#26 Patricia Lerat – PLC Consulting

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Pour lire la retranscription de l’épisode rendez-vous sur www.entreprendredanslamode.com

Dans ce nouvel épisode nous allons à la rencontre de Patricia Lerat, après avoir été la direcrice du célèbre salon Première  Classe pendant 12 ans, elle a fondé en 2008 l’agence de conseil de PLC consulting (http://www.plcconsultingparis.fr) avec laquelle elle accompagne des marques dans leur stratégie de développement. Elle a accompagné notamment des marques tel que Y/ Project, Avoc ou encore Afterhomework. Depuis plus de 8 saisons, elle est mandatée par la fédération française de la couture pour accompagner les jeunes créateurs et assurer leur promotion auprès des acheteurs internationaux avec le Designers Appartement. Elle a aussi été nommée experte au Défi, Le Comité de Développement et de Promotion de l’Habillement depuis 2011.
C’est un épisode long, riche en information et passionnant, j’ai adoré interviewer Patricia, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à l’écouter.
Le podcat est disponible sur toutes les plateformes alors pensez à vous abonner, et surtout, bonne écoute!
Invitée : Patricia Lerat 

 

Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans « Entreprendre dans la mode ». Je suis aujourd’hui avec Patricia Lerat de PLC Consulting, la fondatrice de PLC Consulting. Bonjour Patricia

 

Bonjour Adrien.

 

Est-ce que je peux te demander de te présenter s’il te plait ?

 

Alors, je suis Patricia Lerat. J’ai fondé l’agence PLC Consulting, une agence qui accompagne la jeune création et les marques dans leur développement. On va dire développement business mais aussi personnel puisque je suis coach aussi.

 

Très bien. Est-ce que tu peux reprendre ton parcours depuis des études jusqu’à aujourd’hui ? Qu’est ce qui t’a amené au monde de la mode et surtout à la création de PLC Consulting ?

 

Alors moi, il faut dire que je n’aurais jamais dû être dans la mode parce que, en fait, je viens de très loin. Enfin, de très loin, pas si loin mais en tout cas je suis, je viens de la campagne. J’ai vécu en province jusque, donc j’avais une vingtaine d’années et j’ai fait des études de tourisme. Et c’est très étonnant, effectivement, j’étais très curieuse, je voulais voyager et je voulais organiser des voyages et faire de l’événementiel. Et puis, sur mon chemin, je suis venu à Paris. C’était vraiment pas du tout, ce n’était pas du tout prévu et petit à petit, j’ai vite rencontré des gens sur la place parisienne. Et, mon premier travail a été dans un groupe de mode enfantine mais qui est de province puisque c’était le groupe à l’époque qui s’appelait le groupe Albert donc grande distribution et marque, en fait, pour les enfants. Donc pas du tout le même, c’est un milieu très différent de la mode, on va dire parisienne parce que c’est des entreprises tout à fait différentes de la mode parisienne. J’ai travaillé, j’ai commencé par cette expérience au marketing et à la communication de ce groupe pendant quelques années. Et ensuite j’ai souhaité venir vraiment en plein cœur de Paris et travailler dans la mode plutôt pour les adultes. Et j’ai travaillé pour Chantal Thomas. Voilà, donc chez Chantal Thomas j’étais commercial à l’export. Donc j’ai quand même, je suis passé par le marketing, la communication. J’ai travaillé au commercial, j’ai découvert que j’étais une très bonne commerciale, que j’avais ça dans le sang. Donc c’est cette expérience qui m’a permis de continuer d’ajouter ça à mon bon arc. Je suis une femme de terrain. J’ai toujours fait du terrain. Chantal Thomas j’ai beaucoup voyagé, j’ai vendu les collections, je suis allé en voiture en Europe.

 

Et comment ça se passait à l’époque, on faisait la tournée des magasins avec son trousseau et on présentait les collections ?

 

A l’époque, on avait à la fois des agents et, en même temps, on allait encore sur le terrain. Donc, moi, en tant que responsable commercial de Chantal Thomas,  je suis partie en voiture rencontrer les boutiques, présenter la collection lingerie ou la collection prêt à porter. Elle développait aussi le prêt à porter. Et j’avais aussi des agents, je travaillais avec des agents qui étaient sur New York, sur certains pays on avait des réseaux d’agents.

 

Multi cartes et ils allaient dans les magasins et ils présentaient leurs différentes marques.

 

C’était l’époque où il y avait beaucoup, beaucoup de terrain en fait. Ça s’est perdu par la suite et c’est le modèle effectivement showroom qui s’est développé pour ces marques-là et ces maisons. Mais c’est vrai qu’on était beaucoup sur le terrain.

 

Comment t’as fait le switch vers le salon professionnel ?

Comme je le disais, c’est ma vie a était faite d’opportunités et de rencontres. Et il y a eu ce changement de Chantal Thomas, le rachat, elle a perdu sa marque. Donc j’ai cherché à changer. J’ai eu pas mal d’entretien, bien sûr, comme tout le monde et je devais aussi peut-être, j’allais me marier et je devais peut-être quitter Paris et aller en Alsace. Et, en fait, je cherchais un travail. J’ai rencontré les gens d’Hermès donc. Et j’ai rencontré en même temps les gens de Première Classe. Et Hermès, c’était pour aller travailler à Strasbourg chez Hermès. Et Première Classe, je restais à Paris et je prenais la direction commerciale d’un Salon de jeunes créateurs. Je pense, qu’effectivement, j’ai une nature plutôt très ouverte et je crois qui ne tente rien n’a rien. Et comme j’arrivais à Paris, je n’étais pas là depuis très, très longtemps, ça fait partie de ma nature c’est que je fonce, j’y vais. Et j’ai choisi Première Classe. J’ai choisi de rester à Paris donc mon mari est venu vivre à Paris.

 

Et pourquoi ils t’ont choisi toi ? Toi tu as choisi ce salon, pourquoi eux t’ont choisi ? Qu’est-ce qu’à l’époque tu dégageais pour qu’ils te choisissent toi ? Qu’est-ce qui a fait la différence d’après toi ?

 

Alors, ils m’ont dit après qu’ils avaient misé sur le bon cheval à priori. Et moi, pour ne rien te cacher, en fait, j’étais curieuse, effectivement, c’est moi mais je crois qu’ils ont aimé mon ouverture, ma simplicité. Ils se sont dit ok pourquoi pas faire le test avec cette jeune femme. Et c’est vrai, ta question elle est très juste, parce que j’ai eu cet entretien avec, à l’époque Xavier Clergerie et Bertrand. Moi j’allais me marier, j’étais très heureuse et cet entretien, je m’en souviendrais toujours, ils m’ont interrogé sur des marques d’accessoires. Je n’étais pas du tout calé dans ce domaine. Je venais surtout d’une culture prêt-à-porter, du coup, lingerie et mode enfantine. Mais ils se sont dit pourquoi pas faire le test avec elle. Et je suis rentré dans cette société, je me souviendrai en juin 96 je crois, 97, je ne sais plus exactement. Et en six mois, j’ai appris mon métier, enfin je me suis plongée dans ce monde de l’accessoire de mode. Et effectivement, c’était prendre un salon de jeunes créateurs, très pointu, très niche. Je ne savais pas que j’avais, que j’étais aussi produit que j’avais un œil. Effectivement, en six mois, j’ai fait tous les salons, j’ai rencontré, j’ai été partout quoi.

 

Est-ce que tu peux nous expliquer c’est quoi le job d’un directeur de salon de mode de jeune créateur très pointu ? Ca consiste en quoi dans le quotidien ?

 

Donc le quotidien, la première chose c’est de rencontrer, sélectionner. C’est d’organiser le salon. C’est de prévoir, travailler sur la communication, sur le positionnement du salon. C’est travailler sur tout quoi. Que ce soit, de A à Z, vous êtes plus, on est une sorte de chef de produit en fait. On a un événement qui va avoir lieu dans six mois, on doit pour cet événement, au même titre qu’un créateur qui se prépare à une collection, il y en a un retro planning.il faut qu’on sélectionne des créateurs, en plus, ils ne sont généralement pas prêts très tôt donc on doit sélectionner sur des dessins, sur des croquis, sur des plans de collection des envies… On explique, on rencontre. Donc j’ai rencontré beaucoup, beaucoup de monde, de personnes, d’hommes, de femmes passionnés qui avaient un nouveau projet, puisqu’en plus, Première Classe était un salon vraiment de première collection et pour un marché qui n’existait, c’était un marché de l’accessoire qui n’existait pas vraiment et qui était en train de prendre sa place. C’était le vêtement qui était important jusqu’à cette époque. L’accessoire a pris sa place et avec des nouveaux noms et des marques inconnues en fait. Parce que l’accessoire était vraiment vendu et créé, proposé par les grandes maisons. Donc c’était une nouvelle génération et c’était, effectivement, passionnant parce qu’il y avait beaucoup d’humain, beaucoup d’écoute. Et il fallait déceler, si j’avais un tel talent en face de moi, si ce produit pouvait correspondre à un marché qui était quand même extrêmement niche. Mais ce marché n’existait pas encore complètement, c’était le début des concept stores, il n’y avait pas dix mille concept store. Mais c’était vraiment, on a vu le déploiement du concept store aussi. Et puis aussi les grands magasins qui ont développé leur espace de jeunes créateurs, d’accessoires de mode, de bijoux au sein de leur, au rez-de-chaussée, au premier étage. Ils ont revu un peu leur distribution.

 

C’est vrai qu’à l’époque, il y avait les grands magasins et les multimarques qui n’avaient pas de concept store, tu peux remettre un petit peu en perspective comment c’était le marché de la mode à l’époque ? Et après le marché du salon ?

 

Il y avait les boutiques multimarques donc prêt-à-porter. Il y avait une distribution autour de la maroquinerie. Il y avait les chasseurs, les boutiques de chaussures. Il y avait les départements Store qui, effectivement, présentaient le vêtement, l’accessoire, les marque de maroquinerie, le sac. En fait tout ça. Le sac n’était pas encore un accessoire, la chaussure non plus. Donc, il y avait une distribution qui était vraiment par filière. Donc Première Classe, c’était un nouveau modèle que Xavier Clergerie a créé. C’était sélectionner des produits, des collections, des nouveaux designers, dans tous ces domaines qui étaient liés à la mode. Et il a fait un salon de l’accessoire. C’est-à-dire, qu’en fait, il a permis indirectement à un sac de devenir un accessoire. On n’achetait pas cinq sacs par an à cette époque-là. On achetait un sac en cuir sublime. On se faisait plaisir à côté mais après c’est devenu, ça s’est multiplié par deux trois ou quatre. C’est devenu donc une partie prenante d’une silhouette. On pouvait plus, on investissait beaucoup dans le vêtement mais j’ai vu les années où on a commencé vraiment à acheter plusieurs sacs, vraiment pour accessoiriser une tenue. Et ça devenait, ça permettait aux clients et aux consommateurs de s’identifier différemment. Et ensuite, c’est devenu aussi des achats coup de cœur. Et l’achat coup de cœur est devenu un achat moins coup de cœur. On n’avait plus envie de consommer, encore plus l’accessoire. L’accessoire a fait bouger la mode.

 

Ouais puisqu’aujourd’hui, beaucoup de maisons c’est plus de 50% du chiffre d’affaires. C’est hallucinant et la chaussure est en train de prendre en ce moment un essor extraordinaire j’ai l’impression plus encore qu’à l’époque.

 

Je pense que la chaussure a pris un essor dans les années 2000. Ça a été incroyable.

 

Et d’après toi, qu’est-ce qui a fait le succès de ce salon, de ton salon ?

 

Ce n’était pas mon salon, j’aurais adoré. Le succès de ce salon c’est parce qu’il était, on ne sélectionnait pas pour une boutique, on sélectionnait pour, moi en tout cas, je sélectionnai pour un marché global. Que ce soit pour des Japonais, des Américains, des Italiens etc. Et donc on avait, j’ai très vite aussi été sur l’étranger. J’ai beaucoup voyagé parce que je suis allée chercher des talents internationaux pour que Première Classe devienne un événement international. Et ce n’était pas qu’un salon de créateurs français, alors qu’il était salon français, c’était un salon international. Et ça, c’était magique de pouvoir présenter des gens qui étaient inspirés de leur culture, de leur savoir-faire. Et d’ailleurs, j’étais moi-même passionnée, j’ai toujours été passionné par les savoir-faire, la fabrication et j’ai fait des événements autour de, je me souviens d’un événement autour du Japon que j’avais appelé « Tradition et modernité ». J’avais carrément invité un fabricant de kimonos donc un artisan parce que ce n’est pas un fabricant puisque là-bas, en plus, ils sont extrêmement respectés. Donc on avait présenté des kimonos dans ce salon et on a fait toute une thématique autour du Japon. Donc j’avais été au Japon et j’avais fait venir un artiste de washi donc il y avait un espace avec des objets washi qui est du papier mâché japonais. Mélangé à un créateur de sacs qui utilisait une nouvelle technique qui était japonaise. Dans ce salon de Première Classe, où il y avait des jeunes créateurs, j’ai, petit à petit amené des artisans ; et je faisais des workshop et des ateliers vivants pour montrer l’artisanat d’un pays. Mais toujours un artisanat qui était extrêmement contemporain parce que c’était, avant tout, un salon où on présentait des collections nouvelles, pointues, qui se différenciées, précurseurs. Donc très vite, j’ai allié à la fois créativité et artisanat.

 

Très bien. Et donc tout as fait ça pendant 12 ans. Qu’est-ce que tu as fait après ça ?

 

Quand j’ai quitté Première Classe, j’ai eu envie de prendre un petit peu de recul parce que c’était beaucoup, c’était prenant, passionnant. J’ai rencontré tellement de gens. Ma vie c’était Première Classe, les créateurs et j’étais vraiment à l’écoute des gens, ça me passionnait. Bref on est tous à peu près pareil dans ce milieu, en tout cas je crois, sinon on ne travaillerait pas dans la mode. C’est une vraie passion qui nous anime. J’ai travaillé pour la marque Louis Quatorze, qui a été aussi une rencontre parce que j’avais fait une opération franco-coréenne pour le 120è anniversaire des relations diplomatiques. J’avais monté une opération, effectivement, où j’avais fait la promotion de la Corée à Paris et j’avais rencontré la marque Louis Quatorze que j’avais refusé sur Première Classe, dans ce projet en leur expliquant pourquoi. Parce que le produit ne correspondait pas du tout à la sélection de Première Classe. Je ne pouvais pas, alors que Louis Quatorze était une marque extrêmement établie, coréenne. C’est une marque qui était française revendue à des Japonais. Enfin bref, c’est toute une histoire très longue. Et qui a fini par être coréenne puisque rachetée par un groupe coréen, qui là-bas, est un chiffre d’affaires énorme. C’est une marque qui est réputée, comme on va dire, Hermès ou Vuitton en Corée. Mais qui ne pouvait pas, qui ne s’exportait pas. Et le nom, Louis Quatorze, était très français bien sûr. Et je les avais refusés donc ils sont venus vers moi à cette période. Une coïncidence totale. Mais vraiment, on appelle ça de la synchronicité. Je venais d’annoncer que je voulais quitter Première Classe. En fait, je buvais un café avec la personne, une personne qui venait me voir à Paris et qui me disait on aimerait que vous occupez de Louis Quatorze. Et donc je lui dis, écoutez personne ne le sait, je viens de quitter, je vais quitter Première Classe donc pourquoi pas me lancer dans ce challenge. De repositionner, en tout cas, de travailler sur le lancement d’un tel nom. Pour faire connaître une telle marque avec ce nom, qui pour moi portait de telles valeurs mais qui n’était pas du tout décrypté de cette façon, vendue de cette façon, en tout cas, en Corée. Et donc, ça a été un challenge d’implanter la marque en France, pour lui donner une légitimité, un sens et qu’elle puisse ensuite, que les Coréens, ce groupe puisse ensuite l’exporter ailleurs en Asie.

 

Très bien. Et après Louis Quatorze, qu’est-ce que tu as fait ?

 

Après Louis Quatorze, de ce fait, j’ai créé vraiment mon agence. Je l’avais déjà créé pour être, au moment de Louis Quatorze, parce que j’étais consultante pour Louis Quatorze pendant 2 ans, le temps d’implanter la structure et de l’installer de A à Z. Et là, j’ai développé mon consulting avec les marques. J’avais déjà quelques petits clients. Et j’ai décidé que ça serait vraiment mon métier, d’accompagner, de valoriser, d’implanter, de développer, de réfléchir sur des problématiques de développement de marques.

 

Pourquoi ? Ça vient d’où ce déclic. T’avais vraiment une demande qui venait à toi ? Tu t’es dit c’était le truc le plus limpide à ce moment-là, la chose la plus naturelle à faire ?

 

C’était dans mon ADN aussi. En fait, j’ai toujours aimé la création et même en quittant Première Classe, j’ai continué à aller partout. Donc je voyageais, j’allais sur les salons à Milan, à Florence, au Pitti Uomo. Je suis passionné par l’homme donc j’ai toujours été au Pitti Uomo pendant des années. C’est là où je découvrais aussi des marques d’hommes et je les poussais à faire de la femme pour que j’ai les premières collections chez Première Classe aussi. Donc j’ai continué. Et puis, on me demandait, mais qu’est-ce que tu fais maintenant. Ben voilà, c’est vrai que j’ai une expertise marché, je connais bien la distribution internationale, j’ai cette approche, cette écoute et cet œil. Et puis j’aime vraiment la création. Et les entrepreneurs, les jeunes entrepreneurs dans le domaine de la mode, ont besoin de gens qui connaissent l’histoire d’un marché, qui ont accompagné un marché parce que c’est tellement difficile de se lancer, de lancer une marque que je me suis dit, j’ai envie de les aider pour qu’ils évitent certains pièges du début qui peuvent aussi leur coûter cher. Parce qu’aujourd’hui, lancer une marque, ce n’est plus du tout la même chose.

 

Raconte-nous. C’était quoi la différence il y a 25 ans ? Comment ont lancés une marque il y a 25 ans et comment on le fait aujourd’hui ? Qu’est ce qui a vraiment changé ?

Il y a des choses qui n’ont pas changé puisque on met toujours trois saisons pour implanter une marque et pour montrer qui on est vraiment. Voilà, ça c’est une règle qui n’a pas changé. Il faut trois saisons minimum pour montrer qui on est réellement. On a souvent une belle idée, le créateur lance sa première collection et il lui faut trois saisons pour vraiment se positionner, dire voilà moi mon histoire, mon produit, mon style c’est ça. Parce qu’il y a le temps de mettre au point, se mettre au point, se mettre en accord avec soi-même. On ne peut pas tout réussir dès la première saison. Les trois saisons minimum, ça se justifie depuis toujours. Ça n’a pas changé. Les choses qui ont changé, c’est qu’à l’époque pour se vendre, on pouvait venir quatre jours sur un salon comme Première Classe je pense, ou dans un salon autre que Première Classe, à Milan à New York etc. Les acheteurs se déplaçaient, ils venaient. Mais quand on a été extrêmement bien ciblé, comme Première Classe, avec une belle sélection, les tops buyers, les plus belles, vraiment les plus belles boutiques venaient et en quatre jours on pouvait faire un chiffre d’affaires de 200-400 000. C’était énorme.

 

Fabuleux

 

Fabuleux. Pour un jeune créateur. Moi j’ai vu des, vraiment j’ai vu des marques, en quatre jours, faire leur chiffre d’affaires pour la saison, pouvoir en vivre, quitter Première Classe, fermer les portes. On avait pas besoin à l’époque d’avoir un Instagram, une communication. Ils n’avaient même pas préparé de shooting, ils posaient leurs collections, les acheteurs venaient, ils achetaient.

 

Donc si on arrivait à te convaincre et à rentrer dans Première Classe…

 

Ça je parle de l’accessoire aussi. Mais le vêtement c’était moins facile peut-être parce que c’est un marché qui était, ça existait depuis beaucoup plus longtemps. L’histoire du prêt à porter, ça c’est historique donc… Mais c’est vrai que les acheteurs achetaient. On avait vraiment envie d’acheter. Toutes les belles collections, dès qu’elles étaient repérées, que ce soit en prêt-à-porter aussi, elles vendaient. Les acheteurs venaient, ils avaient envie. Il y avait vraiment quelque chose. Et on avait pas besoin de communiquer. On faisait des lookbooks bien sûr, ça a toujours existé pour le vêtement, mais on n’avait pas autant, un créateur n’avait pas besoin d’être une sorte, moi je dis toujours que les créateurs aujourd’hui sont, ils doivent se structurer, ils sont, ils représentent plusieurs services. Ils sont créateurs, fabricants, marketeurs, Instagramer, influenceurs. Non mais c’est dingue.

 

On leur demande énormément.

 

On leur demande énormément. C’est très difficile de lancer une marque aujourd’hui. Donc j’ai choisi de les accompagner, d’être une sorte de service extérieur. Déjà pour les guider, pour prendre les bonnes décisions, pour évaluer un budget, pour pouvoir emprunter une voie qui ne va pas être trop difficile et casse gueule pour eux. Et choisir aussi les bons interlocuteurs, le bon showroom, le bon salon adapté à leur positionnement.

 

C’est un très vaste sujet, on va entrer dans le détail, dans chacun des thèmes mais peut-être pour commencer, c’est quoi les erreurs les plus fréquentes que tu vois chez les jeunes des designers que tu accompagnes. On va peut-être commencer par-là, ça peut être intéressant.

 

Ils prennent pas, ils ont du mal, ils ne peuvent pas prendre de recul parce qu’ils sont vraiment dans leur création et qu’ils ne peuvent pas forcément penser marketing ou préparation, prospection, commercialisation. Donc ils sont trop sollicités, en plus, par tout ce qui se passe autour d’eux. Mise en place d’une collection, dessiner. Ensuite trouver le fabricant, trouver les bonnes personnes pour les accompagner dans leur préparation de collection. Donc souvent ils vont penser création mais ils ne vont pas penser ventes. Et vendre c’est choisir aussi les bons événements, les bons salons, le bon showroom. Et j’ai vu beaucoup de marques qui exposaient là où il ne fallait pas, parce qu’ils ne savaient pas. Et je pense qu’aujourd’hui le rôle de, même d’un salon ou d’un showroom, ce n’est pas de vendre des services pour vendre. C’est aussi de dire à un créateur, non vous n’êtes pas fait pour moi. Ils ont vraiment besoin d’un vrai conseil. Chaque personne qu’ils rencontrent dans leur quotidien, ils ont besoin qu’on les conseils.

 

Ces jeunes créateurs il faut qu’ils aillent chercher conseils où ? Je me mets à la place d’un mec qui a envie de monter une marque, un créateur, parce que là on parle vraiment des créateurs, on ne parle pas forcément des gens qui mènent une école de commerce et qui décident de lancer une marque. Là on est vraiment sur des gens qui sortent l’école de mode et qui ont une vision, un esthétique qu’ils veulent défendre et ils veulent monter une marque, à qui il faut s’adresser ?

 

Aujourd’hui, les institutions, les fédérations elles proposent ce type d’accompagnement parce que c’est la première chose que doit faire un jeune créateur. Je pense qu’ils doivent se tourner vers les institutions qui se sont aujourd’hui vraiment préparées, structurées et qui ont pris conscience. Ça existait déjà il y a bien longtemps mais elles sont d’autant plus présentes. Je ne vais pas dire le contraire. Je travaille pour une fédération. Mais je vois les fédérations autour de la table puisqu’il y a un organisme qui s’appelle LE DEFI. Et toutes ces institutions qui, c’est un organisme qui permet d’aider la création et la création française, les marques françaises à s’exporter. Et en fait, et pas seulement, elle aide, elle subventionne, elle propose des aides pour pouvoir présenter même dans les salons parisiens

 

Donc faut s’adresser aux fédérations, au DEFI.

 

Oui, effectivement. Après il va y avoir des consultants comme moi et je ne suis pas la seule. Bien sûr, il y a de plus en plus de consultants. Et je pense que c’est nécessaire d’avoir les bonnes personnes à côté de soi. Il faut que les marques, le créateur, il ne peut pas être seul. Ce n’est pas possible, on ne s’en sort pas seul, personne ne s’en sort seul. Et ça, je trouve, qu’aujourd’hui, on le comprend, on l’entend, on le pratique beaucoup plus.

 

Alors quand tu as un jeune créateur qui vient te voir et qui te demande de l’aide, tu commences par quoi ?

 

Moi, je commence par une première séance où j’essaie de comprendre qu’il est, d’où il vient. J’essaie de savoir pourquoi il a voulu faire ce métier et j’essaie de, je pose des questions très personnelles. D’où le fait, que j’ai fait cette formation de coaching aussi, pour justement, avoir aussi des outils et des techniques parce que le coaching ce sont des vraies techniques d’accompagnement. J’ai fait, moi-même, un travail personnel qui m’a permis de comprendre qui j’étais. Donc de longues années de travail personnel et je pense que si on veut être, si on veut accompagner quelqu’un dans son déploiement personnel parce que on doit être, on doit avoir une distance avec la personne aussi. Donc c’est important de poser les bonnes questions. La première séance, généralement, elle est très pragmatique et en même temps très personnel et très intime. C’est à dire que je pose beaucoup de questions sur la personne, sur tout, sur son environnement, sa vie, sa famille. Je ne rentre pas dans le détail non plus, mais j’ai besoin de savoir à qui j’ai à faire. Et connaître ses intentions.

 

Et il t’arrive de refuser des gens j’imagine?

 

Oui

 

Pourquoi ?

 

Parce que je ne crois pas dans le projet ou dans la collection, parce que ça ne me parle pas. Il y a vraiment des, je ne peux pas… Donc moi, je ne sélectionne pas en fonction de mes goûts personnels, je travaille avec des gens qui proposent des projets pour le marché. Donc à moi, là c’est mon, c’est l’experte qui parle. Est-ce que ça correspond ? Est-ce que ça peut avoir une place sur le marché ? Et je peux aussi me tromper bien sûr. Mais après intervient un avis un peu plus personnel, une envie de travailler avec l’homme ou la femme que j’ai en face de moi. Il y a des gens avec qui j’ai travaillé qui étaient pas du tout, qui venaient pas du tout de la mode, qui venaient d’un milieu complètement différent, dans le domaine des finances, qui voulaient réaliser un rêve, un projet dans le domaine de la création. Tu as changé de métier. J’adore ça. Je trouve ça formidable, de rencontrer des hommes et des femmes qui ont décidé à 30 ans, à 40 ans de changer de vie. Il y en a de plus en plus. Parce qu’aujourd’hui on fait plusieurs métiers. Et j’aime aussi accompagner ces gens-là. Donc je peux aussi le produit, la collection va peut-être pas être extrêmement pointue nouvelle ou révolutionnaire mais si le concept me semble censé, si il y a un accord entre l’homme et le concept et que je suis assez séduite par l’histoire et bien je fonce. J’y vais.

 

Donc une fois que t’as eu cette séance de, comprendre à qui tu as à faire et comprendre l’humain et qu’il y a un vrai échange, et une vraie, ça fonctionne entre les deux personnages. C’est quoi les next steps ?

 

Ça dépend de la maturité du projet ou pas. Est-ce qu’il existe depuis déjà plusieurs saisons ou pas. Donc soit je rencontre des gens qui ont besoin de redonner un, de faire un point, avoir un diagnostic. Ils existent depuis trois ans, six saisons et ils sont un peu perdus. Parce que ces premières saisons, dans le domaine de la mode, on a besoin d’avoir trois saisons pour savoir si, quelle est la nature du produit, le potentiel de la marque etc. Mais ensuite, il y a encore au moins trois ans, 6 saisons, pour atteindre, quand vous atteignez six saisons et qu’il y a un chiffre d’affaires qui s’est dégagé, on va dire conséquent et qui montre que le produit peut se développer sur le marché. Il y a encore une étape à passer, en fait, de développement. En fait, suivant la maturité du projet, soit j’aide au développement de la collection en passant par les plans de collection. Ensuite, en élaborant une vraie stratégie et de choix d’actions très pragmatiques et concrets pour le développement de la marque. Voilà donc j’accompagne le créateur dans tout, tout son déploiement quoi. Et surtout dans ses prises de décisions par rapport à la stratégie.

 

Et au quotidien ça se passe comment ? Tu les as souvent au téléphone dès qu’ils ont une question, une interrogation. Ils t’appellent ou vous prévoyez des séances de travail ?

 

J’ai des séances de travail qu’on prévoit tous les mois. J’ai une grosse séance au début. Ensuite, j’ai des séances régulières et ils ont aussi le droit de m’envoyer des mails, de me demander pour, ça arrive souvent qu’ils aient une question, vraiment, et que ce soit urgent, même de négociations avec un distributeur. Parce que moi je ne suis pas agent commercial mais justement j’essaie de coacher et d’apprendre aux créateurs, dans les débuts, à négocier, à se vendre. Négocier avec un grand magasin, un concept store, les conditions de vente etc. Donc en fait, ils ont des questions ponctuelles à me poser suivant ce qui se passe. Récemment ils m’ont appelé en me disant telle boutique m’a confirmé comment je dois faire, comment ça se passe maintenant. Donc je suis présente au quotidien mais je m’organise bien sûr, je ne suis pas disponible 24 heures sur 24. Mais je gère en fonction de ça. J’ai vraiment, par jour, je sais que j’ai j’ai une ou deux heures qui vont être pour répondre à des questions ponctuelles. Donc je dois organiser mon temps par rapport à ça.

 

Tu les conseils comment sur la partie créative. Qu’est-ce que tu leur dis ? Ma question c’est, moi, j’ai le sentiment, aujourd’hui, que pour vraiment, il y a tellement pléthore d’offres sur le marché, qu’il faut développer une unicité, il faut avoir une vraie différence par rapport à l’autre. Il ne faut pas être tiède quoi, il faut vraiment être très puissant. Comment tu les accompagne sur cette définition de leur univers artistique ?

 

C’est une question pas évidente parce que c’est surtout avec la personne que ça se passe. J’essaie vraiment d’identifier ce qui est la singularité de l’histoire et le talent de la personne. Et quand j’ai vraiment et je pense avoir capté, c’est vraiment en discutant avec eux en fait. Et après, je les guide pour aller vraiment vers ce qui sont profondément, ce qu’ils aiment profondément. Souvent, quand il y a des blocages et j’ai vu, j’ai vécu ça en début d’année, fin d’année, en décembre et janvier, sur une marque, je ne dirai pas laquelle, qui était totalement bloqué parce qu’elle avait été, on l’avait bloqué, on lui avait dit des choses négatives et c’est très dur pour un créateur, un créatif d’être… Moi je dit qu’un coach n’est pas là pour casser, bien sûr que non. On est là pour faire des critiques intelligentes, fondées, fondées sur des éléments. Et si on accompagne une marque, le coaching est là pour aider à rendre meilleur et à faire grandir la personne. Donc cette personne été cassée, on lui avait dit des choses négatives sur sa collection. On l’avait détruite. Et de ce fait, elle est venue vers moi. Elle a demandé deux séances d’une heure et demie, deux heures. Très touchante d’ailleurs, parce que dans ces moments-là, il faut rester vraiment, il faut être très pragmatique, il faut prendre du recul. Et je l’ai interrogé sur ce qui avait été, ce qu’elle avait ressenti, ce qui l’avait touché et pourquoi elle était bloquée quoi. Je connaissais la marque donc je voyais le potentiel de la marque. Souvent je vois aussi le potentiel de la marque parce que je suis très sensible aux produits. Et j’ai voulu la faire reconnecter à son produit. C’est difficile à expliquer. Ce n’est pas simple. Donc je l’ai interrogé sur ce qui l’animait par rapport à sa collection et le début de ce projet. Je suis revenu un peu en arrière. Aux sources. Et elle s’est reconnectée. Et j’ai senti, et je lui ai dit, vous ne croyez pas que vous devriez aller dans, n’écoutez pas ça. Qu’est-ce qui vous vous anime ? Elle m’a dit ça. OK. Allez-y. Est-ce que vous doutez une seconde de cette direction ? Non pas du tout Patricia. Alors allez-y, n’écoutez pas, n’écoutez plus ce qu’on vous dit. Ça crée trop de confusion et donc je l’ai faite reconnecter à son produit. Et je l’ai aidé aussi, je lui ai donné des idées, je suggère des choses aussi en termes de créativité parce que je voyais le concept. Je lui dis vous devriez peut être faire ça dans votre dans votre marque est ce que cela correspond ? Est-ce que ça vous parle ? Et elle me disait, oui, oui. Et on est reparti ensemble dans cette histoire et la collection était très réussie. Ça l’a débloquée. Je l’ai aidé à se débloquer. Et ça c’était vraiment sur le processus créatif. Donc c’est compliqué. Après on ne va peut-être dire, on va me montrer un plan de collection. Et puis, je vais voir des matières, des dessins. Enfin, voilà le vrai plan de collection. Et je vais dire mais pourquoi vous travaillez sur cette matière ou cette couleur alors que ça ne correspond pas du tout à votre esprit de collection ou la direction que vous êtes en train d’emprunter ? Puisque c’est quand même un domaine, et je connais aussi les tendances. Je suis très imprégnée de ce qui se passe sur le marché donc je peux aider et guider de cette façon.

 

Tu as des outils en particulier pour t’aider à te centre et à retrouver les fondamentaux. Définir son ADN propre, tu utilises quoi comme outils quand tu travailles avec eux ?

 

Question un peu piège. En fait, je n’ai pas le questionnaire type qu’on remplit, les études de marché parfaites, souvent ils les ont déjà. Donc je m’appuie sur ce qu’il me donne en fait. Je sais que, j’ai plus une approche, c’est très personnel en fait.

 

Et bien ce n’est pas grave. Je comprends c’est très instinctif et c’est du feeling. Mais ce que je comprends, mais ce qui est difficile à comprendre aussi, moi quand j’en parle avec mes proches et c’est compliqué à expliquer quand on n’est pas issu de la mode ou de la création, c’est que on a un coup de cœur ou on ne l’a pas. Et c’est difficile de dire pourquoi ce produit va marcher. C’est difficile de dire pourquoi je suis convaincu que ça va fonctionner parce que c’est une relation avec le produit, ça vient du fait que j’ai de l’expérience, que je voyage régulièrement, je vois tout ce qui se passe dans le monde, que ça fait, pour toi ça fait 25 ans que tu es imprégné de créatifs, de créateurs, que tu es confrontée à ça, c’est ton quotidien. Donc c’est instinctif, tu le sens, tu le sais. C’est bien ou c’est pas bien.

 

Moi je pense que, en fait, je crois que mon talent à moi, c’est vraiment de sentir un produit. On appelle ça, dans le parfum, on va les appeler le nez.

 

Non mais c’est comme les acheteurs, je ne sais plus d’où ça sort, mais typiquement une Colette à l’époque, c’est des gens ils voient quelque chose ils te disent ça va marcher, ça va pas marcher. Ils ne l’expliquent pas. Je ne pense pas qu’ils l’expliquaient à l’époque quand ils étaient devant le stand. Mais ils le sentent, ils le savent parce qu’ils connaissent leurs clients et basta. Ça va marcher, ça ne va pas marcher. Et c’est compliqué à expliquer. Et des gens qui ne sont pas issus du milieu créatif ou de la mode, je pense que s’ils ont de la sensibilité, ils comprendront ce truc-là sinon on comprend pas.

 

Non. On ne comprend pas forcément d’où ça vient.

 

Aujourd’hui, je pense qu’il y a beaucoup de gens, dans les gens que j’ai croisés, qui se posent la question sur leur stratégie, leur business model. Est-ce qu’on applique une stratégie wholesale comme cela s’est passé depuis depuis 25 ans. Et récemment, on voit l’émergence de nouveaux, de nouvelles marques qui sont en direct, qui passent plus du tout parler par les revendeurs, qui vendent directement sur leur site ou via leur boutique en direct. Est-ce que des questions, j’imagine, que vous vous poser, avec tes créateurs, dans leur stratégie ?

 

Oui bien sûr. Aujourd’hui, pas qu’aujourd’hui, moi ça fait quelques années déjà, où quand je travaille avec les créateurs, je les amenais à réfléchir BtoB, BtoC. Ça fait partie d’une logique. Je n’invente rien, tout le monde le sait. Maintenant, ça dépend aussi des projets et des collections. Il y a, encore aujourd’hui, des collections qui peuvent réellement se déployer sur un marché wholesale. Et puis, il y a ceux qui créent, de toute façon, des concepts qui vont être vendus que sur le digital donc c’est très clair. Voilà c’est des nouveaux concepts maintenant. Ça se voit de plus en plus, type Sézane etc. Mais il y a plein de possibilités. Et une fois de plus, je pense qu’il faut trouver sa place. Avoir envie, déterminer vraiment le projet, la marque, comment on la voit. Ça peut-être à la fois un atelier-boutique, classique on va dire. On a un retour à l’atelier-boutique nouvelle génération. Je trouve ça formidable. Il y a une nouvelle distribution de concept store jeune, où on mélange de l’art et de la création, lyfestyle etc. Avec plein d’événements tout le temps. C’est à la fois une sorte de mix entre la boutique et la galerie en fait. Mais le créateur il a besoin de, il faut qu’il trouve aussi son modèle idéal et on ne peut pas tout faire au début. Donc, soit tu décides de faire un peu de wholesale, et là ça implique quand même des investissements, parce que pour faire du wholesale il faut trouver soit, les bons salons, les bons, avoir une stratégie commerciale. Mais beaucoup ont besoin quand même de se vendre en parallèle, en direct aussi, pour aussi créer de la trésorerie. Il y a aussi une façon d’exister à travers des pop-up et ça donne de la visibilité. En fait, aujourd’hui, il faut penser à tout en permanence. Création, fabrication et surtout vente. Et en même temps visibilité parce que tu peux vendre online et ça va te créer un développement de business dans tes boutiques physiques si t’es distribué et vice versa. L’un ne peut pas vivre sans l’autre en fait. Donc soit, tu es référencé dans les bonnes boutiques, soit tu fais des pop-up pour créer de la visibilité qui ensuite va avoir un retour et une retombée sur le digital. Parce que, exister sans e-shop, aujourd’hui c’est ridicule. Donc en fait, tout est à penser selon le potentiel du créateur, sa structure les moyens qu’il a et l’environnement qu’il a. Les aides qu’il a autour de lui.

 

On a besoin de beaucoup de moyens ?

 

Aujourd’hui, lancer une marque sans avoir un petit peu de trésorerie c’est quand même compliqué. J’en connais qui lancent les marques sans, effectivement, sans grands moyens mais c’est difficile quand même.

 

Aujourd’hui, idéalement, si tu lances une marque il faut combien en tréso ? Faut mettre 10.000, 50.000, 100.000, 200.000 euros sur la table ?

L’idéal si tu pars déjà avec 200.000 euros devant toi c’est formidable mais ça c’est très rare. Ça existe mais c’est des gens qui ont déjà, je pense un parcours, avec avec un parcours solide et ils ont effectivement soit la famille, soit un banquier qui les suivent parce qu’ils ont une sorte de valeur ajoutée et un succes fee qui est énorme du passé et qui fait que. Mais c’est très rare en fait. On peut commencer avec, effectivement, je pense 20.000 euros pour lancer une collection, pour une première saison. Mais il faut vite, vite vendre. Parce que si vous ne vendez pas, c’est le cas de beaucoup de créateurs dans les premières saisons, on accumule, effectivement, les dépenses pour les collections, pour la production, pour pouvoir exister. Donc l’idéal ce serait d’avoir au moins 50 mille euros. Je pense que ça serait un chiffre un peu logique. Moins c’est possible aussi, mais avec 50.000 on peut peut être prétendre tenir déjà une année, sans prétendre à un salaire. Je ne vois pas beaucoup de créateurs se payer. Et pouvoir aussi peut être avoir des gens, s’entourer de personnes. Ça serait un budget idéal. Après il y a les aides. Faites les demandes, les aides, le DEFI. Vous pouvez, si vous tenez la première année, à partir de la première année, il y a des choses qui peuvent vous être proposées. Il faut tenir la première année.

 

Au début, il faut prouver qu’il y a concept fort, qu’en tout cas il y a une réaction du marché et une fois que t’as validé ça, dans la tech on parle de Proof of concept, après les institutions peuvent prendre le relais et t’accompagner. Il y a quand même ce démarrage…

 

Ce démarrage, de prise de risques quelque part, qui est aussi un peu normal. On ne peut pas financer des gens qui ont une idée et six mois après ils arrêtent. On a vu quand même des histoires de collection de marques qui ont eu des grands prix avec des budgets incroyables, qui ont disparu un an après, qui ont arrêté leurs marques. Donc voilà, tout ça fait que, aujourd’hui, c’est bien de montrer sa volonté, son envie et un produit cohérent. Et on peut voir, tout de suite, dès le début, s’il y a quand même quelque chose, quelque chose, une pâte. Donc la deuxième année, la première année, c’est bien que les jeunes fassent leurs preuves. Mais c’est pour ça que c’est bien d’avoir un petit peu d’argent, un budget qui permette de faire effectivement la collection, mais aussi d’avoir peut-être un salon, un showroom ou un expert qui va les accompagner pour faire les bons choix et de pouvoir, tout de suite, même projeter la marque dans les trois ans qui arrivent minimum. Il faut aller beaucoup plus loin mais de savoir quelles seront les actions et faire ça dès le début.

 

Parlons de ça. J’aimerais qu’on parle du calendrier, souvent, ce que je te disais en préparation de l’interview, je trouve que c’est assez difficile de comprendre le calendrier de la mode, de se projeter et surtout quand un jeune designer, d’anticiper justement ces trois fameuses années. Comment tu t’y prends ? Est-ce que tu peux nous rappeler vraiment les moments importants dans la vie d’une marque ? Et comment toi, quels outils tu utilises pour te projeter avec eux ?

 

Alors c’est vrai que, comme tout bouge sur le marché, il y a un calendrier qui est, quand même, un calendrier classique mais qui, aujourd’hui, correspond encore au rythme des saisons et du marché. On présente en janvier, on présente en février. En janvier pour l’homme, la femme en janvier de plus en plus mais aussi jusqu’en février. On suit le calendrier des Fashion Week à l’international. Et donc un créateur, moi j’essaie de l’accompagner pour qu’il soit prêt en janvier un peu, le minimum. Ils ont du mal. Ils ont du mal parce que, ça peut se comprendre, entre créer la collection, trouver les différents fabricants pour les prototypes et mettre en place tous les outils de communication, souvent ils ne sont pas prêts pour janvier. Donc, aujourd’hui, les acheteurs dépensent malheureusement leur budget, tout le monde le sait, de plus en plus tôt. Donc à partir de décembre même ils sont en prise de commande dans les grandes maisons. Moi je travaille avec des créateurs souvent très pointus qui sollicitent aussi des boutiques qui sont des concept stores et qui vendent les grandes maisons. Ils souhaitent rentrer dans ce type de boutique. Donc eux ils arrivent un peu tard dans le calendrier. On va dire que, on a peut-être la chance de voir, quand même, arriver, se déployer de nouveaux concept store et qui ont vraiment envie de mélanger de plus en plus de nouveaux, de nouveauté. Ils ont envie de nouveauté. Moi je le ressens énormément. Et donc, dans ce calendrier, cette distribution elle vient quand même en février. Fin février, pendant la Fashion Week, à Paris, c’est juste incroyable. Il y a Le monde qui est à Paris. Le monde entier. C’est fabuleux. C’est étonnant et fabuleux. Et je crois qu’il n’y a pas de Fashion Week qui remplace Paris. On sent toujours qu’il y a une petite guerre entre les différentes Fashion Week mais Paris c’est Paris. Elle est, elle m’étonne toujours autant. Je suis assez émerveillée, depuis toujours, de voir autant de monde, autant de marques, de créateurs, d’événements, de showroom aux mêmes dates. Mais c’est tard. C’est tard et les acheteurs ont dépensé largement 80% de leur budget.

 

Donc là, ça va être les coups de cœur à Paris ?

 

Ça va être les coups de cœur et c’est une grande, grande bagarre.

 

Mais est-ce qu’on ne peut pas, demain, moi je suis un jeune créateur, comment je fais pour optimiser ce timing justement ? Est-ce que je dois aller en amont et aller chercher les acheteurs dès le mois de décembre, même tout début janvier, pour leur dire on est là, gardez du budget pour nous quand vous êtes là au mois de février ? Et l’autre question que j’ai aussi c’était, à quel moment il faut lancer sa marque ? Est-ce que j’ai intérêt à lancer au mois de juin ou au mois de janvier ?

 

En fait, ça dépend si, quelle est ta force, en hiver ou en été ? Il y a des créateurs qui sont bien meilleurs en été qu’en hiver. Généralement, on dit qu’il vaut mieux lancer sur de l’hiver. Mais alors ça, je n’y crois plus du tout. Parce que moi je vois des collections se lancer en été et ça fonctionne. L’idéal c’est de présenter, effectivement juin. Et depuis très longtemps je le pense. Fin juin, début juillet, je trouve ça magique aussi. C’est une période qui est beaucoup plus relax à Paris entre l’homme et la couture et il y a quelque chose d’un peu comme ça, où tout le monde est beaucoup plus accessible. Il y a une effervescence assez jolie. Moins sous pression et moi je trouve que c’est, tu vas encore me dire c’est basé sur quoi Patricia, bah oui sur une analyse de marché aussi de toute façon les acheteurs de plus en plus viennent à cette période-là, même pour la femme. Et on sent qu’ils sont beaucoup plus détendus et qu’ils ont envie de voir plus de choses. Ils ont plus de temps. Je le vis comme ça à chaque fois, depuis des années. Cette période est un peu particulière donc j’aime bien quand une marque se lance à cette époque-ci. Parce que tu as du recul en plus, entre juin et septembre, pour retravailler ta collection. Bien sûr, les grandes maisons, les marques établies on parle de pré-col, de collection. Et ça, effectivement c’est des rythmes qui existent. Bon moi, j’ai envie de dire, aujourd’hui, que tu peux lancer ta collection en juin puis rajouter peut-être un thème sur septembre et puis regagner ou confirmer en fait des gens qui ont aimé en juin et auront le temps d’y penser. Et c’est vrai que j’aime bien quand le créateur peut communiquer. Par exemple, pour revenir au planning et de la préparation des créateurs, j’aime bien quand il arrive à communiquer avec les acheteurs en novembre. Même si la collection n’est pas prête, je leur suggère de communiquer et de rester en contact avec les acheteurs et de leur dire qu’ils vont être présents en février. Ils me disent oui mas Patricia je n’ai pas de produits, je n’ai pas de nouvelles, alors on va, je vais leur suggérer de faire un petit shooting nouveau, dans le shooting qu’ils avaient prendre une image et personnaliser réellement quoi. On va cibler un nombre d’acheteurs. On ne va pas envoyer ça à 2.000 acheteurs. Je vais leur suggérer de, par rapport vraiment, c’est d’avoir une approche réelle. Une lecture de la distribution pour le créateur. D’identifier 30 ou 40 boutiques dans le monde qui vraiment leur correspondent et d’essayer de capter ces gens-là. Donc en envoyant peut-être, basiquement, une carte particulière pour Noël qui va faire que, on écrit plus, on envoi plus par courrier donc en fait ils vont recevoir ils vont se dire tiens mais qui est ce créateur ? Je reçois par courrier une carte. C’est un outil comme un autre. Mais toujours réfléchir à comment on peut adapter. Mais ce n’est pas quelque chose qui peut, peut-être, être appliqué à tout le monde. C’est selon le créateur, le projet, la collection et la personne. Mais en tout cas de communiquer en amont. Ça c’est sûr.

Comment, quel choix faire. Est-ce qu’ont fait un salon, est-ce qu’ont fait un showroom, est-ce que je fais une vente dans un appartement ? Tu vas me dire, c’est encore pareil, c’est selon le designer, selon son univers et ses envies.

 

Complètement. Et selon si t’as envie d’être avec d’autres créateurs et d’autres marques. Parce que moi je connais des créateurs qui ont vraiment envie d’être seuls. Ils ne veulent pas être avec d’autres marques, ni dans un lieu intimiste comme un showroom parce qu’ils veulent se déployer de façon individuelle. Et puis montrer qu’ils sont capables. Mais c’est difficile de faire ça seul. C’est très difficile. Mais oui, bien sûr, il y a des gens qui veulent faire ça.

 

Et je fais quatre collections ou deux collections par an ? Je demande ça parce que moi je trouve assez fou, j’ai interviewé Lou Menais, il y a pas longtemps, de JOUR/NE quand elle m’a dit qu’ils avaient quatre collections par an. Mais ça paraît complètement fou. Quand t’es un jeune designer ça me paraît fou. Peut-être que je sais pas, c’est bête de penser ça. Comment tu t’y prends ?

 

Moi je pense que faire quatre collections c’est énorme. Je pense qu’on peut faire une collection et apporter des compléments. Je ne sais pas si ces termes de pré-col et de main collections sont adaptés aujourd’hui. Aujourd’hui, j’ai des créateurs types comme Coralie Marabel ou Mazarine, qui elle, a lancé sa marque sur un modèle économique et qui est très juste et qui est, bon petit à petit elle est entrée dans un système plus classique. Mais ils sont capables de créer des capsules en fait. Et Coralie le fait largement aujourd’hui. Chacun essaie de trouver une façon d’exister. Coralie a pris une boutique, une boutique-atelier et en fait, elle s’est rendue compte qu’elle avait une clientèle qui venait acheter directement chez elle. Que son passage par Designer Appartment, un showroom qui a une visibilité énorme, lui a permis de se montrer auprès des wholesales, des acheteurs internationaux. Que ses acheteurs internationaux mettent du temps à commander. Ils mettent deux ou trois saisons, quatre saisons. Moi je vois toujours les marques et je les accompagne sur plusieurs saisons à Designer Appartment, généralement il y a une sorte d’amorce à la première commande, deux commandes. La deuxième saison, ça se confirme. Mais c’est vraiment la troisième et quatrième saison où ils peuvent atteindre 20 boutiques. Et souvent la troisième. Si la collection il y a quelque chose qui se passe en terme de, elle séduit un public international et pointu, la troisième elle décolle. Et je l’ai vue, il y a eu Y Project Designer Appartment, cinq saisons avec nous, ils ont décollé en troisième-quatrième saison. C’est vraiment, on le voit généralement c’est comme ça. Maintenant, il y a pour des marques où c’est plus compliqué, des créateurs où c’est plus compliqué mais ils ont mis en place une structure physique donc atelier-boutique et ils vendent. Et ils ont construit déjà une clientèle en direct. Et cette clientèle, elle rappelle, elle a envie donc ils ont fait un e-shop. Et ils sont en train de penser différemment et faire des capsules. La fameuse capsule. C’est une collection mais c’est une capsule. C’est une capsule ou c’est une collection ? En fait, c’est une petite collection qui va répondre, qui va être mise en vente pendant deux mois, qui va correspondre à la saison en cours. En fait, on ne va plus fabriquer ou créer l’hiver très en amont. On va le fabriquer au moment où il va faire froid, presque. Ce n’est pas simple non plus à gérer en terme de fabrication. Il faut être extrêmement bien organisé, flexible et agile. Trouver, et généralement ces jeunes-là, ces jeunes marques, travaillent avec des ateliers de proximité à Paris. Et donc on a vu aussi le déploiement du made in Paris, du made in France. Et tant mieux. Mais c’est quand même des prix et c’est pour ça que vendre en direct, les marges et bien elles reviennent aux créateurs. Et c’est vrai que ça évite d’ajouter des marges supplémentaires à un revendeur. Donc il y a plein de modèles possibles pour exister. Donc, est-ce que la question, quatre collections, deux collections, une pré-col, est-ce que c’est réellement adapté ? Je dirais, une fois de plus, que ça dépend du projet. Ça dépend du créateur. Ça dépend de son esprit d’indépendance. Et de son envie d’exister, pas forcément à travers une distribution internationale qui permet une reconnaissance internationale et qui va amener le créateur à faire des millions d’euros. Parce que je rencontre aussi beaucoup de créateurs aujourd’hui, et ça c’est quelque chose de très nouveau, qui vontous envie d’exister pour exister parce qu’ils aiment leur métier. Pas forcément de se déployer et faire des millions d’euros mais pouvoir en vivre. Pouvoir prendre le temps de vivre, le temps de rencontrer leurs clients et de faire en sorte que leur structure existe. Mais ils ont pas des objectifs qui vont être de faire des millions d’euros. Je veux dire, ça à la rigueur, c’est plus dans le domaine des start up et de tout ce qui est digital, ils ont tout de suite envie de faire des millions, on lève des millions et on revend. A l’opposé de ça, il y a ces jeunes-là, complètement incroyables, merveilleux, brillantissime qui prennent des risques et ils sont super jeunes. Et puis, tu as aussi une autre, des jeunes qui, eux, veulent vivre différemment, qui veulent créer, qui veulent exister en tant que marque et qui ont envie d’avoir vraiment leur lieu et pouvoir tout simplement exister. Pas seulement dire, le succès est relatif. En fait, leur succès à eux, c’est de pouvoir exister, ce n’est pas de faire des millions d’euros. Donc en fait il y a ça, mais tu vas me dire oui mais ça manque peut-être de motivation, de projection, d’esprits compétitifs. Non pas du tout. Je pense que c’est aussi une autre façon de vivre.

 

Je vois très bien ce que tu veux dire.

 

Je me suis un peu, j’ai un peu élargi le sujet

 

Mais c’est vachement intéressant.

 

Le monde change vraiment. Il faut que tout le monde soit, il faut être en accord avec soi-même, aligné.

 

Justement ça revient aussi un sujet que je voulais aborder avec toi, cette quête de sens, en ce moment, on voit beaucoup d’initiatives chez les jeunes entrepreneurs, on parle de upcycling, de respectent l’environnement, de respect de l’humain etc.. Qu’est-ce que t’en penses toi de cette tendance, comment tu vois les choses ? Est-ce qu’il y a des gens des initiatives qui interpellent plus que d’autres ?

 

Oui, je trouve que c’est, en fait c’est logique, on a tellement été dans une société de surconsommation, du tout et n’importe quoi, de fabrication à l’autre bout du monde. C’est vrai qu’il n’y avait pas de conscience. On va dire que la conscience s’éveille, que l’homme s’éveille, se réveille ou se révèle. Parce que, justement, je crois qu’il y avait une course à être le meilleur, le plus beau, le plus intelligent et le plus riche. Et j’ai l’impression que, aujourd’hui, on est dans une course à être en accord avec nous-mêmes, faire des choses qui, des choses qui puissent parler à beaucoup plus de personnes qu’avant peut-être que. C’est assez perturbant en fait. Moi je crois que depuis toujours j’ai mis du sens dans ce que j’ai fait. Et je viens aussi, effectivement, de la campagne où, pour moi, c’est le respect de l’homme, de la terre, de la nature. Ça fait partie de ma vie quoi. Après je l’ai aussi oublié comme beaucoup d’entre nous. J’ai aussi consommé, j’ai aussi fait n’importe quoi. Aujourd’hui, je fais hyper attention à ce que je fais chez moi, comment je mange mais en même temps je reste une personne tout à fait normale. Mais je crois qu’on a, cette quête de sens montre qu’il y a eu une vraie crise, financière, mais aussi psychologique. Que les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas envie de vivre comme leurs parents ou leurs grands-parents. Que, du coup, on a envie de, à nouveau, cette crise fait que l’on a envie de mutualiser, de se rapprocher, de partager, d’échanger et aussi de se respecter. On a aussi oublié de se respecter dans cette course effrénée du passé. Du passé et encore aujourd’hui, certains sont capables de tuer père et mère pour réussir. J’ai l’impression que c’est un peu moins le cas, ou en tout cas, on utilise des façons, d’autres armes pour réussir, son intelligence, sa capacité à créer et à se développer sans vouloir à tout prix tuer le voisin ou marcher sur les voisins. En tout cas, je trouve que ces jeunes sont passionnants, intéressants. Ils sont, grâce à Internet grâce au digital, c’est vrai qu’ils sont ouverts sur le monde. Et aussi le monde va très vite donc, à cause cette fois-ci, du digital et d’Internet et je pense qu’on a aussi envie de ralentir le rythme. On a envie de revenir au moment présent, on a envie de vivre ensemble, on a envie de partager de façon humaine, naturelle, normale. Et puis arrêter d’être, être transparent quoi. On ne peut pas toujours dire que tout va bien, ce n’est pas vrai. Si ça va mal disons que ça va mal mais espérons que ça aille mieux. Et puis trouvons les façons pour que ça aille mieux. C’est cette mentalité où même quand ça allait mal on disait qu’on allait bien et fait au bout d’un moment… Pourquoi on parle de société de burn out parce qu’on n’a pas fait attention, on ne s’est pas écouté, on n’écoutait pas, on a pas vu notre manageur péter un câble et il y avait une sorte de direction verticale qui était extrêmement lourde. Aujourd’hui, on parle de d’horizontalité au niveau du management parce qu’il faut qu’on accompagne, un directeur artistique ne peut pas porter le poids du développement d’une marque pour une grande maison. Parce qu’on a parlé aussi beaucoup de ses directeurs artistiques qui ont eu des problèmes, qui ont laissé tomber des maisons, qui ont eu envie de vivre autre chose que la pression parce que c’est vrai que cette société a été extrêmement rapide et elle nous a embarquée quoi. Donc, on revient à quelque chose où on a une quête du sens. Donc la consommation, respecter l’homme, l’upcycling… Pourquoi consommer autant, pourquoi pas reprendre des vêtements qui existent déjà et puis voilà. Tout ça fait qu’il y a une émergence de tous ces courants qui, en fait, auraient toujours dû exister

 

Mais qui s’est perdu, on a oublié de s’écouter quoi. La machine s’est emballée. On s’est fait un petit peu avoir.

 

Peut-être qu’on ne savait pas qu’on pouvait consommer comme ça en fait.

 

Tu organises le Designer Appartment pour la fédération. Ça fait six ans. Comment tu choisis les, j’imagine que il n’y a pas que toi qui choisit, mais comment vous choisissez les gens qui rentrent au Designer Appartment.

 

Alors, c’est un process qui est donc mis en place avec la Fédération, bien sûr, de la haute couture et de la mode. On reçoit, il y a un appel à candidature. Il y a des critères à respecter. Il faut exister depuis un an minimum, avoir un minimum de chiffre d’affaires. On peut, même si ce minimum n’est pas atteint, on peut en discuter et justement étudier le potentiel et la viabilité du projet. Donc je rencontre les créateurs, Héléna et Laure de la fédération les rencontres. Et ensuite, on a une commission où ont réuni des professionnels. Donc il y a une pré sélection de dossiers. Et puis, une commission qui décide, à laquelle on présente donc tous les dossiers, et on décide selon le nombre de places sur le Designer Appartment. Parce que quand on est à Designer Appartment, on peut le faire deux fois, comme on peut le faire jusqu’à cinq fois ou six fois selon la maturité du projet et si le créateur n’a pas trouvé le… L’idée du Designer Appartment c’est vraiment d’accompagner le créateur et de lui présenter à la fois, moi je fais aussi la promotion auprès des acheteurs. Et aussi le networking donc lui présenter peut-être un distributeur, un showroom qui puisse le reprendre, l’accueillir chez lui pour continuer. Donc nous, on est là dans les premières saisons où le créateur a pu dégager, développer son business. Et peux devenir indépendant et prendre son propre showroom et rester indépendant. C’est un choix. On en a parlé avant. C’est un choix personnel. Et donc tout est mis en place pour que le créateur puisse avoir un développement, avec un networking. Il reste entre 2 et 5 saisons. Donc ça c’est des décisions qui sont, on ré-étudie les dossiers tous les six mois selon les résultats, parce qu’effectivement il y a un créateur qui va être peut être plus pointu et de ce fait, peut être ça va être compliqué pour lui d’être vendu tout de suite ou moins rapidement, on lui donne plus de chance quoi. Tout est étudié en détail. Et pour y participer, effectivement, il y a un process, un appel à candidature, une présentation de dossiers qui est vraiment étudiée. Moi je prépare aussi les créateurs dans leur dossier pour la Commission. La commission est constituée d’acheteurs et de gens de la presse.

 

Et tu es aussi mentor au programme IFM Entrepreneur.

 

Tout à fait.

 

Ça veut dire que c’est Franck Delpal qui te demande d’intervenir sur des sujets spécifiques, sur des projets spécifiques, comment ça se passe ?

 

Tout à fait, Franck me propose d’accompagner soit un nouveau projet qui n’existe pas, mais il y a une idée sur le papier et j’accompagne les créateurs pour le mettre en place, le développer. J’ai accompagné Eliane Heutschi de Savoar Fer pour Franck pour ce programme. Et ensuite, elle a présenté son dossier à Designer Appartment, et sincèrement voilà ce n’est pas parce que je l’ai suivi, mais il se trouve que le dossier a été validé largement. Et donc, elle a cette chance, cette jeune femme, d’être dans un programme et d’être accompagné par les institutions dès sa première année, c’est formidable.

 

Elle est accompagnée par, c’est fabuleux d’avoir ce soutien là c’est génial.

 

Et elle a cette humilité, cette simplicité, cette gentillesse qui est juste extraordinaire et beaucoup de talent. Ça c’est magique aussi parce que je pense qu’on peut réussir en étant humble et sans être, voilà… C’est vrai que dans la mode on a beaucoup de personnes qui sont un peu des divas. Mais aujourd’hui ça change aussi. Ces jeunes créateurs sont assez intéressants, c’est une autre mentalité aussi. Voilà, donc j’accompagne ce type de projet, comme j’ai accompagné aussi Laurent ?, un autre projet qui existait déjà depuis plusieurs saisons, et c’était une réflexion de repositionnement, de est-ce que je vais continuer, est-ce que je m’arrête. Enfin voilà. Et en fait, il y a un potentiel. Et c’est génial parce que j’ai différentes, mon rôle en tant que mentor peut être différent. Et puis aussi mettre en relation avec des gens du marché qui puissent les aider. Donc on ouvre notre carnet d’adresses. Et voilà mais tu réfléchis et tu penses différemment selon la personne que tu as en face de toi et le projet. Parce que ça peut être aussi un pur blocage qui soit de la psychologie. C’est tout en fait.

 

C’est hyper complexe et super intéressant. Tu dois vraiment t’éclater dans ton job.

 

Oui, ça me plaît beaucoup et en même temps, c’est pour ça que ce n’est pas évident de répondre à certaines de tes questions, parce que ce n’est pas quelque chose de très pragmatique. Il n’y a pas une technique adaptée et qui est, comment dire, scientifique.

 

Il n’y a pas de voie royale.

 

C’est un mélange. Je crois que, moi, mon talent aujourd’hui est d’avoir une expertise marché parce que j’ai été, vraiment, sur le marché accompagné toute cette distribution grâce à Première Classe. J’avais vendu au préalable, j’ai vendu quand, j’étais dans une marque. J’ai fait du marketing, de la communication. Et ensuite, j’ai aussi pris de la maturité, de l’expérience. Et puis, je suis effectivement très produit et j’adore la psychologie parce que, même aujourd’hui, si tu ne comprends pas la psychologie d’un acheteur, si tu ne comprends pas, si tu n’as pas une lecture d’une boutique, de comment l’acheteur achète, c’est difficile de se vendre. Donc même la psychologie, elle est, à la fois, dans l’accompagnement du créateur mais elle est aussi dans l’approche qu’on a d’un acheteur, par le professionnel. Et puis aussi consommateur mais moi je ne suis pas… La preuve, dans le digital, ils mettent en place des façons de travailler, d’analyser le besoin du consommateur final en décortiquant etc. Donc la preuve qu’on dresse un portrait psychologique du consommateur pour pouvoir lui proposer. En fait c’est ça, moi je le fais avec l’acheteur.

 

Et comment tu développes cette connaissance de la psychologie de l’acheteur, à part l’expérience, parce que toi t’as la chance d’avoir 25 ans d’expérience au contact de ces gens-là, mais quand t’es un petit jeune, un petit blanc-bec comme moi, qui ne connait pas et qui n’a jamais été confronté aux acheteurs, comment je sens ça ?

 

En fait, tu dois effectivement étudier la boutique en question, pas seulement regarder ce qu’elle distribue. T’intéresser à la personne parce que maintenant, grâce à Internet, on a des interviews, on voit ces gens partout sur Instagram, tu vois rien qu’avec la sélection, ce qu’ils postent en terme d’image, tu comprends vite la personne. C’est du temps. Une fois de plus, pour le créateur en dehors de sa création, du suivi de sa production, de penser communication, de faire son lookbook, c’est de regarder, passer du temps et étudier et scruter. Parce que là on a toutes les images sur Internet, Instagram, Facebook… En plus, Instagram aujourd’hui, Pinterest mais c’est fabuleux. Et là, tu vois comment on réagit. Pourquoi. Comment l’acheteur se met… Parce que, aujourd’hui, ce qui est quand même assez étonnant aussi, c’est que la boutique devient prescriptrice et, à lui tout seul, un média. Ça c’est encore une grosse tendance. C’est à dire que Colette, Sarah était juste extraordinaire pour ça parce qu’elle a quelque part, en soit, elle a développé ça avant tout le monde. Mais aujourd’hui, grâce à Instagram, comme les boutiques se mettent, elles dynamisent aussi leur proposition, leur offre dès que ça arrive en boutique. Moi j’adore les Japonais, Desperados j’adore le suivre sur Instagram parce qu’il a une équipe. Ils se mettent en situation avec les vêtements qu’ils ont sélectionnés. C’est un exemple parmi tant d’autres. Et il y a Sharon au Mexique, à Mexico, je regarde. Tout de suite, on capte la personnalité.

 

C’est vrai qu’on a ces outils qui sont fabuleux pour ça.

 

Ça aide. Il faudrait que le créateur fasse ce genre de choses en fait.

 

Et ils le font pas tu crois ?

 

Ils essayent mais ce n’est pas qu’ils ne veulent pas, ils manquent de temps. Il faut aussi qu’ils dorment un petit peu sinon ils arrivent sur le showroom ils sont limite burn out aussi. Donc c’est pour ça que moi je propose de travailler avec eux et de les accompagner dans ce sens-là de leur donner des outils. Parce que tu les cadres, tu obliges, c’est là où le coaching est très important, c’est obliger le créateur, bon, on se pose ensemble et on travaille ensemble sur c’est quoi ta cible ? Comment tu vas la préparer ? Est-ce que tu veux que je fasse ça pour toi ? Est-ce que tu veux. Et donc, moi je travaille aussi, mon Instagram moi je suis très BtBo, donc moi je cherche pas à vendre au consommateur final. Mais c’est vrai que c’est très pro parce que je vais chercher, je travaille, tous les matins je passe du temps sur Instagram. Sincèrement, à mon âge, mais ça fait partie du job. Si je veux être indépendante, accompagner des jeunes, je dois vivre avec ce qui se passe, avec les outils qu’on me propose.

 

Bien sûr, hier je discutais avec Delphine Delval, c’est la créatrice de Pool Créatives, elle est agent de créatifs, et son quotidien c’est ça. C’est que tous les matins, elle passe une heure à regarder tous les blogs, tous les sites d’information, Business of Fashion etc. Et elle passe énormément de temps à scroller Instagram puisqu’elle doit tout connaître sur tout, savoir quels sont les, ce que font les autres, que font les gens, ce qu’ils aiment etc. pour pouvoir leur proposer des artistes

 

On doit être force de proposition. C’est-à-dire que si tu vas vers un client ou tu rencontres des gens, des organisations qui ont un potentiel d’être un client pour toi, tu dois arriver et avoir une idée. Si tu n’observes pas, c’est pas nouveau bien sûr, mais je pense que la connaissance de ton client, avant même de le rencontrer, elle est essentielle.  On disait, t’as Googleiser ou pas ? T’as-rendez-vous avec un tel, t’as Googleiser ? Et, en fait, Instagramer, c’est une vraie étude pour tout. C’est très important. Et ça a un créateur et ça fait partie de sa culture parce qu’ils sont jeunes mais ils doivent le faire.

 

Le systématiser. Patricia, je crois que l’on pourrait parler pendant encore très longtemps, donc on va passer aux questions de la fin, quand même, pour boucler l’interview. J’ai deux questions encore. Même 3. La première, c’est, tout à l’heure on parlait de ça en préparation de l’interview, comment on dit non à quelqu’un sans l’offusquer ?

 

C’est très difficile, et en même temps, je pense que dire non c’est important surtout quand ça a des répercussions en fait. Il faut savoir l’argumenter. Quand on a une expertise, on a une expérience, j’ai toujours fait sur Première Classe, j’ai sélectionné des créateurs, des marques que j’ai refusé. Je sais qu’il y avait des gens qui me détestaient. J’ai eu des ennemis. Et en même temps, j’ai toujours pris le temps d’expliquer pourquoi je disais non. Et ça permet souvent d’avoir une réaction. En fait, c’est vrai qu’un créa, c’est toucher à sa créativité, à sa création et sa sensibilité, donc ils sont hyper susceptibles. C’est normal. Et je crois qu’on se doit de dire les choses pour les faire bouger justement et réagir. Après moi, je dis toujours, je n’ai pas non plus la vérité sur tout, j’ai sûrement tort, ça m’est arrivé de me tromper. Il y a des gens que j’ai rencontrés et que je n’ai pas vu, tout de suite, qu’ils allaient être aussi une belle marque qui va se déployer. Mais je pense que c’est important de d’expliquer. En fait, on ne peut pas dire non comme ça. Il faut avoir l’expertise, l’expérience pour l’expliquer et souvent la personne peut l’entendre. Mais je sais aussi que beaucoup de gens qui disent non sans expliquer et c’est dur.

 

Est-ce qu’il y a quelqu’un qui vous interpelle en ce moment, qui vous impressionne ? En général, les gens ils rebondissent sur le mot impressionné en disant personne ne m’impressionne, mais est-ce que quelqu’un qui vous interpelle en tout cas ?

 

Dans la jeune création ? C’est du cette question, je n’ai pas réellement de, je ne fais pas réellement de différence entre les uns et les autres. Je trouve, je peux en donner plusieurs ou pas ? Je suis impressionnée par Glenn Martens. The Y Project, qui est un garçon incroyable, plein d’humilité, de talent, d’ouverture. C’est quelqu’un qui ose quand même, qui ose vraiment. C’est une démarche. C’est un style à part. Il a créé quelque chose. Il y a eu le vêtement, bien sûr, mais pour moi Y Project, c’est une autre histoire avec Elena. Ils sont concurrents sur le marché mais voilà. Ça c’est des marques un peu plus établies à mon sens. Je trouve les créateurs types ces jeunes AfterHomeWork, qui ont 20 ans. En fait, ils sont étonnants, ils sont jeunes, ils ont peur de rien, il n’y a pas de filtre. Ok ils sont parisiens, d’un monde, effectivement, où ça a été peut être plus facile pour eux, mais ils bossent comme des dingues. Ils pensent que ça les aident pas forcément, donc, du coup, ils doivent faire leurs preuves. Lui, il a une connaissance du marché international, des boutiques, c’est une machine. C’est-à-dire qu’en fait, il m’a dit, une petite anecdote, quand il a eu 18 ans, il a créé sa société. Le jour de ses 18 ans pour rentrer à Designer Appartment, parce qu’on ne pouvait pas le prendre sans avoir une société. Et c’était vraiment une condition donc il l’a fait. Et puis, il a dit, j’ai promis à mes parents de passer le bac et j’aurai le bac avec mention. Donc ils ont accepté qu’il fasse Designer Appartments pour toutes ces raisons. Il a passé son bac, il l’a eu et quand je l’ai eu en octobre qui a suivi, en 2017, pour la deuxième saison avec nous. Je lui ai dit, tu as choisi ton université, tu m’as pas dit Pierre. Il me dit quelle université ? Il m’a regardé, il m’a dit opening cérémonie. Et voilà. Il a une vision de ce qu’il veut faire mais…

 

C’est fou aussi jeune.

 

Mais c’est fou quoi. C’est sûr qu’on a plein de jeunes qui se lancent aujourd’hui, tu vois. Moi c’est que des jeunes que j’accompagne, mais ils sont quand même plus jeunes que les autres. Et sans avoir fait d’école de mode quoi avant. Eléna a fait une école de mode, Chardon Savard. C’est une personne qui, le couple, il est juste étonnant. Elle est déjà blogueuse. Elle a 20 ans, elle est, en plus, extrêmement respectée. Elle est suivie et respectée. Et puis, c’est une jeune femme douée. Si tu veux t’as une sorte de d’association entre les deux qui est juste étonnante et ils sont très jeunes. Donc je suis assez impressionné par ces deux personnes. Et ils t’écoutent, enfin moi je sais que…

 

Oui ils ont l’humilité de t’écouter.

 

Ils écoutent. Ils sont toujours un peu, j’ai dû apprendre à leur parler. Moi, Pierre je ne parle que sur Messenger avec Pierre. Il appelle pas, il répond pas au téléphone. Mais si j’envoie un texto sur Messenger, donc je textote, je suis sur Messenger pour parler de boulot avec Pierre. Et après il vient chez moi et on fait notre rendez-vous et il me scotche pendant trois heures. Une maturité et une connaissance incroyable. Et donc, au-delà du, il y a quelque chose de, au-delà de Je suis parisien et je suis d’un milieu parisien etc. et j’ai voulu faire de la mode. Non. Il a vraiment envie de faire quelque chose. Et on a eu des doutes au début. On se posait la question, tout le monde posait la question, oui mais ces petits jeunes, est-ce qu’ils vont, parce qu’ils sont vraiment soutenus par une presse parisienne, Melle Agnès, toutes ces personnes-là, Sophie Fontanel, Rebecca Boy etc, dès le départ. Et vraiment il y a une, donc je suis assez impressionné. Je suis impressionné par d’Alexander K qui est un créatif extraordinaire, un artisan. Pour moi, c’est une nouvelle génération. Justement il fait que des vêtements avec des matières recyclées et il fait de la couture quoi. C’est sublime. Et il sait tout faire. Il a mis au point des techniques de tissage qui lui sont propres. Il est talentueux. C’est-à-dire qu’il y a des jeunes aujourd’hui, c’est à la fois un designer, à la fois à un artisan. Il faut aussi qu’il soit Instagramer. On imagine que c’est beaucoup. Je suis impressionnée.

 

Il y a quand même des points communs dans tous ces gens, ils ont une détermination incroyable, ils ont une ambition et ils ont une force de travail incroyable. Et ils ont surtout cette humilité, j’ai l’impression que le point commun, dans tout ça, c’est quand même l’humilité de dire, je ne connais pas tout et je me fais accompagner quoi.

 

Oui, c’est vrai qu’ils reconnaissent aujourd’hui qu’ils en ont besoin. Même si au début, ce n’est pas évident parce qu’ils pensent savoir. Et puis quand on discute, ils voient qu’en fait ils ont besoin d’un soutien et de conseils. Moi je suis aussi impressionné par des personnes, j’ai envie de parler d’une personne que j’ai aussi accompagné, qui s’appelle Catherine Osti, et qui est beaucoup plus, qui elle a travaillé dans les ateliers de Chanel, et qui a 38 ans, qui est maman de trois enfants, qui vit à Lyon et elle a un parcours extraordinaire. Elle a fait des manchettes en textile. J’ai eu la chance de la rencontrer grâce à Marie-Chantal de Joyce qui l’avait déjà trouvée. Et c’est une femme incroyable. Elle mène de front. Elle a changé de vie, elle a créé sa marque à 35-38 ans. Elle a elle a trois enfants, elle vend dans le monde entier et tout ça en trois ans. C’est incroyable. J’ai fait un travail avec elle merveilleux. Je veux dire c’est pas grâce à moi, c’est elle qui a tout fait. J’ai accompagné dans ses choix, dans son positionnement quoi, parce que justement elle avait l’humilité de dire je ne connais pas, elle est de Lyon, je ne connais pas ce monde parisien et ce monde de la mode internationale. Elle était dans les ateliers de Chanel et ce n’était pas son métier. J’ai été très impressionné par cette femme aussi. Je trouve ça magique.

 

Pour passer le relais, qui souhaiterais-tu entendre dans ce podcast ?

 

Je pense que tu devrais interviewer Clarisse Reille.

 

Très bien. Je lui envoie une invitation.

 

Pour l’aide à la jeune création. Et bien sûr ,qu’il y a plein de créateurs et jeunes créateurs que je pourrais te conseiller. Tu vas voir Aliane tu m’as dit, tu devrais peut-être effectivement interviewer AfterHomeWork, mais il y en a tellement en fait. Mais je crois que tu devrais, effectivement, ça fait partie des personnes qui œuvrent pour la jeune création.

 

Et qui font bouger les choses. Très bien. Ecoute Patricia, j’ai appris énormément de choses. J’ai beaucoup apprécié notre discussion. Je te souhaite beaucoup de bonnes choses pour la suite et je te dis à très bientôt.

 

Merci à toi et merci pour ton talent aussi.

A bientôt. Au revoir.

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