous de penser à des filles qui bossent, pas forcément dans la mode, donc nos mamans, nos sœurs, nos copines… Mais, nous aussi, on a envie de les porter. Donc voilà, c’est toute cette ambiguïté. Mais pour revenir à la première collection, elle était toute petite en plus, ça n’a rien à voir avec aujourd’hui.

Ça représentait combien de pièces ?

Franchement je ne sais plus mais ça devait être une vingtaine de pièces.

Comment vous avez financé cette première collection ?

On avait un peu de sous de côté et ça a été de l’autofinancement. Et, en fait, on a fait la première collection comme ça et après on a toujours tout réinvesti, pour faire des collections un peu plus grosses à chaque fois. On a eu beaucoup de chance, enfin, on a eu beaucoup de chance parce que la toute première collection on l’a présentée au showroom ManWoman et on a tout de suite été soutenu par Colette et par LeBonMarché, ce qui nous a tout de suite permis de continuer.

Comment tu expliques ça d’ailleurs que Colette et LeBonMarché aient flashé sur vous ?

Alors, vraiment, je ne sais pas. En toute honnêteté, il y a zéro piston, vraiment on ne connaissait personne. Sarah est venue, donc Sarah la fille de Colette, qui fait des achats pour le magasin, est venue au salon et a regardé, s’est arrêtée au stand. Evidemment, nous on était super excité.

Oui vous la connaissiez ?

On savait à quoi elle ressemblait. Est-ce qu’elle a été intéressée, pas intéressée ? Elle a pris quelques photos et puis elle est partie. Et puis deux-trois semaines après, on a reçu la commande. Mais comme ça, on s’y attendait pas.

C’était des grosses commandes à l’époque ?

Pas du tout, non pas du tout, c’est quelques pièces mais c’est très, très bon pour nous, pour la presse, pour les boutiques qui ont suivi derrière, oui quand même.

Ça vous valide d’une certaine façon…

C’est clair

T’as été estampé Colette.

Et LeBonMarché on a tout de suite fait un popup, on a eu beaucoup de chance, il y a une marque qui s’est désisté pour un popup au BonMarché, du coup ils nous ont appelés, on a sauté sur l’occasion et ça a été génial pour nous.

Un des problèmes souvent des jeunes designer, c’est la production et les quantités, le financement des collections, des productions, comment vous avez, vous avez produit combien de pièces au début, c’était beaucoup ?

En fait, ce qui s’est passé, c’est que notre chance, c’est que Léa avait quand même quelques contacts dans la production parce qu’elle avait travaillé à la production chez Givenchy, elle connaissait pas mal de gens donc tout de suite, les usines ont cru au projet. En fait, ce qu’il faut savoir, c’est que dans ce genre d’aventure ça se fait souvent à l’humain, à des gens qu’on rencontre, qui croient au projet et qui ont envie d’y croire, qu’on a aidé un jour donc qui ont envie d’aider en retour, à leur tour.

Pourquoi ils y ont cru les gens ?

Je ne sais pas, franchement, je ne saurais pas dire. Je pense qu’on était, peut-être parce que s’il y avait Colette, LeBonMarché, nos parcours aussi. Le fait d’être complémentaires, le fait d’être un trio, ça rassure. En plus de ça, on vient tous les trois d’assez belles maisons. C’est rassurant.

Aujourd’hui, JOUR/NE, en termes d’effectifs, c’est quoi ? C’est toujours que vous trois ?

Pour l’instant, c’est que nous trois.  Non maintenant c’est plus que 3. Déjà faut savoir qu’au quotidien, on travaille avec notre bureau de presse. on travaille aussi…

C’est qui qui vous représente ?

Caroline Charles. On vient de basculer là.

Parce que depuis le début vous avez toujours eu un bureau de presse ?

Alors au tout début on travaillait avec le bureau du BonMarché, donc voilà, qui nous a vachement aidés parce qu’on n’avait pas les moyens de payer un bureau de presse. Puis ensuite, on a travaillé avec Flavie Costamagna qui nous a aussi énormément aidé. Puis là, on vient de passer avec Caroline Charles. On travaille aussi, on a des partenaires de showroom, on travailler avec Riccardo Grassi qui fait tous nos showroom. Ensuite, on  a Caroline, que t’as vu, qui s’occupe de tout ce qui est production. On a une assistante de production, une graphiste, Jerry a un assistant pour tout ce qui est commercial. Et Léa et moi, on prend une petite main en général pendant les périodes de rush avant le défilé. En fait, ce sont essentiellement des stagiaires.

Très bien donc ça fait pratiquement une petite dizaine de personnes.

Exactement. En période de show, on est au moins dix. En plus de ça, on travaille avec Florence Tétier de chez Novembre Magazine qui s’occupe, qui nous aident pour tout ce qui est art direction, sur plein de projets on la consulte, comme une consultante extérieure, qui nous aide énormément. Et là, on a travaillé avec Morgane Nicolas qui a fait le stylisme. Franchement, on n’a quand même pas mal de personnes autour de nous, on est quand même assez entouré.

Les gens viennent vers vous ou c’est des gens que vous allez chercher ?

Franchement ça dépend, c’est vraiment au cas par cas. On reçoit quand même beaucoup de candidatures pour des stages. Après, pour tout ce qui est, Florence, Morgane, Leila pour le casting, c’est du réseau qui s’est créé au fur et à mesure, en rencontrant des gens différents, il y a plein de choses comme ça.

Quand vous choisissez un collaborateur ou des stagiaires, vous regardez quoi pour les choisir et pour valider la candidature ?

Les stagiaires, par exemple ?

Ouais ou même quelqu’un qui s’occupe de la production ou des postes un peu plus important…

On regarde, franchement, souvent ça se fait au feeling, beaucoup, mais c’est le sérieux de la personne. Parce que nous on a vraiment besoin de quelqu’un qui est, on est une petite structure on n’a pas trop le droit à l’erreur, on a besoin de gens qui soient carrés et bosseurs.

Je comprends. Il y a aussi une autre question à laquelle je pense, tous les trois vous venez de la mode mais vous n’êtes pas forcément du vêtement, techniquement tu étais du stylisme, à la maroquinerie, le vêtement comment vous vous avez appris le vêtement ?

Moi, en tout cas, j’avais appris le vêtement au studio Berçot, mais c’est vrai que j’ai quand même, j’ai travaillé un an mais franchement on a appris sur le tas. Et je n’ai jamais autant appris que là. Franchement, je crois qu’il n’y a pas meilleure école parce que tu n’as pas le choix.

Et puis tu fais plein de bêtises, tu dois trouver des solutions.

Voilà tu trouves des solutions et tu comprends comment ça fonctionne. Et il n’y a pas meilleure école.

Alors explique-nous votre processus créatif. Comment, vous partez de quoi à chaque fois. On parlait des codes et des valeurs de la marque comment vous avez fait évoluer ses codes et ses valeurs ?

Alors c’est vrai que Léa et moi, on s’est trouvé vraiment une connexion en termes de style en travaillant ensemble, parce qu’on aurait pu se tromper, c’est bête à dire mais c’est vrai. On aurait pu ne pas être forcément sur la même longueur d’onde. Il se trouve que on a vraiment un matching créatif assez incroyable. Je pense que c’est assez rare d’avoir ça avec quelqu’un. On a pas mal de code qui sont très perso. On est tous les trois issus d’origine méditerranéenne, donc voilà c’est quelque chose qui est très important aussi dans, la spontanéité, les valeurs de gourmandise, de famille, de soleil, de positivité. Ça c’est des choses qui reviennent beaucoup. Il y a plein de codes qui reviennent beaucoup mais c’est très personnel en fait. Et après, pour le process créatif, comment créer une collection, c’est… D’abord Léa et moi on va faire la première vision, à première vision, quand même c’est vrai qu’on cherche sans chercher. Donc on regarde, c’est un peu comme un immense marché aux puces, où tu vas chiner et là on est là, on cherche on cherche on revient avec des tonnes de choses. A partir de ce moment-là, comme nous on travaille beaucoup autour des couleurs et des textures, on fait une sélection de tissus. Un thème commence à sortir de cette sélection de tissus. On commence un peu à raconter une histoire. On a forcément des envies, ça peut être n’importe quoi. Là, par exemple, pour la collection « twenty seven », on avait des envies hyper rock and roll, un peu plus sombre que d’habitude mais il fallait quand même rester cohérent avec ce qu’on fait. Et puis là, on commence à raconter l’histoire et on rentre réellement dans le vêtement. Après, maintenant, ça va faire presque quatre ans qu’on existe, donc il y a des vêtements qui reviennent, des shapes qu’on retravaille. On ne va pas refaire entièrement à chaque fois les collections. On va retravailler des bases qu’on a déjà travaillées pour avoir une cohérence dans les silhouettes. Mais c’est vraiment très, très narratif. C’est pour ça que le show c’est important pour nous.

Est-ce que, je n’ai pas l’impression mais je te pose la question, est-ce que vous avez quand même deux-trois-quatre saisons d’avance dans votre tête, en vous disant…

Pas du tout. Là, par exemple, on est vraiment à une période, là on vient de finir la collection donc a défilé mardi dernier. Là on commence à peine, mais vraiment à peine, à penser à l’après collection. On commence à regarder un peu les tissus. On cherche un peu ce qu’on a envie mais on est on n’a pas de saison d’avance.

Et donc aujourd’hui vous faites quatre saisons ? C’est énorme comme travaille pour une si petite équipe non ?

Ouais, c’est fatigant.

Alors vous êtes des rois de la mise en scène, enfin je trouve, vous savez très, très bien raconter les histoires. Je vais citer deux-trois collections mais il y avait « les lundis au soleil », «Over the rainbow »,  « Un dimanche à Deauville », « Paris la nuit », « Belladone », à chaque fois c’est des mots, c’est des titres de collection qui font écho à plein de choses dans la tête de chacun.  Pour toi c’est quoi les clés pour raconter une bonne histoire ?

Je pense que l’ingrédient numéro un, c’est que ce soit sincère, donc à chaque fois qu’on a raconté une histoire, c’était vraiment, je pense qu’il y a une part, c’est toujours un peu personnel. Il y a des choses par exemple, je ne sais pas, la toute première collection elle s’appelle « le lundi au soleil ». On adore la variété, la vieille variété française, la collection il y avait des berets, maintenant ça me paraît un peu désuet parce que c’était il y a longtemps. Mais, par exemple, la dernière, on a raconté une histoire c’était « twenty seven », on a tous les trois eu 27 ans cette année donc on s’est penché vraiment sur cet âge un peu étrange où tu ne sais pas trop de situer, tout le club des 27 donc c’était un peu rock and roll mais en même temps, hyper poétique aussi. Il y a un très bon ami Ichon qui est un rappeur qui s’est prêté à l’exercice de chanter et de faire du piano. C’est des choses assez personnelles. La collection d’avant, c’était « résidence secondaire », donc c’était une collection beaucoup plus fun, très années 70, un peu la grande ?, c’est toujours des références.

Et qui parlent à tout le monde ?

Ouais, je ne sais pas.

Moi j’ai l’impression que ça parle à tout le monde, ça fait tout de suite écho à plein de choses dans ta tête ; « un dimanche à Deauville », quand t’es parisien on a tous fait un dimanche à Deauville à marcher sur la plage donc je trouve ça assez efficace. Vous faites aussi des supers films à chaque fois, vous vous faite accompagner par qui ? C’est vous qui faites tout ou vous vous faites accompagner ?

En fait, à chaque fois, encore une fois c’est des rencontres franchement. On a fait deux films, deux petits courts métrages réellement, après c’est vrai que nous on fait des petits films de campagne qui illustrent les images qu’on fait, mais sinon on a fait deux films ; et à chaque fois c’est deux réalisateurs qui nous ont approché et qui avaient envie de donner vie aux vêtements, puis même qui avaient envie de raconter une histoire autour de la marque, à qui ça parlait et voilà.

J’ai l’impression que dès qu’on fait quelque chose, de bien en tout cas, ça attire les gens et ça attire les talents et ça suscite des envies de collaboration.

C’est vrai que c’est assez fédérateur une marque. On peut tout faire, on peut faire de la musique, qu’on peut faire de l’image, on peut faire des films, on peut faire plein de choses.

En parlant de collaboration, vous avez collaboré avec pas mal de marque, la première, je m’en rappelle, c’était avec Ora Ito, pour le Mamo. Après il y a eu Bonjour Records, Bonne Suits, La Redoute, Coca-Cola, pourquoi vous les faites ces collaborations et comment ça s’est présenté ? J’imagine que c’est des rencontres ?

Ouais, c’est ça, déjà c’est des rencontres. Et après, on nous propose beaucoup, beaucoup de collab, nous on essaye de vraiment choisir. On n’a pas envie de faire des collabos en étant opportuniste donc c’est vraiment il faut que ça ait du sens. c’est-à-dire que par exemple Coca-Cola, la collab sur « Résidence Secondaire », ça fonctionnait hyper bien, ça rentrait complètement dans l’histoire de notre collection qui était « résidence secondaire », ça marchait. Par exemple, là on aurait eu Coca-Cola sur « Twenty Seven » ça fonctionnait pas du tout. Là on a fait avec Timberland, un partenariat sur ce défilé et ça a fonctionné hyper bien. Ensuite, par exemple, Beaker, Bonjour Record, c’est petites collections capsules qu’on a lancé au japon et en Corée, c’est vrai que pour nous c’était hyper intéressant d’aller aussi à la rencontre de cette clientèle qui est, pour nous, importante. Ça a été génial. On est allé à Tokyo deux fois, à Séoul, voir les boutiques, installer le mersch. C’était génial. A chaque fois, en fait, c’est des choses différentes. Laredoute c’était énorme pour nous, c’est un souvenir d’enfance, on a retravaillé nos basiques, c’était super. Et par exemple, Bonne Suit, c’est quelque chose de beaucoup plus confidentiel, c’est juste une très belle histoire d’amitié, c’est un très bon ami qui a sa marque à Amsterdam et voilà ça c’est fait parce qu’on avait envie.

Cool. Alors, j’ai le sentiment que pour réussir la mode, il faut avoir un peu de réseau quand même. Et j’ai l’impression que vous, vous avez beaucoup de réseau. J’ai l’impression que ce n’est pas du tout travaillé, vous n’êtes pas du tout opportuniste mais vous avez quand même le soutien de la fédération assez rapidement et vous avez été assez rapidement, en tout cas, et vous avez été inscrit au calendrier officiel de la mode au bout de combien de saisons ?

Alors ce qui s’est passé, c’est que, en fait pour rentrer au calendrier officiel des défilés, il faut passer par, il y a une commission. C’est vrai que le calendrier est hyper chargé et du coup ce n’est pas forcément facile d’y rentrer. Nous, en plus, on n’avait pas une marque très, comment dire, designer, comme ce que je te disais tout à l’heure, a concept ; donc c’est vrai que c’est pas trop, trop, ce qu’on a forcément envie de voir défiler ou pas, j’en sais rien parce qu’aujourd’hui c’est tellement, je ne sais plus trop quoi penser moi-même en tout cas personnellement des défilés… Quand je vois que h&m ça défile, mais en même temps, j’en sais rien, je ne sais pas trop, trop quoi penser de tout ça. On avait postulé à une première fois pour « Belladone », et à ce moment-là, il nous avait dit mais c’est peut être mieux, pour vous, avec votre marque, vous fassiez des présentations. Parce qu’il y a le calendrier officiel des présentations et le calendrier officiel des défilés.  Sauf que nous, on été trop têtu et on a dit non, non, non, non, non, on ne peut pas faire les présentations. On a quand même organisé un show, ce qui était assez risqué parce que quand même, de dire à la fédé bah non nous on pense qu’on a raison, ça le fait pas trop quoi. Donc on a quand même organisé un show au Grand Véfour, en off du coup. Et je pense qu’on a assez bien réussi notre coup puisque la saison d’après on était au calendrier avec ?, on était, on a défilé au Musée de la chasse. Et là, on était au calendrier.

Qu’est-ce que ça change ?

Ça change pas mal de choses parce que, du coup, on est on est beaucoup plus visible par les journalistes. Après, c’est vrai, que le calendrier est tellement chargé que je ne sais pas comment elles font. Il y a tellement, tellement tellement de show.

Ils sont obligés de faire un choix

Ils sont obligés de faire un choix. Et, là par exemple, parfois il y a des petites choses comme ça. Là, on était juste avant Dior, tu sens qu’il faut quand même faire le défilé pas trop loin, que machin parce qu’il faut que les journalistes elles aient le temps

Que le défilé ait pas trop de retard de l’autre côté… Et l’impact derrière ça, est-il vraiment important en termes de vente ? Peut-être plus de retombées presse ?

Ya plus de retombées presse mais on sent que ça apporte de la légitimité.

Ça te met dans une autre sphère.

Ouais quand même.

Est-ce que vous vous avez eu d’autres soutiens à part la fédération ? Est-ce que vous avez eu des mentors ou des gens qui vous ont vraiment donné un coup de pouce ?

On a pas mal de mentors. Y a notamment Nelly Rodi qui nous suit pas mal.

C’est quoi votre collaboration avec eux d’ailleurs ?

C’est vraiment un partage, ils nous aident énormément, ils nous donnent pas mal de conseils. Nous on travaille un peu avec peu de temps en temps. C’est vraiment, on échange, on partage beaucoup et voilà.

C’est un échange de bons procédés

Exactement

C’est eux qui qui sont venus chercher ou c’est vous qui avez été les chercher ?

Je ne sais même plus.

Aujourd’hui, vous êtes complètement autofinancé, vous n’avez jamais fait appel à des fonds extérieurs ?

Non, mais là, on va activer bientôt, on recherche des investisseurs, on va bientôt activer ça.

Alors, aujourd’hui vous vous êtes sur un modèle all sale, vous avez des revendeurs et vous vendez en direct sur votre site internet, est-ce que c’est un parti pris que vous allez continuer.

Justement on se pose pas mal de questions là-dessus en ce moment, on a quand même un bon réseau all sale, ça se passe plutôt bien. Notre ecommerce on est assez content aussi. Maintenant, on n’a jamais vraiment activé le eshop, c’est-à-dire en termes de d’activation web donc c’est vrai que c’est pour ça aussi qu’on cherche des investisseurs. On aimerait bien avoir quelqu’un qui s’occupe de ça, du eshop. On aimerait bien ouvrir une boutique parce qu’on pense qu’on a un vrai potentiel retail. donc c’est quelque chose auquel on pense énormément.

Et si c’était à refaire, vous feriez exactement la même chose sur un modèle all sale où vous partirez en direct ?

Je pense que c’est très compliqué de partir en direct. C’est presque quasi impossible. Si on fait du all sell c’est parce qu’on n’a pas trop le choix. Je ne vois pas trop comment on aurait pu faire en direct dès le début.

Très bien. Vous travaillez à 3, comment vous vous répartissez les rôles ?

Alors, on fait vraiment la direction artistique globale de la marque à 3. C’est-à-dire que c’est quelque chose de très important, c’est un peu un ping pong continue. On se parle tout le temps, tout le temps, de tout. Et c’est important que nos trois visions rentrent à chaque, autant moi quand même je demande à Jerry comment se passe le showroom, quelle boutique il va prendre, comment ça se passe… On discute de tout et Jerry vient voir la collection avant qu’on la lance, il donne ses feed back, on ajuste aussi en fonction de ce qu’il pense. Mais sinon la répartition des rôles, c’est que Jerry s’occupe de tout ce qui est plus business, commercial. Léa elle s’occupe de la collection avec moi, on fait la collection toutes les deux. Et ensuite, on se répartit la prod de la collection. Léa deal plus avec les usines et chaperonne la production, elle chaperonne Caroline qui s’occupe de la prod et du développement produit. Et puis, moi je vais chaperonner tout ce qui est image donc photographe, casting, campagne, réseaux sociaux.

Et comment vous prenez les décisions importantes ?

A 3, toujours à 3. L’idéal c’est que les 3 disent oui, si ces deux contre un, c’est deux contre un. C’est la majorité qui l’emporte. Et l’idéal c’est de se dire, Jerry dit souvent cette phrase « si on n’arrive pas à convaincre les deux autres comment on va réussir à convaincre tout le monde ? ».

Super, tout à l’heure on a parlé du collaborateur mais qu’est-ce que vous ne déléguerez jamais ?

La création des collections, le push de départ.

J’aimerais qu’on parle un peu de la partie psychologique des entrepreneurs, déjà toi, c’est quoi ton moteur ? Qu’est ce qui te pousse le matin ?

C’est, je ne sais pas, j’adore ça, c’est tout. A chaque fois il y a une nouveauté, un nouveau truc et puis même quand on a fini et qu’on en a marre. Par exemple, là tu vois dans une période où je viens de finir la collection, je suis pas partie en vacances, je suis un peu crevé. T’as un peu l’impression d’avoir, c’est horrible, je dis ça fois mais c’est un peu horrible mais c’est un peu ce sentiment d’avoir accouché et on t’as pris ton bébé, il est déjà parti, c’est fini, il faut faire un autre. Il faut faire autre chose. Et du coup, là on a un peu fatigués, on a tout donné, donc là t’as un peu le truc de déprime d’après show. Et là ce qui me donne envie, ce qui me fait me lever, c’est de me dire ah mais j’ai quand même envie de faire autre chose, j’ai envie d’autre chose. Je ne sais pas trop comment mettre des mots là-dessus mais je ne sais pas, il y a un truc qui fait que je me dis à ah mais la prochaine collection m’excite déjà. J’ai envie de la faire. Je ne sais pas.

Comment, j’imagine que vous avez toujours des moments de doute, des moments compliqués à traverser, comment tu fais pour faire face à ces doutes, à quoi tu te raccroches ?

Je pense qu’il faut avoir beaucoup confiance en soi quand même. Il faut être assez, assez sûr de soi, être bien dans ses pompes. Après, je me raccroche à mes proches, les gens qui me soutiennent depuis le début et qui me disent que c’est bien, que c’est génial.

Comment voyez le futur pour JOUR/NE et qu’est-ce qu’il faut vous souhaiter ?

JOUR/NE c’est d’abord, pour l’instant, du prêt-à-porter mais je pense vraiment que c’est une marque qui va pouvoir faire des accessoires. Mais après au-delà de ça, de l’encens, de l’homme, je pense qu’on peut vraiment tout faire avec JOUR/NE. C’est vraiment plus un état d’esprit et des envies et plein de références. Et on pourrait faire, on pourrait tout faire en fait. C’est ça que je trouve génial, c’est que là on fait des vêtements mais je pense sincèrement que, d’ici la saison prochaine ou la saison d’après, on va lancer sacs et chaussures. On pourrait faire des bijoux, on pourrait faire du maquillage, on pourrait faire un restaurant. C’est vraiment quelque chose qui

Vous avez des envies comme ça qui vont très loin et qui sortent de la mode ?

Complètement.

Et toi comment tu vois ton futur ?

Moi, personnellement, sur du court terme, je pars en vacances jeudi. Sur du moyen terme, j’espère qu’on va pouvoir faire grossir l’équipe, qu’on va pouvoir avoir une boutique. Et sur du long terme, bah qu’on sera, qu’on on pourra faire exactement ce qu’on aime et que tout le reste sera délégué.

Qu’est-ce qui t’impressionne vraiment en ce moment dans la mode ?

Pas grand-chose. Je suis un peu blasée… Je ne sais pas, je trouve que c’est quand même, en fait, ce qui me rend un peu triste en ce moment, c’est que j’ai l’impression que la fashion Week c’est beaucoup, beaucoup d’images et peu de produits, et ça ça me dérange un peu. Je ne sais pas comment ça va évoluer tout ça, tous ces trucs des réseaux sociaux. Mais qu’est-ce qui m’impressionne ans la mode… Moi j’ai beaucoup de respect pour Moucha, Prada, j’aime beaucoup la mode italienne. J’aime beaucoup Marni. Après je respecte énormément les jeunes créateurs parce que je sais que c’est très difficile, donc tous les jeunes créateurs que je rencontre et qui ont la même expérience que moi, franchement je leur met un méga respect.

Qu’est-ce que tu conseillerais justement à des jeunes, de jeunes gens ou moins jeunes, qui souhaiteraient monter leur marque ?

Je leur conseille de ne pas trop réfléchir, de le faire et qu’ils verront quoi. Parce que de toute façon c’est la meilleure école, faut pas avoir peur et il faut surtout pas trop, trop se regarder. L’ego ça ne sert à rien, c’est que de négatif. Et de toute façon même si ça plante, c’est la meilleure des écoles. On n’apprend jamais mieux qu’en faisant. Après c’est une expérience pour toute la vie même après si ils cherchent du boulot, la meilleure des écoles. Je pense que n’importe quel employeur se retrouve face à quelqu’un qui a voulu faire son truc, il est quand même impressionné. Moi je trouve ce que faut le faire. Si on a envie de le faire faut le faire.

Et dans toute ta carrière, ta jeune carrière, qui est déjà bien remplie, est-ce que tu ferais quelque chose de différent si tu pouvais recommencer ?

Non je ne pense pas. Non, franchement. Non parce que même si je me suis trompé à des moments, tous les gens que j’ai rencontrés font que je ne le ferais pas différemment parce que sinon je ne les connaitrais pas aujourd’hui donc non franchement.

Et dernière question pour passer le relais qui souhaiterait tu entendre dans ce podcast ?

Je souhaiterais entendre, j’aimerais bien entendre un ami à moi qui s’appelle Stéphane Ashpool, qui a créé Pigalle parce que lui il a une approche de la mode aussi complètement différente. C’est quelqu’un que je respecte beaucoup, qui est très social dans son approche, qui a réussi à fédérer tout un quartier et en faire sa marque. Il a plein de projets aussi très différents. Il fait de la musique, il fait aussi pas mal de colabs… Et lui, j’aimerais bien entendre tout ce qu’il a à dire sur l’entreprenariat.

Si tu peux me le présenter je serai ravi.  Je peux te le présenter.

Génial, merci beaucoup Lou. Bonne chance à JOUR/NE!

Merci

Et bonne chance à toi dans ta vie perso aussi.

Merci beaucoup

A bientôt Lou. Salut.

Salut.

Merci d’avoir lu cette retranscription. Si vous êtes encore là c’est peut-être parce que l’épisode vous a plu. Si c’est le cas, je vous invite à laisser un commentaire sur Itune et Sound cloud, c’est ce qui m’aide le plus à gagner en visibilité. Pour cela rien de plus simple, lancer iTunes avec une autre ordinateur ou apple podcast depuis votre iPhone et cherchez « entreprendre dans la mode » dans votre barre de recherche. Allez dans la section « notes et avis » et laisser un commentaire. Vous pouvez aussi choisir le nombre d’étoiles, 5 est de loin mon préféré. Merci de soutenir ce podcast et à mardi prochain pour un nouvel épisode.

#20 Vanessa Seward – Eloge de la timidité et de l’humilité

Ecouter sur Apple/ iTune

Dans ce 20ème épisode nous accueillons Vanessa Seward, après 9 ans chez Chanel, 2 ans chez Yves Saint Laurent, 9 ans à la direction artistique de Azzaro, et 6 collections capsules pour A.P.C., elle lance en 2014 sa marque éponyme Vanessa Seward.

Dans cet épisode Vanessa revient sur son parcours et la génèse de sa marque, elle nous parle de  ses collaborateurs, de ses collaboration artistiques et de son secret entre autres pour vaincre les périodes de doutes . C’est un épisode passionnant, j’ai adoré interviewer Vanessa, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à l’écouter.
Et surtout, Bonne écoute!

Credit photo: Michel Sedan

Invité : Vanessa Seward

Bonjour à toutes et à tous Bienvenue dans « Entreprendre dans la mode ». Aujourd’hui, je suis accueilli chez Vanessa Seward. Bonsoir Vanessa.

Bonsoir.

Merci de m’accueillir chez vous. Donc comme d’habitude, je pose toujours la même question pour commencer à mes invités, est-ce que vous pourriez vous présenter s’il-vous-plait ?

Donc, je suis Vanessa Seward. Qu’est-ce que je peux dire ? Je suis d’origine argentine mais j’ai vécu à Londres, enfant, et j’habite à Paris depuis que j’ai 12 ans. Et aujourd’hui je suis créatrice de mode et j’ai une marque éponyme, à mon nom.

Est-ce que vous pouvez revenir sur votre parcours, depuis vos études supérieures jusqu’à aujourd’hui, jusqu’au déclic, et la création de votre marque Vanessa Seward ?

Donc voilà, j’ai passé mon Bac à Paris et après j’ai fait le studio Berçot. C’était en 89. J’ai fini le studio Berçot en 91 et j’ai commencé un stage, presque tout de suite après, chez Chanel. Et, en fait, ils m’ont embauché. Je suis resté neuf ans. J’étais assistante de Karl Lagerfeld dans son studio. J’ai passé toutes les années 90 là-bas, donc toute l’époque des défilés avec les top model. Il y avait, je ne sais pas, 200 passages, c’était très excitant. Pendant presque tout le temps, c’était le directeur de studio était Gilles Dufour, il y avait Victoire de Castellane.

Qu’est-ce que vous avez appris pendant ces années, finalement, au contact de Karl Lagerfeld dans cette belle maison et dans ces années folles finalement ?

C’était vraiment une formation accélérée. Déjà à l’époque il faisait 10 collections par an vu que Chanel ils font haute couture, prêt à porter, des pré-collections et ils commençaient déjà des collections capsules. Et donc, ce qui était génial quand on travaillait dans le studio, même si moi j’étais plus spécialisée dans les accessoires, c’est que on a assistait à tout. Du démarrage à la collection, du choix des tissus, quand Karl expliquait ses croquis aux ateliers, aux essayages. On assistait à chaque étape d’une collection. C’était génial pour moi.  Et Karl, bon c’est sûr qu’il met la barre très, très haut, parce que il est assez exceptionnel. Déjà il dessine tout. Chaque fois que quelqu’un avait une question, il avait une réponse, tout de suite. Il était très rapide et voilà, il mettait la barre très, très haut. Donc c’est sûr que je me disais pas que je pouvais faire la même chose que lui, en travaillant avec lui, parce que il était, il est exceptionnel.

Donc vous avez été à bonne école. Et après vous avez rejoint Tom Ford chez Gucci.

C’est-à-dire chez Saint-Laurent. Mais qui venait d’être racheté par Kering à l’époque. J’ai vraiment rejoint Tom Ford pour la première collection qu’il faisait chez Saint Laurent. Et ça a été très difficile pour moi de quitter Chanel mais je me disais c’était mon premier travail et que c’était bien d’avoir d’autres expériences. Et donc, c’était très excitant d’être chez Saint Laurent. C’était vraiment un autre univers. Tom Ford c’est un homme brillant mais c’était déjà plus marketing, comme approche, que Chanel qui était plus dans la création pure. On sentait déjà, c’était, je crois, les prémices même dans la mode, du marketing. C’est vraiment, je pense, né avec Tom Ford, chez Gucci et chez Prada. On était en plein dedans mais j’avais été assez épargné jusqu’à là chez Chanel et là tout d’un coup j’étais confrontée aussi pas juste penser un produit pour sa beauté, il fallait aussi penser au prix, penser à la finalité du produit. Et avec beaucoup d’équipes, même dans la création. C’était une autre organisation. Mais je pense qu’il ressemble beaucoup plus aux métiers aujourd’hui mais je n’avais pas encore vu comme ça. Et en fait, du coup je suis resté deux ans. Après, je suis allée travailler chez Azzaro. Quand je suis arrivé, c’était comme une maison de couture en fait, ils ne faisaient pas de prêt à porter.  Ils voulaient relancer le prêt à porter. J’ai travaillé avec Mr Azzaro, mais là c’était le contraire de tout ce que j’avais fait avant, parce que j’ai travaillé presque toute seule avec Loris Azzaro, parce qu’il n’y avait pas vraiment de studio. Donc, le studio c’était moi. Je crois que mon poste était directrice du studio mais c’était que moi. Je n’avais jamais vraiment dessiné jusque-là. Parce que chez Chanel, c’est Karl qui dessinait, donc souvent je développais ses idées, je faisais beaucoup aussi, je choisissais les couleurs, les assemblages de matières, de couleurs, des choses ça, comme une décoration mais il y avait presque comme un tabou. Et après, chez Saint-Laurent, où je m’occupais des accessoires, j’ai travaillé avec des équipes de stylistes. Je faisais le lien entre Tom Ford et ses équipes mais je n’avais jamais vraiment dessiné. Et donc, c’est avec Azzaro que j’ai commencé à dessiner. Il m’a laissé, on a fait une petite collection de prêt à porter. Je crois qu’il y avait 30 modèles.  Et il m’avait laissé dessiner douze. Je crois que lui il en a fait douze et après, on avait ressorti des robes qu’on avait retravaillé, des années 70 qu’on avait retravaillé ensemble. Et c’est vraiment comme ça que j’ai mis le pied à l’étrier. Loris Azzaro, en fait, était en phase terminale de cancer et il est mort juste après que la collection a été lancée, avec grand succès, parce que, en tout cas un succès d’estime, parce que Carine Roitfeld, qui était rédactrice en chef de Vogue français, avait complètement flashé dessus et elle avait fait tout un papier dans le Vogue. Et Maria Luisa était venue acheter. Donc il y avait tous les indicateurs pour un succès potentiel et il a vu ça avant qu’il meurt. C’était déjà super. Et forte de ça, la direction à l’époque, les propriétaires m’ont dit tu peux continuer. Et, je ne m’attendais pas, ça m’est un peu tombé dessus. Mais en même temps, comme il n’y avait pas un enjeu commercial dingue parce qu’on démarrait.

Il n’y avait pas des boutiques dans le monde entier.

Voilà. On avait une boutique. Voilà, ils m’ont vraiment laissé faire à ma manière. Parce que je pense qu’à cette époque ils avaient plus une stratégie, de penser, de créer une image pour après avoir des licences, des choses comme ça. Et finalement, ça a plutôt très bien marché parce que, tout est relatif, mais on a commencé vraiment, on avait beaucoup de presse, même aux Etats-Unis.

Comment vous expliquez ce succès d’ailleurs à l’époque ?

Je pense que c’était assez authentique. En plus je n’avais même pas de défilé, je faisais des petites présentations, j’avais deux mannequins cabine. Mais par contre, le showroom était assez joli. On aurait dit une boîte de nuit, il était tout en miroirs. Et donc, les propriétaires avaient aussi un champagne, un très bon champagne, donc voilà, on n’avait pas de moyens mais j’avais du champagne, j’avais de jolis showroom. Et du coup, on faisait comme des petites chorégraphies après Bertrand. Bertrand choisissait des musiques un peu insolites. Tout était un peu chorégraphié. C’était presque une petite revue de cabaret.

C’était fait avec beaucoup de sensibilité et beaucoup de créativité.

Voilà, et moi, j’accueillais, comme si j’étais chez moi. Et les filles de mon équipe étaient toutes charmantes. Du coup, il y avait un charme et je pense que quelques part,  à côté des grands défilés, les gens, quand ils arrivaient, il y avait un truc un peu charmant, un peu authentique qui les changeaient et ils étaient touchés. Je crois que c’était un moment de grâce comme ça. Et c’est vrai qu’en plus, j’habillais même à Hollywood, pleins de stars. Enfin, voilà il y avait vraiment. Et en resell, comme on commençait à avoir, on avait des grands magasins américains, on avait une liste boutique qui nous portait qui était génial. Après ça a été racheté et ils ont continué le développement mais bon, au bout d’un moment, je pense qu’on est arrivé à un moment, pour diverses raisons, je pense qu’il était temps de changer. J’ai quitté Azzaro en 2011. Donc voilà, moi qui avais toujours été salarié… Et j’ai eu ma fille 9 mois avant. Je suis partie de Azzaro je crois que ma fille avait 9 mois. Et donc, oui, c’était un de mes moments un peu creux de ma carrière parce que je me suis posé beaucoup de questions.

On se pose quoi comme question d’ailleurs à ce moment-là ?

En fait, c’était énervant parce qu’il y avait plein de gens qui me disaient, ah c’est super. J’avais l’impression que c’était fini pour moi. Parce que les gens me disaient Ah oui, c’est génial maintenant tu as un enfant, tu vas pouvoir t’occuper de ton enfant. Et en fait, même si j’aime ma fille beaucoup, évidemment ça me tient à cœur d’être une bonne mère mais ça m’intéresse vraiment de faire mon métier. Et j’ai la preuve, parce que je pense que je n’aurais jamais eu ce creux dans ma carrière, j’aurais toujours pu avoir le fantasme que j’aurais été une mère incroyable et que ça m’aurait suffi. Mais j’ai la preuve, je sais que, même si j’aime être mère, ça me manque si je ne fais pas mon métier. C’est une passion, je n’y peux rien. Parfois j’aimerais bien ne pas l’avoir. Donc en fait, au début, j’ai commencé à faire des collections capsules pour APC.

Comment vous vous êtes rencontrés avec APC ?

Bertrand, mon mari, Bertrand Burgalat et moi, on était ami avec Jean et Judith Touitou, qui sont les propriétaires et créateurs de APC. Et, ils avaient été, heureusement, d’un grand soutien après Azzaro. Et puis, ils voient que j’étais super fan de la marque, je l’ai toujours été, j’ai toujours adoré mélanger APC avec des pièces plus couture. Et en plus, après Lazaro, j’avais presque besoin de me nettoyer. Du coup, je ne mettais plus du tout mes vêtements, et je m’habillais presque qu’en APC. Et je pense que Judith a remarqué ça, ils devaient voir que j’étais une très bonne cliente à la boutique. Et donc elle m’a dit, je pense que vraiment c’est né très spontanément comme ça. Et, je pense que c’était une bonne idée parce que c’est vrai que je comprenais vraiment bien la marque. Et d’ailleurs, tout de suite ça a eu pas mal de succès. Parallèlement à ça, j’ai aussi suivi des désirs que j’avais toujours d’être costumière. J’ai travaillé pour le cinéma, pour un film de Valérie Donzelli. Et aussi pour le théâtre, j’ai habillé, pour le Théâtre du Châtelet, Les Parapluies de Cherbourg.  Et pour finir donc, après 6 collections capsule qui vraiment marchaient bien, du coup ça marchait tellement bien que Jean m’a proposé de créer ma marque. Et donc là, on arrive en, je crois que l’on était 2014.

Et ça s’est fait comment d’ailleurs cette chose ? C’était un objectif pour vous de lancer votre marque, ou ça s’est vraiment fait petit à petit ?

C’est vrai qu’après Azzaro, après m’être autant investi, je pense que chaque créateur est différent. Je sais que j’ai, je suis quelqu’un de très entière et je ne peux pas faire, malheureusement et je pense que c’est un défaut, je ne mets pas assez de recul dans mon métier donc je m’investis beaucoup. Et vraiment avec Azzaro, j’ai mis beaucoup de mon âme dedans et donc après ça de me dire que ça pouvait s’arrêter, je me suis dit, quitte à refaire ça, parce on met vraiment partie de soi, autant le faire à mon nom. Donc c’est vrai qu’il y avait pas mal de gens qui m’ont appelé après pour reprendre des maisons. Parfois c’était même des maisons qui existaient plus comme, je ne peux pas dire des noms mais des maisons qu’il fallait complètement relancer, il n’y avait plus rien. Et je disais mais pourquoi pas lancer ma marque ? Et je sentais que la plupart des financiers, vraiment, ça les rassuraient d’avoir un nom. Même si c’était un nom dont on avait plus entendu depuis longtemps, c’était rassurant et c’était assez frustrant pour moi. Et c’est vrai que je trouve vraiment, Jean Tuitou, il a été génial parce que c’est courageux en plus. On était quand même dans un contexte, je vois même les grands groupes c’est rare qu’ils lancent un créateur de zéro. Et c’est vrai que, franchement, je ne pense pas que j’aurais fait le parcours sinon des jeunes créateurs. Déjà j’étais plus jeune et parce que j’avais trop d’expérience pour pouvoir commencer un truc où j’allais coudre moi-même les vêtements. On me proposait des grandes maisons donc c’était compliqué. Donc voilà, c’était génial, c’était vraiment, oui, c’était un rêve.

Mais, ça, c’est venu de vous ou c’est venu de discussions le soir ?

Non, c’est vraiment venu de Jean. Ça a été, c’est lui qui m’a proposé ça mais c’était, j’avoue que c’était mon rêve parce que j’adorais, j’adore travailler avec eux. Je les respecte, je trouve qu’ils ont un parcours singulier, c’est des gens singuliers et voilà. Parce que voilà, c’est avec qui on le fait parce que pour lancer sa marque, il faut quand même un partenaire industriel. Je pense, sauf si on est très jeune et qu’on est prêt à, je ne sais pas, coudre. Mais à mon niveau, il me fallait un partenaire financier mais industriel.

Quelqu’un qui connaissait le métier

Voilà. Parce que financier franchement… Il y avait des gens qui m’avaient proposé de monter mais c’est quand même, ce n’est pas que un créateur et de l’argent. Il y a toute une équipe derrière. Et ce qui a été génial pour moi, c’est que j’ai bénéficié de tout le savoir-faire d’APC.

D’ailleurs, comment ça fonctionne aujourd’hui ? Vous êtes donc rattaché à APC ou vous avez votre propre équipe. Comment est-ce que ça fonctionne ?

Au départ, c’était, on était vraiment comme, moi j’appelle la maque VS parce que je n’ose pas dire mon nom. Mais, voilà on était vraiment en immersion chez APC. C’est-à-dire que, en propre, je crois que j’avais une directrice marketing en propre et une directrice commerciale.

Et tout le reste de l’équipe c’était des équipes APC ?

Tout le reste de l’équipe c’était des équipes APC qui travaillaient sur les deux. La seule chose, c’est que, évidemment, au bout d’un moment, ça a grandi et voilà on sentait peu à peu que… Je crois que ça a commencé avec les chefs de produit. Mais voilà les gens c’était beaucoup pour eux de faire les deux marques. Donc aujourd’hui, on a un peu scindé les deux structures. Il reste quand même des structures en commun comme la production, des choses comme ça. Mais sinon on a quand même scindé parce que c’est quand même, c’est aussi important, et voilà, je sentais qu’il y avait beaucoup de gens qui étaient, ils ont tous été incroyables parce que tout le monde, je pense qu’ils ont beaucoup, beaucoup travaillé là pendant quelques années.

Mais c’est super excitant aussi pour eux, c’est hyper gratifiant. C’est l’effervescence du démarrage.

Je pense. Mais voilà au bout d’un moment, je pense que c’était nécessaire d’embaucher plus de personnes en propre. C’est marrant parce que c’est une petite équipe, presque comme une startup et en même temps, on a le soutien…

D’un grand groupe

Voilà. Et 4 boutiques. C’est vraiment, je pense, un modèle assez particulier parce que même en général on attend un peu plus longtemps avant de faire des boutiques.

Mais c’est unique au monde, je ne connais pas d’autres exemples comme ça.

C’est unique au monde mais je pense aussi que c’est dû au savoir-faire d’APC. Ils sont quand même extrêmement forts pour ouvrir des boutiques, de trouver des bons emplacements, ils ont quand même…

Un savoir-faire extraordinaire.

Un savoir-faire extraordinaire. C’est sûr que même avec des financiers je n’aurais jamais pu faire ça.

Et quand vous avez créé l’image de marque Vanessa Seward, c’est quoi la question qu’on se pose ? Parce que j’imagine, qu’au départ le danger, comme on est à l’intérieur de l’APC, le danger c’est de ressembler un peu trop à APC et de cannibaliser finalement APC. Comment on fait pour ?

C’est exactement ça. C’est vrai que je pense qu’il y a plein de choses qu’on ne se rend pas forcément compte, c’est en faisant qu’on se rend compte. Et je pense que c’était un des pièges parce qu’à force d’avoir beaucoup de choses en commun. Et puis, évidemment en tant que créatrice, forcément je suis sensible à mon environnement. Quand je travaillais chez Chanel… Et je pense aujourd’hui, toutes ces maisons font partie de mon identité. Quand j’étais chez Azzaro, j’étais beaucoup plus dans le sexy, quand j’étais chez APC…

Vous vous appropriez l’image de la marque.

Voilà, ça fait sortir un côté de chez toi qui ressemble plus à la marque. Forcément il fallait un peu me réinventer et sortir de ça. Mais c’est vrai que les premières collections, je pense que j’étais sûrement un peu trop proche. Donc après il a fallu, je pense d’ailleurs pour les deux marques, parce que même APC du coup, je pense qu’on s’est rapproché et du coup il fallait qu’on se rescinde, même au niveau de l’image.

Comment on fait pour, moi c’est une question que je me pose tout le temps en tant que designer, comment on fait pour se renouveler à chaque saison tout en continuant à creuser le sillon et en gardant son image très forte ?

En plus, je comprends que tu te poses la question et on se la pose d’autant plus fort quand on est en train de créer une marque. Parce qu’en fait, quand tu crées une marque, il faut, pour moi, j’ai vu ça même chez Azzaro parce que j’ai relancé le prêt à porter. Donc il fallait quand même créer des codes. J’ai appris ça chez Chanel parce que j’ai vu comment Karl travaillait et j’étais quand même en relancement de Saint-Laurent. Je me suis rendu compte que la chose la plus importante c’est créer une identité. Parce que si t’as, parce qu’en plus on m’a tellement sollicité, je veux pas exagéré, mais on m’a un peu sollicité pour, justement, donner des identités à des marques. Je sais très bien que c’est aussi souvent ce qui manque.

C’est quoi les fondamentaux ? Qu’est-ce qu’il faut ?

Justement, je pense que c’est tout un équilibre entre des choses qu’il faut répéter parce que c’est important de répéter des choses parce que c’est là où on crée et intégrer à chaque collection des nouveautés. C’est un peu comme si on fait la cuisine, il faut garder quelques ingrédients qu’il faut un peu martelé parce que pour moi il ne faut pas se renouveler complètement chaque saison parce que c’est là on n’a pas d’identité. Donc c’est vraiment essayer de prendre du recul. Et puis, chaque fois on voit aussi le truc qui résonne chez les gens, où les gens peuvent accepter, ou des choses que des gens ne veulent pas à ce moment-là chez toi. J’ai vu, bizarrement, alors que j’ai vraiment un parcours qui est plutôt luxe, j’ai une vraie légitimité dans les jeans féminins qui vont bien aux formes des filles. Quelque part on pourrait se dire que ce n’était pas forcément là qu’on allait m’attendre mais peut-être c’est grâce à cette association avec APC, mais quand je fais du jean, en général ça marche très bien. Par contre je n’aurai, normalement je me serais dit tout ce qui est soir, cocktail tout ça, j’aurais cartonné avec Azzaro, quelque part c’est quelque chose que j’ai un peu plus de mal. Mais je n’abandonne pas. Mais voilà ce n’est pas ce qui, ce qui part en premier dans mes collections. Mon cœur de cible c’est vraiment le flou par contre, parce que j’ai une formation floue, les robes, les blouses, les imprimés, voilà, tout ça un peu…

Ça c’est l’ADN, c’est vraiment les fondamentaux

Voilà, les fondamentaux. Mais après j’essaie quand même d’introduire des ingrédients nouveaux chaque fois et puis je vois ce qui …

Comment c’est ressenti par la clientèle

Voilà. Et quand, il y a quelque chose qui est bien ressenti, je le martèle pour créer cette identité.

Très bien et comment vous travaillez avec les équipes d’APC. J’imagine que vous êtes en contact direct avec le merch, avec le marketing et avec les chefs de produit etc. Quand on est créateur, souvent on a le sentiment, enfin, le sentiment que donnent les créateurs, c’est que c’est un peu des artistes et qu’ils ne touchent pas au, et que le commerce c’est mauvais, c’est mal etc. Et la mode, c’est tout sauf, ça reste du commerce avant tout. C’est la conjoncture entre un truc très créatif mais très commercial en même temps. Comment on travaille avec le merch et le marketing ?

Je pense que si on travaille avec quelqu’un d’intelligent, tout passe. Je pense que si on sent qu’en face on a quelqu’un d’intelligent, qui est respectueux de la création, mais en tant que créateur on a aussi besoin d’être, j’’aime pas le mot, mais challenger. Je déteste ce mot parce que je pense qu’il ne faut pas trop non plus. Mais je pense que c’est bien. Mais c’est un peu à quel moment il arrive. Je pense que ce qui est important c’est qu’il arrive après, c’est-à-dire que c’est important qu’on puisse laisser le créateur avoir la première impression créative et c’est un peu pour moi l’idéal, c’est de travailler en étapes. Et que du coup, après, une fois que le produit né, à ce moment-là le marketing, souvent ils ont des idées brillantes et souvent c’est des meilleures ventes. Moi en tout cas, pour ma marque, j’ai envie que ça marche. Je ne fais pas une vitrine pour

Pour aller chez LVMH.

Non, je ne fais pas une vitrine pour ça. Je veux que cette marche marche, fonctionne. Donc si je sens que, je ne vais pas me battre contre une demande commerciale. Pour moi, commercial c’est pas…

C’est pas un gros mot ?

Voilà.  C’est bien.

Vous travaillez avec votre mari Bertrand Burgalat sur toute la conception de la musique, vous lui donnez carte blanche ? Comment ça fonctionne ? C’est quoi votre collaboration artistique ?

Avec tous les artistes avec qui je travaille, parce qu’il y a donc évidemment Bertrand, mais il y a pu avoir, il y a Jason Glasser avec qui je fais des imprimés, Laurent Deroo, qui est l’architecte. Moi j’ai toujours, ‘aime toujours donner pas mal de liberté aux artistes, j’aime beaucoup qu’il y ait un échange. Donc, en général, Bertrand, évidemment c’est celui que j’ai moins besoin de donner d’input parce que c’est lui qui me connaît le mieux et qui me côtoie tous les jours. Donc lui, presque, je lui donne presque rien. A la limite, pour les collections je lui montre juste les passages et je le laisse vraiment rebondir. Mais sinon, même avec les autres, souvent je donne des indications mais j’aime vraiment bien que eux amènent quelque chose. Pour moi, une bonne collaboration, c’est quand les deux univers se croisent.

Donc vous les laisser venir avec leurs propositions et ensuite vous vous adaptez ou vous envoyez un board d’inspiration, de choses que vous aimez beaucoup, par exemple, l’architecture comment vous faites ?

Pour les boutiques justement, je pense que Lurent Deroo s’est vraiment inspiré de mon univers et après je trouve que le résultat est assez bluffant parce que ça lui ressemble et ça me ressemble. C’est là où c’est réussi, j’aime bien qu’il y ait la pâte des deux côtés. 

Récemment vous avez travaillé avec Franck Durand sur la dernière campagne, que j’aime beaucoup, comment vous, typiquement est-ce que vous pouvez nous expliquer le processus de le guider jusqu’à la production ?

Campagne S/S 2018 Vanessa Seward par Atelier Franck Durand

Franck aussi est quelqu’un que je respecte beaucoup artistiquement. Et avec qui j’avais déjà travaillé chez Azzaro. Et voilà, et que je sais, voilà ce qui m’intéresse avec tous ces artistes, c’est que une fois que je vois qu’ils ont compris mon univers, ce qui m’intéresse c’est avoir leur interprétation de mon univers. Et moi j’aime beaucoup le goût de Franck et tout ça. Donc ce qui m’intéresse c’est un peu du coup, où il va emmener mon univers. Et donc, en fait, c’est vraiment lui qui m’a proposé de, justement je me rappelle quand il m’a proposé le projet c’était un peu, Vanessa va faire ses courses et tout ça et évidemment complètement idéalisé parce que la fille est sublime…

Ya une super belle voiture.

Voilà, c’est ça. Voilà donc, pour moi, c’est un vrai honneur de voir mon travail à travers les yeux de gens comme ça parce qu’ils le subliment, ils l’emmènent ailleurs.

Super. Vous avez un partenaire financier, enfin un partenaire industriel, ce n’est pas que financier c’est industriel aussi. Vous avez un budget limité, mais si vous avez un budget illimité, qu’est-ce que vous feriez ?

Je pense, aujourd’hui, un budget illimité pourrait quand même aider pour pas mal de choses. Par exemple, je ne peux même pas imaginer avec un budget illimité. Je crois que même ça me fait peur le budget illimité. Mais avec un peu plus de budget ce qui pourrait rendre la vie facile ça pourrait être par exemple j’aimerais pouvoir être annonceur. Je trouve que quand on est pas annonceur, on a moins de prise. En plus voilà, je comprends qu’aujourd’hui il y a une crise dans la presse et que du coup les annonceurs ont d’autant plus importance. Et voilà, donc ce serait plus facile, je pense. Mais bon j’ai quand même la chance d’être soutenu par la presse malgré ce fait. Mais voilà, il y a des choses comme ça je pense. Je pense qu’il y a plein, je pourrais développer plus certaines catégories de produits comme les accessoires que pour le moment restent… Il pourrait y avoir plein de choses. Je pense que ce qui est important quand même, c’est dans toute croissance qu’elle soit plutôt organique parce qu’il faut quand même absorber le travail. Je pense que chaque fois quand même dans la mode c’est des microcosmes, on a des studios et des organisations, donc on ne peut pas les chambouler du jour au lendemain.

Justement comment choisissez-vous vos collaborateurs?

Créativement, j’ai ceux dont je vous ai parlé. Sur la collection elle-même, je travaille aussi depuis très longtemps avec une styliste accessoire parce que c’est moi qui dessine tout le prêt à porter mais pour les accessoires je travaille avec une fille que j’ai rencontré chez Saint-Laurent et après qui a travaillé avec moi chez Azzaro et aujourd’hui travaille avec moi, qui s’appelle Sylvie Mauclair. Elle travaille en freelance mais on se connaît tellement bien que c’est génial. Evidemment on a besoin de parler, mais encore une fois, c’est vraiment quelqu’un, elle me connaît bien. Du coup, même sur la collection, elle fait des recherches avec moi. C’est très agréable. Donc voilà, je travaille depuis longtemps parce que j’ai rencontré chez Saint Laurent, avec une jeune femme qui s’appelle Sylvie Mauclair, sur les accessoires. Et voilà, c’est super parce que sur les accessoires et sur les recherches sur la collection. Et sinon, j’ai enfin une directrice de collection dédiée ce qui me change beaucoup la vie aussi. J’ai une assistante qui vient de Berçot qui est géniale. Voilà, on est une petite équipe mais une …

Une petite équipe mais qui est soudée, un microcosme qui fonctionne très bien. Qu’est-ce que vous ne déléguer jamais ?

Le dessin pour le moment. Pour le moment, mais je peux, je pourrais, je pense que le jour que ça va grandir je pourrais déléguer une partie. Mais pour le moment je ne sais pas, bizarrement je me sentirais presque malhonnête de pas dessiner.

Ouais avec son propre nom sur la boutique c’est compliqué.

Oui et je me dis pour le démarrage d’une marque, c’est important d’avoir une vraie impulsion, une vraie pate. Je me dis pour le moment où on en est dans la marque c’est important. Je pense que ce sera pour la prochaine étape. Aujourd’hui, il faut qu’on puisse identifier une femme. Je pense que c’est important mais après je ne serai pas contre du tout de déléguer. Au contraire, on ne peut pas tout faire mais disons qu’aujourd’hui, pour le moment, j’aime bien dessiner la collection.

Pendant toute votre carrière, vous avez eu des moments de doute, comment on fait face aux moments de doutes ? Comment avez-vous réussi à y faire face ?

Parce que j’ai beaucoup douté et je pense que en fait, le meilleur remède c’est le travail. Là par exemple, je suis à une semaine de présentation d’une collection et je vois que j’ai mal au ventre mais je vois des choses qui me calme le plus c’est de travailler. Donc je travaille déjà sur la prochaine collection et dès que je commence à travailler je me sens mieux.

Vous êtes hyper déterminé et votre carrière le montre, le prouve, c’est quoi votre moteur ?

En fait, il y a deux choses. Premier moteur, je pense que je dois avoir quelque chose à prouver et que quelque part.

Ça prend naissance dans l’enfance, dans l’éducation ?

Oui et puis voilà ce qui prend naissance, c’est qu’en fait j’ai une mère qui est, qui a été très obsédée par l’apparence. Donc très petite, j’ai compris que, je ne sais pas, pour une femme l’apparence c’était quelque chose de très important. Et puis, comme j’étais maladivement timide, j’ai compris aussi le pouvoir que les vêtements pouvaient donner. C’est-à-dire que très jeune, je me suis fait remarquer par mes looks. Que ce soit dans la rue ou dans des boîtes de nuit ou chez Chanel parce que j’étais très timide, donc les gens me remarquaient parce que je me faisais des looks avec pas grand-chose.  Et puis, je voyais qu’un vêtement pouvait donner vraiment confiance aux femmes. Et moi c’est ça que je cherche à travers mes vêtements. C’est pouvoir faire des vêtements qui, quand une femme le met, ça ne l’éclipse pas, que ça met sa personnalité en avant et ça lui donne cette confiance. Et je sais qu’il y a certains vêtements, il a certaines robes, qu’on le met et on se sent plus forte. C’est gagné quand tu oublies ce que tu portes parce que juste ça te donne cette confiance et on sait quand on est en mieux. Moi je sais que quand j’ai une grande soirée comme je suis très timide toujours ça me, et si je sais déjà ce que je vais mettre, je sais que je vais être bien, déjà moitié de mon trac est parti. Et c’est ça, j’essaie vraiment de faire des vêtements.

J’ai lu dans un interview « il y a longtemps si on ne me donnait pas la place, je ne le prenais pas »

Oui, c’est vrai.

Est-ce que maintenant vous la prenez et est-ce qu’il faut la prendre pour aller plus vite dans sa carrière ?

C’est quelque chose que je travaille dessus. Mais non, pour le moment, je pense que j’ai encore ce, c’est un peu comme un handicap. J’ai eu la chance parce que, quand même dans ma vie on m’a beaucoup donné ma place, et après je l’ai pris avec plus ou moins mais on me l’a beaucoup donné mais c’est vrai que après je travaille dessus. Pour moi l’idéal, c’est pouvoir savoir s’imposer. Qu’on est un geste avec du naturel, avoir cette autorité naturelle…

Sans mettre le pied dans la porte.

C’est exact.

On va passer aux questions de la fin. Qu’est-ce qui vous impressionne vraiment en ce moment dans le monde de la mode ? Que ce soit des créateurs ou des retailers ? Quelqu’un qui, pas que vous admirez mais quelqu’un que vous vous trouvez bon, particulièrement créatif, sa vision est intéressante, ou son succès est intéressant ?

Il y a plein de modèles différents. Par exemple, Raf Simons, c’est quelqu’un que j’admire pas mal parce que je trouve qu’il a quand même une ligne qui sait s’adapter à chaque maison. Mais voilà,

C’est toujours Raf Simons.

C’est exactement ce dont je parle, cette intersection entre les deux identités. Je trouve qu’il sait mettre chaque fois la marque en valeur et garder son identité. Je trouve qu’il réussit bien ça et c’est intéressant. Je trouve que quelqu’un comme Hedi Slimane est quand même brillant dans son approche des marques. Et justement, c’est sûrement beaucoup sur des produits, mais il arrive bien à faire un produit désirable pour les femmes donc j’admire ça. Parce qu’en il faut aussi, comme on disait tout à l’heure, la création mais c’est quand même aussi une finalité commerciale, et d’avoir, de pouvoir créer ce désir.

Ça vous interpelle. Si vous pouviez recommencer quelque chose dans votre carrière, qu’est-ce que vous feriez différemment ?

C’est une bonne question. Je pense que mon pire ennemi c’est moi-même. Je pense que c’est justement c’est un peu ma timidité. Peut-être justement j’aimerais bien pouvoir… Ma bonne éducation est parfois pas bonne, parce que je pense que ça m’empêche peut être de dire les choses plus simplement. Elle me rend peut-être trop maniérée. Je travaille dessus mais j’aurais préféré ça. Je pense que si j’avais été « un peu moins bien élevé » ça aurait été mieux pour tout le monde.

Donc là je rebondis en posant la question, qu’est-ce que ce que vous donneriez comme conseil à Vanessa à 20 ans ?

D’être plus simple,  d’être plus direct. C’est horrible parce que parfois j’aimerais presque lui dire de moins prendre les choses à cœur mais en même temps c’est pour ça aussi que je pense qu’on est…

Qu’on avance.

Oui et puis même gratuitement, je pense qu’on est meilleur quand on prend les choses à cœur. Mais, voilà, en même temps, ce n’est pas le chemin le plus facile ou le plus épanouissant.

Une dernière question pour passer le relais, qui souhaiteriez-vous entendre dans ce podcast ?

Peut-être Natacha Ramsay qui vient de reprendre Chloé pour voir comment elle envisage tout ça.

J’adorerais l’interviewer si vous pouvez me présenter je serai ravi. Merci pour tout Vanessa.

Merci

Je vous souhaite beaucoup de chance dans votre marque et dans votre dans votre vie personnelle. A très bientôt.

 

#19 Caroline Perdrix & Alexia Tronel – Atelier Bartavelle – Ça nous donne accès à des vies incroyables

Ecouter sur Apple/ iTune

Dans ce 19ème épisode nous accueillons Caroline Perdrix et Alexia Tronel , elle sont les co-fondatrices de Atelier Bartavelle, une marque de vêtement féminine et unisexe basée entre Paris et Marseille.

Dans cet épisode elles reviennent sur leurs parcours, leur rencontre, le démarrage de leur marque, leur nombreuses collaborations et leur expérience des concours ainsi que leur incubation aux Ateliers de Paris. J’ai adoré interviewer Caroline et Alexia, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à les écouter.

Et surtout, Bonne écoute!

Credit photo: Juliette Hautemulle

Invité : Caroline Perdrix & Alexia Tronel

 

Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans « Entreprendre dans la mode ». Aujourd’hui, je suis chez Atelier Bartavelle avec Caroline Perdrix et Alexia Tronel. Bonjour à toutes les deux.

 

Bonjour Adrien

 

Bonjour Adrien

 

Pour commencer, est-ce que je peux vous demander de vous présenter s’il vous plaît ?

 

Moi, je suis Alexia Tronel, cofondatrice de l’atelier Bartavelle et en charge de toute la partie développement de la marque.

 

Et je suis Caroline Perdrix et je m’occupe de la direction artistique et du stylisme chez atelier Bartavelle.

 

Très bien. Alors, comme je pose toujours à mes invités, est-ce que vous pouvez reprendre, toutes les deux, votre parcours depuis vos études supérieures ou pas, jusqu’à aujourd’hui finalement et surtout jusqu’au lancement de Atelier Bartavelle.

 

Du coup, je commence, je suis Caroline. J’ai fait l’école de la Chambre Syndicale à Paris. Ensuite, j’ai fait un échange avec les Arts Décoratifs à Paris aussi. Après ça, j’ai travaillé chez Louis Vuitton au Studio sous Marc Jacobs. Et après, je suis partie en Angleterre. J’ai travaillé pour David Koma, pour Saloni, Milena Silvano. Et ensuite, je suis rentré à Paris, j’ai gagné un concours pour Marseille-Provence 2013 et c’était réaliser une collection artisanale qui a été exposée au MuCEM ensuite. Et c’est à peu près là que j’ai rencontré Alexia qui, du coup, souhaitait monter une marque engagée. Donc voilà, Alexia je vais te laisser te présenter.

 

Donc moi, Alexia. J’ai un parcours plus atypique, un peu plus sinueux. Je suis diplômé en Sciences Politiques et en Economie. J’ai fait mes premiers échanges à l’étranger, en Australie, et là j’ai découvert le développement durable. Et, en revenant à Paris je me suis vraiment spécialisée là-dedans et j’ai travaillé plusieurs années sur des projets à l’étranger, en France, en entreprise, en ONG et à l’ONU focus développement durable. Et, du coup, j’ai eu un déclic après avoir organisé à Paris des grands événements qui rassemblaient tous les acteurs du développement durable, en me disant que la mode était très absente de ces rendez-vous. Et en étant très entourée de créative, je me suis dit que j’avais envie de devenir entrepreneur et d’apporter un autre regard sur cette mode. C’est un gros résumé.

 

Très bien. Et donc comment vous vous êtes rencontrées toutes les deux finalement ? Racontez-moi votre rencontre.

 

Ça partait, à la base c’était moi qui me suis lancée sur cette idée de projet dans la mode. J’avais en tête de faire ce projet-là avec ma sœur et il se trouve que ce n’était pas du tout le bon moment. En fait, j’étais quand même convaincue que je voulais continuer. J’ai commencé à rencontrer des stylistes.

 

Et t’as été taper à quelles portes d’ailleurs à l’époque ?

 

Pour rencontrer des stylistes ? Que réseau, des personnes de confiance, vraiment informelle. En fait, je n’y allais pas si c’était pour rencontrer quelqu’un qui ne correspondait pas du tout à une vraie démarche. Et, en fait, Caroline est tombée à ce moment-là, par justement d’une personne que j’aime beaucoup, et elle était dans un moment où elle était, elle venait de gagner son prix justement et elle était assez à l’écoute de ce que je pouvais lui proposer. En fait, on s’est rencontrées, on s’est reniflées (désolée du terme imagé). On a bu des cafés pendant tout un moment en se disant, voilà pendant trois mois, en se racontant un petit peu notre vision de la vie, d’une entreprise, d’une marque de mode et elle, ce qu’elle faisait, de moi là d’où je venais. C’est comme ça qu’on a appris à se connaître.

 

Et ça c’est, juste pour remettre les choses dans leur contexte temps, c’était il y a combien de temps ?

 

C’était en 2014. Fin 2013. On a déposé nos statuts d’entreprise en 2014.

 

D’accord. Et comment, qu’est-ce que vous vous êtes dit pour vous dire c’est la bonne personne ? Parce que franchement moi je trouve ça hyper courageux d’aller chercher quelqu’un pour s’associer. Aujourd’hui beaucoup de gens le font comme ça. Mais comment comment tu te dis ok c’est la bonne, let’s go, on va tester.

 

En fait, ce qui, déjà il y a le critère, de prime abord j’aimai bien son travail quand même. Juste, elle m’a montré quand même tous ses dessins, ce qu’elle avait fait. Je voyais un potentiel. Et après, il y a juste, en effet on investit sur une personne, et la façon dont pense une personne c’est juste au-delà de développer des idées, c’est que moi, je me retrouvais dans ce qu’elle disait.

 

On est toutes les deux scorpions.

 

Et ça ça fait la grosse différence tu penses ?

 

Non mais on a beaucoup bossé avec des scorpions. Bizarrement, parce qu’on n’est pas hyper astrologie, mais peut-être que ça veut dire un truc. Et puis, au-delà de ça, on est un bon binôme parce qu’on est très complémentaire. Du coup, moi je m’occupe vraiment de la direction artistique, de l’image, des dessins et des choix de matières, des couleurs, des formes. Bien sûr, je demande à Alexia ce qu’elle en pense mais c’est quand même moi qui décide tout. Et puis Alex elle a sa partie à elle, on est vraiment.

 

Vous n’empiétez pas l’une sur l’autre quoi ? Chacun a son job.

 

Non, est c’est ce qui fait aussi que notre binôme marche bien, c’est que l’on se fait confiance. Moi je fais vraiment confiance à Alex, je ne vérifie pas ce qu’elle a fait, elle fait ce qu’elle a à faire et moi aussi. Et ça marche comme ça. Ça marche bien. Il n’y a pas de problème d’ego.

 

Ça me fait penser à, parce que j’avais interviewé Marie-France Cohen de Merci, Bonpoint, Démodé, et elle disait ça. Parce que donc, elle, elle a entrepris avec son mari, et je lui disais mais comment vous faites quoi pour pas vous bouffer le nez. Comment vous vous faisiez parce malheureusement il est décédé ce monsieur, mais elle me disait on avait une très grande confiance chacun l’un en l’autre et surtout on avait chacun notre parti quoi, on s’empiétait pas. Bien sûr chacun a sa vision et a une visibilité sur ce que font les autres mais chacun son job quoi.

 

Quand il y a une vraie interdépendance, parce qu’on est sur un projet de petite échelle, mais on est hyper indépendante et on sait très bien que même si, pendant un moment, l’une fait quelque chose sans tenir informé l’autre, on a confiance.

 

Donc une fois que vous avez bu plein de café ensemble et que vous étiez surexcitée j’imagine, vous avez commencé par quoi finalement ? Comment vous avez posé les bases du projet ?

 

Il y a eu deux volets. En fait, il y a eu le volet vraiment réfléchir à la stratégie et ce qu’on voulait faire en tant que marque. Moi, de mon côté, j’ai vraiment fait une étude de marché, un peu pour nous donner des idées de ce qu’il fallait pas faire, de ce qu’il fallait faire. Les marques engagées aussi, pour voir où ça en étaient, les messages qu’il fallait pas poser. Et après, il y a eu le travail, donc toutes les deux, donc de pouvoir définir l’ADN d’Atelier Bartavelle.

 

Et c’est quoi cet ADN ?

 

Ça a été le travail de Caroline de commencer à dessiner, de définir parce qu’on était parti sur des pièces de dessus au début, de définir quand même, on avait un certain positionnement.

 

Donc l’idée, l’ADN c’est effectivement, comme je suis originaire de Marseille, c’était que toute l’identité soit autour de ça parce que finalement je suis faite de cette région, j’ai grandi là-bas, j’allais dans les calanques tout le temps, avec la mer omniprésente etc. Du coup, c’était de retranscrire ça. Et ensuite de travailler avec des fournisseurs matière de qualité. Pour nous, ça c’était vraiment important parce que ça rejoignait aussi la partie engagée d’Alexia. Du coup, on a commencé par faire une collection d’hiver, donc de pièces de dessus au départ, autour de ces contraintes-là, enfin de ces critères plutôt.

 

Le choix du nom aussi, qui a été une étape assez importante, parce que c’est quand même ce qui détermine beaucoup de choses dans une marque. Là-dessus on en un temps de réflexion parce qu’on était 2, donc est-ce que ça allait s’appeler Caroline Perdrix, Alexia Tronel. Donc on se disait que non, ça n’allait pas du tout. Clairement. On est tombée sur l’Atelier Bartavelle, ça a été, c’était un choix parce qu’en fait ça reprenait quand même le côté, c’est Caroline qui fait la création, qui vient de Marseille et la Bartavelle c’est l’oiseau du midi dans Pagnol. La perdrix. Et il y a aussi, c’est assez compliqué parce qu’en fait, au niveau du droit de la propriété intellectuelle, aujourd’hui, déposer des noms c’est devenu très… Il y a peu de chose de dispo.

 

Et assez fort et qui corresponde à l’ADN de la marque. Et aujourd’hui, c’est quoi, est-ce que vous avez un storytelling autour de la marque ? Quand vous en parlez, donc au-delà de l’ADN.

 

Alors, qu’est-ce que les gens viennent chercher chez vous, chez Atelier Bartavelle ?

 

Il y a déjà tout l’univers de marques. C’est-à-dire l’image qui est très forte, autour de Marseille, de la Méditerranée, des codes qu’on retrouve, ça c’est quelque chose. On vient chercher l’univers solaire, les couleurs, les découpes, les matières. Et après c’est la qualité quand même. Et qui fait qu’on a une clientèle, au-delà d’une clientèle assez jeune sur le côté des pièces plus créa, on a une clientèle qui est âgée ou plus jeune parce qu’ils viennent chercher juste la qualité. Donc des manteaux en laine et soie par exemple.

 

D’accord. Quand vous avez commencé concrètement, comment vous avez financé votre première collection. Expliquez-moi un petit peu ce passage-là.

 

Ça s’est fait assez intuitivement. En fait, on s’est toujours dit on avance étape par étape, on voit, si en fait il y a des choses qui marchent pas dès le début on recule, et voire, on arrête. Pour que ce soit, que notre binôme marche dès le début. Le financement, en fait, il s’est fait par, parce que on avait eu, Caro avait eu ce prix avec Marseille. Donc, en fait, on a eu des banques qui sont venues nous voir dès le début. Ça, ça a été un premier point.

 

Elles sont venues à vous les banques ?

 

On a eu plusieurs banques, parce qu’on a eu, donc on a eu deux banques qui nous ont proposé d’accompagner le projet.

 

Mais ça paraît assez fou parce que d’habitude quand je parle avec des entrepreneurs dans la mode, personne ne veut financer la mode, c’est hyper compliqué etc. Et là ils sont venus naturellement.

 

Non, là franchement, on a eu un prêt bancaire assez facilement. Après aussi parce que je présentais, j’avais tout un business plan.

 

Ouais et puis vous aviez un background, vous étiez, où on avait envie de vous faire confiance parce que derrière sur ton CV, t’as des belles maisons, t‘as une vraie expérience. Vous étiez complémentaires, vous étiez deux.

 

Il y a eu ça donc qui a pris du temps quand même. Mais bon après ce n’était pas non plus un prêt énorme. Mais qui était prévu pour le lancement. Et aussi, on a fait assez vite une campagne KissKissBankBank qui était prévue vraiment pour le côté du développement de la marque engagée. Donc on avait un projet avec des brodeuses en Inde et une grosse ONG américaine.

 

Ça c’était vraiment au tout début ?

Ouais ça c’était tout au début. D’ailleurs, si on regarde en arrière, c’était le début de l’identité, on commençait à formuler notre message. Donc là, cette campagne on l’a ficelé assez vite. Et, en fait, ça nous a vraiment servi, au tout début, à avoir les premiers fonds pour commencer à acheter les matières et à faire nos protos. Parce qu’en fait après la banque ça a pris quand même plus de temps pour avoir de l’argent sur notre compte.

 

Ouais donc l’’amorçage c’était vraiment le KissKissBankBank et ensuite la banque qui apporte des fonds. On parle de montants importants ?

 

KissKissBankBank c’était 10.000 euros et la banque, notre prêt était de 30.000 euros, qu’on a remboursé depuis. C’était vraiment le lancement. Ça nous a servi pour plusieurs collections la banque aussi.

 

Et aujourd’hui, vous arrivez, est-ce que la marque s’autofinance ?

 

La marque s’autofinance, quand on a réussi à avoir notre seuil de rentabilité, donc on est vraiment, on arrive à avoir un modèle économique qui fonctionne.  Après, on a des moments où on a des projets qu’on lance, et là-dessus, on a mis en place, assez vite, un système où on a quelques actionnaires, qui sont de la love money, onc des proches. C’est vraiment l’actionnariat bienveillant, il n’y a pas, c’est des petites sommes qui permettent en augmentation de capital de réinvestir un petit peu pour notre communication. Et c’est surtout que ça nous apporte beaucoup de conseils de personnes qui sont dans l’entrepreneuriat.

 

D’accord.

 

Du coup, on a eu ce levier-là en deuxième étape, en développement et là depuis, on s’autofinance complètement depuis un an.

 

Très bien. Et, c’est marrant, c’est dommage qu’on n’ait pas l’image parce que c’est toute la magie de la radio et de la complicité entre deux cofondatrices.

Elle est créative mais elle a les idées bien claires.

 

Elle est assez pragmatique j’ai l’impression. Quelles ont été les premiers feedback de vos clients ? Les premiers retours de vos clients, aux premières collections et puis au deuxième, au troisième. Est-ce que vous l’avez tout de suite en direct ?

 

Les gens étaient assez enthousiastes, ils trouvaient ça frai, ils trouvaient ça coloré, ils trouvaient ça qualitatif. C’est vrai qu’on était, qu’on est à un certain prix mais au final les gens qui ont nos vêtements maintenant, donc on a des gens qui les ont depuis 4 ans, qui nous disent qu’ils sont vraiment contents de la qualité. On a des clients qui sont revenus et qui ont acheté exactement le même modèle parce que on a des basiques qu’on décline d’une collection sur l’autre et on modifie seulement la qualité, matières. Donc des clients qui reviennent et qui rachètent exactement le même vêtement mais dans un autre tissu. Et on a plutôt eu des retours positifs.

 

En feedback aussi, c’était, à chaque fois on faisait des ventes privées ou des popup, et on avait la femme qui venait essayer et l’homme qui accompagnait, généralement parce que c’était la balade du dimanche, et en fait, ça nous a vraiment poussés à nous lancer dans des modèles unisexes parce que c’était vraiment, on a eu un super bel accueil de la part des hommes. Justement je pense que c’est le côté quali, ils voient des découpes qui intéressaient beaucoup l’homme.

 

Très bien. Il y a deux questions qui me viennes quand je vous écoute. Au début, vous aviez combien de produits, vous aviez combien d’items, de références et combien vous en êtes aujourd’hui ? Est-ce que ça a évolué ? Est-ce que vous avez fait grandir le nombre de références ? Et puis, tu as parlé de retail aussi, de points de vente, comment ça se passe ? Est-ce que vous êtes en all sale, est-ce que vous êtes qu’en vente directe etc ? Est-ce qu’on peut aborder ces deux sujets là-aussi.

 

Au début, on avait un modèle qui été tourné sur, on avait une stratégie all sales. On a commencé par des salons, on a fait Tranoï pour commencer, Manwoman, pour arriver dans un showroom l’hiver dernier, en février dernier. On a fait trois saisons dans un showroom qui s’appelle Thomas Dufour dans le marais. Donc c’était vraiment, on a eu des points de vente comme ça, très vite. Europe du Nord beaucoup par le côté les découpes, la structure des pièces. Japon et Chine en premier. Et j’ai perdu le fil de ta question. Là, on est sur un changement. Là, on a décidé, en fait, après la collection, la dernière collection qu’on a présentée en février dernier, de passer qu’en direct, qu’en vente directe, de ne plus avoir d’intermédiaire parce qu’en fait on voulait vraiment promouvoir la façon de penser la mode qu’on a, donc ça veut dire qu’avec des collections, des séries limitées qui sont beaucoup plus fréquentes et qui ne sont pas un calendrier forcément coordonnées avec les FashionWeek.

 

Pourquoi ce changement ?

 

En fait, il y a plein de facteurs. Il y a le facteur créa, d’avoir un temps plus…

 

Pour le facteur créa je reprends. Du coup, nous, donc j’ai dessiné 7 collections, c’était super et ça nous a permis aussi d’instaurer notre identité, de pouvoir faire des shooting, de l’image, enfin d’être accroché à un modèle salon, showroom etc. Et puis, finalement, au fur et à mesure du temps, je me disais un petit peu, on a pas vraiment le temps de penser une collection, il faut aller super vite, il faut se caler sur ce système-là et ça serait peut être intéressant de penser un peu plus le contexte de la collection et de travailler les vêtements en fonction de ça. Du coup, cette année, l’idée c’est de continuer les collaborations, on avait fait une collaboration avec La Redoute. Là on va en faire une, enfin, on en parlera plus quand ce sera officiel, mais on a deux-trois collabs en cours. Et surtout, là on se lance dans une collection itinérante sur le pourtour de la Méditerranée. On a commencé à Tanger, la prochaine étape c’est Tunis. Et donc c’est de développer une édition limitée en collaboration avec des artisans locaux et des entrepreneurs sociaux. Voilà entre autres à Tunis, on va travailler avec Blue Fish qui est, du coup, une association qui lutte pour la défense du patrimoine autant architectural que artisanal dans toutes les Médina de Tunisie. C’était aussi pour faire évoluer la marque d’une autre manière. Penser à un nouveau système. Prendre le temps de faire les choses. Et voilà une fois, moi en tout cas j’en avais l’envie et puis, le besoin. Et puis, c’est intéressant de se remettre en question, d’essayer des nouveaux systèmes, des nouveaux fonctionnements, c’est toujours enrichissant, comme ça, on n’est pas toujours dans la routine. Même si ça n’a pas été une routine très longue.

 

Je re-rebondis mais ta question sur le nombre de références du début. En fait, ça nous redonne beaucoup de liberté sur comment on refait nos, c’est plus un plan de collection global. On a vraiment, on pense vraiment en fonction de chaque minisérie. Quel est le produit qu’on veut développer. Aussi, c’est dans un modèle où on a pas envie que chaque collection soit périmée juste après qu’elle soit présentée. En fait, c’est vraiment dans une logique qu’on a pensé, et on est vachement contente de ce choix en fait.

 

Ça fait combien de temps ça que vous avez switché ?

 

En fait, ça s’est passé en février dernier, on a présenté notre collection. Après, je suis partie en Chine et on a eu ce temps où on s’est dit on n’a pas le temps de chercher des bons fournisseurs. On voulait d’autres sourcing, encore aller plus loin dans la recherche de matières organiques. On a pris ce temps-là pour faire cette recherche et cette réflexion.

 

Vous vous êtes inspirées de quelqu’un, d’autres marques existantes qui font un peu la même chose, non ? Ou pas du tout ?

 

Je pense qu’il y a réellement une tendance à ça en ce moment. Après, moi j’ai l’impression que c’est aussi la société qui évolue pas mal. Le Fast Fashion qui commence un peu à écœurer tout le monde. Un peu tout ça quoi. C’est peut être une mouvance oui, même c’est sûr, qu’on suit un peu mais parce qu’on se sent concernées, qu’on se sent concernées par les problématiques actuelles.

 

Et puis après, on a lancé la marque on avait réfléchi à dix mille idées incroyables. Et puis qui étaient compliquées à mettre en pratique parce qu’on lançait tout en même temps. Donc voilà, après c’est vrai qu’on a eu ces trois années de lancement et on s’est redit en fait on a envie, on fait ce choix de monter notre marque pour aussi faire changer les choses, créer, innover et le faire avec passion.

 

Oui puis, ce qui est intéressant, c’est que ce n’est jamais gravé dans le marbre et que tu peux toujours switcher, t‘as la chance quand tu es une petite structure encore et que tu as pas des, quand tu es une petite structure tu es beaucoup plus flexible et beaucoup plus agile et tu peux pivoter beaucoup plus facilement.

 

 

STE 092 :

 

Alors, vous avez fait beaucoup de concours déjà, et vous avez été accompagné par quelques structures, est-ce que vous pourriez me parler de ça, tous les concours que vous avez fait, est-ce que ça vous a vraiment boosté ou pas ? Est-ce que vous referiez les mêmes choses ? Et puis, vous avez été aussi incubées aux Ateliers des Paris, et j’aimerais bien que vous me fassiez un petit feedback sur ces 1-2 ans passé là-bas.

 

On a commencé a présenter beaucoup de prix au début parce que ça nous a permis aussi de nous structurer, de développer, d’aller plus vite dans toutes les propositions que l’on allait avoir. Ça ça nous a carrément aider dès le début parce que, justement, cette histoire de banque, ça a marché parce que l’on avait cette crédibilité, on pouvait dire tiens on vient d’avoir tel chose…

 

C’est que tu envoies des signaux positifs à ta banque.

 

C’est ça ouais. Du coup, ça montre que l’on a un projet à suivre, qu’il se passe quelque chose. Donc juste au plan, au point de vue je dirais, pour avancer, ça aide beaucoup à structurer. Après, il y a eu deux prix vraiment qui nous ont beaucoup aidé. C’est le prix Mediterranean Fashion Price, de la MMM, ça a changé  de nom, du coup, on a eu tout un accompagnement par des experts sur le côté commercial, le côté gestion, et même l’identité artistique.

 

C’est vraiment solide, c’était vraiment intéressant, ça vous a vraiment fait avancer ?

 

C’était vraiment sur plusieurs mois avec un expert avec qui on parlait. C’est assez important parce que l’on parle en toute transparence, ils sont au courant de tout. C’est important, de toute façon, en termes de confiance, aussi, d’avoir ce soutien-là.

 

Et puis de se sentir accompagné, de ne pas être tout seul.

 

Et puis c’était la ville de Marseille donc c’était très bien

 

C’était un beau symbole.

 

Et on a été résidentes aux Ateliers de Paris. Là pareil, ça nous a apporté plein de choses parce que on a été, directement on a eu notre premier lieu de travail. Ça nous a permis de pouvoir directement travailler ensemble concrètement et de bénéficier, pareil, d’un accompagnement du réseau de la ville de Paris. C’est plein de conseils, c’est de la visibilité parce que l’on est dans un immeuble où il y a toujours plein de passage, des journalistes qui passent par là. Plein de créatif surtout, c’est une communauté de créateurs, au sens général, donc là il y a plein d’idées qui émergent à ce moment-là.

 

Quand tu es aux ateliers de Paris, tu payes un loyer, comment ça se passe concrètement ? C’est quoi les tenants et les aboutissants ?

 

C’est un petit loyer. C’est aidé, c’est subventionné. La première année, je ne sais plus combien c’est mais c’est vraiment rien du tout. C’est le petit coup de pouce pour commencer. Et la deuxième année, c’est le double. Nous on avait vraiment un espace fermé, c’était notre premier local.

 

Très bien. Je sais que vous avez participé à des Fashion Week, il me semble à Berlin et à Guangzhou

 

Berlin, non je ne me souviens pas. Peut-être dans une autre vie. A Guangzhou oui, qui est Canton en fait. Et ça, c’est arrivé l’année dernière, on a présenté notre collection là-bas. En fait, on a été invité, on a fait un défilé. C’était une super expérience parce qu’il avait le showroom et le défilé et c’était assez intéressant d’arriver sur cette scène qui ne nous connaît pas du tout, de rencontrer des créateurs de l’autre bout du monde et de voir qu’en fait, ils sont hyper intéressés, ils ont vraiment envie de connaître les créateurs français, ou européen, ou autre. Donc on a été assez contente, et commercialement aussi, ça a été un bon

 

Ouais vous avez eu de bon retour ?

 

Ouais des super bons retours. Après, c’est compliqué, parce que c’est un autre mode de fonctionnement au niveau du business donc ça a été une découverte aussi là-dessus d’apprendre comment on deal dans ces moment-là. Mais vraiment on referait.

 

Trop bien. Est-ce qu’on pourrait parler du processus créatif avec Caroline ? Comment tu t’y prends parce que c’est toujours un grand questionnement, même pour moi qui suis designer, c’est toujours intéressant d’avoir…

 

La recette

 

Ouais la recette de chacun des créatifs c’est toujours intéressant.

 

J’ai l’impression qu’il n’y a pas vraiment une recette. De mon côté, j’ai beaucoup de référence que ce soit de l’archi, de la photo, de la vidéo. Je vais beaucoup voir d’expo, depuis toujours. Tu vois dans mon ordi, je me range, j’ai un dossier d’icono où je range par catégorie design, archi et. Et du coup, je travaille aussi pas mal à partir des matières. J’ai ma première vision, je fais un petit tour de ce qu’il y a, je vais voir les fournisseurs avec lesquels j’ai l’habitude de travailler. Et puis généralement, j’ai toujours des artistes qui me touchent à un moment donné. Il y a eu Barragan, il y a eu Louis Kahn dont j’avais vu l’Institut of Management en Inde justement, quand on est allé faire le projet avec l’ONG américaine dans le Kujarath. Il y a Camaron qui un chanteur de flamenco. Il y en a plein. Si tu regardes la bibliothèque tu pourras voir. Généralement, une collection, il va y avoir deux trois références vraiment inspirantes. C’est pas souvent du vêtement, c’est plutôt d’autres vecteurs créatif.  Ensuite, je dessine, je dessine, je cherche des formes. Et puis je crée ma gamme de couleur. J’ai 4 classeurs de couleurs que je fais depuis 7 ans où je range un peu tout ce qui me plaît par gamme. Et voilà, en fait, c’est un peu le quotidien qui nourrit un peu mon univers créatif et ensuite j’essaye de me positionner et de dessiner.

 

Très bien.

 

C’est un peu basique peut-être.

 

Non non c’est pas du tout basique. Mais ça me fait pensé, parce que j’ai eu une discussion très intéressante, la semaine dernière j’ai interviewé Vanessa Seward qui est une créatrice qui a déjà quelques boutiques et qui est backup par APC. Et elle me disait, quand tu crées ta collection, tu as tes fondamentaux qui doivent revenir systématiquement dans chaque saison, dans chaque collection et ensuite tu viens essayer de nouvelles choses. Mais pour tracer le sillon, il faut absolument avoir toujours des pièces emblématiques qui reviennent. Est-ce que vous c’est quelque chose que vous faites, vous avez toujours des pièces emblématiques qui reviennent systématiquement ou il y a un changement à chaque saison ?

 

Je dirais que d’une saison sur l’autre, il y en a qui reviennent mais par exemple, si tu prends la première collection et la dernière, il doit peut-être y avoir des traces de la première collection, mais moins que sur la seconde ou sur la 3e. Après il y a un esprit, quand même, au niveau des coupes qui restent assez similaire même s’il y a un travail, par exemple, dans la dernière collection, j’ai vachement travaillé les vagues. C’était pour faire une référence à la mer assez évidente. Et sinon, c’est toujours très coloré, donc il y a aussi ça que l’on retrouve dans toutes les collections. Et c’est toujours en lien avec la mer, le sud, etc.

 

Parfait. Vous avez énormément de collaboration également, expliquez-moi avec qui vous avez collaboré et comment tu abordes chaque collaboration, comment se passe l’échange artistique ?

 

On a fait des collaborations assez différentes selon les gens avec qui on a travaillé. On a travaillé avec le 104 chez qui on a présenté notre collection.

 

Le 104 c’est quoi pour les gens qui ne connaissent pas ?

 

C’est un centre d’art à Paris. Et du coup, on a eu la chance de collaborer avec eux. On a présenté notre collection de l’été 2017 là-bas, sous forme de performance. Donc là, on a travaillé avec des danseurs, des danseurs contemporains, une artiste plasticienne qui s’est occupée de la scénographie, Charlotte Develter. Et un ami qui a fait la musique, qui a composé la musique exprès pour ça. Et du coup, on a dessiné aussi une ligne d’accessoires pour le 104.  Donc ça c’était vraiment une collaboration riche, interdisciplinaire, vraiment chouette. Après pour une autre collaboration on a fait avec See concept, IZIPIZI anciennement See concept, c’était une paire de lunette de soleil qu’on a intégré à une de nos collections. Après, on a travaillé avec Tranoi  donc ça c’était de l’impression 3D. C’était hyper intéressant parce que l’on a développé une paire de chaussures imprimée en 3D, donc pareil, c’était pour une collection été, c’était l’été 2017. On a travaillé, on a collaboré avec LaRedoute aussi. Donc là, on a développé une collection complète juste pour pour eux, avec l’ADN Bartavelle. Et Voyageurs du monde qui, eux on collabore avec eux depuis 5 ans, donc c’est une collaboration qui est suivie, on dessine des pochettes et des accessoires pour eux. Ils nous soutiennent depuis le début, donc c’est vraiment, je dirais, une de nos plus belles collaborations depuis le lancement de la marque.

 

C’est comme les prix, c’est quelque chose qui nous a vraiment structuré.

 

Tu pousses les gens, les autres entrepreneurs à le faire ? 

 

On a fait beaucoup de popup dans leur boutique en librairie rue Saint Anne.

 

Et sur l’identité, il y a aussi le voyage qui est souvent en référence, un peu comme plein de marques parce que finalement c’est enrichissant de voir d’autres cultures etc. Mais du coup, ouais, Voyageurs du monde, c’est une agence de voyage haut de gamme qui fait des voyages sur mesure, hyper qualitatif, et du coup, ça fait sens avec notre marque, qui est assez tournée vers d’autres cultures.

 

Et comment vous allez les chercher ces collaborations, typiquement Voyageurs du monde ou LaRedoute, c’est eux qui viennent vous chercher ou vous allez déclencher le truc ?

 

C’est un peu, c’est tout noué, c’est-à-dire que LaRedoute on était déjà en résidence aux Ateliers de Paris, il y avait déjà eu des collab avec des résidents, donc en fait, de fil en aiguille, on a eu cette collab comme ça. C’est vraiment, on rebondit d’expérience en expérience.

 

Je dirais que c’est soit du réseau, soit on est démarché, soit on démarche en fait. C’est pas à chaque fois la même manière de faire. C’est des rencontres, ça dépend. Ça dépend vraiment des collaborations.

 

Très bien. Est-ce que, moi une question que je me pose toujours, qui vient d’un autre monde aussi, est-ce que les collaborations ça vient pas noyer aussi, un petit peu, son image ? Je vous dis ça simplement, je vais être très pragmatique, mais avant moi je travaillais pour une boite qui s‘appelait Pret A Manger, qui était dans le sandwich, ça n’a absolument rien à avoir, et je me rappelle, mon boss me disait toujours dans nos restaurants et dans nos vitrines réfrigérées, je ne veux voir aucune marques d’autres concurrents parce que, il disait ça, je ne paye pas de loyer pour les autres, je veux qu’il y ait que ma marque qui soit mise en avant. Et bon, je sais qu’on est dans un univers qui est assez loin du sandwich ici, mais je me dis, est-ce que mettre en avant la marque des autres alors que l’on est en pleine construction de marque, est-ce que ça a pas un côté aussi ou ça peut pas pourrir votre marque, parce que c’est que des marques qui sont intéressantes et qui enrichissent etc, mais est-ce que ça ne dilue pas un peu la force de sa marque au début.

 

Je ne pense pas parce que finalement ça nous a vachement apporté en visibilité. En plus, toutes ces collaborations, elles avaient vraiment un sens par rapport à l’ADN de la marque. Par exemple, le 104 c’était pour mettre en avant le fait que l’on collabore souvent avec beaucoup de créatifs que ce soit de la vidéo, de la peinture, de la danse, etc. donc ça mettait aussi en avant cette identité là qu’on a. Après LaRedoute c’est vraiment une marque française donc ça nous permettait de communiquer là-dessus, en tant que marque française, jeune créateur. Et au contraire, c’était un peu une validation de la marque française ancienne. Ça marchait bien. Les lunettes de soleil ça collait à notre identité du sud. A chaque fois, c’est assez justifié. L’impression 3D c’est parce qu’on est quand même tournée vers les nouvelles technologies et que l’on essaye d’inclure ça dans notre définition de la mode que ce soit par le sourcing de matière, on aimerait bien développer une collection de vêtement compostables, c’est en cours. On se pose pas mal de questions là-dessus, donc l’impression 3D c’était dans cette dynamique-là. Donc non, moi je dirais, au contraire, comme tu le disais, c’est enrichissant, ça permet de sauter dans différentes approches, et différentes cases, ça nous permet d’être un espèce de caméleon, tout en gardant notre identité, parce que finalement c’est ce qui nous ressemble. On ne fait pas des collaborations non plus avec n’importe qui. Il y a toujours un lien avec notre histoire de marque.

 

Il me semble que vous faites aussi partie d’un label, tu peux m’en dire un petit peu plus Alexia S’il te plait ?

 

Ouais, en fait, en novembre dernier, avec d’autres marques de créateurs, a été lancée le label “Une autre mode est possible” et donc ça fait complétement partie de cette réflexion d’écoconception, d’écofrugalité, donc de penser autrement et aussi d’être avec d’autres créateurs, d’avoir cette réflexion d’entraide, de s‘apporter aussi par exemples des tips pour les sourcing. Donc, voilà c’est en pleine construction et on est hyper contentes de faire partie de ça.

 

 

Alors, vous travaillez à deux, tout à l’heure on a un peu effleuré le sujet, mais comment vous faites pour ne pas vous taper dessus finalement ? Parce que vous avez finalement toutes les deux des caractères, j’ai l’impression, assez différents, des personnalités assez fortes. Comment vous faites pour ne pas vous marcher sur les plates-bandes et voilà, comment ça fonctionne ?

 

Dès le début, on a délimité nos rôles on va dire, on se disait par exemple, comment on fait si on a une décision financière, qui est-ce qui a le dernier mot, ou une décision où on est pas d’accord au niveau de l’identité artistique, et on a résolu justement, chacune à le dernier mot dans son domaine, mai après, voilà, ça ne nous empêche pas de communiquer. Et après, c’est vrai que voilà, on est complètement, on a une façon de travailler qui est très différente, et je pense que l’on a, depuis le début, appris, l’une et l’autre, à savoir comment on devait interagir l’une et l’autre. Et c’est vrai, qu’en fait, c’est pour ça qu’on est encore là aujourd’hui, c’est que on sait complètement comment l’autre fonctionne, et qu’on a nos chasses-gardé, c’est-à-dire que voilà, même si, Caroline peut très bien faire du commercial, et elle sait très, très bien faire la commerciale, c’est moi, qui généralement, qui vais essayer de réfléchir à la stratégie et après je lui pose des questions, et elle pense aux autres choses. Du coup c’est assez sain comme ça, d’avoir son périmètre.

 

Est-ce que vous, si c’était à refaire, vous le referiez toutes les deux ? Est-ce que vous ne partieriez pas chacune de votre côté ?

 

Non, moi je pense que c’est hyper important. Chacun fonctionne comme il veut mais nous, d’être deux dans ce projet, c’est vraiment ce qui fait notre réussite aujourd’hui parce que c’est bien d’être deux quand ça marche, c’est bien d’être deux quand on a des coups durs. Et puis, comme le disais Alexia, on a des postes, des responsabilités, très définies, l’une et l’autre, donc on ne se marche jamais sur les pieds. Et au contraire, c’est vraiment un force d’être deux, et de pouvoir se soutenir.

 

Et même, généralement, on se dit quand on a des gros rendez-vous, on y va toujours à deux parce que on se dit que si le feeling passe pas avec une ça va passer avec l’autre, comme on est différente. Et c’est ça la force d’un binôme. Donc en fait, non, je pense qu’n ne repartirai pas dans une autre création de marque si on était pas avec l’autre.

 

C’est quoi votre moteur à toutes les deux ? Parce que monter une marque c’est un long chemin du combattant, qu’est-ce qui vous pousse ?

 

Je pense que l’on a pas les mêmes moteurs. Forcément les mêmes à la base. Moi, j’avais vraiment envie de travailler avec un créatif, donc c’est, je me régale vraiment en découvrant cet univers, parce que ce n’était pas du tout mon quotidien avant, déjà c’est un premier point. Après, c’est vraiment le message que l’on va porter avec la marque, qui est mon objectif à la fin. C’est pour ça que voilà, on a fait ces changements aussi, parce qu’on sent vachement plus ce qu’on porte comme ça.

 

Moi je trouvais ça chouette, à la base je ne voulais pas forcément monter une marque, c’est vraiment Alexia qui m’a, qui est venue me chercher en me disant qu’elle voulait faire ça, et je trouvais ça hyper chouette d’être engagée, de pouvoir créer des vêtements, mais d’une certaine manière, en travaillant avec des associations. Par exemple, on a travaillé avec Tissons la solidarité, donc c’est avec des femmes en réinsertion qu’on confectionnait des accessoires pour des clients avec lesquels on travaillait.  En gros, faire son métier, mais en ayant conscience d’où on est, dans quelle société on vit, et de pouvoir le faire de manière responsable. C’est vrai que je dirais que c’est mon moteur et que c’est vraiment notre binôme qui fait que cette marque, c’est pour ça que cette marque existe, et moi c’est ce qui me donne vraiment envie de le continuer, c’est de le faire, voilà, je fais des vêtements, mais je suis engagée, et du coup c’est une chouette vision. Je crois. En tout cas, on essaye.

 

Je pense qu’on imagine jamais vraiment ce que c’est comme aventure de monter une marque.

 

Est-ce qu’il y a des gens qui vous impressionnent plus particulièrement aujourd’hui dans le retail, dans la mode, ou en créateur ?

 

Moi quand j’ai commencé la marque, je pensais très fort au modèle de Sakina M’sa, pour son côté très engagé. L’énergie qu’elle a, c’est vraiment une marque qui m’a inspirée.

Du coup, je pense à Pentagonia comme marque, je trouve que leur démarche est hyper intéressante, atour du sport, de la montagne. Voilà, je pratique l’escalade depuis 4-5 ans et aussi la montagne, et c’est vrai que je porte des vêtements de cette marque, mais aussi d’autres marques d’escalades, mais en tout cas eux sont engagés, ils ont un beau design, ils sont hyper importants, et ouais, je pense que c’est une bonne référence.

 

Trop bien. Merci beaucoup. J’aimerais beaucoup les rencontrer.

 

 

Une ou deux questions avant de terminer et avant de vous libérer. Qui souhaiteriez-vous entendre dans ce podcast, à qui souhaiteriez-vous transmettre le relais.

 

Justement des représentants de marques comme Pentagonia, Millet ou même Reformation parce que j’ai vu que tu en avais parlé aussi dans un podcats, c’est des modèles qui sont hyper aboutis, qui ont une très grande échelle, qui montrent aussi une voie à une nouvelle réflexion.

 

Super. Et dernière question, quels conseils donneriez-vous à Alexia et Caroline à 20 ans.

 

Que la route est longue mais que ça vaut tout l’or du monde. Parce que là on a une liberté qui est juste, on a une chance terrible quoi. On fait ce qu’on veut. Alors certes ce n’est pas facile mais vraiment le jeu en vaut la chandelle quoi. On fait tous les choix, on avance ensemble et on a une indépendance complète et une liberté complète. Moi je vis entre Marseille et Paris. C’est vrai que ça nous donne accès à des vies qui sont assez incroyables, alors qui sont pleines de surprises et c’est beaucoup de, c’est un mouvement constant.

 

Est-ce que justement ce doute et cette surprise permanente, ce n’est pas pénible, fatiguant à vivre.

 

Ben non, je crois que moi sans ça je m’ennuierai. Non, au contraire ça nous permet de nous remettre tout le temps en question, d’affronter des nouvelles problématiques d’autres manières. Non, au contraire, c’est hyper enrichissant. On a l’impression de vivre notre vie à 4000 à l’heure. C’est génial. Moi je conseille l’entrepreneuriat.

 

Alexia ?

 

Et moi, je dirais que toutes les routes mènent à Rome. Désolé, j’ai essayé de faire écho mais… Je n’aurais jamais imaginé être ici aujourd’hui parce que je n’ai pas du tout fait des études pour, j’ai fait des choix de vie qui me conduisait pas ici et finalement je me dis qu’il n’y a pas de, on fait des détours, on prend des chemins et en fait, on arrive quand même dans une direction qui est beaucoup plus déterminée qu’on pense.

 

Bravo et merci beaucoup à toutes les deux. Je vous souhaite beaucoup de bonheur, comme je dis toujours, dans vos vies personnelles et longue vie à Atelier Bartavelle.

 

Et merci à toi de nous avoir interviewé.

 

A bientôt. Salut.

 

 

 

 

 

 

#16 Kim Hou & Paul Boulenger – About A Worker – Comment remettre les ouvriers au centre de la mode

Ecouter sur Apple/ iTune

Dans ce 16 ème épisode nous allons à la rencontre de Kim Hou et Paul Boulenger, ils sont les co-fondateurs d’ABOUT A WORKER.
ABOUT A WORKER est une marque de mode qui propose aux ouvriers du secteur textile de devenir, au travers d’une initiation à l’expression personnelle, des designers, ABOUT A WORKER repense le système de la mode en donnant à ces ouvriers l’opportunité de révéler leur vision de l’industrie par le design et la production de leurs propres collections. Dans cette épisode Kim et Paul reviennent sur leur parcours, la naissance de ABOUT A WORKERr, leur rencontre avec les acteurs de l’industrie et leur vision pour le futur.

#13 – Marie-France Cohen – Bonpoint, Merci, Démodé – Aux innocents les mains pleines

Ecouter sur Apple/ iTune

Dans ce 13ème épisode nous allons a la rencontre de Marie France Cohen, elle a co-fondé Bonpoint, Merci et Demodé. Dans cet épisode elle revient sur les débuts de bonpoint, sur l’importance de l’enthousiasme et de l’optimisme quand on entreprend, sur son obsession de trouver le créneau, sur comment  travailler en famille en harmonie, et sur le besoin urgent à ce que les entrepreneurs s’investissent a sauver notre planète.

J’ai adoré interviewer Marie France, J’espère que vous prendrez autant de plaisir à l’écouter.

Lire la suite de “#13 – Marie-France Cohen – Bonpoint, Merci, Démodé – Aux innocents les mains pleines”

#06 Clémence Wurtz – Flair Bodysuits – De brand and campaigns manager chez Uber à la libération de la femme avec le body

Ecouter sur Apple/ iTune

Pour ce 6ème épisode, nous allons à la rencontre de Clémence Wurtz, elle a fondée Flair, une nouvelle marque 100% française, spécialisée dans les bodys prêt-à-porter pour les femmes qui ont à cœur d’être belles sans avoir à y penser. La mission de Flair : rendre leur liberté aux femmes sans renier leur féminité.

Clémence revient sur ses études, ses premières expériences entrepreneuriales alors qu’elle était encore à l’école et de son expérience au marketing de Uber en tant que campaigns & brand manager. Elle partages ses tips sur l’entreprenariat, sur la création de l’image d’une marque, la gestion de son crowndfowding et de son compte Instagram. Clémence a une énergie incroyable, c’est une personnalité très inspirante qu’elle nous transmet dans ce podcast. Bonne écoute!

 

#05 – Virginia Mangia, Andrea Spagnolo et Romain Le Quer – Faubourg 54 – Comment créer une marque avec 1200€

Ecouter sur Apple/ iTune

Dans ce 5ème épisode nous allons à la rencontre de Virginia Mangia, Andrea Spagnolo et Romain Le Quer, ils ont fondés Faubourg 54, qu’ils définissent comme un univers de visionnaire italo-français. Tout est partie il y a 3 ans d’un sweat a message « Jamais sans rouge à lèvre », depuis ils ont avancé et vite en ouvrant il y a 4 mois leur première boutique 33 avenue Trudaine dans le 9e. Dans ce podcast ils reviennent sur leur parcours respectifs, leurs débuts de carrière, le démarrage de Faubourg 54 en mettant 400€ chacun, comment ils ont organisé leur propre campagne de crowdfounding via Instagram et Paypal, leur plus gros challenge et leur vision du futur pour Faubourg 54. J’ai adoré avoir cette conversation avec ces 3 personnalités diamétralement opposées, j’ai appris encore beaucoup de choses, j’espère que vous prendrez beaucoup de plaisir à l’écouter. Bonne écoute!

 

#04 – Zoé Leboucher – Admise – Faire confiance à son instinct, utiliser son réseau et travailler dur

Ecouter sur Apple/ iTune

Dans ce 4ème épisode je vais à la rencontre de Zoé Leboucher. Elle a fondé Admise, une marque de tailleurs modernes pour jeune femme ambitieuse et 100% fabriqués à Paris. Elle nous accueille dans sa nouvelle boutique du 43 rue de la Folie Méricourt dans le 11e arrondissement de Paris. Elle revient sur son parcours, sur l’éclosion de son idée, sur ses victoires, ses galères, jusqu’à l’ouverture de sa première boutique. C’est une interview très personnelle et sans filtre. J’ai pris beaucoup de plaisir à interviewer Zoé, j’espère que vous en prendrez autant à l’écouter. Bonne écoute!

Lire la suite de “#04 – Zoé Leboucher – Admise – Faire confiance à son instinct, utiliser son réseau et travailler dur”