#30 Pierre-François Le Louët – Ce qui manque le plus c’est le sens de l’entreprise

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Dans ce nouvel épisode nous allons à la rencontre de PierreFrançois le Louët, il est le président de la Fédération Française du Prêt à porter féminin, il est aussi le président du cabinet de conseille en création et en innovation Nelly Rodi.
Dans cette épisode on parle beaucoup de la Fédération, de sa genèse, de son  rôle, des chantiers auxquels PierreFrançois c’est attelé. On y parle aussi de digitalisation de la mode, de développement durable et de nouvelles façons de vendre la mode.
C’est un épisode passionnant, j’ai adoré interviewé Pierre François j’espère que vous prendrez autant de plaire à l écouter.
Crédit photo: Bastien Lattanzio  http://www.bastienlattanzio.com
RÉFÉRENCES DANS L’EPISODE 

#26 Patricia Lerat – PLC Consulting

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Pour lire la retranscription de l’épisode rendez-vous sur www.entreprendredanslamode.com

Dans ce nouvel épisode nous allons à la rencontre de Patricia Lerat, après avoir été la direcrice du célèbre salon Première  Classe pendant 12 ans, elle a fondé en 2008 l’agence de conseil de PLC consulting (http://www.plcconsultingparis.fr) avec laquelle elle accompagne des marques dans leur stratégie de développement. Elle a accompagné notamment des marques tel que Y/ Project, Avoc ou encore Afterhomework. Depuis plus de 8 saisons, elle est mandatée par la fédération française de la couture pour accompagner les jeunes créateurs et assurer leur promotion auprès des acheteurs internationaux avec le Designers Appartement. Elle a aussi été nommée experte au Défi, Le Comité de Développement et de Promotion de l’Habillement depuis 2011.
C’est un épisode long, riche en information et passionnant, j’ai adoré interviewer Patricia, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à l’écouter.
Le podcat est disponible sur toutes les plateformes alors pensez à vous abonner, et surtout, bonne écoute!
Invitée : Patricia Lerat 

 

Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans « Entreprendre dans la mode ». Je suis aujourd’hui avec Patricia Lerat de PLC Consulting, la fondatrice de PLC Consulting. Bonjour Patricia

 

Bonjour Adrien.

 

Est-ce que je peux te demander de te présenter s’il te plait ?

 

Alors, je suis Patricia Lerat. J’ai fondé l’agence PLC Consulting, une agence qui accompagne la jeune création et les marques dans leur développement. On va dire développement business mais aussi personnel puisque je suis coach aussi.

 

Très bien. Est-ce que tu peux reprendre ton parcours depuis des études jusqu’à aujourd’hui ? Qu’est ce qui t’a amené au monde de la mode et surtout à la création de PLC Consulting ?

 

Alors moi, il faut dire que je n’aurais jamais dû être dans la mode parce que, en fait, je viens de très loin. Enfin, de très loin, pas si loin mais en tout cas je suis, je viens de la campagne. J’ai vécu en province jusque, donc j’avais une vingtaine d’années et j’ai fait des études de tourisme. Et c’est très étonnant, effectivement, j’étais très curieuse, je voulais voyager et je voulais organiser des voyages et faire de l’événementiel. Et puis, sur mon chemin, je suis venu à Paris. C’était vraiment pas du tout, ce n’était pas du tout prévu et petit à petit, j’ai vite rencontré des gens sur la place parisienne. Et, mon premier travail a été dans un groupe de mode enfantine mais qui est de province puisque c’était le groupe à l’époque qui s’appelait le groupe Albert donc grande distribution et marque, en fait, pour les enfants. Donc pas du tout le même, c’est un milieu très différent de la mode, on va dire parisienne parce que c’est des entreprises tout à fait différentes de la mode parisienne. J’ai travaillé, j’ai commencé par cette expérience au marketing et à la communication de ce groupe pendant quelques années. Et ensuite j’ai souhaité venir vraiment en plein cœur de Paris et travailler dans la mode plutôt pour les adultes. Et j’ai travaillé pour Chantal Thomas. Voilà, donc chez Chantal Thomas j’étais commercial à l’export. Donc j’ai quand même, je suis passé par le marketing, la communication. J’ai travaillé au commercial, j’ai découvert que j’étais une très bonne commerciale, que j’avais ça dans le sang. Donc c’est cette expérience qui m’a permis de continuer d’ajouter ça à mon bon arc. Je suis une femme de terrain. J’ai toujours fait du terrain. Chantal Thomas j’ai beaucoup voyagé, j’ai vendu les collections, je suis allé en voiture en Europe.

 

Et comment ça se passait à l’époque, on faisait la tournée des magasins avec son trousseau et on présentait les collections ?

 

A l’époque, on avait à la fois des agents et, en même temps, on allait encore sur le terrain. Donc, moi, en tant que responsable commercial de Chantal Thomas,  je suis partie en voiture rencontrer les boutiques, présenter la collection lingerie ou la collection prêt à porter. Elle développait aussi le prêt à porter. Et j’avais aussi des agents, je travaillais avec des agents qui étaient sur New York, sur certains pays on avait des réseaux d’agents.

 

Multi cartes et ils allaient dans les magasins et ils présentaient leurs différentes marques.

 

C’était l’époque où il y avait beaucoup, beaucoup de terrain en fait. Ça s’est perdu par la suite et c’est le modèle effectivement showroom qui s’est développé pour ces marques-là et ces maisons. Mais c’est vrai qu’on était beaucoup sur le terrain.

 

Comment t’as fait le switch vers le salon professionnel ?

Comme je le disais, c’est ma vie a était faite d’opportunités et de rencontres. Et il y a eu ce changement de Chantal Thomas, le rachat, elle a perdu sa marque. Donc j’ai cherché à changer. J’ai eu pas mal d’entretien, bien sûr, comme tout le monde et je devais aussi peut-être, j’allais me marier et je devais peut-être quitter Paris et aller en Alsace. Et, en fait, je cherchais un travail. J’ai rencontré les gens d’Hermès donc. Et j’ai rencontré en même temps les gens de Première Classe. Et Hermès, c’était pour aller travailler à Strasbourg chez Hermès. Et Première Classe, je restais à Paris et je prenais la direction commerciale d’un Salon de jeunes créateurs. Je pense, qu’effectivement, j’ai une nature plutôt très ouverte et je crois qui ne tente rien n’a rien. Et comme j’arrivais à Paris, je n’étais pas là depuis très, très longtemps, ça fait partie de ma nature c’est que je fonce, j’y vais. Et j’ai choisi Première Classe. J’ai choisi de rester à Paris donc mon mari est venu vivre à Paris.

 

Et pourquoi ils t’ont choisi toi ? Toi tu as choisi ce salon, pourquoi eux t’ont choisi ? Qu’est-ce qu’à l’époque tu dégageais pour qu’ils te choisissent toi ? Qu’est-ce qui a fait la différence d’après toi ?

 

Alors, ils m’ont dit après qu’ils avaient misé sur le bon cheval à priori. Et moi, pour ne rien te cacher, en fait, j’étais curieuse, effectivement, c’est moi mais je crois qu’ils ont aimé mon ouverture, ma simplicité. Ils se sont dit ok pourquoi pas faire le test avec cette jeune femme. Et c’est vrai, ta question elle est très juste, parce que j’ai eu cet entretien avec, à l’époque Xavier Clergerie et Bertrand. Moi j’allais me marier, j’étais très heureuse et cet entretien, je m’en souviendrais toujours, ils m’ont interrogé sur des marques d’accessoires. Je n’étais pas du tout calé dans ce domaine. Je venais surtout d’une culture prêt-à-porter, du coup, lingerie et mode enfantine. Mais ils se sont dit pourquoi pas faire le test avec elle. Et je suis rentré dans cette société, je me souviendrai en juin 96 je crois, 97, je ne sais plus exactement. Et en six mois, j’ai appris mon métier, enfin je me suis plongée dans ce monde de l’accessoire de mode. Et effectivement, c’était prendre un salon de jeunes créateurs, très pointu, très niche. Je ne savais pas que j’avais, que j’étais aussi produit que j’avais un œil. Effectivement, en six mois, j’ai fait tous les salons, j’ai rencontré, j’ai été partout quoi.

 

Est-ce que tu peux nous expliquer c’est quoi le job d’un directeur de salon de mode de jeune créateur très pointu ? Ca consiste en quoi dans le quotidien ?

 

Donc le quotidien, la première chose c’est de rencontrer, sélectionner. C’est d’organiser le salon. C’est de prévoir, travailler sur la communication, sur le positionnement du salon. C’est travailler sur tout quoi. Que ce soit, de A à Z, vous êtes plus, on est une sorte de chef de produit en fait. On a un événement qui va avoir lieu dans six mois, on doit pour cet événement, au même titre qu’un créateur qui se prépare à une collection, il y en a un retro planning.il faut qu’on sélectionne des créateurs, en plus, ils ne sont généralement pas prêts très tôt donc on doit sélectionner sur des dessins, sur des croquis, sur des plans de collection des envies… On explique, on rencontre. Donc j’ai rencontré beaucoup, beaucoup de monde, de personnes, d’hommes, de femmes passionnés qui avaient un nouveau projet, puisqu’en plus, Première Classe était un salon vraiment de première collection et pour un marché qui n’existait, c’était un marché de l’accessoire qui n’existait pas vraiment et qui était en train de prendre sa place. C’était le vêtement qui était important jusqu’à cette époque. L’accessoire a pris sa place et avec des nouveaux noms et des marques inconnues en fait. Parce que l’accessoire était vraiment vendu et créé, proposé par les grandes maisons. Donc c’était une nouvelle génération et c’était, effectivement, passionnant parce qu’il y avait beaucoup d’humain, beaucoup d’écoute. Et il fallait déceler, si j’avais un tel talent en face de moi, si ce produit pouvait correspondre à un marché qui était quand même extrêmement niche. Mais ce marché n’existait pas encore complètement, c’était le début des concept stores, il n’y avait pas dix mille concept store. Mais c’était vraiment, on a vu le déploiement du concept store aussi. Et puis aussi les grands magasins qui ont développé leur espace de jeunes créateurs, d’accessoires de mode, de bijoux au sein de leur, au rez-de-chaussée, au premier étage. Ils ont revu un peu leur distribution.

 

C’est vrai qu’à l’époque, il y avait les grands magasins et les multimarques qui n’avaient pas de concept store, tu peux remettre un petit peu en perspective comment c’était le marché de la mode à l’époque ? Et après le marché du salon ?

 

Il y avait les boutiques multimarques donc prêt-à-porter. Il y avait une distribution autour de la maroquinerie. Il y avait les chasseurs, les boutiques de chaussures. Il y avait les départements Store qui, effectivement, présentaient le vêtement, l’accessoire, les marque de maroquinerie, le sac. En fait tout ça. Le sac n’était pas encore un accessoire, la chaussure non plus. Donc, il y avait une distribution qui était vraiment par filière. Donc Première Classe, c’était un nouveau modèle que Xavier Clergerie a créé. C’était sélectionner des produits, des collections, des nouveaux designers, dans tous ces domaines qui étaient liés à la mode. Et il a fait un salon de l’accessoire. C’est-à-dire, qu’en fait, il a permis indirectement à un sac de devenir un accessoire. On n’achetait pas cinq sacs par an à cette époque-là. On achetait un sac en cuir sublime. On se faisait plaisir à côté mais après c’est devenu, ça s’est multiplié par deux trois ou quatre. C’est devenu donc une partie prenante d’une silhouette. On pouvait plus, on investissait beaucoup dans le vêtement mais j’ai vu les années où on a commencé vraiment à acheter plusieurs sacs, vraiment pour accessoiriser une tenue. Et ça devenait, ça permettait aux clients et aux consommateurs de s’identifier différemment. Et ensuite, c’est devenu aussi des achats coup de cœur. Et l’achat coup de cœur est devenu un achat moins coup de cœur. On n’avait plus envie de consommer, encore plus l’accessoire. L’accessoire a fait bouger la mode.

 

Ouais puisqu’aujourd’hui, beaucoup de maisons c’est plus de 50% du chiffre d’affaires. C’est hallucinant et la chaussure est en train de prendre en ce moment un essor extraordinaire j’ai l’impression plus encore qu’à l’époque.

 

Je pense que la chaussure a pris un essor dans les années 2000. Ça a été incroyable.

 

Et d’après toi, qu’est-ce qui a fait le succès de ce salon, de ton salon ?

 

Ce n’était pas mon salon, j’aurais adoré. Le succès de ce salon c’est parce qu’il était, on ne sélectionnait pas pour une boutique, on sélectionnait pour, moi en tout cas, je sélectionnai pour un marché global. Que ce soit pour des Japonais, des Américains, des Italiens etc. Et donc on avait, j’ai très vite aussi été sur l’étranger. J’ai beaucoup voyagé parce que je suis allée chercher des talents internationaux pour que Première Classe devienne un événement international. Et ce n’était pas qu’un salon de créateurs français, alors qu’il était salon français, c’était un salon international. Et ça, c’était magique de pouvoir présenter des gens qui étaient inspirés de leur culture, de leur savoir-faire. Et d’ailleurs, j’étais moi-même passionnée, j’ai toujours été passionné par les savoir-faire, la fabrication et j’ai fait des événements autour de, je me souviens d’un événement autour du Japon que j’avais appelé « Tradition et modernité ». J’avais carrément invité un fabricant de kimonos donc un artisan parce que ce n’est pas un fabricant puisque là-bas, en plus, ils sont extrêmement respectés. Donc on avait présenté des kimonos dans ce salon et on a fait toute une thématique autour du Japon. Donc j’avais été au Japon et j’avais fait venir un artiste de washi donc il y avait un espace avec des objets washi qui est du papier mâché japonais. Mélangé à un créateur de sacs qui utilisait une nouvelle technique qui était japonaise. Dans ce salon de Première Classe, où il y avait des jeunes créateurs, j’ai, petit à petit amené des artisans ; et je faisais des workshop et des ateliers vivants pour montrer l’artisanat d’un pays. Mais toujours un artisanat qui était extrêmement contemporain parce que c’était, avant tout, un salon où on présentait des collections nouvelles, pointues, qui se différenciées, précurseurs. Donc très vite, j’ai allié à la fois créativité et artisanat.

 

Très bien. Et donc tout as fait ça pendant 12 ans. Qu’est-ce que tu as fait après ça ?

 

Quand j’ai quitté Première Classe, j’ai eu envie de prendre un petit peu de recul parce que c’était beaucoup, c’était prenant, passionnant. J’ai rencontré tellement de gens. Ma vie c’était Première Classe, les créateurs et j’étais vraiment à l’écoute des gens, ça me passionnait. Bref on est tous à peu près pareil dans ce milieu, en tout cas je crois, sinon on ne travaillerait pas dans la mode. C’est une vraie passion qui nous anime. J’ai travaillé pour la marque Louis Quatorze, qui a été aussi une rencontre parce que j’avais fait une opération franco-coréenne pour le 120è anniversaire des relations diplomatiques. J’avais monté une opération, effectivement, où j’avais fait la promotion de la Corée à Paris et j’avais rencontré la marque Louis Quatorze que j’avais refusé sur Première Classe, dans ce projet en leur expliquant pourquoi. Parce que le produit ne correspondait pas du tout à la sélection de Première Classe. Je ne pouvais pas, alors que Louis Quatorze était une marque extrêmement établie, coréenne. C’est une marque qui était française revendue à des Japonais. Enfin bref, c’est toute une histoire très longue. Et qui a fini par être coréenne puisque rachetée par un groupe coréen, qui là-bas, est un chiffre d’affaires énorme. C’est une marque qui est réputée, comme on va dire, Hermès ou Vuitton en Corée. Mais qui ne pouvait pas, qui ne s’exportait pas. Et le nom, Louis Quatorze, était très français bien sûr. Et je les avais refusés donc ils sont venus vers moi à cette période. Une coïncidence totale. Mais vraiment, on appelle ça de la synchronicité. Je venais d’annoncer que je voulais quitter Première Classe. En fait, je buvais un café avec la personne, une personne qui venait me voir à Paris et qui me disait on aimerait que vous occupez de Louis Quatorze. Et donc je lui dis, écoutez personne ne le sait, je viens de quitter, je vais quitter Première Classe donc pourquoi pas me lancer dans ce challenge. De repositionner, en tout cas, de travailler sur le lancement d’un tel nom. Pour faire connaître une telle marque avec ce nom, qui pour moi portait de telles valeurs mais qui n’était pas du tout décrypté de cette façon, vendue de cette façon, en tout cas, en Corée. Et donc, ça a été un challenge d’implanter la marque en France, pour lui donner une légitimité, un sens et qu’elle puisse ensuite, que les Coréens, ce groupe puisse ensuite l’exporter ailleurs en Asie.

 

Très bien. Et après Louis Quatorze, qu’est-ce que tu as fait ?

 

Après Louis Quatorze, de ce fait, j’ai créé vraiment mon agence. Je l’avais déjà créé pour être, au moment de Louis Quatorze, parce que j’étais consultante pour Louis Quatorze pendant 2 ans, le temps d’implanter la structure et de l’installer de A à Z. Et là, j’ai développé mon consulting avec les marques. J’avais déjà quelques petits clients. Et j’ai décidé que ça serait vraiment mon métier, d’accompagner, de valoriser, d’implanter, de développer, de réfléchir sur des problématiques de développement de marques.

 

Pourquoi ? Ça vient d’où ce déclic. T’avais vraiment une demande qui venait à toi ? Tu t’es dit c’était le truc le plus limpide à ce moment-là, la chose la plus naturelle à faire ?

 

C’était dans mon ADN aussi. En fait, j’ai toujours aimé la création et même en quittant Première Classe, j’ai continué à aller partout. Donc je voyageais, j’allais sur les salons à Milan, à Florence, au Pitti Uomo. Je suis passionné par l’homme donc j’ai toujours été au Pitti Uomo pendant des années. C’est là où je découvrais aussi des marques d’hommes et je les poussais à faire de la femme pour que j’ai les premières collections chez Première Classe aussi. Donc j’ai continué. Et puis, on me demandait, mais qu’est-ce que tu fais maintenant. Ben voilà, c’est vrai que j’ai une expertise marché, je connais bien la distribution internationale, j’ai cette approche, cette écoute et cet œil. Et puis j’aime vraiment la création. Et les entrepreneurs, les jeunes entrepreneurs dans le domaine de la mode, ont besoin de gens qui connaissent l’histoire d’un marché, qui ont accompagné un marché parce que c’est tellement difficile de se lancer, de lancer une marque que je me suis dit, j’ai envie de les aider pour qu’ils évitent certains pièges du début qui peuvent aussi leur coûter cher. Parce qu’aujourd’hui, lancer une marque, ce n’est plus du tout la même chose.

 

Raconte-nous. C’était quoi la différence il y a 25 ans ? Comment ont lancés une marque il y a 25 ans et comment on le fait aujourd’hui ? Qu’est ce qui a vraiment changé ?

Il y a des choses qui n’ont pas changé puisque on met toujours trois saisons pour implanter une marque et pour montrer qui on est vraiment. Voilà, ça c’est une règle qui n’a pas changé. Il faut trois saisons minimum pour montrer qui on est réellement. On a souvent une belle idée, le créateur lance sa première collection et il lui faut trois saisons pour vraiment se positionner, dire voilà moi mon histoire, mon produit, mon style c’est ça. Parce qu’il y a le temps de mettre au point, se mettre au point, se mettre en accord avec soi-même. On ne peut pas tout réussir dès la première saison. Les trois saisons minimum, ça se justifie depuis toujours. Ça n’a pas changé. Les choses qui ont changé, c’est qu’à l’époque pour se vendre, on pouvait venir quatre jours sur un salon comme Première Classe je pense, ou dans un salon autre que Première Classe, à Milan à New York etc. Les acheteurs se déplaçaient, ils venaient. Mais quand on a été extrêmement bien ciblé, comme Première Classe, avec une belle sélection, les tops buyers, les plus belles, vraiment les plus belles boutiques venaient et en quatre jours on pouvait faire un chiffre d’affaires de 200-400 000. C’était énorme.

 

Fabuleux

 

Fabuleux. Pour un jeune créateur. Moi j’ai vu des, vraiment j’ai vu des marques, en quatre jours, faire leur chiffre d’affaires pour la saison, pouvoir en vivre, quitter Première Classe, fermer les portes. On avait pas besoin à l’époque d’avoir un Instagram, une communication. Ils n’avaient même pas préparé de shooting, ils posaient leurs collections, les acheteurs venaient, ils achetaient.

 

Donc si on arrivait à te convaincre et à rentrer dans Première Classe…

 

Ça je parle de l’accessoire aussi. Mais le vêtement c’était moins facile peut-être parce que c’est un marché qui était, ça existait depuis beaucoup plus longtemps. L’histoire du prêt à porter, ça c’est historique donc… Mais c’est vrai que les acheteurs achetaient. On avait vraiment envie d’acheter. Toutes les belles collections, dès qu’elles étaient repérées, que ce soit en prêt-à-porter aussi, elles vendaient. Les acheteurs venaient, ils avaient envie. Il y avait vraiment quelque chose. Et on avait pas besoin de communiquer. On faisait des lookbooks bien sûr, ça a toujours existé pour le vêtement, mais on n’avait pas autant, un créateur n’avait pas besoin d’être une sorte, moi je dis toujours que les créateurs aujourd’hui sont, ils doivent se structurer, ils sont, ils représentent plusieurs services. Ils sont créateurs, fabricants, marketeurs, Instagramer, influenceurs. Non mais c’est dingue.

 

On leur demande énormément.

 

On leur demande énormément. C’est très difficile de lancer une marque aujourd’hui. Donc j’ai choisi de les accompagner, d’être une sorte de service extérieur. Déjà pour les guider, pour prendre les bonnes décisions, pour évaluer un budget, pour pouvoir emprunter une voie qui ne va pas être trop difficile et casse gueule pour eux. Et choisir aussi les bons interlocuteurs, le bon showroom, le bon salon adapté à leur positionnement.

 

C’est un très vaste sujet, on va entrer dans le détail, dans chacun des thèmes mais peut-être pour commencer, c’est quoi les erreurs les plus fréquentes que tu vois chez les jeunes des designers que tu accompagnes. On va peut-être commencer par-là, ça peut être intéressant.

 

Ils prennent pas, ils ont du mal, ils ne peuvent pas prendre de recul parce qu’ils sont vraiment dans leur création et qu’ils ne peuvent pas forcément penser marketing ou préparation, prospection, commercialisation. Donc ils sont trop sollicités, en plus, par tout ce qui se passe autour d’eux. Mise en place d’une collection, dessiner. Ensuite trouver le fabricant, trouver les bonnes personnes pour les accompagner dans leur préparation de collection. Donc souvent ils vont penser création mais ils ne vont pas penser ventes. Et vendre c’est choisir aussi les bons événements, les bons salons, le bon showroom. Et j’ai vu beaucoup de marques qui exposaient là où il ne fallait pas, parce qu’ils ne savaient pas. Et je pense qu’aujourd’hui le rôle de, même d’un salon ou d’un showroom, ce n’est pas de vendre des services pour vendre. C’est aussi de dire à un créateur, non vous n’êtes pas fait pour moi. Ils ont vraiment besoin d’un vrai conseil. Chaque personne qu’ils rencontrent dans leur quotidien, ils ont besoin qu’on les conseils.

 

Ces jeunes créateurs il faut qu’ils aillent chercher conseils où ? Je me mets à la place d’un mec qui a envie de monter une marque, un créateur, parce que là on parle vraiment des créateurs, on ne parle pas forcément des gens qui mènent une école de commerce et qui décident de lancer une marque. Là on est vraiment sur des gens qui sortent l’école de mode et qui ont une vision, un esthétique qu’ils veulent défendre et ils veulent monter une marque, à qui il faut s’adresser ?

 

Aujourd’hui, les institutions, les fédérations elles proposent ce type d’accompagnement parce que c’est la première chose que doit faire un jeune créateur. Je pense qu’ils doivent se tourner vers les institutions qui se sont aujourd’hui vraiment préparées, structurées et qui ont pris conscience. Ça existait déjà il y a bien longtemps mais elles sont d’autant plus présentes. Je ne vais pas dire le contraire. Je travaille pour une fédération. Mais je vois les fédérations autour de la table puisqu’il y a un organisme qui s’appelle LE DEFI. Et toutes ces institutions qui, c’est un organisme qui permet d’aider la création et la création française, les marques françaises à s’exporter. Et en fait, et pas seulement, elle aide, elle subventionne, elle propose des aides pour pouvoir présenter même dans les salons parisiens

 

Donc faut s’adresser aux fédérations, au DEFI.

 

Oui, effectivement. Après il va y avoir des consultants comme moi et je ne suis pas la seule. Bien sûr, il y a de plus en plus de consultants. Et je pense que c’est nécessaire d’avoir les bonnes personnes à côté de soi. Il faut que les marques, le créateur, il ne peut pas être seul. Ce n’est pas possible, on ne s’en sort pas seul, personne ne s’en sort seul. Et ça, je trouve, qu’aujourd’hui, on le comprend, on l’entend, on le pratique beaucoup plus.

 

Alors quand tu as un jeune créateur qui vient te voir et qui te demande de l’aide, tu commences par quoi ?

 

Moi, je commence par une première séance où j’essaie de comprendre qu’il est, d’où il vient. J’essaie de savoir pourquoi il a voulu faire ce métier et j’essaie de, je pose des questions très personnelles. D’où le fait, que j’ai fait cette formation de coaching aussi, pour justement, avoir aussi des outils et des techniques parce que le coaching ce sont des vraies techniques d’accompagnement. J’ai fait, moi-même, un travail personnel qui m’a permis de comprendre qui j’étais. Donc de longues années de travail personnel et je pense que si on veut être, si on veut accompagner quelqu’un dans son déploiement personnel parce que on doit être, on doit avoir une distance avec la personne aussi. Donc c’est important de poser les bonnes questions. La première séance, généralement, elle est très pragmatique et en même temps très personnel et très intime. C’est à dire que je pose beaucoup de questions sur la personne, sur tout, sur son environnement, sa vie, sa famille. Je ne rentre pas dans le détail non plus, mais j’ai besoin de savoir à qui j’ai à faire. Et connaître ses intentions.

 

Et il t’arrive de refuser des gens j’imagine?

 

Oui

 

Pourquoi ?

 

Parce que je ne crois pas dans le projet ou dans la collection, parce que ça ne me parle pas. Il y a vraiment des, je ne peux pas… Donc moi, je ne sélectionne pas en fonction de mes goûts personnels, je travaille avec des gens qui proposent des projets pour le marché. Donc à moi, là c’est mon, c’est l’experte qui parle. Est-ce que ça correspond ? Est-ce que ça peut avoir une place sur le marché ? Et je peux aussi me tromper bien sûr. Mais après intervient un avis un peu plus personnel, une envie de travailler avec l’homme ou la femme que j’ai en face de moi. Il y a des gens avec qui j’ai travaillé qui étaient pas du tout, qui venaient pas du tout de la mode, qui venaient d’un milieu complètement différent, dans le domaine des finances, qui voulaient réaliser un rêve, un projet dans le domaine de la création. Tu as changé de métier. J’adore ça. Je trouve ça formidable, de rencontrer des hommes et des femmes qui ont décidé à 30 ans, à 40 ans de changer de vie. Il y en a de plus en plus. Parce qu’aujourd’hui on fait plusieurs métiers. Et j’aime aussi accompagner ces gens-là. Donc je peux aussi le produit, la collection va peut-être pas être extrêmement pointue nouvelle ou révolutionnaire mais si le concept me semble censé, si il y a un accord entre l’homme et le concept et que je suis assez séduite par l’histoire et bien je fonce. J’y vais.

 

Donc une fois que t’as eu cette séance de, comprendre à qui tu as à faire et comprendre l’humain et qu’il y a un vrai échange, et une vraie, ça fonctionne entre les deux personnages. C’est quoi les next steps ?

 

Ça dépend de la maturité du projet ou pas. Est-ce qu’il existe depuis déjà plusieurs saisons ou pas. Donc soit je rencontre des gens qui ont besoin de redonner un, de faire un point, avoir un diagnostic. Ils existent depuis trois ans, six saisons et ils sont un peu perdus. Parce que ces premières saisons, dans le domaine de la mode, on a besoin d’avoir trois saisons pour savoir si, quelle est la nature du produit, le potentiel de la marque etc. Mais ensuite, il y a encore au moins trois ans, 6 saisons, pour atteindre, quand vous atteignez six saisons et qu’il y a un chiffre d’affaires qui s’est dégagé, on va dire conséquent et qui montre que le produit peut se développer sur le marché. Il y a encore une étape à passer, en fait, de développement. En fait, suivant la maturité du projet, soit j’aide au développement de la collection en passant par les plans de collection. Ensuite, en élaborant une vraie stratégie et de choix d’actions très pragmatiques et concrets pour le développement de la marque. Voilà donc j’accompagne le créateur dans tout, tout son déploiement quoi. Et surtout dans ses prises de décisions par rapport à la stratégie.

 

Et au quotidien ça se passe comment ? Tu les as souvent au téléphone dès qu’ils ont une question, une interrogation. Ils t’appellent ou vous prévoyez des séances de travail ?

 

J’ai des séances de travail qu’on prévoit tous les mois. J’ai une grosse séance au début. Ensuite, j’ai des séances régulières et ils ont aussi le droit de m’envoyer des mails, de me demander pour, ça arrive souvent qu’ils aient une question, vraiment, et que ce soit urgent, même de négociations avec un distributeur. Parce que moi je ne suis pas agent commercial mais justement j’essaie de coacher et d’apprendre aux créateurs, dans les débuts, à négocier, à se vendre. Négocier avec un grand magasin, un concept store, les conditions de vente etc. Donc en fait, ils ont des questions ponctuelles à me poser suivant ce qui se passe. Récemment ils m’ont appelé en me disant telle boutique m’a confirmé comment je dois faire, comment ça se passe maintenant. Donc je suis présente au quotidien mais je m’organise bien sûr, je ne suis pas disponible 24 heures sur 24. Mais je gère en fonction de ça. J’ai vraiment, par jour, je sais que j’ai j’ai une ou deux heures qui vont être pour répondre à des questions ponctuelles. Donc je dois organiser mon temps par rapport à ça.

 

Tu les conseils comment sur la partie créative. Qu’est-ce que tu leur dis ? Ma question c’est, moi, j’ai le sentiment, aujourd’hui, que pour vraiment, il y a tellement pléthore d’offres sur le marché, qu’il faut développer une unicité, il faut avoir une vraie différence par rapport à l’autre. Il ne faut pas être tiède quoi, il faut vraiment être très puissant. Comment tu les accompagne sur cette définition de leur univers artistique ?

 

C’est une question pas évidente parce que c’est surtout avec la personne que ça se passe. J’essaie vraiment d’identifier ce qui est la singularité de l’histoire et le talent de la personne. Et quand j’ai vraiment et je pense avoir capté, c’est vraiment en discutant avec eux en fait. Et après, je les guide pour aller vraiment vers ce qui sont profondément, ce qu’ils aiment profondément. Souvent, quand il y a des blocages et j’ai vu, j’ai vécu ça en début d’année, fin d’année, en décembre et janvier, sur une marque, je ne dirai pas laquelle, qui était totalement bloqué parce qu’elle avait été, on l’avait bloqué, on lui avait dit des choses négatives et c’est très dur pour un créateur, un créatif d’être… Moi je dit qu’un coach n’est pas là pour casser, bien sûr que non. On est là pour faire des critiques intelligentes, fondées, fondées sur des éléments. Et si on accompagne une marque, le coaching est là pour aider à rendre meilleur et à faire grandir la personne. Donc cette personne été cassée, on lui avait dit des choses négatives sur sa collection. On l’avait détruite. Et de ce fait, elle est venue vers moi. Elle a demandé deux séances d’une heure et demie, deux heures. Très touchante d’ailleurs, parce que dans ces moments-là, il faut rester vraiment, il faut être très pragmatique, il faut prendre du recul. Et je l’ai interrogé sur ce qui avait été, ce qu’elle avait ressenti, ce qui l’avait touché et pourquoi elle était bloquée quoi. Je connaissais la marque donc je voyais le potentiel de la marque. Souvent je vois aussi le potentiel de la marque parce que je suis très sensible aux produits. Et j’ai voulu la faire reconnecter à son produit. C’est difficile à expliquer. Ce n’est pas simple. Donc je l’ai interrogé sur ce qui l’animait par rapport à sa collection et le début de ce projet. Je suis revenu un peu en arrière. Aux sources. Et elle s’est reconnectée. Et j’ai senti, et je lui ai dit, vous ne croyez pas que vous devriez aller dans, n’écoutez pas ça. Qu’est-ce qui vous vous anime ? Elle m’a dit ça. OK. Allez-y. Est-ce que vous doutez une seconde de cette direction ? Non pas du tout Patricia. Alors allez-y, n’écoutez pas, n’écoutez plus ce qu’on vous dit. Ça crée trop de confusion et donc je l’ai faite reconnecter à son produit. Et je l’ai aidé aussi, je lui ai donné des idées, je suggère des choses aussi en termes de créativité parce que je voyais le concept. Je lui dis vous devriez peut être faire ça dans votre dans votre marque est ce que cela correspond ? Est-ce que ça vous parle ? Et elle me disait, oui, oui. Et on est reparti ensemble dans cette histoire et la collection était très réussie. Ça l’a débloquée. Je l’ai aidé à se débloquer. Et ça c’était vraiment sur le processus créatif. Donc c’est compliqué. Après on ne va peut-être dire, on va me montrer un plan de collection. Et puis, je vais voir des matières, des dessins. Enfin, voilà le vrai plan de collection. Et je vais dire mais pourquoi vous travaillez sur cette matière ou cette couleur alors que ça ne correspond pas du tout à votre esprit de collection ou la direction que vous êtes en train d’emprunter ? Puisque c’est quand même un domaine, et je connais aussi les tendances. Je suis très imprégnée de ce qui se passe sur le marché donc je peux aider et guider de cette façon.

 

Tu as des outils en particulier pour t’aider à te centre et à retrouver les fondamentaux. Définir son ADN propre, tu utilises quoi comme outils quand tu travailles avec eux ?

 

Question un peu piège. En fait, je n’ai pas le questionnaire type qu’on remplit, les études de marché parfaites, souvent ils les ont déjà. Donc je m’appuie sur ce qu’il me donne en fait. Je sais que, j’ai plus une approche, c’est très personnel en fait.

 

Et bien ce n’est pas grave. Je comprends c’est très instinctif et c’est du feeling. Mais ce que je comprends, mais ce qui est difficile à comprendre aussi, moi quand j’en parle avec mes proches et c’est compliqué à expliquer quand on n’est pas issu de la mode ou de la création, c’est que on a un coup de cœur ou on ne l’a pas. Et c’est difficile de dire pourquoi ce produit va marcher. C’est difficile de dire pourquoi je suis convaincu que ça va fonctionner parce que c’est une relation avec le produit, ça vient du fait que j’ai de l’expérience, que je voyage régulièrement, je vois tout ce qui se passe dans le monde, que ça fait, pour toi ça fait 25 ans que tu es imprégné de créatifs, de créateurs, que tu es confrontée à ça, c’est ton quotidien. Donc c’est instinctif, tu le sens, tu le sais. C’est bien ou c’est pas bien.

 

Moi je pense que, en fait, je crois que mon talent à moi, c’est vraiment de sentir un produit. On appelle ça, dans le parfum, on va les appeler le nez.

 

Non mais c’est comme les acheteurs, je ne sais plus d’où ça sort, mais typiquement une Colette à l’époque, c’est des gens ils voient quelque chose ils te disent ça va marcher, ça va pas marcher. Ils ne l’expliquent pas. Je ne pense pas qu’ils l’expliquaient à l’époque quand ils étaient devant le stand. Mais ils le sentent, ils le savent parce qu’ils connaissent leurs clients et basta. Ça va marcher, ça ne va pas marcher. Et c’est compliqué à expliquer. Et des gens qui ne sont pas issus du milieu créatif ou de la mode, je pense que s’ils ont de la sensibilité, ils comprendront ce truc-là sinon on comprend pas.

 

Non. On ne comprend pas forcément d’où ça vient.

 

Aujourd’hui, je pense qu’il y a beaucoup de gens, dans les gens que j’ai croisés, qui se posent la question sur leur stratégie, leur business model. Est-ce qu’on applique une stratégie wholesale comme cela s’est passé depuis depuis 25 ans. Et récemment, on voit l’émergence de nouveaux, de nouvelles marques qui sont en direct, qui passent plus du tout parler par les revendeurs, qui vendent directement sur leur site ou via leur boutique en direct. Est-ce que des questions, j’imagine, que vous vous poser, avec tes créateurs, dans leur stratégie ?

 

Oui bien sûr. Aujourd’hui, pas qu’aujourd’hui, moi ça fait quelques années déjà, où quand je travaille avec les créateurs, je les amenais à réfléchir BtoB, BtoC. Ça fait partie d’une logique. Je n’invente rien, tout le monde le sait. Maintenant, ça dépend aussi des projets et des collections. Il y a, encore aujourd’hui, des collections qui peuvent réellement se déployer sur un marché wholesale. Et puis, il y a ceux qui créent, de toute façon, des concepts qui vont être vendus que sur le digital donc c’est très clair. Voilà c’est des nouveaux concepts maintenant. Ça se voit de plus en plus, type Sézane etc. Mais il y a plein de possibilités. Et une fois de plus, je pense qu’il faut trouver sa place. Avoir envie, déterminer vraiment le projet, la marque, comment on la voit. Ça peut-être à la fois un atelier-boutique, classique on va dire. On a un retour à l’atelier-boutique nouvelle génération. Je trouve ça formidable. Il y a une nouvelle distribution de concept store jeune, où on mélange de l’art et de la création, lyfestyle etc. Avec plein d’événements tout le temps. C’est à la fois une sorte de mix entre la boutique et la galerie en fait. Mais le créateur il a besoin de, il faut qu’il trouve aussi son modèle idéal et on ne peut pas tout faire au début. Donc, soit tu décides de faire un peu de wholesale, et là ça implique quand même des investissements, parce que pour faire du wholesale il faut trouver soit, les bons salons, les bons, avoir une stratégie commerciale. Mais beaucoup ont besoin quand même de se vendre en parallèle, en direct aussi, pour aussi créer de la trésorerie. Il y a aussi une façon d’exister à travers des pop-up et ça donne de la visibilité. En fait, aujourd’hui, il faut penser à tout en permanence. Création, fabrication et surtout vente. Et en même temps visibilité parce que tu peux vendre online et ça va te créer un développement de business dans tes boutiques physiques si t’es distribué et vice versa. L’un ne peut pas vivre sans l’autre en fait. Donc soit, tu es référencé dans les bonnes boutiques, soit tu fais des pop-up pour créer de la visibilité qui ensuite va avoir un retour et une retombée sur le digital. Parce que, exister sans e-shop, aujourd’hui c’est ridicule. Donc en fait, tout est à penser selon le potentiel du créateur, sa structure les moyens qu’il a et l’environnement qu’il a. Les aides qu’il a autour de lui.

 

On a besoin de beaucoup de moyens ?

 

Aujourd’hui, lancer une marque sans avoir un petit peu de trésorerie c’est quand même compliqué. J’en connais qui lancent les marques sans, effectivement, sans grands moyens mais c’est difficile quand même.

 

Aujourd’hui, idéalement, si tu lances une marque il faut combien en tréso ? Faut mettre 10.000, 50.000, 100.000, 200.000 euros sur la table ?

L’idéal si tu pars déjà avec 200.000 euros devant toi c’est formidable mais ça c’est très rare. Ça existe mais c’est des gens qui ont déjà, je pense un parcours, avec avec un parcours solide et ils ont effectivement soit la famille, soit un banquier qui les suivent parce qu’ils ont une sorte de valeur ajoutée et un succes fee qui est énorme du passé et qui fait que. Mais c’est très rare en fait. On peut commencer avec, effectivement, je pense 20.000 euros pour lancer une collection, pour une première saison. Mais il faut vite, vite vendre. Parce que si vous ne vendez pas, c’est le cas de beaucoup de créateurs dans les premières saisons, on accumule, effectivement, les dépenses pour les collections, pour la production, pour pouvoir exister. Donc l’idéal ce serait d’avoir au moins 50 mille euros. Je pense que ça serait un chiffre un peu logique. Moins c’est possible aussi, mais avec 50.000 on peut peut être prétendre tenir déjà une année, sans prétendre à un salaire. Je ne vois pas beaucoup de créateurs se payer. Et pouvoir aussi peut être avoir des gens, s’entourer de personnes. Ça serait un budget idéal. Après il y a les aides. Faites les demandes, les aides, le DEFI. Vous pouvez, si vous tenez la première année, à partir de la première année, il y a des choses qui peuvent vous être proposées. Il faut tenir la première année.

 

Au début, il faut prouver qu’il y a concept fort, qu’en tout cas il y a une réaction du marché et une fois que t’as validé ça, dans la tech on parle de Proof of concept, après les institutions peuvent prendre le relais et t’accompagner. Il y a quand même ce démarrage…

 

Ce démarrage, de prise de risques quelque part, qui est aussi un peu normal. On ne peut pas financer des gens qui ont une idée et six mois après ils arrêtent. On a vu quand même des histoires de collection de marques qui ont eu des grands prix avec des budgets incroyables, qui ont disparu un an après, qui ont arrêté leurs marques. Donc voilà, tout ça fait que, aujourd’hui, c’est bien de montrer sa volonté, son envie et un produit cohérent. Et on peut voir, tout de suite, dès le début, s’il y a quand même quelque chose, quelque chose, une pâte. Donc la deuxième année, la première année, c’est bien que les jeunes fassent leurs preuves. Mais c’est pour ça que c’est bien d’avoir un petit peu d’argent, un budget qui permette de faire effectivement la collection, mais aussi d’avoir peut-être un salon, un showroom ou un expert qui va les accompagner pour faire les bons choix et de pouvoir, tout de suite, même projeter la marque dans les trois ans qui arrivent minimum. Il faut aller beaucoup plus loin mais de savoir quelles seront les actions et faire ça dès le début.

 

Parlons de ça. J’aimerais qu’on parle du calendrier, souvent, ce que je te disais en préparation de l’interview, je trouve que c’est assez difficile de comprendre le calendrier de la mode, de se projeter et surtout quand un jeune designer, d’anticiper justement ces trois fameuses années. Comment tu t’y prends ? Est-ce que tu peux nous rappeler vraiment les moments importants dans la vie d’une marque ? Et comment toi, quels outils tu utilises pour te projeter avec eux ?

 

Alors c’est vrai que, comme tout bouge sur le marché, il y a un calendrier qui est, quand même, un calendrier classique mais qui, aujourd’hui, correspond encore au rythme des saisons et du marché. On présente en janvier, on présente en février. En janvier pour l’homme, la femme en janvier de plus en plus mais aussi jusqu’en février. On suit le calendrier des Fashion Week à l’international. Et donc un créateur, moi j’essaie de l’accompagner pour qu’il soit prêt en janvier un peu, le minimum. Ils ont du mal. Ils ont du mal parce que, ça peut se comprendre, entre créer la collection, trouver les différents fabricants pour les prototypes et mettre en place tous les outils de communication, souvent ils ne sont pas prêts pour janvier. Donc, aujourd’hui, les acheteurs dépensent malheureusement leur budget, tout le monde le sait, de plus en plus tôt. Donc à partir de décembre même ils sont en prise de commande dans les grandes maisons. Moi je travaille avec des créateurs souvent très pointus qui sollicitent aussi des boutiques qui sont des concept stores et qui vendent les grandes maisons. Ils souhaitent rentrer dans ce type de boutique. Donc eux ils arrivent un peu tard dans le calendrier. On va dire que, on a peut-être la chance de voir, quand même, arriver, se déployer de nouveaux concept store et qui ont vraiment envie de mélanger de plus en plus de nouveaux, de nouveauté. Ils ont envie de nouveauté. Moi je le ressens énormément. Et donc, dans ce calendrier, cette distribution elle vient quand même en février. Fin février, pendant la Fashion Week, à Paris, c’est juste incroyable. Il y a Le monde qui est à Paris. Le monde entier. C’est fabuleux. C’est étonnant et fabuleux. Et je crois qu’il n’y a pas de Fashion Week qui remplace Paris. On sent toujours qu’il y a une petite guerre entre les différentes Fashion Week mais Paris c’est Paris. Elle est, elle m’étonne toujours autant. Je suis assez émerveillée, depuis toujours, de voir autant de monde, autant de marques, de créateurs, d’événements, de showroom aux mêmes dates. Mais c’est tard. C’est tard et les acheteurs ont dépensé largement 80% de leur budget.

 

Donc là, ça va être les coups de cœur à Paris ?

 

Ça va être les coups de cœur et c’est une grande, grande bagarre.

 

Mais est-ce qu’on ne peut pas, demain, moi je suis un jeune créateur, comment je fais pour optimiser ce timing justement ? Est-ce que je dois aller en amont et aller chercher les acheteurs dès le mois de décembre, même tout début janvier, pour leur dire on est là, gardez du budget pour nous quand vous êtes là au mois de février ? Et l’autre question que j’ai aussi c’était, à quel moment il faut lancer sa marque ? Est-ce que j’ai intérêt à lancer au mois de juin ou au mois de janvier ?

 

En fait, ça dépend si, quelle est ta force, en hiver ou en été ? Il y a des créateurs qui sont bien meilleurs en été qu’en hiver. Généralement, on dit qu’il vaut mieux lancer sur de l’hiver. Mais alors ça, je n’y crois plus du tout. Parce que moi je vois des collections se lancer en été et ça fonctionne. L’idéal c’est de présenter, effectivement juin. Et depuis très longtemps je le pense. Fin juin, début juillet, je trouve ça magique aussi. C’est une période qui est beaucoup plus relax à Paris entre l’homme et la couture et il y a quelque chose d’un peu comme ça, où tout le monde est beaucoup plus accessible. Il y a une effervescence assez jolie. Moins sous pression et moi je trouve que c’est, tu vas encore me dire c’est basé sur quoi Patricia, bah oui sur une analyse de marché aussi de toute façon les acheteurs de plus en plus viennent à cette période-là, même pour la femme. Et on sent qu’ils sont beaucoup plus détendus et qu’ils ont envie de voir plus de choses. Ils ont plus de temps. Je le vis comme ça à chaque fois, depuis des années. Cette période est un peu particulière donc j’aime bien quand une marque se lance à cette époque-ci. Parce que tu as du recul en plus, entre juin et septembre, pour retravailler ta collection. Bien sûr, les grandes maisons, les marques établies on parle de pré-col, de collection. Et ça, effectivement c’est des rythmes qui existent. Bon moi, j’ai envie de dire, aujourd’hui, que tu peux lancer ta collection en juin puis rajouter peut-être un thème sur septembre et puis regagner ou confirmer en fait des gens qui ont aimé en juin et auront le temps d’y penser. Et c’est vrai que j’aime bien quand le créateur peut communiquer. Par exemple, pour revenir au planning et de la préparation des créateurs, j’aime bien quand il arrive à communiquer avec les acheteurs en novembre. Même si la collection n’est pas prête, je leur suggère de communiquer et de rester en contact avec les acheteurs et de leur dire qu’ils vont être présents en février. Ils me disent oui mas Patricia je n’ai pas de produits, je n’ai pas de nouvelles, alors on va, je vais leur suggérer de faire un petit shooting nouveau, dans le shooting qu’ils avaient prendre une image et personnaliser réellement quoi. On va cibler un nombre d’acheteurs. On ne va pas envoyer ça à 2.000 acheteurs. Je vais leur suggérer de, par rapport vraiment, c’est d’avoir une approche réelle. Une lecture de la distribution pour le créateur. D’identifier 30 ou 40 boutiques dans le monde qui vraiment leur correspondent et d’essayer de capter ces gens-là. Donc en envoyant peut-être, basiquement, une carte particulière pour Noël qui va faire que, on écrit plus, on envoi plus par courrier donc en fait ils vont recevoir ils vont se dire tiens mais qui est ce créateur ? Je reçois par courrier une carte. C’est un outil comme un autre. Mais toujours réfléchir à comment on peut adapter. Mais ce n’est pas quelque chose qui peut, peut-être, être appliqué à tout le monde. C’est selon le créateur, le projet, la collection et la personne. Mais en tout cas de communiquer en amont. Ça c’est sûr.

Comment, quel choix faire. Est-ce qu’ont fait un salon, est-ce qu’ont fait un showroom, est-ce que je fais une vente dans un appartement ? Tu vas me dire, c’est encore pareil, c’est selon le designer, selon son univers et ses envies.

 

Complètement. Et selon si t’as envie d’être avec d’autres créateurs et d’autres marques. Parce que moi je connais des créateurs qui ont vraiment envie d’être seuls. Ils ne veulent pas être avec d’autres marques, ni dans un lieu intimiste comme un showroom parce qu’ils veulent se déployer de façon individuelle. Et puis montrer qu’ils sont capables. Mais c’est difficile de faire ça seul. C’est très difficile. Mais oui, bien sûr, il y a des gens qui veulent faire ça.

 

Et je fais quatre collections ou deux collections par an ? Je demande ça parce que moi je trouve assez fou, j’ai interviewé Lou Menais, il y a pas longtemps, de JOUR/NE quand elle m’a dit qu’ils avaient quatre collections par an. Mais ça paraît complètement fou. Quand t’es un jeune designer ça me paraît fou. Peut-être que je sais pas, c’est bête de penser ça. Comment tu t’y prends ?

 

Moi je pense que faire quatre collections c’est énorme. Je pense qu’on peut faire une collection et apporter des compléments. Je ne sais pas si ces termes de pré-col et de main collections sont adaptés aujourd’hui. Aujourd’hui, j’ai des créateurs types comme Coralie Marabel ou Mazarine, qui elle, a lancé sa marque sur un modèle économique et qui est très juste et qui est, bon petit à petit elle est entrée dans un système plus classique. Mais ils sont capables de créer des capsules en fait. Et Coralie le fait largement aujourd’hui. Chacun essaie de trouver une façon d’exister. Coralie a pris une boutique, une boutique-atelier et en fait, elle s’est rendue compte qu’elle avait une clientèle qui venait acheter directement chez elle. Que son passage par Designer Appartment, un showroom qui a une visibilité énorme, lui a permis de se montrer auprès des wholesales, des acheteurs internationaux. Que ses acheteurs internationaux mettent du temps à commander. Ils mettent deux ou trois saisons, quatre saisons. Moi je vois toujours les marques et je les accompagne sur plusieurs saisons à Designer Appartment, généralement il y a une sorte d’amorce à la première commande, deux commandes. La deuxième saison, ça se confirme. Mais c’est vraiment la troisième et quatrième saison où ils peuvent atteindre 20 boutiques. Et souvent la troisième. Si la collection il y a quelque chose qui se passe en terme de, elle séduit un public international et pointu, la troisième elle décolle. Et je l’ai vue, il y a eu Y Project Designer Appartment, cinq saisons avec nous, ils ont décollé en troisième-quatrième saison. C’est vraiment, on le voit généralement c’est comme ça. Maintenant, il y a pour des marques où c’est plus compliqué, des créateurs où c’est plus compliqué mais ils ont mis en place une structure physique donc atelier-boutique et ils vendent. Et ils ont construit déjà une clientèle en direct. Et cette clientèle, elle rappelle, elle a envie donc ils ont fait un e-shop. Et ils sont en train de penser différemment et faire des capsules. La fameuse capsule. C’est une collection mais c’est une capsule. C’est une capsule ou c’est une collection ? En fait, c’est une petite collection qui va répondre, qui va être mise en vente pendant deux mois, qui va correspondre à la saison en cours. En fait, on ne va plus fabriquer ou créer l’hiver très en amont. On va le fabriquer au moment où il va faire froid, presque. Ce n’est pas simple non plus à gérer en terme de fabrication. Il faut être extrêmement bien organisé, flexible et agile. Trouver, et généralement ces jeunes-là, ces jeunes marques, travaillent avec des ateliers de proximité à Paris. Et donc on a vu aussi le déploiement du made in Paris, du made in France. Et tant mieux. Mais c’est quand même des prix et c’est pour ça que vendre en direct, les marges et bien elles reviennent aux créateurs. Et c’est vrai que ça évite d’ajouter des marges supplémentaires à un revendeur. Donc il y a plein de modèles possibles pour exister. Donc, est-ce que la question, quatre collections, deux collections, une pré-col, est-ce que c’est réellement adapté ? Je dirais, une fois de plus, que ça dépend du projet. Ça dépend du créateur. Ça dépend de son esprit d’indépendance. Et de son envie d’exister, pas forcément à travers une distribution internationale qui permet une reconnaissance internationale et qui va amener le créateur à faire des millions d’euros. Parce que je rencontre aussi beaucoup de créateurs aujourd’hui, et ça c’est quelque chose de très nouveau, qui vontous envie d’exister pour exister parce qu’ils aiment leur métier. Pas forcément de se déployer et faire des millions d’euros mais pouvoir en vivre. Pouvoir prendre le temps de vivre, le temps de rencontrer leurs clients et de faire en sorte que leur structure existe. Mais ils ont pas des objectifs qui vont être de faire des millions d’euros. Je veux dire, ça à la rigueur, c’est plus dans le domaine des start up et de tout ce qui est digital, ils ont tout de suite envie de faire des millions, on lève des millions et on revend. A l’opposé de ça, il y a ces jeunes-là, complètement incroyables, merveilleux, brillantissime qui prennent des risques et ils sont super jeunes. Et puis, tu as aussi une autre, des jeunes qui, eux, veulent vivre différemment, qui veulent créer, qui veulent exister en tant que marque et qui ont envie d’avoir vraiment leur lieu et pouvoir tout simplement exister. Pas seulement dire, le succès est relatif. En fait, leur succès à eux, c’est de pouvoir exister, ce n’est pas de faire des millions d’euros. Donc en fait il y a ça, mais tu vas me dire oui mais ça manque peut-être de motivation, de projection, d’esprits compétitifs. Non pas du tout. Je pense que c’est aussi une autre façon de vivre.

 

Je vois très bien ce que tu veux dire.

 

Je me suis un peu, j’ai un peu élargi le sujet

 

Mais c’est vachement intéressant.

 

Le monde change vraiment. Il faut que tout le monde soit, il faut être en accord avec soi-même, aligné.

 

Justement ça revient aussi un sujet que je voulais aborder avec toi, cette quête de sens, en ce moment, on voit beaucoup d’initiatives chez les jeunes entrepreneurs, on parle de upcycling, de respectent l’environnement, de respect de l’humain etc.. Qu’est-ce que t’en penses toi de cette tendance, comment tu vois les choses ? Est-ce qu’il y a des gens des initiatives qui interpellent plus que d’autres ?

 

Oui, je trouve que c’est, en fait c’est logique, on a tellement été dans une société de surconsommation, du tout et n’importe quoi, de fabrication à l’autre bout du monde. C’est vrai qu’il n’y avait pas de conscience. On va dire que la conscience s’éveille, que l’homme s’éveille, se réveille ou se révèle. Parce que, justement, je crois qu’il y avait une course à être le meilleur, le plus beau, le plus intelligent et le plus riche. Et j’ai l’impression que, aujourd’hui, on est dans une course à être en accord avec nous-mêmes, faire des choses qui, des choses qui puissent parler à beaucoup plus de personnes qu’avant peut-être que. C’est assez perturbant en fait. Moi je crois que depuis toujours j’ai mis du sens dans ce que j’ai fait. Et je viens aussi, effectivement, de la campagne où, pour moi, c’est le respect de l’homme, de la terre, de la nature. Ça fait partie de ma vie quoi. Après je l’ai aussi oublié comme beaucoup d’entre nous. J’ai aussi consommé, j’ai aussi fait n’importe quoi. Aujourd’hui, je fais hyper attention à ce que je fais chez moi, comment je mange mais en même temps je reste une personne tout à fait normale. Mais je crois qu’on a, cette quête de sens montre qu’il y a eu une vraie crise, financière, mais aussi psychologique. Que les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas envie de vivre comme leurs parents ou leurs grands-parents. Que, du coup, on a envie de, à nouveau, cette crise fait que l’on a envie de mutualiser, de se rapprocher, de partager, d’échanger et aussi de se respecter. On a aussi oublié de se respecter dans cette course effrénée du passé. Du passé et encore aujourd’hui, certains sont capables de tuer père et mère pour réussir. J’ai l’impression que c’est un peu moins le cas, ou en tout cas, on utilise des façons, d’autres armes pour réussir, son intelligence, sa capacité à créer et à se développer sans vouloir à tout prix tuer le voisin ou marcher sur les voisins. En tout cas, je trouve que ces jeunes sont passionnants, intéressants. Ils sont, grâce à Internet grâce au digital, c’est vrai qu’ils sont ouverts sur le monde. Et aussi le monde va très vite donc, à cause cette fois-ci, du digital et d’Internet et je pense qu’on a aussi envie de ralentir le rythme. On a envie de revenir au moment présent, on a envie de vivre ensemble, on a envie de partager de façon humaine, naturelle, normale. Et puis arrêter d’être, être transparent quoi. On ne peut pas toujours dire que tout va bien, ce n’est pas vrai. Si ça va mal disons que ça va mal mais espérons que ça aille mieux. Et puis trouvons les façons pour que ça aille mieux. C’est cette mentalité où même quand ça allait mal on disait qu’on allait bien et fait au bout d’un moment… Pourquoi on parle de société de burn out parce qu’on n’a pas fait attention, on ne s’est pas écouté, on n’écoutait pas, on a pas vu notre manageur péter un câble et il y avait une sorte de direction verticale qui était extrêmement lourde. Aujourd’hui, on parle de d’horizontalité au niveau du management parce qu’il faut qu’on accompagne, un directeur artistique ne peut pas porter le poids du développement d’une marque pour une grande maison. Parce qu’on a parlé aussi beaucoup de ses directeurs artistiques qui ont eu des problèmes, qui ont laissé tomber des maisons, qui ont eu envie de vivre autre chose que la pression parce que c’est vrai que cette société a été extrêmement rapide et elle nous a embarquée quoi. Donc, on revient à quelque chose où on a une quête du sens. Donc la consommation, respecter l’homme, l’upcycling… Pourquoi consommer autant, pourquoi pas reprendre des vêtements qui existent déjà et puis voilà. Tout ça fait qu’il y a une émergence de tous ces courants qui, en fait, auraient toujours dû exister

 

Mais qui s’est perdu, on a oublié de s’écouter quoi. La machine s’est emballée. On s’est fait un petit peu avoir.

 

Peut-être qu’on ne savait pas qu’on pouvait consommer comme ça en fait.

 

Tu organises le Designer Appartment pour la fédération. Ça fait six ans. Comment tu choisis les, j’imagine que il n’y a pas que toi qui choisit, mais comment vous choisissez les gens qui rentrent au Designer Appartment.

 

Alors, c’est un process qui est donc mis en place avec la Fédération, bien sûr, de la haute couture et de la mode. On reçoit, il y a un appel à candidature. Il y a des critères à respecter. Il faut exister depuis un an minimum, avoir un minimum de chiffre d’affaires. On peut, même si ce minimum n’est pas atteint, on peut en discuter et justement étudier le potentiel et la viabilité du projet. Donc je rencontre les créateurs, Héléna et Laure de la fédération les rencontres. Et ensuite, on a une commission où ont réuni des professionnels. Donc il y a une pré sélection de dossiers. Et puis, une commission qui décide, à laquelle on présente donc tous les dossiers, et on décide selon le nombre de places sur le Designer Appartment. Parce que quand on est à Designer Appartment, on peut le faire deux fois, comme on peut le faire jusqu’à cinq fois ou six fois selon la maturité du projet et si le créateur n’a pas trouvé le… L’idée du Designer Appartment c’est vraiment d’accompagner le créateur et de lui présenter à la fois, moi je fais aussi la promotion auprès des acheteurs. Et aussi le networking donc lui présenter peut-être un distributeur, un showroom qui puisse le reprendre, l’accueillir chez lui pour continuer. Donc nous, on est là dans les premières saisons où le créateur a pu dégager, développer son business. Et peux devenir indépendant et prendre son propre showroom et rester indépendant. C’est un choix. On en a parlé avant. C’est un choix personnel. Et donc tout est mis en place pour que le créateur puisse avoir un développement, avec un networking. Il reste entre 2 et 5 saisons. Donc ça c’est des décisions qui sont, on ré-étudie les dossiers tous les six mois selon les résultats, parce qu’effectivement il y a un créateur qui va être peut être plus pointu et de ce fait, peut être ça va être compliqué pour lui d’être vendu tout de suite ou moins rapidement, on lui donne plus de chance quoi. Tout est étudié en détail. Et pour y participer, effectivement, il y a un process, un appel à candidature, une présentation de dossiers qui est vraiment étudiée. Moi je prépare aussi les créateurs dans leur dossier pour la Commission. La commission est constituée d’acheteurs et de gens de la presse.

 

Et tu es aussi mentor au programme IFM Entrepreneur.

 

Tout à fait.

 

Ça veut dire que c’est Franck Delpal qui te demande d’intervenir sur des sujets spécifiques, sur des projets spécifiques, comment ça se passe ?

 

Tout à fait, Franck me propose d’accompagner soit un nouveau projet qui n’existe pas, mais il y a une idée sur le papier et j’accompagne les créateurs pour le mettre en place, le développer. J’ai accompagné Eliane Heutschi de Savoar Fer pour Franck pour ce programme. Et ensuite, elle a présenté son dossier à Designer Appartment, et sincèrement voilà ce n’est pas parce que je l’ai suivi, mais il se trouve que le dossier a été validé largement. Et donc, elle a cette chance, cette jeune femme, d’être dans un programme et d’être accompagné par les institutions dès sa première année, c’est formidable.

 

Elle est accompagnée par, c’est fabuleux d’avoir ce soutien là c’est génial.

 

Et elle a cette humilité, cette simplicité, cette gentillesse qui est juste extraordinaire et beaucoup de talent. Ça c’est magique aussi parce que je pense qu’on peut réussir en étant humble et sans être, voilà… C’est vrai que dans la mode on a beaucoup de personnes qui sont un peu des divas. Mais aujourd’hui ça change aussi. Ces jeunes créateurs sont assez intéressants, c’est une autre mentalité aussi. Voilà, donc j’accompagne ce type de projet, comme j’ai accompagné aussi Laurent ?, un autre projet qui existait déjà depuis plusieurs saisons, et c’était une réflexion de repositionnement, de est-ce que je vais continuer, est-ce que je m’arrête. Enfin voilà. Et en fait, il y a un potentiel. Et c’est génial parce que j’ai différentes, mon rôle en tant que mentor peut être différent. Et puis aussi mettre en relation avec des gens du marché qui puissent les aider. Donc on ouvre notre carnet d’adresses. Et voilà mais tu réfléchis et tu penses différemment selon la personne que tu as en face de toi et le projet. Parce que ça peut être aussi un pur blocage qui soit de la psychologie. C’est tout en fait.

 

C’est hyper complexe et super intéressant. Tu dois vraiment t’éclater dans ton job.

 

Oui, ça me plaît beaucoup et en même temps, c’est pour ça que ce n’est pas évident de répondre à certaines de tes questions, parce que ce n’est pas quelque chose de très pragmatique. Il n’y a pas une technique adaptée et qui est, comment dire, scientifique.

 

Il n’y a pas de voie royale.

 

C’est un mélange. Je crois que, moi, mon talent aujourd’hui est d’avoir une expertise marché parce que j’ai été, vraiment, sur le marché accompagné toute cette distribution grâce à Première Classe. J’avais vendu au préalable, j’ai vendu quand, j’étais dans une marque. J’ai fait du marketing, de la communication. Et ensuite, j’ai aussi pris de la maturité, de l’expérience. Et puis, je suis effectivement très produit et j’adore la psychologie parce que, même aujourd’hui, si tu ne comprends pas la psychologie d’un acheteur, si tu ne comprends pas, si tu n’as pas une lecture d’une boutique, de comment l’acheteur achète, c’est difficile de se vendre. Donc même la psychologie, elle est, à la fois, dans l’accompagnement du créateur mais elle est aussi dans l’approche qu’on a d’un acheteur, par le professionnel. Et puis aussi consommateur mais moi je ne suis pas… La preuve, dans le digital, ils mettent en place des façons de travailler, d’analyser le besoin du consommateur final en décortiquant etc. Donc la preuve qu’on dresse un portrait psychologique du consommateur pour pouvoir lui proposer. En fait c’est ça, moi je le fais avec l’acheteur.

 

Et comment tu développes cette connaissance de la psychologie de l’acheteur, à part l’expérience, parce que toi t’as la chance d’avoir 25 ans d’expérience au contact de ces gens-là, mais quand t’es un petit jeune, un petit blanc-bec comme moi, qui ne connait pas et qui n’a jamais été confronté aux acheteurs, comment je sens ça ?

 

En fait, tu dois effectivement étudier la boutique en question, pas seulement regarder ce qu’elle distribue. T’intéresser à la personne parce que maintenant, grâce à Internet, on a des interviews, on voit ces gens partout sur Instagram, tu vois rien qu’avec la sélection, ce qu’ils postent en terme d’image, tu comprends vite la personne. C’est du temps. Une fois de plus, pour le créateur en dehors de sa création, du suivi de sa production, de penser communication, de faire son lookbook, c’est de regarder, passer du temps et étudier et scruter. Parce que là on a toutes les images sur Internet, Instagram, Facebook… En plus, Instagram aujourd’hui, Pinterest mais c’est fabuleux. Et là, tu vois comment on réagit. Pourquoi. Comment l’acheteur se met… Parce que, aujourd’hui, ce qui est quand même assez étonnant aussi, c’est que la boutique devient prescriptrice et, à lui tout seul, un média. Ça c’est encore une grosse tendance. C’est à dire que Colette, Sarah était juste extraordinaire pour ça parce qu’elle a quelque part, en soit, elle a développé ça avant tout le monde. Mais aujourd’hui, grâce à Instagram, comme les boutiques se mettent, elles dynamisent aussi leur proposition, leur offre dès que ça arrive en boutique. Moi j’adore les Japonais, Desperados j’adore le suivre sur Instagram parce qu’il a une équipe. Ils se mettent en situation avec les vêtements qu’ils ont sélectionnés. C’est un exemple parmi tant d’autres. Et il y a Sharon au Mexique, à Mexico, je regarde. Tout de suite, on capte la personnalité.

 

C’est vrai qu’on a ces outils qui sont fabuleux pour ça.

 

Ça aide. Il faudrait que le créateur fasse ce genre de choses en fait.

 

Et ils le font pas tu crois ?

 

Ils essayent mais ce n’est pas qu’ils ne veulent pas, ils manquent de temps. Il faut aussi qu’ils dorment un petit peu sinon ils arrivent sur le showroom ils sont limite burn out aussi. Donc c’est pour ça que moi je propose de travailler avec eux et de les accompagner dans ce sens-là de leur donner des outils. Parce que tu les cadres, tu obliges, c’est là où le coaching est très important, c’est obliger le créateur, bon, on se pose ensemble et on travaille ensemble sur c’est quoi ta cible ? Comment tu vas la préparer ? Est-ce que tu veux que je fasse ça pour toi ? Est-ce que tu veux. Et donc, moi je travaille aussi, mon Instagram moi je suis très BtBo, donc moi je cherche pas à vendre au consommateur final. Mais c’est vrai que c’est très pro parce que je vais chercher, je travaille, tous les matins je passe du temps sur Instagram. Sincèrement, à mon âge, mais ça fait partie du job. Si je veux être indépendante, accompagner des jeunes, je dois vivre avec ce qui se passe, avec les outils qu’on me propose.

 

Bien sûr, hier je discutais avec Delphine Delval, c’est la créatrice de Pool Créatives, elle est agent de créatifs, et son quotidien c’est ça. C’est que tous les matins, elle passe une heure à regarder tous les blogs, tous les sites d’information, Business of Fashion etc. Et elle passe énormément de temps à scroller Instagram puisqu’elle doit tout connaître sur tout, savoir quels sont les, ce que font les autres, que font les gens, ce qu’ils aiment etc. pour pouvoir leur proposer des artistes

 

On doit être force de proposition. C’est-à-dire que si tu vas vers un client ou tu rencontres des gens, des organisations qui ont un potentiel d’être un client pour toi, tu dois arriver et avoir une idée. Si tu n’observes pas, c’est pas nouveau bien sûr, mais je pense que la connaissance de ton client, avant même de le rencontrer, elle est essentielle.  On disait, t’as Googleiser ou pas ? T’as-rendez-vous avec un tel, t’as Googleiser ? Et, en fait, Instagramer, c’est une vraie étude pour tout. C’est très important. Et ça a un créateur et ça fait partie de sa culture parce qu’ils sont jeunes mais ils doivent le faire.

 

Le systématiser. Patricia, je crois que l’on pourrait parler pendant encore très longtemps, donc on va passer aux questions de la fin, quand même, pour boucler l’interview. J’ai deux questions encore. Même 3. La première, c’est, tout à l’heure on parlait de ça en préparation de l’interview, comment on dit non à quelqu’un sans l’offusquer ?

 

C’est très difficile, et en même temps, je pense que dire non c’est important surtout quand ça a des répercussions en fait. Il faut savoir l’argumenter. Quand on a une expertise, on a une expérience, j’ai toujours fait sur Première Classe, j’ai sélectionné des créateurs, des marques que j’ai refusé. Je sais qu’il y avait des gens qui me détestaient. J’ai eu des ennemis. Et en même temps, j’ai toujours pris le temps d’expliquer pourquoi je disais non. Et ça permet souvent d’avoir une réaction. En fait, c’est vrai qu’un créa, c’est toucher à sa créativité, à sa création et sa sensibilité, donc ils sont hyper susceptibles. C’est normal. Et je crois qu’on se doit de dire les choses pour les faire bouger justement et réagir. Après moi, je dis toujours, je n’ai pas non plus la vérité sur tout, j’ai sûrement tort, ça m’est arrivé de me tromper. Il y a des gens que j’ai rencontrés et que je n’ai pas vu, tout de suite, qu’ils allaient être aussi une belle marque qui va se déployer. Mais je pense que c’est important de d’expliquer. En fait, on ne peut pas dire non comme ça. Il faut avoir l’expertise, l’expérience pour l’expliquer et souvent la personne peut l’entendre. Mais je sais aussi que beaucoup de gens qui disent non sans expliquer et c’est dur.

 

Est-ce qu’il y a quelqu’un qui vous interpelle en ce moment, qui vous impressionne ? En général, les gens ils rebondissent sur le mot impressionné en disant personne ne m’impressionne, mais est-ce que quelqu’un qui vous interpelle en tout cas ?

 

Dans la jeune création ? C’est du cette question, je n’ai pas réellement de, je ne fais pas réellement de différence entre les uns et les autres. Je trouve, je peux en donner plusieurs ou pas ? Je suis impressionnée par Glenn Martens. The Y Project, qui est un garçon incroyable, plein d’humilité, de talent, d’ouverture. C’est quelqu’un qui ose quand même, qui ose vraiment. C’est une démarche. C’est un style à part. Il a créé quelque chose. Il y a eu le vêtement, bien sûr, mais pour moi Y Project, c’est une autre histoire avec Elena. Ils sont concurrents sur le marché mais voilà. Ça c’est des marques un peu plus établies à mon sens. Je trouve les créateurs types ces jeunes AfterHomeWork, qui ont 20 ans. En fait, ils sont étonnants, ils sont jeunes, ils ont peur de rien, il n’y a pas de filtre. Ok ils sont parisiens, d’un monde, effectivement, où ça a été peut être plus facile pour eux, mais ils bossent comme des dingues. Ils pensent que ça les aident pas forcément, donc, du coup, ils doivent faire leurs preuves. Lui, il a une connaissance du marché international, des boutiques, c’est une machine. C’est-à-dire qu’en fait, il m’a dit, une petite anecdote, quand il a eu 18 ans, il a créé sa société. Le jour de ses 18 ans pour rentrer à Designer Appartment, parce qu’on ne pouvait pas le prendre sans avoir une société. Et c’était vraiment une condition donc il l’a fait. Et puis, il a dit, j’ai promis à mes parents de passer le bac et j’aurai le bac avec mention. Donc ils ont accepté qu’il fasse Designer Appartments pour toutes ces raisons. Il a passé son bac, il l’a eu et quand je l’ai eu en octobre qui a suivi, en 2017, pour la deuxième saison avec nous. Je lui ai dit, tu as choisi ton université, tu m’as pas dit Pierre. Il me dit quelle université ? Il m’a regardé, il m’a dit opening cérémonie. Et voilà. Il a une vision de ce qu’il veut faire mais…

 

C’est fou aussi jeune.

 

Mais c’est fou quoi. C’est sûr qu’on a plein de jeunes qui se lancent aujourd’hui, tu vois. Moi c’est que des jeunes que j’accompagne, mais ils sont quand même plus jeunes que les autres. Et sans avoir fait d’école de mode quoi avant. Eléna a fait une école de mode, Chardon Savard. C’est une personne qui, le couple, il est juste étonnant. Elle est déjà blogueuse. Elle a 20 ans, elle est, en plus, extrêmement respectée. Elle est suivie et respectée. Et puis, c’est une jeune femme douée. Si tu veux t’as une sorte de d’association entre les deux qui est juste étonnante et ils sont très jeunes. Donc je suis assez impressionné par ces deux personnes. Et ils t’écoutent, enfin moi je sais que…

 

Oui ils ont l’humilité de t’écouter.

 

Ils écoutent. Ils sont toujours un peu, j’ai dû apprendre à leur parler. Moi, Pierre je ne parle que sur Messenger avec Pierre. Il appelle pas, il répond pas au téléphone. Mais si j’envoie un texto sur Messenger, donc je textote, je suis sur Messenger pour parler de boulot avec Pierre. Et après il vient chez moi et on fait notre rendez-vous et il me scotche pendant trois heures. Une maturité et une connaissance incroyable. Et donc, au-delà du, il y a quelque chose de, au-delà de Je suis parisien et je suis d’un milieu parisien etc. et j’ai voulu faire de la mode. Non. Il a vraiment envie de faire quelque chose. Et on a eu des doutes au début. On se posait la question, tout le monde posait la question, oui mais ces petits jeunes, est-ce qu’ils vont, parce qu’ils sont vraiment soutenus par une presse parisienne, Melle Agnès, toutes ces personnes-là, Sophie Fontanel, Rebecca Boy etc, dès le départ. Et vraiment il y a une, donc je suis assez impressionné. Je suis impressionné par d’Alexander K qui est un créatif extraordinaire, un artisan. Pour moi, c’est une nouvelle génération. Justement il fait que des vêtements avec des matières recyclées et il fait de la couture quoi. C’est sublime. Et il sait tout faire. Il a mis au point des techniques de tissage qui lui sont propres. Il est talentueux. C’est-à-dire qu’il y a des jeunes aujourd’hui, c’est à la fois un designer, à la fois à un artisan. Il faut aussi qu’il soit Instagramer. On imagine que c’est beaucoup. Je suis impressionnée.

 

Il y a quand même des points communs dans tous ces gens, ils ont une détermination incroyable, ils ont une ambition et ils ont une force de travail incroyable. Et ils ont surtout cette humilité, j’ai l’impression que le point commun, dans tout ça, c’est quand même l’humilité de dire, je ne connais pas tout et je me fais accompagner quoi.

 

Oui, c’est vrai qu’ils reconnaissent aujourd’hui qu’ils en ont besoin. Même si au début, ce n’est pas évident parce qu’ils pensent savoir. Et puis quand on discute, ils voient qu’en fait ils ont besoin d’un soutien et de conseils. Moi je suis aussi impressionné par des personnes, j’ai envie de parler d’une personne que j’ai aussi accompagné, qui s’appelle Catherine Osti, et qui est beaucoup plus, qui elle a travaillé dans les ateliers de Chanel, et qui a 38 ans, qui est maman de trois enfants, qui vit à Lyon et elle a un parcours extraordinaire. Elle a fait des manchettes en textile. J’ai eu la chance de la rencontrer grâce à Marie-Chantal de Joyce qui l’avait déjà trouvée. Et c’est une femme incroyable. Elle mène de front. Elle a changé de vie, elle a créé sa marque à 35-38 ans. Elle a elle a trois enfants, elle vend dans le monde entier et tout ça en trois ans. C’est incroyable. J’ai fait un travail avec elle merveilleux. Je veux dire c’est pas grâce à moi, c’est elle qui a tout fait. J’ai accompagné dans ses choix, dans son positionnement quoi, parce que justement elle avait l’humilité de dire je ne connais pas, elle est de Lyon, je ne connais pas ce monde parisien et ce monde de la mode internationale. Elle était dans les ateliers de Chanel et ce n’était pas son métier. J’ai été très impressionné par cette femme aussi. Je trouve ça magique.

 

Pour passer le relais, qui souhaiterais-tu entendre dans ce podcast ?

 

Je pense que tu devrais interviewer Clarisse Reille.

 

Très bien. Je lui envoie une invitation.

 

Pour l’aide à la jeune création. Et bien sûr ,qu’il y a plein de créateurs et jeunes créateurs que je pourrais te conseiller. Tu vas voir Aliane tu m’as dit, tu devrais peut-être effectivement interviewer AfterHomeWork, mais il y en a tellement en fait. Mais je crois que tu devrais, effectivement, ça fait partie des personnes qui œuvrent pour la jeune création.

 

Et qui font bouger les choses. Très bien. Ecoute Patricia, j’ai appris énormément de choses. J’ai beaucoup apprécié notre discussion. Je te souhaite beaucoup de bonnes choses pour la suite et je te dis à très bientôt.

 

Merci à toi et merci pour ton talent aussi.

A bientôt. Au revoir.

#25 Delphine Del Val – Pool Creatives

Ecouter sur Apple/ iTune

Dans ce nouvel épisode nous allons à la rencontre de Delphine Del Val (https://www.instagram.com/delphinedelval/). Elle est la fondatrice de l’agence Pool Creatives (https://www.instagram.com/poolcreatives/) .

Dans ce nouvel épisode nous allons à la rencontre de Delphine Del Val (www.instagram.com/delphinedelval/). Elle est la fondatrice de l’agence Pool Creatives (www.instagram.com/poolcreatives/). Avec son équipe elle accompagne exclusivement des femmes, des personnalités inspirantes, multidisciplinaires, des artistes, des photographes, designers qui façonnent leur industries telles qu’Ana Kras (https://www.instagram.com/teget/), Garance Dore (https://www.instagram.com/garancedore/), Brianna Lance (https://www.instagram.com/breez_lance/?hl=fr) , Emily Oberg (https://www.instagram.com/emilyelaineoberg/) , Caroline Ventura (https://www.instagram.com/__carolineventura/), Kirsty Godso (https://www.instagram.com/kirstygodso/?hl=fr)  ou encore Vanessa Packer (http://www.vanessapacker.com) … Basé a New York POOL se développe actuellement en Europe avec une nouvelle antenne à Paris.

Dans cet épisode Delphine nous raconte entre autre son début de carrière à Paris puis son départ pour New York, elle nous parle de son métier d’agent, de son quotidien, de sa relation à ses artistes, de comment se renouveler et gérer au mieux sa carrière d’artiste.

C’est un épisode passionnant, j’ai adoré interviewer Delphine, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à l’écouter. Bonne écoute!

Invitée : Delphine Del Val 

Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans “Entreprendre dans la mode. Je suis aujourd’hui au café Fragments avec Delphine del Val de POOL Creatives. Bonjour Delphine.

Bonjour Adrien.

Est-ce que tu peux te présenter s’il-te-plait ?

Je m’appelle Delphine. J’habite à New York. Je viens de Paris à l’origine. J’ai déménagé à New York, il y a 11 ans. Je suis mariée, pas d’enfants. J’habite dans le Lower East Side.

Très bien. Est-ce que je peux te demander de reprendre ton parcours, depuis tes études supérieures, après le BAC, qu’est-ce que tu as fait, et qu’est-ce qui t’as amené à POOL Creatives ?

Moi, je voulais être critique d’art. Je devais imaginer qu’être critique c’était un super métier et que ça me viendrait très naturellement. J’ai fait des études d’histoire de l’art. Ça ne m’a pas du tout convenu. J’ai fait un switch et je suis allée dans une agence. J’ai ensuite fait une école de marketing, dans laquelle il y avait des stages la moitié du temps, ce qui me convenait beaucoup mieux puisque, du coup, j’étais tout de suite dans le milieu professionnel et j’arrivais un peu à voir ce que, les différents métiers qui se faisaient dans le marketing. Et un jour, je me suis retrouvée dans un stage chez un agent de photographes, où on faisait de la production photo, des rendez-vous pour présenter le travail des photographes dans des agences de pub, chez des clients mode… Et un jour, un des stylistes qui était représenté par l’agence, cherchait une assistante et je suis devenue une assistante styliste.  De là, j’ai complètement changé de vision sur le milieu de la mode. J’ai vraiment été behind the scene comme on dit, à aider ce styliste à aller dans les bureaux de presse, à faire des shootings, aller sur les shoots, habiller les mannequins, à refaire des sacs, faire du repassage ; j’ai d’ailleurs appris à repasser en travaillant. Et puis, en fait, j’ai aussi très vite réalisé que c’était un milieu difficile. Etre freelance c’était très, très stressant. Que ça n’allait pas me convenir, le côté ne pas savoir du jour au lendemain si on allait être payé, pas payé. Surtout qu’on est vraiment très peu payé quand on est assistant. C’est vraiment ce qui, ce qu’on remarque le plus vite. Et déjà à l’époque, alors qu’il y avait pas de blog sur la mode, alors que c’était quand même assez confidentiel comme milieu, par rapport à maintenant, ça c’est en 2000, j’avais très vite remarqué que si je voulais avoir une position stable, il fallait que je sois dans un magazine. Et en fait, pour être dans un magasin, il allait falloir que je redevienne stagiaire, non payée, et que c’était déjà des positions qui étaient très prisées. Donc, je me suis dit bon là, ce n’est pas pour moi et je suis devenu assistant d’agent de photographe. Donc voilà. Donc mon parcours vraiment d’agent a commencé comme ça. Aussi assez naturellement parce que j’adore faire se rencontrer des gens qui, je pense, vont s’intéresser mutuellement. C’est un peu ça le métier d’agent. C’est vraiment d’avoir un œil pour quelle sera la bonne personne pour quelle autre personne. Et voilà, j’ai été agent à Paris pendant quelques années, plutôt dans la mode parce que c’est ce qui m’intéressait le plus. J’ai travaillé avec une femme exceptionnelle qui s’appelle Florence Moll pendant quatre ans. Qui était très douce, très patiente, qui m’a vraiment beaucoup appris et qui m’a surtout appris que, dans le milieu de la mode, être très sympa c’est très important, que ça ouvre autant de portes que le reste et il n’y a pas besoin d’être difficile, odieux, méchant. Pour moi c’était vraiment un apprentissage très important. Et juste après ça, j’ai déménagé à New York.

Qu’est-ce que tu as fait à New York ? T’as continué à bosser pour la même boite ?

A New York, je suis tombée amoureuse de la ville, un été 2006. Je suis rentrée, tout le monde m’a dit que c’était normal et que ça allait se calmer et que je serais très contente de rester à Paris finalement.

C’est suite à un voyage là-bas ?

Voilà, suite à un voyage là-bas. Je suis restée une semaine à New York, je ne connaissais personne mais le beau-frère de ma sœur était là-bas, il m’a accueilli. Et moi j’ai eu une espèce de révélation. J’étais en larmes en rentrant. Je ne voulais pas rentrer. En plus, j’avais quand même, j’habitais avec quelqu’un depuis très longtemps, donc ce n’était pas non plus comme si j’étais célibataire, il y avait juste moi auquel penser. Mais bon quand même j’ai pensé qu’à moi. Et en fait, l’idée de partir n’est pas passée. Après le travail, j’appelais les agents de photographes à New York en disant voilà je suis Française, j’habite à Paris, j’ai très envie de déménager à New York, est-ce que vous cherchez… Et puis, de fil en aiguille, au bout de deux-trois jours, ça n’a vraiment pas pris beaucoup de temps, je suis tombée sur un agent qui cherchait, qui m’a dit de venir faire des entretiens. Et une fois que j’ai eu cet entretien, que j’ai pris mon billet, j’ai rappelé d’autres agences, avec qui j’avais un discours différent, auxquelles je disais, je serai à New York à telle période, je viens passer des entretiens, et là, du coup, les portes s’ouvraient beaucoup plus facilement. Je ne sais pas du tout si j’aurais le courage de faire ça aujourd’hui parce que, déjà, on a perdu cette habitude d’être au téléphone autant qu’avant. Et franchement, si quelqu’un m’appelait aujourd’hui et me disait bonjour, je suis française, je veux vivre à New York, je cherche un travail, je ne sais pas si j’aurais vraiment le courage de le faire et je ne sais pas ce que je penserais de cette personne. Mais bon je l’ai fait. Et de fil en aiguille, j’ai trouvé un job à New York.

Donc, à l’été 2006, je suis allée à New York une semaine. Je ne connaissais personne mais j’ai la chance que le beau-frère de ma sœur y vive, il est dans la finance. Il m’a accueilli, il m’a vraiment fait découvrir New York de façon vraiment incroyable. La journée il travaillait et moi je me baladais. Et partir, ça a été un vrai choc émotionnel. De rentrer à Paris ça a été très difficile. J’ai su tout de suite qu’il fallait que j’y retourne. Et malgré le fait que les gens essayaient de me décourager en me disant que ça allait me passer, j’ai commencé à passer des coups de fil à des agents sur place et je m’étais dit, je vais essayer de trouver un job en tant qu’agent de photographe. Si je trouve c’est génial, si je ne trouve pas, je prendrai un stage, si je ne trouve pas de stage, j’irai trois mois mais de toute façon j’y vais. J’ai eu de la chance de trouver un job, un petit peu facilement, mais bon j’ai quand même vraiment appelé. J’ai fait tout ce que je pouvais pour trouver un job. Je ne me suis pas arrêté aux problèmes de visage. Rien ne pouvait m’arrêter, j’allais y aller. En fait, je pense que les gens l’ont senti aussi. Et donc j’y suis allée. J’ai emménagé à New York trois mois plus tard avec un job, avec un visa. Et là, j’ai eu un peu le choc des cultures. J’étais habituée à être agent de photographe où on est très fier des collaborations qu’on fait, on fait des super belles campagnes, on dit non à certaines campagnes si elles ne conviennent pas etc. Et j’arrive dans un milieu où, en fait, c’est l’argent qui décide de tout. Et surtout, je représente des photographes dont l’objectif de carrière, c’est vraiment de très bien gagner leur vie. Je sentais plus du tout ce côté passion, ce côté art. J’ai aussi très vite réalisé que les défilés, la mode, sur place, étaient vraiment un business, ça n’avait rien à voir avec, ici, ce qu’on a nous, un artisanat, une fierté nationale. Ça a été un petit peu difficile. Et surtout, c’est un vrai marché des célébrités. En 2006, déjà, c’était l’époque où Paris Hilton et Lindsay Lohan étaient sans culottes dans les taxis. On parlait beaucoup de ça. Et en fait, les photographes travaillent beaucoup avec des célébrités, c’est un énorme marché que je ne connaissais pas. Ça m’a fait très bizarre. Ça m’a vraiment déplu. Et je n’ai vraiment pas su si j’allais, je savais que je voulais rester à New York, c’était une évidence mais je me suis dit merde je pense que je ne vais pas pouvoir être agent, je ne vois pas très bien comment ça va fonctionner. Et puis finalement, j’ai rencontré Chantal Weber qui a un bureau d’agent de photographe à Londres, qui a un bureau à New York et qui a un goût exceptionnel, vraiment, un œil incroyable pour repérer les talents, de très beaux photographes, des stylistes. Et là, en fait, ça a changé les choses. Du coup, j’ai retrouvé cette fierté d’aller dans des rendez-vous en présentant des books très beaux et je me suis enfin créée un réseau de gens très intéressants, passionnés par ce qu’ils faisaient et j’ai travaillé sur de très belles campagnes. J’ai repris un peu confiance dans le fait qu’aux Etats-Unis, il y avait, c’était un monde d’argent mais il y a quand même toujours des gens qui sont intéressés par ce qui est beau.

Est-ce que tu peux nous expliquer concrètement ce que fait un agent, parce que je trouve que c’est un métier qu’on ne connaît pas trop. Déjà moi je ne le connais pas trop, donc j’imagine qu’il y a plein d’autres gens qui ne comprennent pas trop comment ça fonctionne.

En deux mots, un agent c’est la personne qui va amener un contrat publicitaire ou qui fait gagner de l’argent à quelqu’un d’autre. Mais un agent de photographe ou un agent d’artiste, c’est quelqu’un qui présente le travail artistique aux bons interlocuteurs, en fait, dans la mode. Enfin, pour moi en tout cas, dans mon milieu, c’est quelqu’un qui a à cœur les intérêts des artistes et qui représente leur travail, afin de leur trouver des contrats qui vont être en phase avec ce qu’ils veulent faire. Donc, c’est-à-dire qu’un photographe de mode, on va voir une agence de pub, on va avoir une marque de mode, on essaie de trouver les bonnes personnes et on montre leur dossier de photos en espérant qu’ils vont ensuite avoir un contrat publicitaire ou une série de mode.

C’est ça le quotidien d’un agent, c’est spoter des talents, discuter avec eux, comprendre leur univers, leur vision et ce qu’ils ont envie de faire pour eux et d’aller voir tout un tas d’interlocuteurs qui sont des agences, des marques. Plutôt des agences ?

Ça dépend. Moi j’ai toujours travaillé beaucoup plus avec les marques de mode, de luxe, de beauté. Donc, en fait, dans ce milieu-là, il y a quand même beaucoup de choses qui se font directement avec les marques. C’est vraiment un balance, un mix entre des agences créatives, parce qu’il y a aussi beaucoup d’agences boutiques comme l’agence ?,  Fabien Baron, ? qui sont des plus petites agences, qui gèrent vraiment des gros clients luxe. Il y a des grosses agences de publicité qui ont certaines marques de luxe mais qui gèrent, quand même, beaucoup plus les grosses marques de tous les jours, Coca-Cola, voitures etc. Et ensuite, les marques en elles-mêmes qui ont, au sein de leur groupe, des unités qui sont spécialisées pour le marketing, la communication. Maintenant ça a encore plus changé, c’est-à-dire qu’avec tout ce que le digital a ouvert, les marques ont beaucoup plus de choses en direct qu’avant et elles font appel aux agences vraiment plus pour les grosses campagnes créatives et puis pour une vraie ligne de conduite et esthétique. Mais après, elles font beaucoup de choses en direct.

Très bien. Revenons alors à New York. Fin des années 2000…

Donc là, on est maintenant en 2008, crash économique. Moi je travaille pour une petite agence dont le bureau principal est à Londres et c’est vrai que je panique un peu. Mais bon, on tient le choc, tout va bien. On voit, quand même, que le milieu est en train de changer. Tout change, tout commence vraiment à changer. Les tarifs changent, les photographes de mode commencent à baisser leurs honoraires et les droits. On sent quand même un climat, surtout à New York, une vraie compétition. Et puis, les choses se calment un petit peu. Mais là c’est aussi l’entrée du digital, l’entrée des blogs, surtout à ce moment-là du street style, un peu la révolution des défilés. C’est ce moment-là, c’est 2008-2009-2010. Et là, il y a un vrai chamboulement dans la mode, c’est-à-dire que les fashion editors deviennent un peu des stars de la mode. Et il y a toute une vague de nouveaux intervenants qui prennent une importance immédiate. Quelqu’un comme Garance Doré que j’ai eu la chance de rencontrer en 2010. Parce qu’en 2010, j’ai changé d’agence. Je suis allé chez Walter Schupfer Management. Elle était représentée par cette agence à Paris, par quelqu’une qui s’appelle Salomé et qui avait tout de suite vu que Garance allait avoir une vraie place sur le nouveau paysage de la mode, de la créativité, et qui l’a tout de suite aidé, en fait, à faire de très belles collaborations, à se démarquer des autres qui commençaient aussi comme ça. Et moi, quand j’ai rencontré Garance, elle avait déjà fait de très jolis projets à Paris et elle décidait d’emménager à New York. Donc, moi, mon rôle c’était vraiment de voir comment, à New York, on allait pouvoir continuer sur cette trajectoire et, en plus, conquérir le marché américain. Parce que c’est un marché qui est complétement différent, qui est beaucoup plus gros. Elle avait un appeal en tant que Française qui était différent parce que les Américains sont obsédés par les Françaises. Mais, en même temps, elle venait d’un milieu qui était très niche encore. Mon travail s’est complètement métamorphosé en 2010. Je suis passée d’agent de photographe pur et dur, à agent de photographe et agent de Garance Doré. Ce qui, en fait, a changé complètement ma vie, ma carrière. Et voilà, ce qui fait que j’ai commencé, j’ai monté ma propre agence alors que ça n’avait jamais été un objectif. Je n’avais jamais en idée d’avoir une agence, de devoir gérer des employés.

Ça vient de quoi ce déclic ?

En fait, en travaillant avec Garance, si tu veux, il a fallu que je réfléchisse à comment la démarquer des autres et aussi à savoir ce qu’elle, elle allait vouloir faire. Quand on travaille avec quelqu’un comme ça, on ne travaille plus juste avec une artiste, on travaille avec une artiste, une célébrité, une marque en elle-même. Et donc, c’est vraiment aller voir les marques avec lesquelles elle a envie de travailler, réfléchir aux projets qu’on peut faire, que ce soit des collaborations de produits, que ce soit des événements, que ce soit des campagnes photos, des campagnes films. Elle a fait aussi un très bon podcast également. C’est vraiment, tout est possible. Et donc, c’est d’aller voir les marques et de leur dire voilà, qu’est-ce que vous faites en ce moment ? Est-ce qu’il y a quelque chose sur lequel on peut travailler ensemble ? On a pensé à ça, est-ce que ça vous intéresserait ? On pourrait le développer de cette façon… D’un côté, je faisais ce genre de projets incroyables, je rencontrais des gens à des très hauts niveaux dans des marques et dans des agences. Et de l’autre côté, je faisais toujours mon travail qui était être l’agent mère de Walter, gérer l’image de l’agence, gérer tous les nouveaux talents que je faisais rentrer, leur trouver des campagnes etc. C’était un peu Docteur Jekyll et Mister Hyde. J’avais vraiment deux métiers. Et Garance grandissait, elle prenait de plus en plus de mon temps. Et en même temps, les projets que je faisais avec elle m’intéressaient le plus. Donc, il y a eu un moment donné, je me suis dit bon il faudrait que je trouve un endroit où ça, ça se développe. Et puis il n’y en avait pas encore. Et l’idée d’aller dans une autre agence ne me tentait pas vraiment. J’aime beaucoup Walter, qui est devenu mon business partenaire maintenant. Et Garance m’a encouragée, on a monté avec Walter cette nouvelle agence qui s’appelle POOL Creatives, qui s’appelait POOL Represents. L’idée c’est de représenter des femmes multidisciplinaires qui ont une vraie place dans le digital, qui ont un vrai following dans les social medias, de par leur talent. Qui ont créé une vraie communauté de fans, de leur talent, de leur esthétique, du message qu’elles essayent de développer. Que ce soit dans la mode, dans la musique, le design, le fitness, le wellness. Elles sont vraiment toutes très actives, elles font énormément de choses et on collabore maintenant avec les marques de toutes ces façons différentes.

Quand tu as monté l’agence POOL avec Walter, Walter t’a accompagné, ils t’ont aidé à t’installer ?

 

Exactement. On avait travaillé ensemble déjà depuis cinq ans et je pense que, il y a une confiance qui s’était installée. Moi je suis très dedicated, je suis désolée, je suis très impliquée et j’aime avoir vraiment une vraie fierté dans ce que je fais. J’ai vraiment toujours travaillé très dur et je pense qu’il le savait. Je suis très consciente des efforts qu’il faut faire. Et il m’a fait confiance, il a voulu le faire et puis je pense qu’il aimait aussi beaucoup voir ce qui se passait. C’est quelqu’un qui est pas juste réactif, il regarde vraiment ce qu’il se fait. Il a vraiment envie de faire partie des nouveautés. On est dans un milieu qui est hyper excitant maintenant, avec la tech, on fait vraiment partie de, dès qu’il y a des changements on y est. C’est un monde hyper fluide, c’est vraiment passionnant quand même ce qui se passe.

Explique-nous ton quotidien.

Mon quotidien c’est, donc j’ai une équipe, j’ai un bureau. C’est donc de travailler avec mon équipe à New York et de penser à des clients avec lesquels, nous, on aimerait travailler. Ou alors de penser à des clients avec lesquels nos artistes aimeraient travailler. En fait, tout part de là, tout part vraiment d’une envie de, quelles sont les marques qui nous plaisent, est-ce que, parce que dans ces cas-là il y a une vraie affinité, on se force pas. On n’est pas là pour transformer une marque non plus, on est là vraiment parce qu’on aime ce qu’elles font. Ou parfois on pense à des marques qui ont un potentiel et qu’on pourrait peut-être aider. Vraiment c’est ça, c’est un désir de travailler avec des marques, de les contacter, de se présenter, de parler de notre travail, de parler de nos talents qui, on pense, sont les plus à même de leur plaire. Moi j’essaie vraiment de faire attention et ne pas faire perdre de temps aux gens. C’est-à-dire que si je fais un rendez-vous, je ne vais pas montrer tous les gens que je représente. Je présente les deux, trois ou quatre personnes qui peuvent plaire. Hier par exemple, j’ai fait un rendez-vous, j’y allais pour montrer une personne, et en fait, au fil de la conversation, je me suis aperçue qu’ils allaient certainement être intéressés par une autre personne. Donc du coup, et ce qui a été le cas, en fait, ils ont été beaucoup plus intéressés par quelqu’un d’autre. En fait, c’est être beaucoup à l’écoute de ce que veulent faire les marques, être beaucoup à l’écoute de ce qu’ils font. Donc, en fait, moi je passe beaucoup de temps à écouter. Beaucoup, beaucoup de temps à écouter ce que font les autres, ce que font les marques, ce que font les artistes. A beaucoup, beaucoup lire la presse mode, monde pour voir ce qui se passe. Je trouve que ce qui se passe dans la tech c’est très intéressant, ça aide aussi à voir ce que les marques vont vouloir faire ou les nouvelles applications qui vont être disponibles et en quoi ça va encore changer ce qu’on fait. C’est vraiment un métier d’adaptation je dirais. Mais vraiment mon quotidien, c’est de faire des rendez-vous, de contacter des gens, d’envoyer des présentations, d’envoyer des emails, de faire des devis, d’aller sur des shootings. C’est divers et varié. Je voyage beaucoup, du coup, soit pour des rendez-vous, soit pour des clients, soit pour des projets. C’est tous les jours différent.

Pourquoi un artiste a besoin d’un agent parce que les gens avec qui tu travailles, que ce soit une Garance Doré ou tous les autres, c’est des gens qui sont hyper smart, qui sont hyper intelligents, qui sont hyper introduits dans le milieu, pourquoi ils ont besoin de toi ?

En fait, très souvent, au début ils n’ont pas besoin. Et ils ne devraient pas, comme ça ils s’aperçoivent de ce que c’est que de vraiment aller vers les gens en leur disant j’ai envie de travailler avec toi. Il y a une vraie différence entre connaître les gens socialement, se croiser en soirée ou être assis à côté à un défilé et ensuite, d’aller vers eux pour leur demander quelque chose, leur dire faut qu’on travaille ensemble. Et encore ça, ça peut se faire. Après, il y a un moment donné, où c’est très difficile de parler d’argent, de négocier, d’être ferme, d’être vraiment ferme, parce que chacun a une valeur, on ne peut pas… Et je pense qu’il y a un côté trop peu émotionnel, trop proche, quand on est artiste, d’avoir à négocier sa valeur. C’est beaucoup plus facile pour quelqu’un d’autre, de la même façon que pour moi, c’est quasiment impossible de négocier mon propre salaire. En revanche, je n’ai aucun problème à parler d’argent en ce qui concerne les autres. Un artiste qui va arriver sur un photo shoot, il faut que sa relation avec un client soit complètement fraîche, elle soit hyper positive. S’il y a eu des soucis, des petits conflits au moment de la négociation parce que on voulait être plus payé que ce qu’il voulait ou vice-versa. Ce n’est jamais vice versa d’ailleurs, personne ne veut jamais payer plus que ce que l’on veut. Ça peut vraiment créer des conflits sur le shooting, ça peut vraiment créer un climat difficile. En fait, l’artiste ne doit jamais faire partie de ces conversations de mon point de vue. Il doit toujours être représenté par quelqu’un, quelqu’un doit toujours être le bad cop, on dit aux Etats-Unis. Moi, mon rôle, c’est de faire en sorte que mes artistes, même si parfois ça leur arrivent d’être un petit peu capricieux sur certains projets, personne ne le sache. S’il y a quelque chose, si quelqu’un doit prendre la faute c’est moi, c’est mon travail. C’est pour ça qu’on a une commission, etc. On est là pour le protéger, pour faire en sorte qu’il puisse uniquement se concentrer sur ce qui est leur rôle, c’est-à-dire développer un projet créatif et que ça soit beau, que ça se passe bien. Il n’y a rien qui doit entacher cette partie-là.

Est-ce que tout le monde a besoin d’un agent ?

C’est une grosse question aujourd’hui. Les marques, de plus en plus, font appel à des entrepreneurs pour les représenter. Non, je pense que tout le monde n’a pas besoin d’un agent au quotidien parce que tout le monde n’a pas plus de… Il y a beaucoup de gens qui ont un projet, peut-être, dans leur vie, un projet par an. En revanche, tout le monde devrait faire appel à un agent si quelqu’un vient vers eux et qu’il y a une négociation monétaire, pour les raisons que je viens d’expliquer.  Mais non, tout le monde n’a pas besoin d’un agent.

J’aimerais bien que tu me donnes de 2 ou 3 tips, parce que moi, avec mon podcast, je commence à, je ne commence pas à être sollicité mais je sens que je vais être sollicité à un moment ou un autre, comment on fixe un prix ? Comment tu mets une valeur sur quelque chose ?

C’est l’offre et la demande. Donc, tout dépend aussi de personnes qui te contactent. C’est vrai qu’il y a des marques qui arrivent à travailler avec des mannequins, des célébrités, des artistes pour des tarifs beaucoup plus bas que d’autres. Il y a vraiment une balance entre l’image que ça t’apporte et ce que ça peut générer dans le futur. C’est-à-dire que, travailler avec une grosse marque de luxe comme Chanel, Dior ça peut faire exploser la carrière de quelqu’un. Ils le savent, donc peut-être qu’ils vont payer moins qu’une marque qui n’a pas une image exceptionnelle et qui a vraiment besoin de pouvoir se payer le travail de quelqu’un qui va les aider, eux. Donc, en fait, ça dépend qui est-ce qui t’aide. Est-ce que c’est la marque qui va aider ta carrière ? Ou est-ce que, toi, tu vas aider cette marque ? Déjà il faut un petit peu voir ça. Est-ce que ça va t’aider ? C’est un rapport de force. Et est-ce que toi ça t’aide ou est-ce que c’est uniquement financier ? Quand c’est uniquement financier, en général, il faut se dire, moi je veux bien travailler avec vous mais je ne me vois pas le faire à moins que ça. Ou tu te renseignes aussi un petit peu. Si tu n’as pas d’agent par exemple, tu te renseignes un petit peu sur ce que les autres font. Ça dépend. Pour quelque chose comme le podcast par exemple, quels sont tes frais ? Déjà, disons que tu cherches un sponsor pour un podcast, c’est couvrir tes frais au minimum. Donc ça c’est les débuts. Et puis ensuite, c’est combien de ton temps ça te prends. Après, il faut essayer de se dire, moi mon tarif à la journée c’est ça, et travailler avec vous, ça me va me prendre quatre jours, entre les préparatifs, l’enregistrement, l’editing, la mise en place, etc. Et ensuite, ça donne un peu une vraie vision de ce que chaque projet te coûte, toi, en temps, en image et tu peux arriver plus facilement à établir un tarif. Mais c’est vrai qu’on se trompe beaucoup et puis on demande conseil et en fait, à un moment donné, on trouve un prix.

Très bien. Merci. Les artistes quand tu, c’est quoi ta relation avec chacun d’entre eux ? Comment tu travailles avec eux au quotidien ?

Elle est différente pour chacun. Il y en a qui sont, en plus, maintenant je représente un groupe de femmes qui est très différent d’avant. Avant, je représentais que des artistes freelance. Donc en fait, leur gagne-pain c’était les campagnes de pub qu’ils faisaient avec nous. Donc moi, mon travail c’était vraiment de leur faire gagner leur vie. Grosso modo. Maintenant, il y a certaines des filles que je représente qui sont aussi entrepreneuses, donc elles ont aussi des compagnies qu’elles gèrent. Donc elles ont des besoins différents ces filles-là. Elles ont aussi des publicistes qui gèrent leur compagnie. Donc avec certaines, c’est vraiment un contact quotidien. Par exemple, avec Garance, quand on travaillait ensemble, c’était un contact quotidien. Où on en est dans les projets ? Qu’est-ce qu’on fait demain ? Où on en est avec ce client ? De quoi tu as besoin ? etc. Avec quelqu’un comme Ana Kras qui est une photographe, une designer, elle travaille aussi avec des galeries d’art etc. Donc on se parle moins régulièrement, elle a vraiment des projets très personnels. Et puis après, il y a des gens qui ont plus ou moins besoin d’être accompagnés que d’autres. Donc j’essaie d’être assez proche. Faut faire attention de ne pas être trop proche. C’est très facile de devenir fan de ces artistes et d’avoir envie qu’ils nous aiment autant qu’on les aime. Faut pas oublier que c’est aussi, quand même, un rapport d’argent. Et que ça, c’est toujours ce qu’il faut garder en tête, c’est que tant que tout va bien, il n’y a pas de problème, il n’y a pas de, mais, si tout d’un coup, tout va mal, ce rapport amical qu’on pensait avoir, il disparaît rapidement. C’est vraiment, il faut garder la tête froide. On n’est pas là pour être leurs amis malheureusement.

Donc tu te protèges ?

Il faut beaucoup se protéger. J’ai fait l’erreur, plusieurs fois, tout au long de ma carrière. J’ai fait l’erreur, il y a très longtemps, à Paris. J’ai fait l’erreur deux fois aux Etats-Unis. Où, en fait, on se livre beaucoup. Et en fait, de se livrer beaucoup parce qu’on a l’impression qu’on peut, parce qu’on se parle tous les jours, parce que c’est presque des gens avec qui on parle plus qu’avec notre famille et qui se livrent eux aussi beaucoup. Mais eux peuvent se livrer beaucoup et nous, c’est très important pour nous, de savoir ce qui se passe dans la vie de nos artistes parce que ça va avoir un impact sur leur travail. Surtout quand les choses ne vont pas très bien. Mais nous, si les choses ne vont pas très bien, eux, très souvent ils se disent ah ben donc ça veut dire que là, t’as pas la tête à travailler quoi… Et ça c’est la vraie grosse différence. C’est qu’on n’est pas amis, on ne peut pas se confier comme ça. Il faut avoir un rapport proche, suffisamment proche, de vraie confiance. Parce que c’est vraiment un rapport de confiance incroyable d’être agent. On a vraiment la carrière et l’apport financier de quelqu’un entre les mains. Donc ce n’est pas un truc qu’il faut prendre à la légère. C’est vraiment très important qu’il y ait une vraie confiance.

Et tu as l’exclusivité à chaque fois de ces créatifs ?

Pas forcément. Pas forcément, parce qu’ils y en a certains qui sont représentés dans d’autres pays. Ils y en a qui sont représentés pour la télé par exemple. C’est un métier qui est complètement différent et qui ne m’intéresse pas forcément. En tout cas, pas aux Etats-Unis. Il y en a qui sont représentés par des galeries, auquel cas, il faut vraiment travailler main dans la main parce que la côte d’un artiste en galerie fluctue et donc, certains projets commerciaux sont pas toujours les bienvenus. C’est vraiment un travail d’équipe. Et puis certains travaillent avec des agences de PR. C’est un travail d’équipe. Faut essayer de ne pas avoir trop d’ego et de vraiment avoir en commun, juste, le succès de l’artiste. C’est vraiment la priorité.

Comment un artiste reste au top, reste unique, je lisais dans ta description de site web, que tu travailles avec les artistes pour qu’ils se démarquent et qu’ils travaillent leur unicité, et qu’ils restent complètement uniques. Comment on fait ?

Il faut dire beaucoup non à des projets qui, parfois, peuvent être très attractifs. Parce qu’ils vont être beaucoup vus, parce que ça va mettre le nom de la personne très en avant et parce qu’ils vont être très bien payés. Mais, si la marque n’est pas, si la marque ne les aide pas à aller plus loin. C’est-à-dire qu’il y a certaines marques avec lesquelles on va travailler très vite, qui peuvent m’empêcher de travailler avec d’autres plus tard. Ça, moi je peux beaucoup les aider en les guidant, en leur recommandant de ne pas faire ci, de ne pas faire ça, de leur présenter d’autres artistes pour qu’ils se créent des vrais liens et autres. Donc mon métier, aussi, c’est de les présenter à beaucoup de gens qui vont les aider à être créatifs, à pousser leur travail. Mais il y a quand même un moment où, s’il n’y a plus de passion de leur part, moi je ne peux quand même rien faire. C’est vraiment aussi, ça c’est vraiment aussi leur travail de vouloir avoir envie de continuer, de vouloir avoir envie d’être curieux. Il faut être très curieux dans ce métier. Qu’on soit les accompagnateurs ou qu’on soit les artistes, il faut être très curieux de savoir ce qui se passe, voir ce que font les autres. Et pas avec un côté compétition mais vraiment avoir un côté admiratif du travail des autres. Je pense que quand on arrive à continuer à être admiratif du travail des autres et à pouvoir dire de quelqu’un d’autre, avec qui on est peut-être en opposition sur certains projets, j’ai vraiment aimé ce que tu as fait, ça m’a vraiment fasciné, c’était très beau, ou quel impact. Mais moi pareil, avec certains agents de dire, j’aime vraiment les gens que tu représentes, c’est très beau. De continuer à vibrer c’est important. Ça vient vraiment par la curiosité, l’ouverture d’esprit et surtout de garder cette flamme intérieure, d’avoir envie de faire des belles choses.

Tu représentes uniquement des femmes, pourquoi ce choix ?

Alors quand j’ai commencé à y penser, en 2014-15, ce n’était pas tellement une volonté ultra féministe comme il y a maintenant. C’est vrai que maintenant les gens disent waouh, c’est incroyable surtout au jour d’aujourd’hui, blablabla. Moi j’ai travaillé avec beaucoup d’hommes, beaucoup d’agents hommes, producteurs hommes, mon boss c’était un homme, beaucoup des photographes que je représentais étaient des hommes, c’était des hommes avant, dans les agences d’avant aussi. J’avais vraiment une envie de fluidité, de travailler avec des femmes. Je trouve que les femmes, elles sont beaucoup plus à même de faire des choses, d’essayer des choses qu’elles n’ont pas fait avant. Et puis, il y avait aussi beaucoup cette envie de montrer qu’on peut être un groupe de femmes qui s’entraide, qui collabore. Je trouve que, très souvent, les femmes ne collaborent pas forcément. Ce n’est pas forcément les premières à se tendre la main. Elles sont plutôt là à regarder ce que font les autres pour voir si c’est mieux ou pas. Donc, c’est venu plutôt de ça, de vouloir avoir envie de créer une vraie communauté d’artistes féminines. Et puis aussi, parce que j’avais plus de trente ans et je trouve que les femmes, passé un certain âge, elles sont très contentes d’avoir de la compagnie féminine autour d’elles. Voilà, c’était un vrai désir d’avoir envie de travailler avec des femmes, de collaborer. C’est vrai qu’aussi, c’était le moment où Hillary Clinton commençait à faire sa campagne, il y avait quand même ce mouvement en moi qui se voyait, je sentais que c’était le moment d’aller dans cette direction.

Ta plus grande satisfaction dans ton métier c’est quoi ?

Ça dépend des jours. Ma plus grande satisfaction c’est parfois d’arriver, enfin, à travailler avec une marque avec laquelle je parle depuis des années. Même s’il n’y a pas d’argent mais que l’on est enfin sur un projet ensemble et j’en suis très fière. Donc ça c’est quelque chose d’incroyable. Mais c’est aussi de m’apercevoir que j’ai eu, j’ai pensé que cette artiste arriverait à faire ce genre de projet ou irait dans cette direction dans sa carrière et d’y arriver. Ce n’est pas facile comme métier d’être agent. C’est beaucoup de non. C’est beaucoup entendre non. C’est beaucoup peut-être, un jour, on verra… C’est un vrai roller coaster émotionnel. Faut être très fort. Il ne faut jamais avoir d’égo parce que ce n’est jamais, on ne s’intéresse jamais à moi, on s’intéresse aux autres. C’est toujours être behind the scene. Ce n’est jamais, faire des interviews c’est quand même très rare. Donc, c’est pour ça que j’espère que je suis à la hauteur. Parce qu’on me parle des autres, on ne me parle pas de moi. Et ça me convient très bien. Si j’avais voulu être sur le devant de la scène, j’aurais fait autre chose. Mais c’est, en fait, c’est une fierté plutôt je dirais, qu’une satisfaction, de voir que j’ai eu raison sur certaines artistes, de voir que j’ai eu raison d’être patiente, de voir que mon travail porte ses fruits. Je choisi de poursuivre certaines directions parce que j’ai envie d’être très fière de ce que je fais. Et je garde une ligne de conduite alors que parfois on est tenté de faire des projets ou de représenter des gens juste pour des raisons financières. Je garde une ligne de conduite parce que je veux être très fière des gens que je représente. Moi je suis très contente, si demain, une de mes artistes shoote un édito, non payé, ou fait une campagne pour une marque très bien payée. Les satisfactions elles changent tous les jours. C’est d’avoir travaillé comme une folle sur une présentation et d’avoir un coup de fil d’un client qui dit, c’est bon, c’est vous qui avez le projet.

C’est quoi ton moteur ?

Mon moteur, tu veux dire pour continuer ?

Mouais, pour continuer. Qu’est-ce qui te pousse à faire ce que tu fais aujourd’hui, à être si ambitieuse et déterminée.

Il y a deux choses. Il y a continuer à découvrir des artistes qui m’intéresse et ça c’est quand même incroyable. Aujourd’hui, je découvre tellement de choses grâce à Instagram, tellement d’artistes. Il y a tellement de gens avec qui j’ai envie de collaborer. Que ce soit en les représentant ou en les proposant à des clients pour certains projets. Parce que c’est ça qui est super aussi, c’est que maintenant que j’arrive à développer des campagnes avec des marques, je peux aussi enfin travailler avec des gens que je ne représente pas forcément, parce que ce n’est pas forcément des gens qui sont dans mon roaster mais qui sont parfaits pour un projet. Donc ce qui continue à me pousser, c’est de découvrir des talents. Mais c’est aussi les rencontres que je fais. Hier, j’ai fait un rendez-vous dans une agence de com ici à Paris. J’ai rencontré des gens supers, qui parlent avec autant de passion que moi des marques que, eux, ils représentent, d’avoir envie de travailler avec eux, les connexions etc. Parce que si je ne pense pas à ça, aux futurs projets potentiels, aux talents et autres, c’est vrai que c’est un métier un petit peu ingrat. Personne n’aime les agents. Il faut quand même me dire ce qui est. Il n’y pas d’agence de pub, il n’y a pas de clients, il n’y a pas vraiment beaucoup d’artistes qui vont dire ahlala, moi les agences je les adore, ils sont indispensables dans ma vie et j’adore les appeler. Ce que disent toujours les gens c’est, moi si je peux, je travaille en direct. Et moi ça me fait beaucoup de peine. Nous on travaille comme des bêtes pour représenter nos artistes.

Elle vient de quoi cette mauvaise image de gens qui viennent grignoter sur le dos d’autres gens ? C’est horrible, t‘apportes vachement de business, t’apportes vachement de valeur ajoutée j’ai l’impression.

Oui, mais il y a beaucoup de gens, en fait, qui nous voient juste comme ceux qui prennent de l’argent aux autres, comme les gens qui ne pensent qu’à l’argent alors que c’est pas du tout vrai. Il y a beaucoup d’agents de mannequin on leur dit qu’ils ne pensent qu’à l’argent, mais il y a aussi beaucoup d’agents de mannequins qui pensent sur la longévité de la carrière de leur mannequin, qui disent beaucoup non pour protéger l’image des filles. Et puis, c’est pareil, j’imagine, dans tous les milieux. J’imagine le milieu littéraire, que je connais moins bien, mais les agents littéraires c’est pareil. Oui, c’est toujours, tout le monde doit gagner sa vie. Nous on ne gagne qu’une commission donc il faut forcément que les gens gagnent bien leur vie pour que nous on puisse bien gagner la nôtre. Mais on n’est pas là pour voler les autres. En fait, il y a une espèce d’image, où on nous prend un peu pour des chacals, si je puis dire, alors que pas du tout. On a les meilleurs intérêts au monde pour nos artistes et puis, en général, quand on a une bonne relation avec les clients, c’est parce qu’on a aussi leur intérêt à cœur.

C’est quoi d’ailleurs les commissions, le pourcentage que vous prenez ? Pas forcément toi. Mais globalement, les chiffres dans l’industrie, c’est quoi ?

Alors ça dépend. Les agents de photographes, en général, c’est 25%. Les agents de stylistes, mannequins, coiffeurs, maquilleurs, c’est 20%. Je crois que dans l’audiovisuel, la télé, le cinéma c’est 10% parce que là on parle de cachets qui sont énormes. Mais, en général, c’est ça. C’est entre 10-15-20-25. Je ne connais pas de milieu où ce soit plus mais après il y a des deals qui sont personnels à chaque. Mais la majorité, je dirais, dans le milieu de la mode, c’est 20-25%.

T’as des collaborateurs. Je ne sais pas combien tu en as.

J’en ai deux. Et puis après, j’ai des gens avec qui je travaille pour tous ce qui est comptabilité, pour laquelle je suis assez nulle. Un business partner. Et puis après, j’ai des collaborateurs à Los Angeles et à Paris.

Comment tu les choisis ces gens ? Qu’est-ce que tu attends d’eux ? Et comment tu fais en sorte, pour garder cet état d’esprit, que les gens aient les mêmes valeurs que toi, qu’ils protègent ces valeurs-là, dans leur quotidien et avec leurs artistes, et avec leur communication externe ?

Alors je me suis trompée plusieurs fois déjà. Il faut essayer de rencontrer des gens qui… Pour moi, on me demande, on me pose beaucoup cette question, quelles sont les valeurs que tu cherches, qu’est-ce qui est très important… Moi, je veux que les gens soient curieux parce qu’il faut qu’ils sachent ce qu’il se passe. Donc il faut qu’il y ait un vrai désir d’être curieux, naturellement, une vraie envie. Il faut que les gens me mettent à l’aise. Parce que l’on va quand même être tous les jours ensemble, il faut que je me sente confortable avec eux. Ça ne veut pas dire qu’on est pote, ça ne veut pas dire qu’on part en vacances, on boit des verres le soir ou autre. Non, en général, pas du tout, ça nous arrive de temps en temps. Mais c’est des gens avec qui je ne me dis pas comment je vais lui annoncer ci, comment je vais annoncer ça… Les choses sont simples. Et puis ensuite, moi j’ai besoin que les gens soient sérieux et qu’ils travaillent dur. Moi je demande beaucoup. Je suis très patiente, les six premiers mois, mais après il faut que ça marche. Il faut que ce soient des gens qui soient assez indépendants aussi parce que je voyage beaucoup et j’ai besoin de me dire que ces gens-là vont venir travailler quand je ne suis pas là. Evidemment, ce n’est pas des choses qu’on sait immédiatement mais il y a quand même, j’ai un instinct, j’arrive à voir ça. Mais je me suis trompée. Là, j’ai une fille au bureau qui s’appelle Kas, qui est incroyable, qui est très ambitieuse pour elle-même et je sais qu’elle sera aussi très fière de ce qu’elle fait.

Elle bosse pour elle.

Exactement. Et moi, c’est exactement ce que j’ai toujours fait, ce que j’avais dit à Walter quand je l’ai rencontré. Je bosse pour mes artistes, je bosse pour moi et ma réputation et donc je bosse pour toi. Très important, si je peux donner un conseil. Une des choses que je regarde le plus sur les CV, c’est tous les combien de temps les gens quittent un travail. C’est-à-dire que si quelqu’un a des jobs différents tous les ans ou tous les 18 mois, en fait, c’est mauvais signe, dans tous les sens du terme. Soit c’est quelqu’un de très instable, auquel on ne peut pas faire confiance donc on va perdre son temps à les briefer sur ce qu’il faut faire et il va partir. Soit c’est quelqu’un qui est un mauvais élément et qui se fait virer tous les ans ou tous les 18 mois. Mais quoiqu’il arrive, montrer une instabilité et des changements constants ça va une fois ou deux parce qu’on peut dire j’ai fait une erreur, ça ne m’intéressait pas. Une autre fois parce que l’univers de la société me convenait pas. Mais après, c’est plutôt, c’est toi qui a un problème je dirais. Moi j’ai besoin d’avoir confiance que les gens vont rester. Sinon je ne vois pas pourquoi moi je m’investirais.

Parce qu’en plus, on est opérationnel au bout de 6 mois, 1 an ?

Au moins 1 an oui. En tant qu’agent, c’est 6 mois de développement et ensuite un autre 6 mois pour commencer à avoir des retombées. Il faut vraiment un an.

Comment tu fais pour, parce que tu me disais, avant l’interview, que tu passais beaucoup de temps, tous les matins, à lire des blogs, des magazines etc. Tu regardes quoi pour rester au top of the top de tes connaissances ? Et surtout, pour nourrir ta curiosité ?

Je ne peux pas dire tout parce que ce serait faux. Mais déjà, j’ai de la chance, j’ai un mari qui est, plus ou moins, dans ce milieu et qui est aussi extrêmement passionné de mode, d’art, de culture, de musique. Bon, après on a des goûts complètement différents. Je ne peux absolument pas écouter la même musique que lui, c’est horrible ! Je ne mentionnerai rien du tout. Je ne veux pas le gêner non plus. Il ne comprend pas le français. Mais moi, je suis abonnée à tous les magasins qui sortent. J’ai sur mon iPad, les magazines français, les magazines italiens et espagnols que je ne comprends pas. Je regarde les photos, je regarde qui sont les photographes qui travaillent pour eux, les mannequins, quelles sont les collaborations qu’ils font. J’ai besoin de savoir un petit peu qui fait quoi. Avant je le faisais en tant qu’agent de photographe pour voir quels étaient les intervenants de ce milieu, quels étaient les photographes qui étaient dans ce magazine. Maintenant, je le fais de façon très différente. Je regarde quelles sont les news de ce milieu. Quelles sont les grosses compagnies qui ont reçu un investissement parce que ça veut dire qu’il va y avoir des changements, parce que ça veut dire qu’il va y avoir des changements d’image. Je regarde quelles sont les marques qui font des collaborations et avec qui. Est-ce que c’est avec des influenceurs ? Est-ce que c’est avec des artistes ? Est-ce que c’est avec des célébrités ? Et je lis, ensuite, beaucoup de plateformes digitales. Je lis, bien sûr, le site de Garance, Man Repeller, Into The Gloss, ?29, Business of Fashion, IDEA, Hype Beast qui est beaucoup plus street mais très bien fait. Et puis beaucoup d’autres. Mon mari m’envoie des liens constamment aussi. J’essaie de me tenir au courant. Mais bon il y a de plus en plus de sources, quand même.

C’est énorme. Il faut faire une sélection à un moment ou un autre.

Et puis après, bien sûr, il y a les heures passées sur Instagram, le soir pendant que je regarde un film pour voir qui a fait quoi. Quels sont les artistes avec qui mes filles peuvent être en compétition et qui ont eu certains des projets sur lesquels on travaillait. C’est vraiment une constante curiosité. Mais en même temps, ça permet d’aller en rendez-vous de façon confiante, de savoir de quoi on parle, ce qui se passe. Quand on ne sait pas ce qui se passe nulle part, on est sûr, un peu comme une biche face à des phares, un peu effarée, un peu en constante question.

Ouais tu te sens bête. D’ailleurs, je me suis senti bête tout à l’heure, en début d’interview.

Mais non !  Je suis un tout petit peu plus âgée donc je peux avoir lu un tout petit peu plus.

Est-ce que dans ton organisation t’as des tricks, des outils qui font que, ça te permet d’être organisée quoi. Comment tu fais pour être mieux organisée dans cette… Tu dois être sollicitée en permanence, tu es sollicitée sur ces blog, sur ces sites d’information, tu reçois beaucoup d’appels, tu es tout le temps par monts et par vaux, comment tu fais pour rester focus, organisée et efficace ?

J’aimerais tellement avoir une bonne réponse. Je ne le suis pas du tout. C’est un vrai problème. Ça ne m’empêche pas de fonctionner pour l’instant mais je ne le suis pas du tout. Alors moi je fais beaucoup de screenshot, de captures d’écran sur mon téléphone, ensuite je me les envoie par email. Je m’envoie des liens que je viens de lire pour les regarder et les relire. J’envoie constamment des profils Instagram à mes équipes pour soit des recherches, soit pour qu’elles les voient. Dès que je vois quelque chose d’intéressant, de toute façon, je le transfert à mon équipe aussi pour qu’elle le lise. Surtout si c’est des news importantes. Donc je n’ai aucun système. J’ai un très beau notebook, j’essaie d’écrire beaucoup dedans mais pas trop. Je rêve d’être techy, je rêve de pouvoir utiliser toutes ces applications. Mais j’ai déjà du mal avec Google Docs au grand désarroi des filles avec lesquelles je travaille. Donc je ne suis pas du tout organisée. Je dirais que I-Kall m’aide beaucoup.

C’est quoi ?

C’est sur un iPhone, c’est ton app calendrier. Donc, en fait, je note dedans demain appeler telle personne, écrire à telle personne, faire telle chose… J’ai une to do list mais sinon, moi je, en fait, je rebondis vraiment sur ce que je lis le matin. C’est vrai que je lance des projets, ensuite j’ai des équipes super qui font le follower et qui continuent derrière moi et autres. Et moi je continue, continue à emailer les gens que je découvre.

Avec qui tu rêves de bosser ?  Que ce soit artiste ou marque ?

C’est une grosse question. Avec qui je rêve de bosser ?

Ou tu bosses peut-être déjà avec.

Il y a tellement de gens qui sont intéressants. Je viens de découvrir une photographe incroyable que je rencontre en rentrant, j’espère signer. Je ne peux pas trop dire qui c’est parce qu’elle est représentée. J’ai pas, de la même façon que je n’étais pas fan quand j’étais jeune de qui que ce soit, j’avais tellement envie d’être avec cet acteur, ce chanteur, je ne sais pas si j’ai vraiment un rêve. J’ai envie de continuer à travailler avec des marques que je trouve belles. Je trouve que c’est hyper beau ce que fait Chloé là et j’adorerai travailler avec Chloé. Je viens de travailler avec Miou-Miou. C’est tellement beau visuellement, c’était un tellement beau projet, j’ai adoré. Mais j’adorerai travailler avec une grosse marque de tech parce que je trouve qu’on peut vraiment développer des supers projets aussi. J’adore travailler avec les marques de beauté parce qu’il y a toujours un lancement où on peut faire des choses incroyables. Je ne sais pas trop. Ça dépend. Et puis, c’est un milieu qui change tellement maintenant. Il y a un design différent partout tous les ans.

On arrive à la fin, j’aimerais bien continuer cette conversation pendant des heures et des heures mais il faut bien que ça se termine. Pour passer le relais qui souhaiterais-tu entendre dans ce podcast ?

Il y a plusieurs personnes que j’aimerais bien entendre. J’aimerais bien entendre Lolita Jacobs parce que je la trouve très intéressante. Elle est jeune, elle est fraîche. Et puis, c’est un peu une fille pareille, qui est un peu une muse mais un peu aussi behind the scene. Qui travaille vraiment côte à côte avec les designers.

Tu la connais ?

On s’est parlé plusieurs fois par email. On ne s’est pas encore rencontrées mais je la trouve vraiment intéressante. Et vraiment, elle a un super style en plus, que je trouve cool, et je pense qu’elle pourrait parler du métier de styliste d’une façon très différente d’autres. J’aimerais bien les gens qui sont plus dans le côté très business de la beauté, de la mode. Mais j’aimerais bien entendre Marie Gulin, qui était, qui est encore la CMO de L’Oréal USA et qui devient, dans les prochains mois, la CMO Calvin Global. CMO c’est Chief Marketing Officer. Et, en fait, ce qui est très intéressant avec Marie, j’ai la chance de la connaître, c’est que, elle a vraiment une énorme connaissance de tout ce qui est marketing, communication, impact sur une marque et une clientèle. Mais elle est aussi une vraie fan de la tech, de ce milieu, des nouveautés. Et, de vraiment inclure toutes ces nouveautés tech dans tout ce qu’elle fait dans les marques et d’en faire des marques extrêmement réactives. Elle est vraiment sur le devant de la scène avec les marques avec lesquelles elle travaille. Et là, j’ai hâte de voir ce qu’elle va faire chez Calvin. Mais voilà, je pense que c’est une femme, une Française, qui vit à New York, qui est très ambitieuse et qui a vraiment créé sa place dans ce milieu et qui devient une femme indispensable maintenant.

Génial. Ecoute Delphine, merci beaucoup pour ton temps, merci beaucoup pour cet interview.

Merci Adrien.

Et je souhaite plein de bonnes choses pour POOL et pour toi. A très bientôt !

Merci pour toi aussi.

Merci. Salut !

 

 

#22 Nathalie Rozborski – NELLY RODI

Ecouter sur Apple/ iTune

Pour lire la retranscription de l’épisode rendez-vous sur www.entreprendredanslamode.com

Dans ce 22ème épisode nous allons à la rencontre de Nathalie Rozborski, elle est la la Directrice Générale Déléguée de Nelly Rodi.

NellyRodi est une société de conseil en innovation et en création. Basée à Paris, Tokyo et New-York, elle est un référent mondial de la prospective appliquée aux industries et aux services.

Dans cette épisode Nathalie revient entre autre sur son parcours, sur comment Nelly Rodi accompagne concrètement ses clients et sur les personnalités qui l’inspirent en ce moment.

C’est un épisode passionnant, j’ai adoré interviewer Nathalie, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à l’écouter.

Et surtout, Bonne écoute!

Invité : Nathalie Rozborski

Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans « Entreprendre dans la mode ». Je suis aujourd’hui chez Nelly Rodi avec Nathalie Rozborski. Bonjour Nathalie.

Bonjour Adrien.

Est-ce que je peux vous demander de vous présenter pour commencer ?

Bien sûr. Je suis Nathalie ozborski et cela fait maintenant deux ans que je suis la directrice générale adjointe de l’agence Nelly Rodi. Après un parcours très orienté conseil, ou avant, je pilotais toutes les affaires Mode et beauté dans cette agence. Et depuis maintenant deux ans, lorsque nous avons décidé de réorganiser complètement cette société, j’ai été promue directrice générale adjointe à l’issue, en plus, d’un congé maternité. C’est bien de le souligner.

Super. Est-ce qu’on peut, quand même, reprendre votre parcours depuis le tout début ? Depuis vos études supérieures.  Qu’est-ce que vous avez fait comme études. Et puis votre parcours.

Moi j’ai un parcours assez singulier, assez atypique. Déjà, en fait, j’ai une formation de danseuse classique. Donc j’ai un double cursus en fait. J’ai toujours été passionnée par, vraiment deux axes. Les aspects vraiment purement créatifs et donc tout ce côté danse. Je suis passée par la danse urbaine, par la danse classique, la danse moderne. Et à côté de ça, j’avais toujours une grande passion pour la sociologie. Et donc, en fait, l’autre axe que je voulais absolument développer, je voulais être anthropologue. Ce qui m’animait principalement c’était de comprendre le fonctionnement des peuples, ce qui les animent en termes de valeurs, les communautés comment est-ce qu’elles se gèrent etc. J’ai été très branché là-dessus. Et donc, en fait, je suis arrivé assez vite à la sociologie de la mode parce que la mode aussi m’intéressait plus par goût en fait. Je trouvais que c’était une industrie qui était excessivement inspirante, très dynamique. Et donc, j’avais envie de croiser ces deux champs-là. Et quand j’ai décidé finalement de poursuivre ma voie académique, de laisser un peu la danse de côté comme une passion et de me renforcer sur mes fondamentaux et ma construction plutôt enseignement. J’ai un parcours tout à fait universitaire. Donc moi je n’ai pas du tout fait de grandes écoles. J’ai toujours tenu à faire plutôt fac, université. Je me suis d’abord orientée vers les langues étrangères appliquées aux affaires et au commerce donc avec un angle très business. Pour revenir en arrière, moi j’ai une double culture. Je suis franco polonaise. Donc j’ai toujours baigné dans un environnement très international. J’ai fait une partie de mes études à Paris, à la Sorbonne et le reste en Italie, où je me suis déjà spécialisé dans le marketing de la mode à l’époque, à l’occasion de ma licence, maîtrise. Et ensuite, je suis rentrée à Paris, à la Sorbonne pour faire un DESSS, puisqu’à l’époque ça s’appelait comme ça, spécialisé dans le management des industries de la mode, du luxe et de la beauté. Ma promo, comme ça s’appelle, était parrainé par Van Cleef & Arpels. C’étaient des toutes petites promotions donc 12 personnes avec un Chinois, un Italien un Espagnol, un Asiatique, voilà, donc vraiment quelque chose de très, très trié sur le volet. Et j’avais tenté l’IFM, pour l’anecdote, je n’avais pas été reçue, et aujourd’hui, c’est un peu la roue qui tourne, je fais partie du jury d’admission donc c’est un joli clin d’œil que j’aime bien raconter parce que voilà la boucle est bouclée. Et puis on peut aussi, en fait, ce que ça démontre c’est qu’il y a plein de chemins pour arriver à ses objectifs et il n’y a pas un seul et ça j’encourage aussi beaucoup en fait tous les étudiants évidemment à s’ouvrir à plein de choses différentes avant de figer complètement un parcours parce que je pense que la priorité c’est déjà de bien se connaître soi-même pour définir un projet professionnel. Voilà, moi j’étais diplômé de ce DESS, j’ai écrit une lettre en fait, à Nelly, manuscrite et je lui ai écrit parce que j’étais en stage chez Gaspard Yurkievich, je voulais absolument avoir une expérience créa. Donc vraiment jeune designer où, en gros, vous avez pas de laptop, vous n’avez pas de bureau, on vous accueille au stage, vous faites un peu tout, une fois vous êtes au commercial, une fois vous travaillez avec le studio, une fois vous travailler avec le marketing. Donc j’avais absolument envie de ça. Mais je savais qu’en filigrane, j’avais toujours un background derrière, cette idée de croiser l’expertise socio-conso avec le marketing, avec la créa. Et donc, pour moi la voie royale c’était Nelly Rodi. Donc j’ai écrit cette lettre à Nelly et je m’en souviendrai toute ma vie parce que c’est Nelly elle-même qui m’a appelé, en disant, j’ai bien reçu votre lettre elle m’a beaucoup touchée, rencontrez mon fils qui est le président de Nelly Rodi et voyons s’il n’y a pas un petit stage pour vous. Evidemment je suis allé au rendez-vous. J’ai adoré l’ambiance, immédiatement, j’ai trouvé que ce côté, vraiment, un peu temple, mystérieux, secret, où, au cœur des sujets, il y avait l’innovation, la créativité, le consommateur, c’était excessivement inspirant, foisonnant, stimulant et donc je me suis dit, voilà ma vie, ma carrière professionnelle. En tout cas, la première partie de cette carrière, je ne la vois que ici. C’était assez rigolo puisqu’en fait on m’a débauché de mon stage pour venir faire mon stage chez Nelly Rodi, où j’ai eu une première vie. Où j’ai d’abord été stagiaire, chef de projet conseil mode junior. Puis chef de projet tout court, sénior, chef de groupe et puis, je suis partie parce qu’en fait, au bout de cinq ans dans cette dimension conseil, j’ai ressenti le besoin de repasser côté marques. Et pour moi c’était fondamental d’allier les deux parce que quand vous faites du conseil en agence, vous avez un prisme analytique qui n’est pas nécessairement opérationnel, qui est vraiment dans le concept, l’idée puisque c’est pour ça qu’on vient vous voir et que votre valeur ajoutée c’est justement d’être sans les contraintes de l’opérationnel et d’ouvrir grand les chakras. Et donc, après ça, je me suis dit que, personnellement, d’un point de vue parcours, j’avais besoin aussi de revenir dans l’opérationnel des marques. C’est ce que j’ai fait. Je l’ai fait, en fait, d’abord en tant que consultante mais intégrée dans des structures, chez PPR donc ex Kering. Puis, j’ai été directrice de marque chez Etam Lingerie aux côtés de Elisabeth Cunin qui fait partie de mes mentors, que j’aime bien citer aussi parce que ça fais partie des figures qui m’ont accompagné dans la profession. Et Elisabeth Cunin, c’est une des reines du retail français et donc, j’ai beaucoup appris à côté d’elle parce qu’initialement, en fait, j’avais été recruté pour être responsable des collections Pologne et Italie, donc deux marchés que je connaissais bien pour des raisons de parcours personnels et académiques. Et puis, en fait, au bout de quelques jours, je me suis dit ça c’est pas trop pour moi, et en fait, elle avait besoin d’un bras droit pour travailler avec elle sur l’évangélisation de sa nouvelle stratégie de marque. Donc c’est ce que j’ai fait, à un niveau codir, donc j’ai travaillé pendant 12 mois à ses côtés, à un niveau codir, donc j’étais toute jeune, j’avais 25-26 ans et donc ça m’a permis de connaître vraiment toute la chaîne de valeur de l’entreprise puisque j’étais à ses côtés pour dire voilà la marque elle va dans ce sens-là, comment est ce qu’on va, en fait, déployer ce message aux achats, au retail, à l’international, aux RH, au style, à l’approvisionnement, à la supply et donc à 360 degrés. Et ça, c’était un stage « hyper accéléré ». Je pense que j’ai gagné dix ans en travaillant avec elle ainsi parce que ça m’a permis de connaître vraiment toutes les mécaniques et tous les rouages d’une entreprise, en tout cas dans la mode, et ça c’était formidable comme expérience. Je la remercie beaucoup de m’avoir donné cette chance. Elle, et Laurent Milchior d’ailleurs parce que ils ont eu confiance en moi et j’étais très jeune et ça m’a permis de connaître plein, plein de métiers différents. C’était assez exceptionnel. C’était un turning point, en fait, dans ma carrière. Et puis après Nelly et Pierre-François m’ont rappelé. C’était à l’été 2011. Ils m’ont proposé de revenir chez Nelly Rodi pour reprendre, dans un premier temps, la direction du Conseil Mode. J’ai longuement hésité puis j’ai fini par accepter en demandant d’avoir une forme de carte blanche sur la stratégie du Conseil et sur les RH. Et donc, ils ont accédé à cette demande et puis c’était parti. Et c’est parti comme ça. Donc depuis l’été 2011 jusqu’à 2015, on a repensé tous ensemble la matrice du conseil, qu’est-ce que l’on faisait chez nous Nelly Rodi quand on faisait du conseil ; et forte de mon expérience côté marques, j’avais la prétention de croire qu’on pouvait faire du conseil différemment, pas uniquement strat mais aussi opérationnel. Et donc j’ai apporté avec moi ce bagage de connaissances opérationnelles dans l’esprit conseil qu’avait déjà Nelly Rodi, avec l’étiquette Nelly Rodi. Et ça a créé, en fait, les prémices du nouveau Nelly Rodi.

Très bien, c’est parfait comme introduction. Nelly Rodi c’est quoi ? Qu’est-ce que c’était et qu’est-ce que c’est aujourd’hui ?

Nelly Rodi, il faut savoir que, historiquement, ça faisait partie, dans les années 80, de ce qu’on appellait les fameux bureaux de style. Les bureaux de style c’est déjà une spécificité très parisienne. Vous aviez Nelly Rodi, Mme Nelly Rodi , Dominique Peclers  avec Peclers, Promo style, Carlin, c’est chronologiquement dans le désordre mais c’était cet environnement-là. Elles avaient toutes pour particularité, généralement, en fait, c’étaient des femmes en plus qui étaient derrière ces boîtes-là, d’avoir une longueur d’avance et d’être là, en fait, pour aider les marques dans la mode, dans la beauté, dans le luxe, dans la maison, dans leur processus créatif. Donc vraiment, le point d’entrée c’était le processus créatif et comment est-ce que je pouvais innover dans la mode, dans la beauté avec les couleurs, les imprimés, les volumes. Et donc, c’était très très orienté sur le processus créatif. Et très, très vite Nelly a rajouté, en fait, la dimension marketing donc la connaissance des comportements consommateurs. Grâce aussi à l’arrivée de son fils à la présidence, évidemment de Nelly Rodi, qui lui avait un parcours Business School, IFM et donc plus, on va dire avec cerveau gauche, cerveau droit, les deux ralliés. Et ils ont mis au point cette méthodologie assez unique et pionnière à l’époque qui était axée sur ce métissage de connaissances socio, conso marketing et créative. Historiquement, le métier de Nelly Rodi c’était ça, bureau de style, Tendances, Les Cahiers, qui étaient très fortement contributeurs au chiffre d’affaires de l’agence et de la notoriété et qui étaient, en fait, des guides d’inspiration, enfin, des cahiers de tendance, ça s’appelait comme ça à l’époque, qui servaient les chefs de produit, les stylistes pour créer des collections plus innovantes, plus sexy, plus dans l’air du temps. Et puis, petit à petit, évidemment le marché s’est complexifié. La concurrence s’est internationalisée. Des nouveaux entrants sont arrivés. La disruption technologique est arrivée. Donc, il y a eu une redistribution des cartes assez récente du poids de l’influence et de qui influence quoi avec la montée en puissance du consommateur évidemment. Donc, cette espèce de pyramide de la tendance, de l’influence qui existait jusqu’alors, vous aviez, en fait, ce qu’on appelle les trendsetters, puis les prescripteurs, les leaders d’op, les suiveurs, la rue. Aujourd’hui, cette pyramide elle est morte, en fait, elle s’est aplanie. Aujourd’hui, on est dans un monde horizontal où le consommateur se met à la place de la marque et donc il y a un véritable changement de paradigme. Si bien que nous, en fait, avec Pierre-François, le président de Nelly Rodi, quand en 2015, en fait, on s’est posé la question de la suite de cette entreprise et comment est-ce qu’on allait nous positionner versus nos concurrents historiques mais aussi versus les nouveaux entrants. Il nous est apparu comme fondamental de nous émanciper de cet historique trop marqué style, créatif, sans pour autant le renier, mais plutôt nous positionner vers l’innovation, vers le digital, vers la data, vers le marketing et donc créer des outils, des méthodologies qui soient en phase avec les besoins de nos clients et avec l’air du temps. Si bien que nous, aujourd’hui, si on devait faire un peu un schéma, un mapping, un peu évidemment caricatural, on se positionne plus aujourd’hui comme le McKinsey des industries créatives. Et quand les clients nous le disent d’eux-mêmes c’est pour moi le plus grand compliment parce que c’est vraiment comme ça aujourd’hui qu’on travaille. Aujourd’hui, on accompagne des fonds d’investissement, des personnalités de niveau Comex, Codir sur des sujets d’innovation, sur des sujets stratégiques parce que le design et l’innovation sont des sujets Comex, c’est tout sauf des sujets cosmétiques qu’il faut traiter en aval, en opérationnel ; ce sont des sujets au niveau Comex, l’innovation en fait partie. Et pour nous, aujourd’hui, on se définit avant tout comme une agence spécialisée dans l’innovation et le processus créatif. Si bien que nous, aujourd’hui, on est organisé autour de deux pôles. Moi je dirige un pôle qui s’appelle le pôle business dans lequel j’ai des directeurs d’axe qui sont des spécialistes sectoriels qui sont plutôt des gens qui sont là pour développer le business et un point de vue sectoriel d’un point de vue strat. Et de l’autre côté, j’ai un pôle inspiration que je pilote. Dans ce pôle inspiration, vous avez de façon tout à , à hiérarchie égale, un pôle créatif avec un studio de créatifs  avec à sa tête une direction de création, un pôle digital, un pôle Data. Donc là, vraiment, où l’on va traquer de la data et on va la mettre en perspective de nos reco. Un pôle étude avec quelqu’un qui vient de chez Ipsos, qui a fait 12 ans d’Ipsos et qui est capable de faire des études quali-quanti. Et un pôle prospective piloté par Vincent Grégoire qui là, en fait, va lui vraiment s’attacher à être sur du quali exploratoire, sur de l’insight conso avec des sociologues, des anthropologues. Et donc, toutes ces sources de données fonctionnent chez nous en open source c’est-à-dire que c’est le pôle business qui vient caster, picorer les ressources en fait dans ce pôle d’inspiration en fonction des dossiers, en fonction des problématiques. Et aujourd’hui il n’y a pas un seul sujet qu’on traite uniquement avec un prisme, une compétence. Tout est systématiquement mis à 360 degrés en question parce que c’est comme ça que nos clients fonctionnent et c’est comme ça tout simplement que les usages consommateurs fonctionnent aujourd’hui.

Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples concrets d’accompagnement de marques ou de codir pour que les éditeurs comprennent bien, c’est quoi votre métier ?

Bien sûr. Pour vous donner un peu une idée de la diversité, sans citer nécessairement les clients parce qu’on a des clauses énormes de confidentialité, on va travailler autant pour des grands magasins qui veulent se réinventer dans leur parcours d’achat. Donc voilà, ils nous disent voilà aujourd’hui, nous on veut se réinventer sur telle cible. On va réouvrir à telle date, on vous donne un mandat précis pour nous accompagner sur le parcours d’achat, la sélection des marques, la mise en place, le setup, l’architecture commerciale, le travail de CRM à faire autour. Ça c’est typiquement un exemple. Côté marques, on va pouvoir travailler, quand un grand groupe cosmétique va lancer = une nouvelle fragrance femme et que cette marque elle est plutôt sur le territoire de la féminité, du sexy et du glamour, avant toute chose, avant de parler de jus, de packs, de cible, on va déjà se poser la question de c’est quoi le glamour en 2020. C’est quoi le sexy aujourd’hui à l’ère de Time’s Up, à l’ère de Me too, à l’ère de l’empowerement féminin, ou est ce qu’on en est des questions des archétypes de féminité, des représentations. Ça va être typiquement ça notre sujet avant même d’aboutir sur le flacon, le jus et l’inspiration. Ça c’est un autre exemple. On va accompagner des clubs sportifs internationaux sur des produits dérivés, sur leur stratégie de marque, sur comment est-ce qu’on projette aujourd’hui un club sportif dans un univers contemporain où on mélange tout et tout est comparé avec tout. On va travailler avec un grand musée qui va s’interroger sur est-ce qu’un musée est une marque, est-ce que les produits qui sont dans les boutiques sont des produits comme finalement des produits dérivés de marques. Donc voilà, aujourd’hui c’est excessivement large. Mais on va aussi travailler avec la Foire de Paris sur l’expression de sa stratégie face à une montée aujourd’hui en puissance où il n’y a plus de salon professionnel versus des salons particuliers. Là aussi il y a une horizontalité du visitorat, des demandes, des besoins, avec une montée en puissance de ce consommateur qui est tour à tour communicant, prescripteur, client, égérie. Donc aujourd’hui, dans cette redistribution de cartes, nous on tire notre épingle du jeu avec cette obsession de l’innovation et pas l’innovation au sens uniquement technique mais aussi au sens de l’innovation sociétale, innovation produits bien sûr mais vraiment innovation dans toutes ses formes, protéiforme. Et puis, on a une deuxième grande croyance chez Nelly Rodi, c’est la créativité n’est pas le pré carré des créatifs de formation. Ça je le répète assez souvent dans mes interviews parce que c’est vraiment une croyance, c’est-à-dire que pour moi la créativité, un comptable peut être créatif, un chef de produit peut être créatif et à l’inverse quelqu’un qui a été biberonné dans des écoles de mode pour être créatif l’est pas nécessairement parce qu’il est enfermé dans des carcans, dans des schémas. Et pour moi être créatif, en fait, c’est penser autrement, c’est proposer une autre lecture du monde, c’est faire bouger les lignes, c’est questionner, c’est interroger.

C’est quoi les outils concrets pour être créatif.

Il n’y a pas de recette magique parce que si il y en avait une ça se saurait. Je pense que c’est une façon de penser, un état d’esprit. Etre créatif, c’est vraiment un état d’esprit c’est un mindset, c’est être agile dans sa façon de regarder, de poser un regard sur les choses. C’est de ne jamais prendre les choses pour acquises, c’est systématiquement questionner, repenser, repousser les frontières. Aller chercher plus loin, déranger, provoquer avoir de l’audace. Ne jamais être, en fait, dans l’eau tiède, dans le consensus. Et ce qui est pour moi la plus difficile, c’est quand vous arrivez justement à repousser ses frontières et en même temps à trouver votre cible, là vous avez un succès commercial, là vous avez quelque chose qui va rencontrer un public, qui va faire bouger les lignes contemporaines dans n’importe quelle industrie. C’est là où il y a de la magie.

C’est quoi votre, vous y avez déjà répondu un petit peu, votre unfair advantage par rapport à Peclers, par rapport à d’autres concurrents et par rapport à McKinsey aussi ?

Je pense que la première chose qui nous définit, avant toute chose, et qu’on revendique pas mal, c’est que l’on est une PME française, familiale, 100% privée. Et ça, ça nous permet et ça on y tient beaucoup. Ça nous permet d’avoir une forme d’agilité. On a des processus de décisions qui sont très courts. On a un codir qui est très aligné, on a des actionnaires, donc Nelly et Pierre-François, qui sont des gens qui ont toujours été animé et porté par la modernité, par l’air du temps, par l’innovation, par une envie de faire bouger les lignes. Ce sont des gens qui sont visionnaires, qui sont entrepreneurs dans l’âme. L’un comme l’autre. Et donc, si à 9 heures le lundi on prend une décision et ben à 09h02 on essaye. Elle est appliquée. On essaye, tous ensemble. On peut se planter mais c’est pas grave, on aura essayé, évidemment, on essaie de se tromper le moins possible. Mais en tout cas, on a une forme d’agilité et je pense que c’est aussi le fait qu’on soit indépendant qui nous permet de conserver ça et de conserver cette énergie-là. J’en suis intimement convaincu. On a des propositions de rachat en permanence mais ce n’est pas du tout un projet. On n’a pas non plus le projet de grossir à outrance. Aujourd’hui, Nelly Rodi c’est un peu plus de 7 millions de chiffre d’affaires annuel, dans le monde. Une activité qui est 100% internationale avec des filiales à l’étranger bien sûr mais le tout est créé à Paris. Donc tous nos dossiers, toute l’intelligence est faite à Paris, au siège parisien. Ça aussi on y tient beaucoup et je pense que cette indépendance nous permet une forme de liberté à la fois entrepreneuriale et créative. Voilà ça c’est notre, je ne sais pas si c’est un avantage mais en tout cas ça nous définit. Et puis ensuite, ce qui nous définit aussi, c’est ses racines créatives profondes. C’est-à-dire mettre la couche d’intelligence, la couche de data, la couche de méthode, c’est fondamental. Mais ce qui va nous définir par rapport à, typiquement vous posiez la question par un cabinet de conseil comme Roland Berger McKinsey ou d’autres, c’est que nous, on va avoir la connaissance sectorielle très fine, la connaissance des personnalités, le réseau et je pense que… Moi aujourd’hui, je m’entoure beaucoup d’une génération qui m’inspire énormément. Hier on faisait une good mood classe. Je soutiens beaucoup, beaucoup de gens dans le secteur de la mode, dans la beauté et dans le luxe parce que j’adore l’époque dans laquelle on vit. Je trouve qu’elle est excessivement inspirante et qu’on a beaucoup, beaucoup de chance autour de nous que ce soit vous avec les podcasts, que ce soient des nouveaux entrepreneurs qui ruptent des modèles dans le matelas, dans la Food, dans la beauté, dans la mode, dans plein de sujets. Il y a une génération, aujourd’hui en France, qui est passionnante et qui est hyper inspirante.

Justement, qu’est ce qui a vraiment changé ces deux dernières années dans le processus créatif, dans le processus d’innovation et dans votre relation avec vos clients ?

Ce qui a beaucoup changé c’est que, en fait, on travaille pour personne on travaille avec. C’est le premier point et ça peut paraître anecdotique ce que je dis mais ça ne l’est pas, dans le sens où, les entreprises qui gagnent aujourd’hui, ce sont celles qui ont compris qu’il fallait intégrer ces expertises extérieures que sont celles de Nelly Rodi et d’autres, et qu’il faut les digérer, les ingérer. Et surtout ne pas nous demander, en fait, des recommandations qui sont des jolies recommandations qui vont rester, en se disant tiens on s’est payé McKinsey, on s’est payé Nelly Rodi, on s’est payé ci et ça, mais ça n’est pas opérant. Ça n’a pas été créé avec les tripes des équipes. Et nous on travaille énormément en Workshop. Ça pour nous c’est fondamental. C’est-à-dire que c’est aussi pour ça que nous, le fait d’être encore petit, nous permet d’être vraiment au plus proche de la réalité business de nos clients.

Ça veut dire quoi travailler en Workshop ? C’est quoi ?

Ça veut dire concrètement, vous arrivez pas avec une jolie reco de 150 slides, vous la présenter et hop vous partez et advienne que pourra. On va les laisser se démerder. Non, nous on est vraiment in situ, on est avec nos clients, on fait avec, on les aide. L’idée c’est pas du tout de se rendre Nelly Rodi dépendant. L’idée c’est de leur fournir des outils qu’ils ont cocréé avec nous. Même si c’est un mot un peu tarte à la crème la cocréation mais c’est ça, c’est-à-dire qu’on veut les outiller et les aider à penser avec ces méthodes-là, plus agiles, plus innovantes. Et donc, c’est vraiment d’être avec eux au quotidien et de ne pas être là uniquement pour prêcher la bonne parole, être dans quelque chose d’hyper dogmatique où on vient une fois dans la saison et puis tchao bye bye, démerdez-vous les amis. Voilà c’est tout l’opposé. On n’a pas du tout cette mentalité-là. Plus on est opérationnel, plus on aime ça. On adore rentrer par des sujets strat mais on adore atterrir sur des sujets concrets. Quand on a travaillé avec le Printemps de la beauté et qu’on a atterri sur ce magasin avec ces zones où on avait pensé que le petit panier serait plutôt comme-ci, de telles couleurs et plutôt comme ça, la plante à trois centimètres du produit etc. Mais c’est là où on est fier parce qu’en fait on voit aboutir concrètement le projet. Ou, en fait, avec le groupe L’Oréal on travaille en Asie sur des coloris spécifiques pour Lancôme en lipstick, pour donner l’exemple super pragmatique et concret, et qu’on voit que c’est des succès commerciaux, là on est fier parce qu’en fait on aura tiré le fil jusqu’au bout avec les équipes.

Comment vous faites quand, les gens avec qui vous bossez, ne comprennent pas les changements des règles du jeu et ce que vous faites, comment vous faites pour les convaincre ?

En fait, c’est une question qui se pose pas tellement parce que quand on fait appel à nous, généralement, ça veut dire qu’il y a une volonté quand même, du manager ou des managers, ils sont quand même assez d’accord pour dire ok…. En fait, Nelly Rodi, moi c’est un jour JOUR/NE qui m’a dit ça, je trouve ça assez assez mignon et assez vrai. Ils m’ont dit en fait Nelly Rodi c’est comme quand on va chez le docteur, on a un petit bobo, on sait pas forcément très bien ce que c’est et donc comme un psy, on va se confier. Et puis, ils vont nous donner une ordonnance et puis on va la mettre en place ensemble. Une séance, deux séances, trois séances et puis ça va aller un peu mieux. Il y aura peut-être une rechute et donc il y a une forme d’accompagnement. C’est un peu ça c’est-à-dire que nous on est là pour diagnostiquer, auditer, trouver la solution, proposer un scénario prospectif et puis derrière le déroulé avec eux.

Justement, là vous parlez de JOUR/NE, avec n’importe quelle autre marque, vous commencez par quoi ? Vous faites un scan de… ?

Nous, notre méthode elle est très claire. On ne démarre jamais un sujet avec une entreprise sans avoir fait un diagnostic. Donc vraiment on s’immerge dans la réalité du business, dans la réalité aussi organisationnelle des entreprises. On y va physiquement, une semaine, deux semaines, trois semaines, que ce soit en France ou à l’étranger. On fait ce qu’on appelle un audit. Donc, on va aller écouter les équipes, on va aller comprendre comment est-ce qu’elles fonctionnent, avec les outils avec lesquels elles fonctionnent. Donc on va s’immerger un peu dans le vis ma vie de la marque. Et donc on va diagnostiquer toute cette température, ce baromètre de l’entreprise en interne, que l’on va venir croiser avec un diagnostic extérieur, c’est-à-dire qu’on va croiser leur réalité de boîtes avec l’air du temps, avec justement cette big picture. Cette analyse sociétale 360 degrés conso, socio, marketing, créative et on va croiser ça. On va croiser ce diagnostic interne avec le diag externe, du monde externe. Et donc on va identifier les zones où il y a en fait des opportunités, où il y a une légitimité de la marque à venir s’agripper à des des macro tendances sociétales et comment est-ce qu’on va tirer ce fil, ce scénario prospectif forts de leurs forces avec le monde contemporain et du coup qu’est-ce que je peux en tirer comme fil pour demain.

Est-ce qu’il y a des gens qui vous impressionnent vraiment en ce moment dans le monde de l’industrie créative ?

Impressionnée c’est peut-être pas, c’est peut-être un peu fort, en tout cas inspirée oui. Il y en a beaucoup, beaucoup qui nous inspire. Il y en a un qui est très impressionnant, c’est notre président de la République. La semaine dernière, il y avait un dîner à l’Elysée, ce qui n’est pas arrivé depuis les années 80, pour juste dire merci de venir faire vivre Paris, merci de créer, merci d’innover, merci de choisir la France. Ça oui je trouve que c’est un acte fondateur et c’est quelque chose qui démontre à quel point, en fait, on a quand même un gouvernement qui est investi dans ce secteur, qui représente quand même plus d’un million d’emplois. Donc c’est fondamental de le souligner. Si il doit y avoir quelqu’un d’impressionnant de citer ça va être le groupe présidentielle. Après oui, évidemment, dans la génération contemporaine, on a commencé à en parler un peu plus tôt, il y a des entrepreneurs qui sont bluffants, qui sont formidables aujourd’hui. Je pense à une Julia Bijaoui avec Frichti, qui a réinventé et qui a rupté le modèle de la livraison à domicile de plats, de bons plats accessibles. Ou en gros vous n’avez pas le choix entre des burgers et des sushi, vous avez des vrais plats cuisinés. Que ce soit au bureau ou le soir, elle a inventé un modèle avec, en plus, un univers de marque hyper aspirationnel, hyper désirable qui, pour moi, a su adresser des usages contemporains ; donc typiquement pour citer un exemple dans la Food. Guillaume Gibault avec Le Slip Français, je trouve que ce qu’il a fait, là aussi, est assez inspirant, assez formidable avec une énergie et une cohérence, une force de frappe, hyper pertinente, hyper innovante. Une Juliette Lévy avec Oh My Cream !, pareil, elle a su, en fait, émerger dans un modèle de distribution beauté qui était hyper poussiéreux, où il n’y avait pas de retail dans la beauté, si ce n’est les grands mastodontes façon Douglass, Marionnaud, Sephora évidemment. Elle aussi a réussi à adresser un besoin qui ne l’était pas du tout. Et en fait, moi je me souviens de Juliette parce que depuis le tout début on la suit et au tout début on la regardait comme ça, on l’a fait intervenir dans un séminaire Nelly Rodi, il y a quelques années, et les gens quand elle disait ses chiffres de vente sur son eshop, les gens n’y croyaient pas. Et puis après, elle a trouvé des fonds pour l’accompagner et donc elle fait une boutique, deux boutiques, trois boutiques… Aujourd’hui elle a dix boutiques et c’est que le début. Elle a créé sa marque propre, son Private Label, qui cartonne. Et c’est super intéressant de voir toutes ces générations-là, d’énergie qui rupte des modèles et qui ne s’encombre pas des contraintes du passé.

Ils le font instinctivement ? Parce que vous vous arrivez à mettre des mots dessus mais tous ces jeunes entrepreneurs, la semaine dernière j’ai rencontré Lou Menais de JOUR/NE, ils te donnent le sentiment qu’ils ont beaucoup d’intelligence, ils prennent beaucoup de recul, mais j’ai l’impression qu’ils font les choses très instinctivement finalement.

Evidemment, il y a eu un mélange des deux. Déjà ceux que je cite, pour la plupart on les connaît bien, certains on les accompagne donc évidemment qu’il y a un mélange d’intuition mais aussi d’études de marché. C’est à dire que ce n’est pas non plus des gens qui sont, qui partent comme ça, complètement bille en tête, sans avoir un peu d’accompagnement, d’environnement solide autour d’eux. Donc évidemment, qu’il y a une part d’intuition, il y a une part de courage. Je pense que pour être entrepreneur, il faut beaucoup, beaucoup de volonté, beaucoup d’énergie et il faut aussi une part d’intuition, de force, de caractère. Et puis à côté de ça, il faut des équipes. Il faut un bon environnement, il faut des outils pour piloter, pour mesurer, pour structurer, pour corriger. Il faut des fonds d’investissement aussi, qui s’intéressent à eux pour les aider à se développer. Il faut des bons DG. Il faut cumuler les deux casquettes, il faut des gens qui parce que tous ne peuvent pas faire tous les rôles et ça n’est pas souhaitable. Il faut aussi que chacun trouve sa place et il ne faut pas que les gens aient la prétention de vouloir tout faire parce que c’est, d’une part c’est malsain et de deux, ce n’est pas forcément là où la compétence sera la plus valorisée et valorisante. C’est important aussi de se structurer assez vite.

Et ces jeunes marques, c’est vous qui allez les chercher où c’est eux qui viennent à vous ?

C’est les deux. Parfois on a des coups de cœur. Parfois ils viennent nous voir parce qu’ils sont intrigués, parce qu’ils savent qu’ils savent que Nelly Rodi, ils n’y auront pas accès en termes de possibilités financières d’accompagnement. Mais nous, on a toujours été particulièrement à l’écoute des jeunes générations. Pierre-François Le Louët, le président élu a créé à une entité qui s’appelle Nelly Rodi Money box, grâce à laquelle nous nous investissons dans des sociétés. Aujourd’hui, on accompagne Horace cosmétique qui marche très bien, on est très content pour Marc Briant Terlet, le fondateur. On accompagne Etudes Studio. Dans le passé, on a aussi eu des parts chez Michel et Augustin. On accompagne aussi comme ça des gens pour qui on a des coups de cœur parce qu’on sent qu’ils ont aussi, en fait, eu cette intelligence, cette veille, cette capacité à adresser des besoins qu’ils ne l’étaient pas jusqu’à présent. C’est des rencontres. Il y a quand même aussi beaucoup de coups de cœur personnel parce que mine de rien, on est dans un métier où il faut aussi qu’il y ait une rencontre de personnalité. Et puis, évidemment une réalité économique qui fait que l’on sent qu’il y a un potentiel.

Justement sur Money Box vous apportez des fonds, de la connaissance, il faut déjà avoir validé un business model, vous rentrer dans leur capital à quel stade ?

Alors, nous on ne prend pas de start up totalement naissantes. Il y a des conditions bien précises. Je ne vais pas rentrer dans le détail mais il y a des conditions bien précises qu’il faut cocher pour pouvoir proposer son dossier à Pierre François. Mais en tout cas, ce n’est pas des toutes petites boîtes qui démarrent. Il faut déjà avoir un peu les reins un petit peu solide

C’est quoi les erreurs les plus fréquentes que vous voyez chez vos clients ?

Malheureusement, il y a encore, en fait, peu de marques, peu d’entreprises notamment dans l’industrie de la mode. Il y a deux sujets aujourd’hui nous qui nous animent beaucoup c’est la notion d’engagement. Les plans RSE donc la question de la transformation, en fait, vers une consommation et une production et un sourcing et un supply beaucoup plus vertueuse. Il y a ces sujets là, où aujourd’hui, en fait, on trouve qu’on ne va pas assez vite dans l’industrie de la mode, ça reste encore quelque chose, on est quand même proche du stade zéro en terme de de la cosmétique. Ça il y a vraiment un sujet là-dessus ou nous, on va essayer aussi de prendre la parole très prochainement sur tous ces sujets-là pour essayer d’engager les marques à produire différemment et à construire les collections différemment parce que c’est tout sauf un sujet cosmétique. Et puis, il y a aussi, en fait, une tendance à prendre des décisions très court termiste. C’est à dire qu’aujourd’hui, dans cette industrie de la mode, à leur décharge il y a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de nouveaux enjeux qui sont rentrés, un renouvellement générationnel, qui n’a pas toujours été fait dans les entreprises au bon moment etc. La disruption technologique avec une rupture totale, en fait, de modèle dans la façon de consommer qui n’a pas toujours été bien anticipée. Donc une transformation des modèles aussi à opérer. Donc ça. Et aussi parfois, des rachats assez agressifs où on a une obligation de résultat à très court terme et donc on n’a pas nécessairement le temps de construire des projets un peu plus moyen terme. Et donc parfois on a du mal à construire des projets dans le temps, à inscrire, en fait, les projets de façon pérenne et qui, du coup, en fait, malheureusement, amènent les marques à avoir des petits accidents de parcours. Elles vont, en fait, parce qu’elles ont, à un moment donné, elles ont cru comprendre qu’il y avait une une lame de fond sur tel style ou tel genre de biens ou telle cible, avec l’engouement autour des Millénials, comme si c’était le sacrosaint des sujets qui allait être, en fait, l’ouverture de la marque. Typiquement, en fait, beaucoup de marques confondent modernité avec jeunisme. Et elles confondent beaucoup, en fait, notamment si je parle plutôt de la beauté, on va confondre, en fait, le fait d’être innovant, moderne, rupturiste en mettant Cara Delevingne en égérie et en créant en fait des coloris un peu fluo Flash. Et donc ça, c’est le raccourci qui pour moi est le pire des raccourcis parce qu’on confond être moderne, être innovant avec la notion d’âge est donc là, en ce moment, avec la notion des millénials. Et ça pour moi, ça c’est assez terrible parce que des marques se mettent à faire des lignes spécifiques pour ces cibles-là, en mettant de côté la clientèle historique, alors qu’on peut être tout à fait moderne, créatif, inspirant en s’adressant à une clientèle de trentenaires, de quadras, de quinquas et donc on n’est pas obligé de passer par la case Millénials pour être hyper moderne. Et ça c’est une des erreurs actuelles que je peux relever.

Sur la partie RSE est-ce qu’il y a des initiatives qui sont vraiment notables en ce moment en France, parce qu’à l’étranger on a déjà quelques exemples je pense à Reformation, mais en France est ce qu’il y a des acteurs qui sont déjà un peu gros qui sont notables ?

Alors un peu gros pas vraiment. Il y a une petite marque qui, mais qui va devenir bientôt grande je pense avec toutes les initiatives qu’elle est en train de prendre, qui s’appelle Rive Droite qui sont des accessoires. Mais c’est un peu plus que ça, en fait, c’est une vraie marque lifestyle, qui à date, aujourd’hui, propose, en fait, de réutiliser les chutes de tissus pour créer des accessoires, en fait, qui soient éco friendly et qui soient vraiment dans un protocole et dans un processus hyper vertueux. Je vous invite à aller voir, en fait, tout leur processus, toute leur façon de penser, leur façon de produire et de distribuer qui est très vertueuse. Et ça c’est des initiatives assez astucieuses, assez malignes, assez agiles parce qu’en fait l’idée n’est pas de créer from scratch des modèles vertueux mais c’est aussi d’utiliser, en fait, les stocks immobilisés, l’existant pour le transformer. Et ça se trouve ça hyper smart, parce que du coup c’est pas recréer quelque chose où on va recréer une usine à gaz en se disant nous on va on va créer, en fait, des produits qui sont vertueux avec des matières premières qui sont plus respectueuses de l’environnement et on va fabriquer de façon plus éthique, plus sociale. Il n’y a pas que ça. Il y a aussi, en fait, tous les abus et tous les gâchis que créent, en fait, l’industrie de la mode. Donc des gens qui réinventent le second marché donc les sites de revente, toutes les consommations nouvelles, astucieuses, agiles, je trouve qu’il a plein de choses hyper intéressantes qui sont en train de se passer autour de ça. Rive droite qui, justement, propose de réutiliser les chutes de tissus, les stocks immobilisés etc., je trouve ça très intéressant à observer parce qu’en fait, c’est comment est-ce que d’un modèle, en fait ,qui aujourd’hui a connu quelques pas de sa limite, comment est-ce qu’on arrive à recréer quelque chose avec ce système dont on a hérité. C’est assez intéressant et assez malin. Evidemment il y a les Everlane qu’on connaît par cœur qui sont aussi intéressant à observer mais sur un modèle différent.

Quand on démarre une marque, j’ai l’impression, ce que je vois c’est que aujourd’hui, il y a une sorte de voie royale, où on passe par les institutions, par l’IFM il faut gagner en concours, il faut travailler avec Nelly Rodi, toutes ces marques, JOUR/NE etc, me donnent le sentiment qu’ils suivent une certaine voie royale. Est-ce qu’il une autre façon de réussir dans la mode qu’en passant par… ?

Oui. Je pense tout à fait. Si on regarde un exemple très concret, contemporain, avec Sézane. Morgane Sezalory et son DG on les connaît, on échange régulièrement pour plein de sujets différents. On ne les a jamais accompagnés, ils n’ont jamais attendu personne. Et pourtant c’est un cas d’école absolu. Quand il y a dix ans, on disait le marché du prêt à porter féminin est complètement saturé, il n’y a plus aucune réponse possible, c’est l’enfer. Ben, non, en fait, on a des gens-là qui ont réussi à craquer un modèle en écoutant les usages consommateurs contemporains, en ayant besoin de personnes, en étant passées par aucune institution validante, comme celle que vous venez de citer, et qui se sont là, en fait, frayé un chemin et qui se retrouve aujourd’hui à la même table qu’Emmanuel Macron et que tous les autres designers des grandes maisons de luxe ou du moyen de gamme. Et donc oui bien sûr qu’il y a d’autres voies. Sézane en est pas moins le parfait exemple.

Très bien. On va passer aux questions de la fi. Vous êtes, vous avez un parcours vraiment impressionnant, c’est quoi votre moteur ? Où est-ce que vous allez chercher cette énergie et cette envie de croquer le monde ?

Il y a beaucoup, beaucoup d’énergie que je puise, en fait, dans les gens qui m’entourent, dans mon environnement. Je l’ai dit un peu tout à l’heure. Je trouve qu’on vit une époque formidable, qui est excessivement stimulante d’un point de vue intellectuel, d’un point de vue créatif. Je trouve, en fait, les changements que l’on vit actuellement passionnant et donc comme je suis assez ambitieuse de nature et assez téméraire, je crois, et j’ai envie d’y apporter ma contribution et j’ai donc envie d’apporter ma pierre à cet édifice nouveau que l’on est en train de tous créer. Je ne me positionnerai jamais anti anti mouvement, anti fashion, anti je ne sais quoi, au contraire. Moi je suis pour la proactivité, je suis pour lier l’action à l’idée et ça pour moi c’est fondamental. Donc aligner ses croyances, ses valeurs avec ses actions pour moi c’est fondamental. Et cette énergie où est ce que je la puise ? Je pense vraiment dans ça. C’est à dire dans une dynamique globale, générationnelle dans laquelle on vit, dans laquelle on est stimulé. Moi j’ai une lecture qui est plutôt positive du monde en étant bien ancré dans le présent et en regardant très loin vers le futur. Et je pense, aussi, que mon parcours personnel fait qu’il y a une démonstration que tout est possible et à qui veut bien s’en donner les moyens. J’ai toujours eu, en fait, cette motivation intrapraneurial où je pense que chacun peut se faire son job. Les gens pensent que je suis la plus grande preuve et la plus grande démonstration. J’ai eu aussi la chance d’être entouré par des gens qui ont cru en moi, bien sûr, évidemment, mais je pense vraiment que si à la fois, on prend son temps et en même temps on se donne les moyens de faire bouger les lignes c’est possible. Donc moi, j’ai cette croyance-là, qui est peut être utopique, mais en tout cas, je pense vraiment que chacun peut se construire, en fait, son parcours, sa carrière, pousser les portes, modéliser, en fait, son image, sa vision de ce monde-là et chacun peut apporter sa petite pierre à l’édifice. Et tous les entrepreneurs que j’ai cité, j’en ai oublié plein, je pourrais parler de Charlotte Husson avec Mister K, je pourrais parler de Sarina Lavagne avec Prescription Lab. Il y en a plein, une foultitude qui sont admirables et qui poussent les portes, qui vont chercher les financements, qui vont chercher les bonnes personnes, qui se mettent en réseau. Je crois aussi beaucoup à ça. La sororité, l’entraide la solidarité. Je pense qu’on a tout à gagner en se fédérant et certainement pas en étant les uns contre les autres mais vraiment en se donnant des tips. C’est pour ça que moi je suis hyper ouverte et je suis très transparente sur ce que l’on fait chez Nelly Rodi, nos clients, comment est-ce qu’on travaille, toutes les bonnes, et ça c’est vraiment aussi ce que Nelly et Pierre-François m’ont appris, ils ont toujours été dans le mentoring, toujours été dans l’entraide et je pense que c’est fondamental, en fait, tout ça parce que c’est excessivement motivant, c’est moteur.

Quand on est entouré d’autant d’intelligence, de bonnes idées, d’énergie positive, est-ce qu’on n’a pas envie d’entreprendre ? Même si vous entreprenez à l’intérieur de Nelly Rodi, vous avez pas envie de sauter sur un autre projet ?

C’est une question qu’on me pose très souvent, qui revient systématiquement. Ce n’est pas encore le moment pour moi parce que ce qui me passionne avant tout c’est des projets, c’est quand il y a des défis, quand il y a des challenges, c’est de passer de quelque chose qui n’est pas rentable a quelque chose qui est rentable, c’est d’aider les marques à trouver des solutions. Que ce soit pour Nelly Rodi ou pour les marques, c’est ça qui me passionne, aujourd’hui, c’est craquer des problèmes, des problématiques. Voilà c’est ça aujourd’hui moi qui m’anime. Evidemment ce n’est pas exclu, c’est ça n’est absolument pas exclu. Aujourd’hui, j’ai une vie quand même, qui est déjà qui est très riche en menant ce projet-là. J’attends mon deuxième bébé. Je suis aussi présidente d’une association, l’association féminine du 1er arrondissement de Paris où je vis pour accompagner les femmes dans leur chemin personnel d’épanouissement personnel, de confiance en soi via le sport et la culture. Donc j’ai plein de causes qui me tiennent à cœur. Aujourd’hui, j’ai déjà plein, plein, plein de combats, plein, plein de sujets. Peut-être que si on se reparle dans 5 ans, dans 10 ans ce sera différent. Aujourd’hui, j’ai déjà cette énergie-là a redistribuer.

Et comment vous faites pour ne pas friser le burn out ?

Je crois que j’ai la chance d’être très bien entourée et d’être assez équilibrée. Dans le passé, j’aurais pu me plonger un peu trop dans le travail, et un peu tombé dans un excès. Aujourd’hui, avec ma famille, la famille que je suis en train de construire avec mon compagnon, ça me permet d’avoir une forme d’équilibre et de justement, comme ça, de disperser, ce n’est pas le bon mot, de partager les énergies et de ne pas surinvestir un champ ; parce que moi je pense que quand on surinvestit un seul champ dans sa vie que ce soit perso d’ailleurs pro ou social c’est pas bon. Je pense qu’il faut trouver une forme d’équilibre. Après chacun a son équation donc je ne prétends pas du tout avoir la seule solution mais, en tout cas, pour moi ce qui marche c’est d’arriver à mettre un petit bout d’énergie là, un petit bout d’énergie là, beaucoup d’énergie dans le travail, beaucoup d’énergie dans différentes causes qui me tiennent à cœur. Mais voilà c’est de ne pas surinvestir un seul champ parce que ça déséquilibre, en fait, on perd de vue une forme de recul qui pour moi est nécessaire pour prendre les bonnes décisions.

Très bien. Dernière question. Qui souhaiteriez-vous entendre ce podcast ?

Qui je souhaiterais entendre dans ce podcast ? Probablement un entrepreneur, alors lequel. Une Morgane Sézalori  qu’on entend pas trop, je trouverais qu’elle serait intéressante à interviewer. Et puis complètement dans un autre sphère, j’adorerais que vous puissiez avoir Eddy Slimane pour qu’il nous explique sa copie pour Céline qui est monumentale c’est-à-dire d’ouvrir sur tous ces champs d’expression, le masculin, le parfum et d’avoir un champ comme ça de responsabilité, si vaste, si large, avec évidemment tout le talent qu’on lui connaît, c’est quand même beaucoup, beaucoup de , tout en étant pas à Paris, donc en travaillant à distance. J’adorerais qu’il nous explique qu’elle est sa vision de sa feuille de route, de son cahier des charges. Ça je trouverais que ça sera super intéressant.

Merci beaucoup Nathalie.

Merci à vous.

Bonne chance à Nelly Rodi.

Bonne chance à vous et à votre podcast et à toute la suite de vos expériences

A bientôt.

A bientôt.

 

#18 Olivier Billon – Ykone – Le leader européen de l’influenceur marketing pour les marques premium

Ecouter sur Apple/ iTune

Dans ce 18 ème épisode nous accueillons Olivier Billon, il est le fondateur d’Ykone, le leader européen de l’influencer marketing pour les marques premium.

Olivier revient sur son parcours, sur les débuts et l’évolution d’Ykone. Il nous parle entre autre et avec beaucoup de pédagogie du marché de l’influenceur marketing, des tendances majeures de son métier et de son expérience d’entrepreneur.

C’est un épisode passionnant, j’ai adoré interviewer Olivier, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à l écouter.

Bonne écoute!

Invité : Olivier BILLION

Bonjour à toutes et à tous ! Bienvenue dans « Entreprendre dans la mode ». Aujourd’hui, je suis chez YKONE, avec son fondateur, Olivier BILLION. Bonjour Olivier.

Bonjour Adrien.

Est-ce que pour commencer tu peux te présenter s’il te plaît ?

Avec grand plaisir. Donc, je m’appelle Olivier, j’ai 34 ans, je suis le fondateur d’YKONE, j’habite à Paris, j’ai toujours vécu en région parisienne. Et puis, depuis une dizaine d’années, je me passionne et je m’implique à fond dans l’influenceur marketing au travers d’YKONE.

Très bien. Est-ce que tu peux reprendre ton parcours, s’il te plaît, depuis tes études supérieures jusqu’à la fondation d’YKONE ?

Avec grand plaisir. Alors, j’ai commencé par faire des études de droit. J’ai fait un master en droit et puis un master en sciences politiques à l’université. Ensuite, je suis allé à Sciences-Po où j’ai fait un master en marketing. Un peu par hasard, j’ai été recruté par L’Oréal pendant mes études. Ce n’était pas vraiment mon plan de carrière parce que je me voyais plutôt faire une carrière d’avocat ou quelque chose comme ça. Chez L’Oréal, j’ai découvert l’univers des cosmétiques, l’univers du marketing et j’ai été recruté dans une équipe digitale. J’ai adoré ça. C’était il y a 12ans. Je crois que l’équipe à laquelle j’appartenais est celle qui a fait les premières campagnes d’influence en marketing dans l’industrie. Donc, à l’époque, on lançait des parfums pour des marques comme Diesel, Viktor & Rolf, Margiela et on avait commencé, assez naïvement, à envoyer des parfums à des blogueurs, à voir un peu ce qui se passait. Et, en fait, on a été assez émerveillé par les résultats. C’est vrai que, ça m’a beaucoup impressionné j’ai trouvé que c’était quelque chose de très intéressant, une nouvelle audience, une nouvelle cible, beaucoup moins marquetée, beaucoup moins professionnelle que les journalistes et les médias. J’ai été vraiment impressionné par la fraîcheur et l’efficacité de ce média. Donc j’ai décidé de me consacrer à fond. J’ai quitté L’Oréal au bout d’un an et demi, et à ce moment-là, Sciences Po lançait un incubateur d’entreprise. Le timing était parfait, c’est comme si les signaux convergeaient. D’un côté je voyais un nouveau mode de communication arriver dans mon job chez L’Oréal, je voyais bien que la machine, le groupe l’Oréal n’était pas forcément prêt pour s’emparer de ce nouveau phénomène. Moi j’étais récemment diplômé, assez libre, assez capable de me lancer, je n’avais aucune contrainte. Donc, je rentre dans l’incubateur. Je présente un dossier. A l’époque, pour être honnête, j’avais aucun business plan, aucun business model, je ne savais vraiment pas ce que j’allais créer, je savais juste que je voulais me positionner à la convergence entre les marques de luxe et les influenceurs. Ça a pris un peu de temps, avant de trouver un plan économique, mais voilà comment ça a commencé.

La version 1 de YKONE c’était quoi exactement ?

Alors, la version 1 de Ykone, c’était un modèle hybride avec un magazine, donc si tu es allé sur ykone.com en février 2009, et bien tu aurais découvert un magazine de mode qui avait pour spécificité d’être basé sur une encyclopédie. Il y avait 5000 fiches sur tous les créateurs, tous les designers, toutes les marques… Donc on avait des rédacteurs qui écrivaient ces fiches. Et ensuite, pour mettre du contenu chaud, on faisait appel à un réseau de blogueur qui nous créait des articles. Donc par exemple, à cette époque, il y avait des bloggeuses française dont on se souvient tous, CherryBlossomGirl, LeBlogDeBetty, tous ces gens-là qui créent des petits contenus, créent des news, créent des séances photos, des lookbooks. Et donc chaque jour il y avait des nouvelles thématiques. On a assez vite vu que ce que l’on faisait était, certes innovant, mais faiblement profitable parce que l’on avait un modèle économique publicitaire honteusement traditionnel qui consistait à vendre des bannières sur un magazine. Et nous, on trouvait ça un peu dommage d’arriver sur un marché aussi innovant que le digital, pour finalement tomber dans un modèle économique si…

Vieillot un peu ?

Ouais vieillot et puis un peu honteux quand même. Donc on a assez mal vécu, en tant qu’entrepreneur, le décalage entre notre volonté d’innover et la réalité du modèle économique. Donc assez vite, on a commencé à faire du conseil et des campagnes d’influenceurs marketings. Ce réseau d’influenceurs que l’on fédérait autour du magazine, on a commencé à l’utiliser pour créer des événements pour les marques, créer des campagnes d’influence. Il nous a fallu quand même 4 ans avant d’assumer et de dire en rendez-vous que, oui on est une agence d’influenceur en marketing. Au début on disait plutôt que l’on était un magazine qui faisait des opé spé. C’est en 2012 que l’on s’est rendu compte que sur les 2 millions d’euro de chiffre d’affaires que l’on faisait à l’époque, il y avait les trois quarts qui étaient liés aux campagnes agence et un petit quart qui était lié aux campagnes publicitaires. Il a fallu 4 ans pour que le modèle de média se transforme complètement en un modèle d’agence, mais l’ADN a toujours été le même : c’est être un intermédiaire créatif entre les marques et les influenceurs.

Et, aujourd’hui, comment il est structuré ce marché et qui sont les acteurs principaux et toi, quels sont tes concurrents aussi, principaux, et comment tu te positionne par rapport à ça ?

C’est une question vachement pertinente parce que le marché de l’influenceur marketing est nouveau, il se développe. Alors déjà, il y a une première question, c’est qu’est-ce que c’est que le marché de l’influenceur en marketing ? On peut avoir deux façons de l’aborder. Soit une appréciation très stricte en disant l’influenceur marketing c’est les blogueurs, les influenceurs digitaux… Tu vois, tous des gens-là qui sont sur Instagram, etc. Ou bien une perception plus large, en se disant, l’influenceur marketing, c’est aussi les célébrités, c’est aussi tous ces gens qui, peut-être ne viennent pas du digital, mais qui monétisent leur présence sur Instagram. Est-ce que Lewis Hamilton, qui est le plus grand pilote de Formule 1, est-ce que c’est une célébrité ou est-ce que c’est un influenceur ? Quand il fait une collab avec Bose, est-ce que c’est de l’influence marketing ou est-ce que c’est du celebrity marketing ? Moi je vais plutôt considérer que l’influenceur marketing, dans sa définition large, c’est une discipline qui consiste à collaborer avec des gens, pour créer des contenus et des campagnes. Donc je vais plutôt intégrer les célébrités, etc. Ce qui m’amène à la présentation des acteurs, des acteurs économiques. Tu as d’abord les influenceurs, célébrités, bloggeurs, Youtubeurs, personnalitées qui sont ceux qui détiennent leur audience, qui souvent ont les capacités créatives. Pour faire simple, on peut dire que ce sont des médias, sous une nouvelle forme, mais c’est des médias. Ces médias, soit ils se commercialisent directement, donc ils contractualisent directement avec des marques, soit ils passent par des intermédiaires qui sont des régies, des agents, des réseaux. Alors tu as plusieurs catégories d’intermédiaires. Tu as, tout bêtement, et je suis désolé de dire bêtement, mais l’agent qui généralement a peu de valeur ajoutée et qui vient ponctionner 10-15-20% de cette transaction. Tu as les réseaux comme les MCN, ce qu’on appelle aux US, c’est les Multi Channel Network, qui vont être, appel ça des syndicats d’influenceurs, qui sont fédérés autour d’un thématique créative, souvent sur Youtube. Et puis après tu as des régies. Tu as tous ces intermédiaires. Puis tu as les agences qui, elles, viennent plutôt défendre l’intérêt des marques, plutôt que l’intérêt des influenceurs. Et le dernier petit acteur, c’est les plateformes technologiques qui viennent permettre d’automatiser ou d’assister l’intermédiation. Donc tu as aujourd’hui des plateformes d’identification, qui sont, pour faire simple, des algorithmes, qui vont aider les agences à trouver les influenceurs. Donc si j’essaye de re-répondre à ta question peut-être en partant du besoin des marques et en descendant jusqu’au influenceurs. Première étape, la marque fait appel à une agence, une agence créative, une agence conseil, pour la conseiller dans la conception de sa campagne d’influence marketing. Donc, tout bêtement, c’est le directeur marketing d’une marque cosmétique qui dit à l’agence « je lance ce maquillage, qu’est-ce que je peux faire ? ». Il ne sait pas si il prend des micro-influenceurs, des tops influenceurs, des Youtubeurs, des Instagrameurs. Le rôle de l’agence c’est de lui apporter un parti pris stratégique en lui disant par exemple « On vous recommande de travailler qu’avec des micro-influenceurs, que sur Youtube, en créant des tutoriels». L’agence, une fois qu’elle a dit ça, va devoir identifier les influenceurs, en général, en passant par une plate-forme. Donc c’est des index, des annuaires, donc on fait beaucoup de recherches par mots-clés, par sémantique. Une fois que l’on a identifié les influenceurs, on les contacte. Et là, soit, ils répondent en direct, soit ils transfèrent à leur agent. Une fois que le deal est monté, une fois que l’on a monté une relation, l’autre acteur qui peut intervenir c’est le producteur, la boite de prod, le photographe, enfin c’est quelqu’un qui va assister la marque et l’influenceur dans la création du contenu. Parce qu’aujourd’hui on est quand même arrivé à un phénomène de saturation des collaborations. Les marques ont besoin de choses de plus en plus créatives et ont tendance à faire de moins en moins appel à l’influenceur pour être aussi le créateur du contenu. Par exemple, cette semaine, pour la Saint-Valentin, Swarovski a fait une très, très grande campagne de Saint-Valentin dans laquelle tu avais Chiara Ferragni, Fedez, plein de célébrités. Et, tu vois bien que c’est pas Chiara Arras qui a fait les photos. Chiara est une des influenceuses, elle a été invitée à participer à une grosse prod qui est très proche d’une prod de télé. D’ailleurs, la pub est passée en télé. Donc, tu vois bien, comment tous ces acteurs retravaillent. Et, en fait, pour tes auditeurs et pour toi qui, peut-être, travaillaient dans des industries, peut-être plus traditionnelles. Tu te rends compte qu’il n’y a rien de nouveau. On a remplacé les agents de mannequins, par les agents d’influenceurs. On a remplacé les célébrités, les mannequins par des blogueurs. On a remplacé les photographes stars par des photographes un peu moins star mais plus digitaux. On a remplacé les boîtes de pub par des agents d’influenceur marketing. Mais, en fait, ça reste une recette très, très proche. Et c’est pour ça que je ne vois pas l’influenceur marketing comme une nouvelle discipline mais plutôt comme une nouvelle façon de faire de la publicité et des relations publiques.

Très bien. Et YKONE, comment vous vous positionnez dans cet écosystème ?

Alors, dans cet éco-système, nous on essaye de venir avec trois partis pris extrêmement forts. Le premier, c’est une approche très data. C’est-à-dire que tu as des millions d’influenceurs et nous, on considère que le ciblage des influenceurs doit se faire sur des raisons data, chiffrées, mathématiques. Deuxième élément, on considère que l’influenceur marketing n’ayant pas de frontières, il faut faire des campagnes internationales. Un directeur marketing France qui veut bosser avec des influenceurs français c’est du gaspillage. Pourquoi ? Parce que 30 à 70% de l’audience des influenceurs n’est pas domestique. Donc tu es obligé de faire des campagnes internationales. Et nous, on est la seule agence présente dans quatre continents et dans sept pays. Troisième point, on veut avoir une valeur ajoutée très créative en ajoutant systématiquement des briefs, de la prod, des concepts créa, pour aller au-delà de la simple intermédiation entre les marques et les influenceurs. En synthèse, on veut être vu comme une agence internationale, créative et basée sur des outils très data.

Très bien. Moi qui ne suis pas dans cet écosystème du tout, est-ce qu’il y a quelque chose que j’aurais raté ? Un élément vraiment notoire au niveau international. Toi qui est sur quatre continents justement, qui est à la fois en Chine, aux Etats-Unis, aux Emirats, qu’est ce qui est vraiment marquant en ce moment ?

Ecoutes, ce qui est vraiment marquant, je trouve, c’est que qu’on voit émerger des marques et des distributeurs qui sont des pure players donc complètement digitaux et qui investissent exclusivement, ou quasi exclusivement, sur les influenceurs pour développer leur média. On a beaucoup parlé de cette marque de montres Daniel Wellington qui semble communiquer uniquement par les influenceurs pour développer son business. Récemment, tu cette start-up qui, je crois, est Allemande et Suédoise, qui s’appelle NA-KD, qui est un site e-commerce. Alors je crois, il faudrait vérifier, qu’ils ont levé 40 millions de dollars et qu’ils font déjà 17 millions de dollars. C’est leur troisième année. C’est un site e-commerce qui vend des fringues, tu vois un peu comme NastyGal ou Asos, mais quasiment toutes leurs fringues sont fait en collab avec des influenceurs. Donc ils prennent un influenceur, ils en font un styliste, en quelque sorte, ils font une collection capsule et l’influenceur promeut sa collection capsule qui est en vente que sur NA-KD. Tu as aussi la marque de make-up Glossier qui a été créée par la blogueuse IntoTheGloss, Emily Weiss. Enfin, tu as toute une nouvelle génération de marque qui sont créés avec ou par des influenceurs et pas simplement promus par les influenceurs. Et c’est ça que je trouve extrêmement intéressant, c’est que c’est peut-être des marques qui ont des durées de vie plus courtes, parce qu’elles ont des fondamentaux moins créatifs, moins solides, moins inspirants, mais elles démontrent que les influenceurs ont une influence et que leurs followers sont prêts à acheter ces produits sur leurs conseils.

 

Ces influenceurs, on va faire un petit focus sur les influenceurs, pour rebondir à ce que tu viens de dire, qui est-ce qui les accompagne aujourd’hui ces gens-là ? Pour monter leur marque, leur marque de fringues, leur marque de cosmétiques etc. Est-ce que vous c’est quelque chose que vous allez développer dans les années qui viennent ou pas du tout ?

Nous, en tant qu’agence, on va toujours prendre le parti de notre client qui est la marque et donc on va accompagner les marques. Et c’est vrai que c’est un rapport de force, parfois, entre les marques et les influenceurs et nous, on va plutôt défendre les marques. Alors évidemment, si une marque veut créer un parfum, du maquillage ou des vêtements avec un influenceurs on va aider. Mais notre rôle n’est pas d’aider les influenceurs à développer leur business ou à créer leur marque. C’est plutôt le rôle des agents ou de ce genre d’acteurs. Par ailleurs, si tu veux le fond de ma pensée, les influenceurs qui marchent sont suffisamment brillants et talentueux pour ne pas avoir besoin d’une agence ou d’un agent. On est quand même face à une population extrêmement créative, extrêmement ambitieuse, extrêmement geek.  Tu vois, par exemple, c’était fin décembre, j’ai fait la connaissance d’une influence allemande Caroline Daur, Caro Daur sur Instagram, tu vois, je le suivais comme un million et demi de personnes, je la suivais sur Instagram et puis, pour être honnête, de loin je ne voyais qu’une jolie jeune fille qui poster des photos un peu cool. Et j’ai été bluffé. En fait je suis tombé sur une entrepreneure de 22 ans, ultra brillante, ultra talentueuse qui sait vraiment où elle va, qui n’a pas d’assistant, qui fait tout toute seule. Et, en fait, j’ai été bluffé. Parce  Caroline, tu te rends compte qu’elle n’a pas besoin d’un coach, d’un mentor ou d’un agent pour créer sa marque. Elle est juste brillante.

 

Ouais c’est une entrepreneuse dans l’âme. Il n’y a pas que des influenceurs énormes de 1,5 million de followers, t’as aussi des acteurs qui sont quand même plus petits voire même des micros influenceurs, on parle beaucoup de ça aussi en ce moment d’après ce que j’ai compris, est-ce que vous parlez avec eux aussi ou pas du tout ?

On parle avec plein de catégories d’influenceurs évidemment, on a quand même un niveau d’exigence, si je peux me permettre, qui est peut-être un peu au-dessus de ce que l’industrie commence à considérer comme de l’influence. Quand j’entends des experts dire que la micro-influence commence à 5.000 followers, je questionne ce raisonnement. Et, il est assez rare, pour notre part, qu’on travaille avec des influenceurs en deçà de 150.000 followers. Alors, pour une raison toute simple, c’est que ce n’est pas rentable. Tu prends un influenceur qui a 5000 followers, tu te dis, ok je le contacte, je lui envoie un email, je lui envoie des produits, je fais un bilan de la campagne, etc. Le temps que tu vas investir pour s’être mis en contact c’est très dur de le rentabiliser. Donc nous, peut-être qu’on est un peu snob, mais on fait des campagnes avec des célébrités, (donc 5 à 100 millions de followers), des campagnes avec des tops influenceurs (1-2-5 millions), des MID (500-1 million) et des micros (100.000 à 500.000). Ce que beaucoup d’acteurs commencent à décrire sous la forme de la micro influence, pour moi, elle ne marche que si elle est fait at scale. C’est-à-dire que si tu prends 100 micro influenceurs, 50 micro influenceurs, là tu commences à tirer de l’influence.  Mais aussi, je me demande si ça commence par ressembler à du spam. Parce par une de mes craintes, si tu mets un peu ça en perspective, tu repense il y a 15 ans quand on faisait des campagnes d’email marketing, à un moment on se retrouve avec des boîtes mail qui sont pleines de conversations qui ne nous intéresse pas. Et j’ai vraiment peur qu’en faisant des campagnes d’influence si industrielles, on transforme Instagram et YouTube en une énorme machine à spam. Donc nous on a une approche un peu plus élitiste, un peu plus sélective et on préfère bosser avec 5 influenceurs qui ont 500.000 followers et faire ça bien, plutôt qu’aller demander à 500 personnes de faire un poste avec un parfum qui n’a aucune valeur créative, éditoriale et financière.

Très bien. Parle-nous de tes clients. Vous avez des clients de renom, t’as L’Oréal, LVMH et plein d’autres. Comment tu travailles avec eux, est-ce qu’ils ont vraiment besoin de toi ou ils ont développé une compétence en interne aussi parce que j’imagine que LVMH ils attendent personne pour réfléchir et devenir très bon dans plein de sujets différents.

C’est une question que j’aime beaucoup. Le plus nos clients ont internalisé le savoir-faire, le plus ils ont besoin de nous. Ce que je veux dire par là c’est que aujourd’hui on travaille pour les dix plus grands groupes de luxe et de cosmétiques au monde, donc tu les as cités Estée Lauder, L’Oréal, Richemont, Keyring, Cotty, enfin, ces gens-là font appel à nous. Pas tout le temps, pas pour toutes leurs marques mais tous ces groupes-là font appel à nous. Et ce que l’on constate c’est que tu as trois étapes dans la façon dont les marques travaillent avec les influenceurs. Première étape, elles n’y connaissent rien. Il y a le patron qui dit « J’ai vu dans la presse qu’il faut bosser avec les blogueurs ». Et elles mettent 50 mille balles sur une campagne d’influence en marketing et comme elles ne savent pas faire, elles nous appellent. Nous, on fait un truc, ils nous font confiance, parfois un peu trop… Deuxième étape, ils se disent, franchement c’est pas compliqué ce qu’ils font, ils ont envoyé un parfum à 50 blogueurs, on le fait nous-mêmes. Donc, ils internalisent, ils font eux-mêmes et ils se rendent compte que ce n’est pas très compliqué ce qu’on fait. Ils voient que c‘est cool, que ça marche mais ils veulent le faire de façon plus créative, plus international et donc là ils nous rappellent en disant « Bon ça y est on a créé une équipe, on le fait un peu nous-mêmes, on va continuer à le faire nous-même par contre il y a des éléments, des sections, des pays, des catégories qui sont trop techniques, trop compliqués, trop coûteuses pour les faire seul et là on les accompagne. Donc, aujourd’hui, on est structuré de façon très simple, on a une douzaine de clients, chacun de ses clients est accompagné par une équipe dédiée, et en fonction de leurs besoins du conseil, de la création, on va adapter notre accompagnement.

 

Très bien. C’est quoi les erreurs les plus fréquentes que tu vois chez tes clients ?

Alors, j’ai du mal à dire quelles sont les erreurs les plus fréquentes mais je peux te dire quels sont les types d’erreurs qu’on peut faire. Alors, il y a des erreurs, qui sont faites en amont, qui sont généralement des erreurs liées au manque de vision stratégique. Ce que je veux dire par là c’est, « Ah bah tiens on a un budget blogueur on va contacter des blogueurs, on va bosser avec 5 ». Mais les gens ne se posent pas forcément la question en amont est-ce qu’on recherche de la visibilité ? De la conversion ? De la création de contenu ? Est-ce qu’on ne devrait pas mettre le paquet sur un seul ou 50 petits ? Parfois, il y a une approche un peu simpliste de l’influenceur marketing en amont. Pendant que les campagnes ont lieues, il peut arriver que les gens soient un peu fainéant en terme de créativité et sous prétexte de vouloir faire des campagnes authentiques, on ne se pose pas de la question de la créativité. Et le résultat c’est un influenceur qui fait une photo avec une salade d’avocat et un rouge à lèvres. Il n’y a aucun storytelling, aucun travail créatif et on en reste là. Et la troisième catégorie d’erreurs, c’est les erreurs qui sont faites en fin de campagne, de ne pas prendre le temps d’analyser influenceurs par influenceurs, contenu par contenu ce qui a marché pour essayer d’apprendre comment faire mieux la prochaine fois.

Très bien. J’aimerais bien que tu te mettes au niveau des petits entrepreneurs, des gens qui sont en démarrage de création de marques de fringues ou de beauté et par quoi, comment il faut s’y prendre pour créer une campagne d’influence. C’est quoi les outils et comment tu t’y prendrais toi ?

Ecoute, c’est difficile. C’est une question qui est vraiment difficile parce que l’influence en marketing c’est malheureusement devenue une discipline coûteuse et élitiste. Et j’ai du mal, vraiment, j’ai du mal à aider des jeunes entreprises, des jeunes entrepreneurs à faire de l’influence en marketing. Cela dit, le conseil que je peux leur donner c’est premièrement d’essayer de bâtir des vraies relations humaines. Quand tu es une petite marque, que tu n’as pas de budget, si tu approches des influenceurs juste en leur envoyant un email dans lequel tu leur propose de leur envoyer des fringues en échange d’un post, tu n’es pas intéressant. Donc avant de rentrer dans une démarche commerciale, il faut créer une relation humaine. Donc il faut jouer sur son réseau etc. quitte à commencer un peu petit sur des petits influenceurs. Deux, il faut soi-même devenir un influenceur. Pense à Jacquemus par exemple ou dans une autre catégorie Renzo Rosso. Si toi, en tant qu’entrepreneur ou marque, tu prends la parole, tu es actif, tu crées beaucoup de contenu et que tu deviens toi-même un influenceur, que tu t’inscris dans ces réseaux, tout d’un coup tu es perçus par cet écosystème, non pas comme étant un élément perturbateur, mais comme étant part d’un écosystème. Troisième élément, trouver un modèle économique. Juste faire du gifting pour faire du gifting ça n’a aucune valeur. Créer des collections capsules, monter un programme d’affiliation, ça, ça peut avoir du sens. Donc, voilà, je te dirais bâti des relations humaines, devient toi-même un influenceur et trouve un modèle économique qui est viable.

 

 

Très bien. Comment tu choisis ton pool d’influenceur ? 

Alors quand on collabore avec des influenceurs en général on essaie de combiner trois facteurs, trois critères d’analyse. Le premier c’est un critère purement data. Si notre client veut communiquer sur la Scandinavie, on va s’assurer que cet influenceur il a une audience en Scandinavie. Ça paraît bête de le dire comme ça mais tu vas te rendre compte qu’au Danemark tu as plein de influenceurs qui ont des followers partout dans le monde. Deuxième élément, des éléments créatifs. Est-ce que son style est adapté, est-ce qu’il est capable de créer des contenus plus originaux, est-ce que ce qui fait beau. Le troisième facteur, c’est son professionnalisme. Et je dirais que c’est souvent là que ça peut devenir sensible. Parce que quand il s’agit de signer un contrat, faire une facture, respecter un brief, c’est là que la dimension créative des influenceurs peut limiter le potentiel de collaboration.

Très bien. J’imagine qu’on te pose cette question souvent, mais dans la mesure où tu rencontres énormément d’influenceurs, comment on devient influenceur ?

Alors, tout à l’heure j’ai un peu séché sur la question comment aider les jeunes entrepreneurs, et j’avoue que je sèche un peu aussi sur la question sur comment devenir influenceurs. Moi j’arrive à peine à atteindre les 4000 followers… Je n’y arrive pas. Il y a une espèce d’alchimie. Premièrement, il y a quelqu’un qui a du style et qui sait créer du contenu. Ça c’est indéniable. Un influenceur qui n’a pas de talent de photographie, de graphisme, d’esthétique, de stylisme, déjà ça ne peut pas marcher. Ensuite, il y a un momentum. Tu rejoins les réseaux avec un style qui correspond à ce que les réseaux ont envie de promouvoir à un instant T. Donc si, tout d’un coup, tu fais des supers flatlay, des supers collages et que Instagram pousse par son algorythme ces catégories de contenu ça marche. Et après, il y a un phénomène d’entraînement, tu commences à fréquenter des influenceurs plus gros que toi qui te mentionnent, qui te promeuvent, et tu gagnes en exposition parce que du rentre dans une écurie ou dans un réseau. Donc voilà, c’est un, tu es super créatif ; deux, il y a un momentum et trois tu rentres dans un réseau qui te promeut.

C’est quoi aujourd’hui votre modèle économique ?

Alors, on fonctionne comme une agence, dans le sens où, on facture des honoraires à nos clients. Et on facture des honoraires de façon complètement transparente, dans le sens où, on prend aucune commission sur le travail des influenceurs. Donc on valorise notre travail en disant à notre client, voilà, on va travailler 30 jours sur votre mission donc on vous facture 30 jours d’honoraires. Ensuite, on fera un shooting ça coûte tant, le travail des influenceurs vient s’y ajouter. Donc, en général, un budget c’est nos honoraires, la production, les influenceurs et on facture notre temps. De plus en plus, les clients veulent aussi valoriser le résultat. Donc combien de postes ont été créés, combien de vidéos ont été faites etc. Ce qui joue généralement en notre faveur parce que l’influence en marketing est une discipline dans laquelle on peut facilement prédire les résultats. Donc voilà comment on fonctionne.

Très bien, aujourd’hui vous générerez quoi en chiffre d’affaires et en profitabilité ?

Alors, on n’a pas encore complètement fini de sortir nos comptes pour 2017, mais on devrait atteindre environ 11 millions de dollars de chiffre d’affaires contre à peu près 8, je crois, l’année dernière et 5 l’année d’avant. Donc on est sur un rythme de croissance de 35 à 45% par an, donc ça c’est pour l’activité. Je ne peux pas vraiment te dire quel est notre niveau de profitabilité mais on est plutôt correctement profitable. Et aujourd’hui, on a une activité qui se répartit en trois catégories : l’activité d’YKONE Paris, qui est là où on se rencontre aujourd’hui, qui est la maison mère, qui fait environ 60% de l’activité. YKONE Dubaï qui est le deuxième bureau et celui qui aujourd’hui est le plus dynamique, qui fait 30% de l’activité. Et après le reste du monde, qui fait environ 10% et qui sont toutes les petites équipes qu’on a à New York, Londres, Berlin, Copenhague et Bangalore. Et on prévoit d’arriver, on a pour objectif de tripler notre chiffre d’affaires dans les quatre ans qui viennent.

Je rebondis sur quelque chose parce que ça me fait penser à ça, t’as développé un réseau qui est assez impressionnant, comment tu t’es formé toi dans l’évolution de cette carrière ? Parce qu’au début j’imagine que tu faisais tout, tout seul, et puis tu as fait rentrer une première personne, une deuxième, une troisième et aujourd’hui t’es vraiment un chef d’entreprise qui gère la stratégie de l’entreprise. Comment tu as grandi, comment t’as évolué et comment tu t’es formé à tout ça ?

Tu sais, ce qu’on fait c’est quand même pas très, très technique au premier abord. Ce qu’on faisait en 2009-2010 nécessitait pas une technicité, ce n’était pas la peine d’être ingénieur ou polytechnicien pour faire ce qu’on faisait. Donc on pouvait un peu faire tout seul et tu vois même si j’avais un background très, très classique de marketing, ça nécessitait pas de formation particulièrement spécifique. Là où ça commençait à devenir très technique, c’est quand il a fallu monter notre plateforme data. Donc aujourd’hui, on a développé un logiciel qui s’appelle Campaygn© qui est une base de données de 14.000 influenceurs combinée à des algorithmes d’analyse. Donc là, il a fallu recruter un directeur technique, des ingénieurs et aujourd’hui on a une équipe d’ingénieurs qui gère cela. Ensuite, il y a eu une technicité liée à la créativité. C’est vrai qu’au début c’est un peu facile de briefer un influenceur, tu lui dis tiens fais des photos comme-ci, comme-ça, et après tu te rends compte qu’il faut faire des prod, de la vidéo etc. Donc, on a monté un studio créatif qui est dirigé par un directeur de création extrêmement impressionnant. Ensuite, vient s’ajouter une complexité économique, comptable parce qu’on fait des contrats, on fait des factures, on gère plusieurs devises, on bosse avec des influenceurs dans des pays aussi exotiques que je ne sais pas l’Iran, l’Inde dans lesquels tu a des problèmes de change etc. Donc on a monté un pôle financier extrêmement robuste avec un DAF brillant etc etc. Donc à mesure qu’on a rencontré des problèmes de croissance, on a créé des pôles et chaque pôle est dirigé par un directeur qui a une compétence technique complètement incontestable et on s’est organisé comme ça. Et aujourd’hui, on a vraiment trouvé une organisation avec tous ces pôles. Et aussi, une des spécificités notre organisation, c’est que on a beau être une agence internationale dans sept pays, on fonctionne un peu comme une Cloud Adgency, dans le sens où, quand on va ouvrir à Dubaï ou à Londres on ne va pas répliquer ce découpage. L’équipe créa, l’équipe data, l’équipe finance elle est globale et quand YKONE Dubaï a un brief, ils font appel à la même équipe créa que YKONE Londres ou YKONE Berlin.

Dans toute l’évolution de YKONE, ces dix dernières années, j’imagine, je ne sais pas de façon sûre mais vous, t’as fait appel, t’as rentré des financiers dans ta structure, comment ça s’est passé et aux différentes étapes sui t’as fait rentrer ?

Alors il y a eu pas mal d’étapes de financement. Parce que c’est vrai que quand on s’est lancé, j’avais 24 ans, je n’avais pas d’argent donc la première étape c’est la famille. La première étape, c’est de trouver les financements pour tenir au chômage pendant 2 ans. C’est tout simple, mais je suis sorti de l’école, je n’avais pas de salaire, pas de chômage, donc c’est d’essayer de voir si tes parents et ta petite copine te subventionnent pendant 2 ans. Ensuite, il a fallu créer une société, recruter des gens. Donc là, on a fait appel à des Business Angel. Et là, on est allé chercher des Business Angel dans l’univers des médias, du digital. Donc on a fait une première levée. En tout, on a dû lever 500 ou 600000 € de Business Angel, en 3 étapes. Ça a été vachement laborieux. Si c’était à refaire, je ne sais pas si je leur ferai comme ça. Tu penses que tu as besoin d’argent au début mais en fait on s’est retrouvé à investir beaucoup de temps à pitcher… Si c’était à refaire, je ne le referai pas. Et ensuite, on est allé voir un fond de capital-risque qui a investi entre un million et demi et deux millions d’euros. Ça a pris 2 ou 3 ans ces étapes de financement. C’est un cercle structurant mais aussi un cercle vicieux. Structurant parce que tu fais face à des gens qui ont une grille de lecture, c’est quoi ton BP, c’est quoi ton produit, ta concurrence, etc, et qui te posent des questions que tu ne te poserais pas forcément tout seul. Donc ça c’est très structurant. C’est un cercle vicieux parce que l’argent appelle l’argent et tu te retrouves à avoir des moyens dont parfois tu n’as pas besoin et un train de vie qui n’est pas forcément toujours très viable. Les premières années d’YKONE, pour te dire la vérité, on avait trop de moyens. Si c’était à refaire, peut-être qu’on bootstraperait un peu plus. Et en plus le marché n’était pas prêt. Tu vois en 2011, le marché de l’influenceur marketing il n’existait pas. Nos clients dépensaient 40 ou 50.000 euros. C’était, la période de financement d’YKONE, je pense que c’est pas la période la plus profitable au succès de l’entreprise.

Et donc aujourd’hui vous êtes autofinancés complétement ?

Ouais, ouais.

Ils sont tous sortis, tous ces gens ?

Non, alors l’argent que l’on a levé nous a permis de passer les 5 premières années à innover, se développer, croître. Donc, tu vois, avec cet argent, on a ouvert des bureaux par exemple aux Etats-Unis, on a développé notre technologie, on a recruté nos premiers salariés. On a aussi financé nos pertes, clairement, pendant les premières années.  Et là, je crois que depuis 2013 ou 2014 on est autofinancé. Donc la profitabilité d’YKONE Paris vient financer la croissance des nouveaux pays. Et puis ensuite, au bout de deux ans, les nouveaux pays sont profitables. C’est un cercle vertueux.

Quand on regarde tes vidéos et quand tu parles, on a l’impression que tu es une machine de guerre, que tu es hyper à l’aise à l’oral etc. Est-ce que ça a toujours été comme ça ou pas du tout ?

Ecoute, ça me fait vraiment plaisir que tu me dises ça. Ecoute, je ne sais pas. C’est venu assez tard parce que j’étais plutôt un très mauvais élève, au collège, au lycée. J’étais plutôt un profil en échec scolaire total, j’étais le dernier de la classe, je redoublais… Et à la fac, en fac de droit, j’ai découvert avec les oraux et les exposés que j’avais peut-être plutôt une façon de travailler qui était oral qu’écrite. Et quand je suis entré à Sciences-Po, là pour le coup je me suis révélé. Alors, je ne sais pas par quelle anomalie je me suis invité à Sciences-Po parce que j’avais clairement pas les notes et le cursus pour. Je me suis rendu compte que c’était un truc qui me plaisait. Et puis après, je ne sais pas, très naïvement je vais te dire que quand tu es passionné par ce que tu fais, aujourd’hui il n’y a pas de séparation entre ma passion et mon travail donc quand tu me demande de parler de mon taf, c’est comme si tu me demande de parler de ma passion. Peut-être que c’est pour ça que tu as l’impression que je suis une machine, c’est parce que je m’éclate.

Et qu’est ce qui t’anime au fond de toi ?

Je pense que ce qui m’anime c’est le fait que, par mon travail, je peux assouvir mes passions et ma curiosité. Ce qui m’intéresse c’est les cultures, les civilisations, les voyages, la mondialisation… Je suis passionné par comment des centaines de pays, de civilisations, de langues, de cultures réussissent à cohabiter sur une planète. Je pense que si j’étais à la tête d’une petite agence parisienne qui fait que des campagnes d’influenceurs en France, je serai déprimé mais le fait de pouvoir travailler dans autant de pays, avec autant de culture c’est ça qui m’excite.

En 10 ans, tu as dû avoir des moments de doute, comme tu les as gérés ?

Il y a eu des moments de doute et il y en a tous les jours, c’est comme ça et une fois que tu as compris que c’est bien ça va. Et, je me souviens tu vois, c’était en 2013, j’avais eu un board terrible, j’étais pas bien, je ne savais pas tellement où on allait et j’ai fait part à mon board du fait que j’avais des doutes. Et il y a cette board member qui m’a tapé sur l’épaule, comme le ferait ta meilleure amie ou ta mère, en te disant « écoute Olivier ce que tu fais c’est bien et ça va aller ». Les moments de doute, je pense, sont rendus difficile à gérer par la solitude de l’entrepreneur qui fait que tu es dans une position où tu ne peux pas toujours aller témoigner de tes doutes à tes collaborateurs parce que tu es censé incarner la conviction mais en fait la réalité c’est que c’est Poker Face. Tu as des moments de doute qui sont difficiles.

 

Donne-nous des exemples alors sur ça ?

Ecoute, si tu veux quelques exemples de moments de doute, les premiers ça a été les doutes sur le modèle économique. Parce qu’on s’est lancé en 2009, l’influenceur marketing a commencé à exister en 2012 ou 2013, donc pendant 3 ans on est là, convaincu que ce que l’on fait c’est cool, mais personne n’est réceptif. J’exagère un peu, tu vois, mais je me souviens de cet entretien avec Bruno PAVLOVSKY, le président de Chanel ou je me souviens de ce petit déjeuner avec François-Henri Pinault, le président de Kering, ce qu’on faisait interpellait des gens importants, qui nous écoutaient, qui nous disaient que ce que l’on faisait était intéressant, mais pour autant ça ne débloquait pas des budgets suffisants. Je me souviens de moment où on se dit mais merde on travaille pour Chanel, on travaille pour Dior et à la fin de l’année on fait un million de chiffre d’affaire, c’est pas sérieux. Donc il a eu des doutes sur est-ce que le marché dans lequel on s’est lancé va grandir. Ensuite, le deuxième type de doute, c’est, bon maintenant que le marché a grandi, est-ce que l’on va en profiter ? Parce que, tout d’un coup, l’influenceur marketing ça pèse deux milliards. Tout d’un coup, on bosse avec Lewis Hamilton et Kim Kardashian. Et toi, tu es là, dans ta petite agence rue du Sentier et tu te dis mais attends, en fait, ces budgets est-ce qu’ils vont aller chez Publicis, ou est-ce qu’ils vont venir chez moi ? Et tous ces gens que tu méprises, honnêtement, tu vois, tous ces grands groupes de pub qui sont plus pour moi des machines à spam que des machines à rêves, t’as pas envie que ce soit elles qui captent ce budget. Donc tu te poses des questions sur la taille de ta boite par rapport à cet environnement. Et puis voilà, c’est ce genre de doutes, tu vois.

D’où la nécessité de grossir vite et d’avoir des bureaux dans le monde entier ?

D’où la nécessité, d’une part, de trouver un positionnement très distinctif parce que si tu ne peux pas appartenir, et que d’ailleurs tu ne veux pas appartenir, à un grand réseau mondial, tu dois quand même trouver une identité forte. Donc trouver une identité, et nous c’était L’agence et je dis vraiment L’agence, et pas une agence mais L’agence d’influence en marketing internationale pour les marques de luxe. Deux, tu dois quand même aussi t’acheter un statut, parce que tu travailles avec des gens qui sont extrêmement puissants, internationaux. Ça reste des marques super agiles, tu les connais, tu les fréquente de l’intérieur. On pense que Saint-Laurent, Dior, Chanel ces mastodontes mais ça reste aussi parfois des équipes de 5 à 10 personnes, super créatives, super agiles. Donc, il faut avoir un statut et c’est vrai que le jour je crois que c’était, c’est en 2015, on a ouvert cinq pays, en un an et bien, tout d’un coup, voilà, tu joues un peu dans la cour des grands.

Ouais, tu prends de la place sur la carte du monde. Comment tu arrives à avoir un petit déjeuner avec François-Henri Pinault ou le boss de Chanel ? Comment tu vas les décrocher ces entretiens-là.

Alors, c’est clairement pas des entretiens que j’ai décroché par moi-même. C’est plutôt des clients, des contacts, du réseau. Déjà, tu sais, ces gens-là, je pense que quand tu arrives à ce niveau d’importance, t’es obligé de temps en temps de sortir de ta sphère et d’aller d’aller un peu te rafraîchir quoi. Donc, quand t’es un jeune con de 25 ans comme moi qui lance sa petite start-up dans l’influence en marketing et puis que tu vois ça frétille etc. Ben un mec comme François-Henri Pinault, c’est un peu divertissant de passer 15 minutes à écouter ce que tu fais.

 

Ça dure 15 minutes ?

Ça a duré une heure. Ça a duré heure et mais voilà je pense qu’ils en ont besoin. Par ailleurs, ils sont très préoccupés par sentir la réalité du marché. Tu vois on raconte que Bernard Arnault va tous les weekends faire le tour de ses magasins. Ils sont obligés. Donc comment j’ai eu ces rendez-vous. Dans le cas de François-Henri Pinault, je crois me souvenir que c’est son directeur de cabinet, qui est un ancien de Sciences Po, qui est proche du mec qui dirigeait l’incubateur de Sciences Po. Et puis voilà comme ça il a entendu parler nous, il nous a d’abord reçu pour voir un peu qui ont été, si on était capable de tenir un entretien avec François-Henri. Dans le cas du président de Chanel, c’est un mec qui est le conseillait. Tu vois, je ne sais plus qui sait exactement, mais sans doute un consultant qui l’aidait sur le digital et qui organisait une série d’entretiens pour lui. Donc voilà ça se passe comme ça.

Ouais, donc les portes d’entrée, c’est souvent les anciens de Sciences Po, les anciens d’école de commerce etc.

Et, tu vois, il ne faut pas croire mais je trouve ça plus facile d’accéder à certains présidents qu’à certains directeurs. Ils sont beaucoup moins snob qu’on le pense. Hier midi, j’ai déjeuné avec une entrepreneure qui me raconte qu’elle a envoyé un mail à Xavier Niel et qui lui a répondu en moins de 15 minutes. Tu vois, et c’est vrai en fait, ces mecs-là, pour certains sont beaucoup plus accessibles.

Oui, ils ont l’humilité de rester à, ils ne sont pas sur un piédestal je veux dire.

Et pour le coup, eux, c’est des machines de guerre. Les mecs peuvent traiter mille mails par jour.

On va passer aux questions de la fin, qui ne sont pas forcément les questions de la fin, mais qu’est-ce qui t’impressionne, aujourd’hui, vraiment, dans le monde, du luxe, de la mode et de la beauté ? Est-ce qu’il y a un créateur, une marque, un retailer ou un influenceur ou tu te dis waouh ?

Oui, moi ce qui m’impressionne c’est la capacité de retournement et aussi la vitesse de déclin. Je te prends deux exemples : Lanvin et Gucci. Il y a trois ans, Lanvin est au top, Gucci est down the train.  Et la semaine dernière, Kering annonce 30% de croissance de son chiffre d’affaires, 50% de croissance du chiffre d’affaires de Gucci. Ce n’est pas rien, tu vois. Une maison comme Gucci, je ne sais pas combien de milliards, je dirais peut-être 2-3 milliards, tu fais plus 50%, tu génère un demi-milliard de chiffre d’affaires en plus ! Donc ça, ça me bluffe.  Et sans sous-estimer la puissance et l’intelligence des équipes de Gucci, on peut le dire, c’est Michele. C’est le DA de Gucci avec tout ce que tu veux d’entourage etc. qui porte cette croissance. Et à contrario Lanvin, tout d’un coup, tu enlèves Albert Elbaz et boum, le truc s’effondre. Ça ne vaut plus rien, ça perd de l’argent, les salariés sont déprimés. Ça, ça m’impressionne, tu vois. Et après, ce qui m’impressionne je sais pas, c’est des boîtes comme Ralph Lauren ou Armani, des boîtes dans lesquelles Tonton est toujours là. Il continue a hurlé sur tout le monde. Ça continue à tourner. En fait, je trouve ça magique qu’on soit dans une industrie qui soit si incarnée tout en étant si industrielle.

C’est vrai que c’est génial ce truc-là. Si tu pouvais recommencer quelque chose dans ta vie ou dans ta carrière, qu’est-ce que tu ferais différemment ?

Tout à l’heure, on a parlé de lever des fonds. Clairement, si je pouvais revenir en arrière, je ferais ça différemment. Mais, je ne sais pas, j’ai pas envie de passer trois minutes à te raconter ce que je ferais différemment. Je suis plutôt excité par ce que j’ai envie de faire après.

C’est quoi d’ailleurs les next step pour toi ?

Bon déjà, on va continuer à beaucoup s’amuser avec YKONE. Ça c’est certain. Ce n’est pas prêt de s’arrêter. Tu vois là, on est très heureux d’avoir dépassé le 10 millions de chiffre d’affaires. Si on pouvait dépasser 100, ça me ferait plaisir. Je ne serais pas malheureux. Mais en voyageant beaucoup, j’ai aussi découvert que c’est un secteur qui m’intéresse donc peut être que la prochaine aventure entrepreneuriale elle sera en rapport avec le tourisme, le voyage ou ce genre de choses.

Très bien. Dernière question, est-ce que tu peux citer un livre à conseiller à mon audience ou aux gens qui écoutent ce podcasts ce serait lequel ?

Y’a un livre que j’ai lu il y a quelques mois qui s’appelle « la magie du rangement » ou « l’art du rangement ». Je ne sais plus. C’est une japonaise. En fait, c’est un bouquin qui, au premier abord, te donne le sentiment d’être un manuel de rangement de son placard, et en fait, c’est un ouvrage extrêmement fondamental et intéressant sur le minimalisme. Tu vois, en tant qu’entrepreneur, c’est un peu le bazar, tu as plein plein d’idées, tu as pleins de projets, plein de rendez-vous… Ton quotidien est confus. Et d’ailleurs, s’il ne l’est pas, c’est que tu n’es peut-être pas un entrepreneur. En fait, ce livre, « la magie du rangement », m’a permis d’apprendre à faire le ménage et à limiter la pollution dans ton quotidien, la pollution des objets, la pollution des gens, la pollution des idées. Quand tu es un entrepreneur, la plus grande menace c’est toi-même. Tu as une idée, tu n’as pas le temps de l’exécuter que tu pars déjà dans une deuxième. Et donc je conseillerai ce livre à tous les gens qui ont le sentiment que parfois ils n’arrivent pas à mener leur projet à leur terme ou qui se laissent polluer par des choses.

T’as une routine d’ailleurs toi ?

Alors, là on sort complétement de ton sujet, mais j’ai lu « Sapiens et Deus », alors c’est pareil, les phénomènes de librairie tout le monde les a vus etc. mais franchement, ça c’est, faut le lire.

Ma question, juste après c’était, est-ce que justement tu as des routines ? Est-ce que tu te lèves très tôt le matin, tu fais ton sport, tu médites, t’as une hygiène de vie au cordot ou pas du tout ?

J’ai aucune routine, donc j’essaie d’avoir une certaine hygiène de vie. J’ai aucune routine, dans le sens où, tu vois ce matin je me suis levé à 6 heures mais je crois que la veille je m’étais réveillé à 9 heures. Ça m’arrive parfois de venir au bureau pendant cinq heures. Ça peut m’arriver d’y rester 15 heures. Parce que comme je voyage à peu près 120 à 150 jours par an, je ne peux pas planifier mes journées. En revanche, j’ai une vraie hygiène, essentiellement alimentaire. Je suis ultra gaffe à ce que je mange, j’essaie de vraiment reconstituer mon sommeil. Je mets un sérum sur ma peau le soir. Mais voilà, c’est vrai qu’on a des vies qui peuvent être décousues, ouais dangereuses. Et quand je vois des photos de moi il y a dix ans, j’ai l’impression d’avoir pris un peu plus que 10 ans.

Olivier, merci infiniment pour ton temps. J’ai appris encore beaucoup de choses et j’ai passé un super moment avec toi. Je te souhaite beaucoup de chance pour YKONE et puis beaucoup de chance aussi dans ta vie personnelle.

 

 

#14 Laura Brown – Ethipop & Boyfriends – Trouver sa raison d’être et lancer un projet qui fasse sens pour soi

 

Crédit photo > MUE Magazine

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Dans ce 14ème épisode nous allons à la rencontre de Laura Brown, elle a fondé ETHIPOP Laura definit ETHIPOP comme un accélérateur de talents qui font preuve d’innovation sociale dans la mode, le design et le luxe.
Dans cet épisode elle revient sur son parcours, sur ses expériences professionnelles qui l’ont construite et sur le démarrage de sa carrière d’entrepreneur. Elle parle aussi de la nécessite de tester son produit le plus rapidement possible avant de penser au business plan, de l’importance d’être clivant, de faire ce qui nous semble juste,  ce qui nous ressemble, pour être aligné avec soi même et pour taper dans le 1000. Elle parle aussi de comment elle a développé son agilité orale et de ses projets futures avec l’agence BOYFRIENDS qui  cherche à réinventer les manières dont on fait les choses pour impacter la société.


Sa définition de la mode
 : « Révéler la vérité intrinsèque des gens au travers du vêtement et se faire plaisir avant tout. »

Définition de la mode engagée : « j’ai toujours parlé de mode engagée, pas que de mode éco-responsable. C’est pas qu’une question d’éco-responsabilité, c’est une question d’impact et d’engagement et ça peut aller au-delà de créer une marque pour répondre à des problèmes environnementaux. […] J’aime à croire que l’on peut créer et œuvrer pour des causes plus grandes que uniquement celles liées au produit. »

Trouve ta raison d’être et lancer un projet qui fasse sens pour toi

« Ethipop Academy, je me teste sur la formation, comment je peux accompagner, former, coacher ces marques. […] Je me rends compte que les évènements c’étaient quelque chose pour moi qui me permettent d’aider la création, parce qu’elle me le demandait, mais que ma force c’est de vraiment faire grandir les marques, et que j’adore ça, les coacher et les former. »

« J’ai la chance, parce que je sais que ce n’est pas facile pour tous, d’avoir trouvé ce que j’appelle « ? », ma raison d’être. Pas la raison d’être dans la vie uniquement mais ma raison d’être au quotidien. Du coup, quand tu te lèves le matin, tu te dis que tu as un temps et qu’il faut le mettre à profit. Quand tu sais pourquoi tu es là, le plus dur c’est de le trouver, […] l’énergie est juste mise à profit parce que je sais où je vais. Je pousse les gens à faire du travail sur eux-mêmes. »

« Ce que je te conseillerais c’est de faire ce qui te sembles juste. Dès que tu sens que tu n’es pas aligné avec toi-même dans ce que tu fais, ce n’est pas la peine de le faire. Parce que tu vas envoyer un message qui n’est pas le tien, et tu vas, du coup, recevoir un message qui ne t’es pas destiné. »

« Je ne pense pas qu’il y ai forcément besoin d’en parler, si la mode responsable c’est avant tout de la mode, c’est la manière donc tu dois faire les choses. Est-ce qu’il y a besoin d’en parler si tu le fais ? Le principal c’est que toi, ton impact soit positif et que derrière tes vêtements touchent ton marché. »

« J’aime beaucoup travailler avec des gens qui sont vrais, eux-mêmes et qui racontent leur histoire. »

Fais passer ton message par l’émotion :

« Je me rends compte qu’il y a encore une autre étape, un nouveau challenge, qui est une question de direction artistique. En fait, je me rends compte que je me retrouve à la fin d’un pattern, d’une boucle, qui est peut-être la boucle qu’ils ont connus dans les années 90 […] avec l’ascension du bio et que ça s’est arrêté, c’est qu’il manquait une dimension mode, une direction artistique pour les marques. De monter des vraies stratégies d’impact en termes de communication, […] des stratégies d’impact.  […]

« C’est cette dimension esthétique et artistique qui va permettre au grand public de plus facilement s’intéresser à des questions plus profondes qui sont liées à l’éco-responsabilité, à l’engagement dans la mode, plutôt que de les conscientiser ou de leur faire la morale. »

« C’est pour ça que l’on avait commencé par des événements avec des DJ, des choses fun parce que les gens ont envie de se faire plaisir avant tout et on peut se faire plaisir tout en étant engagé. »

« Le plus simple, pour avoir un impact sur la société, c’est de toucher, par l’émotion. Si tu racontes ton histoire et que tes actions touchent les personnes que tu as en face de toi, tu as gagné. »

C’est l’action qui prime : il faut très rapidement faire quelque chose sans avoir peur de faire des erreurs !

« Quand tu lances une marque, tu as besoin de deux choses : vendre et être visible. Et après tu dois déployer tous les outils possibles et imaginables sur ces deux sur ces deux axes là et choisir les meilleurs pour ta marque. »

« Tu dois très rapidement trouver un prototype, un moyen de présenter ses marques là donc j’organise des événements […] dans tous types de lieux, ça va de la Recyclerie, à l’Hôtel Renaissance. »

« Je me suis rendue que plus de 80% des marques avec lesquelles je travaillais, ne maitrisaient pas les outils qui font qu’une marque peut grandir et se développer. […] La manière de merchandiser ses produits, c’est tous les outils en terme de communication liés à la vente directe, […] ça peut paraitre très logique quand on ne vient pas de ce monde-là, mais quand on ne vient pas de ce monde-là, on essaie juste de fabriquer un produit et de le proposer à une clientèle.»

« Ethipop qui a commencé comme un collectif de marque éco-responsable et qui s’est développé comme un accélérateur de talent innovant, accompagne la création émergente engagée, à se développer. On est une vraie plateforme de vente et de visibilité. »

« Je forces les marques à être plutôt dans une démarche de prototypage rapide et de test rapide et d’itération constante jusqu’à trouver le bon match et ensuite, peut-être, de partir sur des levées de fonds avec des investisseurs. »

« Je veux lancer une marque, d’abord, j’essaie de faire un produit et le plus rapidement possible, de le présenter à un client. »

« Quand on est entrepreneur, on nage à contre-courant et on se fais vite très vite rattraper par le courant. »

« Il faut vraiment travailler à pousser l’écosystème, maintenant des acteurs émergents, qui sont les acteurs de demain et les aider à tenir. »

« C’est tout ce que j’ai fait avant qui m’a amené là, j’accepte les erreurs. Je pense qu’il faut juste tester, faire et te ré-aiguiller. Pour moi une erreur d’ailleurs, ce n’est pas une erreur, c’est juste que ce n’est pas la direction qui est pour toi. »

« Il faut d’abord savoir si on a un client qui est réceptif à ce produit mais après il faut très vite s’organiser pour être visible. »

Aller là où sont les clients

« C’est une question de toucher le grand public là où il est parce que la vraie problématique c’est de trouver ces marques. »

« Je me suis dit, moi ne voulant pas forcément créer un point de vente physique, pour l’instant, on va aller là où sont les clients. »

« Cette vision que j’ai de la mode engagée qui doit être « mode » avant tout. Ce n’est pas un écosystème fermé et clivant parce que si on reste entre nous, on ne fera pas bouger les choses. »

« Le jeu ce n’est pas d’être dans de l’entre-soi, parce que parler d’éco-responsabilité ou d’engagement, ça attire ceux qui veulent parler de ça, on veut aller au-delà, on veut parler de mode, d’habillement, de consommation, d’impact sur la société. »

Mot de la fin : « Aie confiance en toi, fonce, tout ira bien. »« Aujourd’hui, on peut venir de n’importe où et lancer sa marque de mode. »

Biographie :

Arrivée à Paris il y a 10 ans environ

Commence dans une start-up immobilier haut de gamme, 3 ans, après Master commerce international

A voulu se rapprocher de chose qui l’inspirait : la création mais pas d’expérience, donc diplôme de mode pour accompagner création : IFM où rencontre acteurs importants de la mode.

Stage Printemps Haussmann, marques luxe accessible.

Pousse ses limites physiques et personnelles = burn out qui fait un déclic, perte de sens dans ce qu’elle faisait, frustration, pas encore alignée. Prise de recul sur sa vie : « soit tu continues pour atteindre je ne sais pas quoi, […] soit c’est toi que tu cherches […] et va chercher ce que c’est »

3 semaines vacances USA : découverte initiatives positives, moins valorisées et moins fun en France. Découverte offre très mode pas présente en France.

Quitte grands magasins.

Elle voulait rester dans mode mais mode qui fasse plus sens pour elle. Elle connaissait déjà des initiatives type Altermundi, Maisons du monde, Emaus… les questions de recyclage, d’économie circulaire mais elle se dit qu’il n’y a pas que ça et au niveau des marques qu’est-ce qu’il y a ?

Découvre plein de marques qui font des choses. « Ces marques-là sont porteuses de sens, elles sont fun, elles sont sympas, j’ai envie de les mettre en lumière. »

Départ +50% marques axées sur savoir-faire

Marques défense environnement : bio, upcycling, fibres naturelles, économie circulaire

Marques solidaires : redynamisation économie locale, éducation…

 

 

 

#11 Mathieu Audras – Duhesme & Versigny – Comment raconter une histoire quand on est une marque de mode

Ecouter sur Apple/ iTune

Dans ce 11ème épisode, nous allons à la rencontre de Mathieu Audras, il est le co-fondateur de Duhesme & Versigny, une agence qui accompagne les marques à raconter des histoires et à les mettre sur pieds en fonction de leur stratégie marketing.

Le sujet du jour c’est l’importance d’avoir une histoire quand on est une marque de mode, il nous explique sous quel angle raconter son histoire, comment la traduire sur internet et dans la vraie vie et comment renouveler et faire vivre son histoire.

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