#25 Delphine Del Val – Pool Creatives

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Dans ce nouvel épisode nous allons à la rencontre de Delphine Del Val (https://www.instagram.com/delphinedelval/). Elle est la fondatrice de l’agence Pool Creatives (https://www.instagram.com/poolcreatives/) .

Dans ce nouvel épisode nous allons à la rencontre de Delphine Del Val (www.instagram.com/delphinedelval/). Elle est la fondatrice de l’agence Pool Creatives (www.instagram.com/poolcreatives/). Avec son équipe elle accompagne exclusivement des femmes, des personnalités inspirantes, multidisciplinaires, des artistes, des photographes, designers qui façonnent leur industries telles qu’Ana Kras (https://www.instagram.com/teget/), Garance Dore (https://www.instagram.com/garancedore/), Brianna Lance (https://www.instagram.com/breez_lance/?hl=fr) , Emily Oberg (https://www.instagram.com/emilyelaineoberg/) , Caroline Ventura (https://www.instagram.com/__carolineventura/), Kirsty Godso (https://www.instagram.com/kirstygodso/?hl=fr)  ou encore Vanessa Packer (http://www.vanessapacker.com) … Basé a New York POOL se développe actuellement en Europe avec une nouvelle antenne à Paris.

Dans cet épisode Delphine nous raconte entre autre son début de carrière à Paris puis son départ pour New York, elle nous parle de son métier d’agent, de son quotidien, de sa relation à ses artistes, de comment se renouveler et gérer au mieux sa carrière d’artiste.

C’est un épisode passionnant, j’ai adoré interviewer Delphine, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à l’écouter. Bonne écoute!

Invitée : Delphine Del Val 

Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans “Entreprendre dans la mode. Je suis aujourd’hui au café Fragments avec Delphine del Val de POOL Creatives. Bonjour Delphine.

Bonjour Adrien.

Est-ce que tu peux te présenter s’il-te-plait ?

Je m’appelle Delphine. J’habite à New York. Je viens de Paris à l’origine. J’ai déménagé à New York, il y a 11 ans. Je suis mariée, pas d’enfants. J’habite dans le Lower East Side.

Très bien. Est-ce que je peux te demander de reprendre ton parcours, depuis tes études supérieures, après le BAC, qu’est-ce que tu as fait, et qu’est-ce qui t’as amené à POOL Creatives ?

Moi, je voulais être critique d’art. Je devais imaginer qu’être critique c’était un super métier et que ça me viendrait très naturellement. J’ai fait des études d’histoire de l’art. Ça ne m’a pas du tout convenu. J’ai fait un switch et je suis allée dans une agence. J’ai ensuite fait une école de marketing, dans laquelle il y avait des stages la moitié du temps, ce qui me convenait beaucoup mieux puisque, du coup, j’étais tout de suite dans le milieu professionnel et j’arrivais un peu à voir ce que, les différents métiers qui se faisaient dans le marketing. Et un jour, je me suis retrouvée dans un stage chez un agent de photographes, où on faisait de la production photo, des rendez-vous pour présenter le travail des photographes dans des agences de pub, chez des clients mode… Et un jour, un des stylistes qui était représenté par l’agence, cherchait une assistante et je suis devenue une assistante styliste.  De là, j’ai complètement changé de vision sur le milieu de la mode. J’ai vraiment été behind the scene comme on dit, à aider ce styliste à aller dans les bureaux de presse, à faire des shootings, aller sur les shoots, habiller les mannequins, à refaire des sacs, faire du repassage ; j’ai d’ailleurs appris à repasser en travaillant. Et puis, en fait, j’ai aussi très vite réalisé que c’était un milieu difficile. Etre freelance c’était très, très stressant. Que ça n’allait pas me convenir, le côté ne pas savoir du jour au lendemain si on allait être payé, pas payé. Surtout qu’on est vraiment très peu payé quand on est assistant. C’est vraiment ce qui, ce qu’on remarque le plus vite. Et déjà à l’époque, alors qu’il y avait pas de blog sur la mode, alors que c’était quand même assez confidentiel comme milieu, par rapport à maintenant, ça c’est en 2000, j’avais très vite remarqué que si je voulais avoir une position stable, il fallait que je sois dans un magazine. Et en fait, pour être dans un magasin, il allait falloir que je redevienne stagiaire, non payée, et que c’était déjà des positions qui étaient très prisées. Donc, je me suis dit bon là, ce n’est pas pour moi et je suis devenu assistant d’agent de photographe. Donc voilà. Donc mon parcours vraiment d’agent a commencé comme ça. Aussi assez naturellement parce que j’adore faire se rencontrer des gens qui, je pense, vont s’intéresser mutuellement. C’est un peu ça le métier d’agent. C’est vraiment d’avoir un œil pour quelle sera la bonne personne pour quelle autre personne. Et voilà, j’ai été agent à Paris pendant quelques années, plutôt dans la mode parce que c’est ce qui m’intéressait le plus. J’ai travaillé avec une femme exceptionnelle qui s’appelle Florence Moll pendant quatre ans. Qui était très douce, très patiente, qui m’a vraiment beaucoup appris et qui m’a surtout appris que, dans le milieu de la mode, être très sympa c’est très important, que ça ouvre autant de portes que le reste et il n’y a pas besoin d’être difficile, odieux, méchant. Pour moi c’était vraiment un apprentissage très important. Et juste après ça, j’ai déménagé à New York.

Qu’est-ce que tu as fait à New York ? T’as continué à bosser pour la même boite ?

A New York, je suis tombée amoureuse de la ville, un été 2006. Je suis rentrée, tout le monde m’a dit que c’était normal et que ça allait se calmer et que je serais très contente de rester à Paris finalement.

C’est suite à un voyage là-bas ?

Voilà, suite à un voyage là-bas. Je suis restée une semaine à New York, je ne connaissais personne mais le beau-frère de ma sœur était là-bas, il m’a accueilli. Et moi j’ai eu une espèce de révélation. J’étais en larmes en rentrant. Je ne voulais pas rentrer. En plus, j’avais quand même, j’habitais avec quelqu’un depuis très longtemps, donc ce n’était pas non plus comme si j’étais célibataire, il y avait juste moi auquel penser. Mais bon quand même j’ai pensé qu’à moi. Et en fait, l’idée de partir n’est pas passée. Après le travail, j’appelais les agents de photographes à New York en disant voilà je suis Française, j’habite à Paris, j’ai très envie de déménager à New York, est-ce que vous cherchez… Et puis, de fil en aiguille, au bout de deux-trois jours, ça n’a vraiment pas pris beaucoup de temps, je suis tombée sur un agent qui cherchait, qui m’a dit de venir faire des entretiens. Et une fois que j’ai eu cet entretien, que j’ai pris mon billet, j’ai rappelé d’autres agences, avec qui j’avais un discours différent, auxquelles je disais, je serai à New York à telle période, je viens passer des entretiens, et là, du coup, les portes s’ouvraient beaucoup plus facilement. Je ne sais pas du tout si j’aurais le courage de faire ça aujourd’hui parce que, déjà, on a perdu cette habitude d’être au téléphone autant qu’avant. Et franchement, si quelqu’un m’appelait aujourd’hui et me disait bonjour, je suis française, je veux vivre à New York, je cherche un travail, je ne sais pas si j’aurais vraiment le courage de le faire et je ne sais pas ce que je penserais de cette personne. Mais bon je l’ai fait. Et de fil en aiguille, j’ai trouvé un job à New York.

Donc, à l’été 2006, je suis allée à New York une semaine. Je ne connaissais personne mais j’ai la chance que le beau-frère de ma sœur y vive, il est dans la finance. Il m’a accueilli, il m’a vraiment fait découvrir New York de façon vraiment incroyable. La journée il travaillait et moi je me baladais. Et partir, ça a été un vrai choc émotionnel. De rentrer à Paris ça a été très difficile. J’ai su tout de suite qu’il fallait que j’y retourne. Et malgré le fait que les gens essayaient de me décourager en me disant que ça allait me passer, j’ai commencé à passer des coups de fil à des agents sur place et je m’étais dit, je vais essayer de trouver un job en tant qu’agent de photographe. Si je trouve c’est génial, si je ne trouve pas, je prendrai un stage, si je ne trouve pas de stage, j’irai trois mois mais de toute façon j’y vais. J’ai eu de la chance de trouver un job, un petit peu facilement, mais bon j’ai quand même vraiment appelé. J’ai fait tout ce que je pouvais pour trouver un job. Je ne me suis pas arrêté aux problèmes de visage. Rien ne pouvait m’arrêter, j’allais y aller. En fait, je pense que les gens l’ont senti aussi. Et donc j’y suis allée. J’ai emménagé à New York trois mois plus tard avec un job, avec un visa. Et là, j’ai eu un peu le choc des cultures. J’étais habituée à être agent de photographe où on est très fier des collaborations qu’on fait, on fait des super belles campagnes, on dit non à certaines campagnes si elles ne conviennent pas etc. Et j’arrive dans un milieu où, en fait, c’est l’argent qui décide de tout. Et surtout, je représente des photographes dont l’objectif de carrière, c’est vraiment de très bien gagner leur vie. Je sentais plus du tout ce côté passion, ce côté art. J’ai aussi très vite réalisé que les défilés, la mode, sur place, étaient vraiment un business, ça n’avait rien à voir avec, ici, ce qu’on a nous, un artisanat, une fierté nationale. Ça a été un petit peu difficile. Et surtout, c’est un vrai marché des célébrités. En 2006, déjà, c’était l’époque où Paris Hilton et Lindsay Lohan étaient sans culottes dans les taxis. On parlait beaucoup de ça. Et en fait, les photographes travaillent beaucoup avec des célébrités, c’est un énorme marché que je ne connaissais pas. Ça m’a fait très bizarre. Ça m’a vraiment déplu. Et je n’ai vraiment pas su si j’allais, je savais que je voulais rester à New York, c’était une évidence mais je me suis dit merde je pense que je ne vais pas pouvoir être agent, je ne vois pas très bien comment ça va fonctionner. Et puis finalement, j’ai rencontré Chantal Weber qui a un bureau d’agent de photographe à Londres, qui a un bureau à New York et qui a un goût exceptionnel, vraiment, un œil incroyable pour repérer les talents, de très beaux photographes, des stylistes. Et là, en fait, ça a changé les choses. Du coup, j’ai retrouvé cette fierté d’aller dans des rendez-vous en présentant des books très beaux et je me suis enfin créée un réseau de gens très intéressants, passionnés par ce qu’ils faisaient et j’ai travaillé sur de très belles campagnes. J’ai repris un peu confiance dans le fait qu’aux Etats-Unis, il y avait, c’était un monde d’argent mais il y a quand même toujours des gens qui sont intéressés par ce qui est beau.

Est-ce que tu peux nous expliquer concrètement ce que fait un agent, parce que je trouve que c’est un métier qu’on ne connaît pas trop. Déjà moi je ne le connais pas trop, donc j’imagine qu’il y a plein d’autres gens qui ne comprennent pas trop comment ça fonctionne.

En deux mots, un agent c’est la personne qui va amener un contrat publicitaire ou qui fait gagner de l’argent à quelqu’un d’autre. Mais un agent de photographe ou un agent d’artiste, c’est quelqu’un qui présente le travail artistique aux bons interlocuteurs, en fait, dans la mode. Enfin, pour moi en tout cas, dans mon milieu, c’est quelqu’un qui a à cœur les intérêts des artistes et qui représente leur travail, afin de leur trouver des contrats qui vont être en phase avec ce qu’ils veulent faire. Donc, c’est-à-dire qu’un photographe de mode, on va voir une agence de pub, on va avoir une marque de mode, on essaie de trouver les bonnes personnes et on montre leur dossier de photos en espérant qu’ils vont ensuite avoir un contrat publicitaire ou une série de mode.

C’est ça le quotidien d’un agent, c’est spoter des talents, discuter avec eux, comprendre leur univers, leur vision et ce qu’ils ont envie de faire pour eux et d’aller voir tout un tas d’interlocuteurs qui sont des agences, des marques. Plutôt des agences ?

Ça dépend. Moi j’ai toujours travaillé beaucoup plus avec les marques de mode, de luxe, de beauté. Donc, en fait, dans ce milieu-là, il y a quand même beaucoup de choses qui se font directement avec les marques. C’est vraiment un balance, un mix entre des agences créatives, parce qu’il y a aussi beaucoup d’agences boutiques comme l’agence ?,  Fabien Baron, ? qui sont des plus petites agences, qui gèrent vraiment des gros clients luxe. Il y a des grosses agences de publicité qui ont certaines marques de luxe mais qui gèrent, quand même, beaucoup plus les grosses marques de tous les jours, Coca-Cola, voitures etc. Et ensuite, les marques en elles-mêmes qui ont, au sein de leur groupe, des unités qui sont spécialisées pour le marketing, la communication. Maintenant ça a encore plus changé, c’est-à-dire qu’avec tout ce que le digital a ouvert, les marques ont beaucoup plus de choses en direct qu’avant et elles font appel aux agences vraiment plus pour les grosses campagnes créatives et puis pour une vraie ligne de conduite et esthétique. Mais après, elles font beaucoup de choses en direct.

Très bien. Revenons alors à New York. Fin des années 2000…

Donc là, on est maintenant en 2008, crash économique. Moi je travaille pour une petite agence dont le bureau principal est à Londres et c’est vrai que je panique un peu. Mais bon, on tient le choc, tout va bien. On voit, quand même, que le milieu est en train de changer. Tout change, tout commence vraiment à changer. Les tarifs changent, les photographes de mode commencent à baisser leurs honoraires et les droits. On sent quand même un climat, surtout à New York, une vraie compétition. Et puis, les choses se calment un petit peu. Mais là c’est aussi l’entrée du digital, l’entrée des blogs, surtout à ce moment-là du street style, un peu la révolution des défilés. C’est ce moment-là, c’est 2008-2009-2010. Et là, il y a un vrai chamboulement dans la mode, c’est-à-dire que les fashion editors deviennent un peu des stars de la mode. Et il y a toute une vague de nouveaux intervenants qui prennent une importance immédiate. Quelqu’un comme Garance Doré que j’ai eu la chance de rencontrer en 2010. Parce qu’en 2010, j’ai changé d’agence. Je suis allé chez Walter Schupfer Management. Elle était représentée par cette agence à Paris, par quelqu’une qui s’appelle Salomé et qui avait tout de suite vu que Garance allait avoir une vraie place sur le nouveau paysage de la mode, de la créativité, et qui l’a tout de suite aidé, en fait, à faire de très belles collaborations, à se démarquer des autres qui commençaient aussi comme ça. Et moi, quand j’ai rencontré Garance, elle avait déjà fait de très jolis projets à Paris et elle décidait d’emménager à New York. Donc, moi, mon rôle c’était vraiment de voir comment, à New York, on allait pouvoir continuer sur cette trajectoire et, en plus, conquérir le marché américain. Parce que c’est un marché qui est complétement différent, qui est beaucoup plus gros. Elle avait un appeal en tant que Française qui était différent parce que les Américains sont obsédés par les Françaises. Mais, en même temps, elle venait d’un milieu qui était très niche encore. Mon travail s’est complètement métamorphosé en 2010. Je suis passée d’agent de photographe pur et dur, à agent de photographe et agent de Garance Doré. Ce qui, en fait, a changé complètement ma vie, ma carrière. Et voilà, ce qui fait que j’ai commencé, j’ai monté ma propre agence alors que ça n’avait jamais été un objectif. Je n’avais jamais en idée d’avoir une agence, de devoir gérer des employés.

Ça vient de quoi ce déclic ?

En fait, en travaillant avec Garance, si tu veux, il a fallu que je réfléchisse à comment la démarquer des autres et aussi à savoir ce qu’elle, elle allait vouloir faire. Quand on travaille avec quelqu’un comme ça, on ne travaille plus juste avec une artiste, on travaille avec une artiste, une célébrité, une marque en elle-même. Et donc, c’est vraiment aller voir les marques avec lesquelles elle a envie de travailler, réfléchir aux projets qu’on peut faire, que ce soit des collaborations de produits, que ce soit des événements, que ce soit des campagnes photos, des campagnes films. Elle a fait aussi un très bon podcast également. C’est vraiment, tout est possible. Et donc, c’est d’aller voir les marques et de leur dire voilà, qu’est-ce que vous faites en ce moment ? Est-ce qu’il y a quelque chose sur lequel on peut travailler ensemble ? On a pensé à ça, est-ce que ça vous intéresserait ? On pourrait le développer de cette façon… D’un côté, je faisais ce genre de projets incroyables, je rencontrais des gens à des très hauts niveaux dans des marques et dans des agences. Et de l’autre côté, je faisais toujours mon travail qui était être l’agent mère de Walter, gérer l’image de l’agence, gérer tous les nouveaux talents que je faisais rentrer, leur trouver des campagnes etc. C’était un peu Docteur Jekyll et Mister Hyde. J’avais vraiment deux métiers. Et Garance grandissait, elle prenait de plus en plus de mon temps. Et en même temps, les projets que je faisais avec elle m’intéressaient le plus. Donc, il y a eu un moment donné, je me suis dit bon il faudrait que je trouve un endroit où ça, ça se développe. Et puis il n’y en avait pas encore. Et l’idée d’aller dans une autre agence ne me tentait pas vraiment. J’aime beaucoup Walter, qui est devenu mon business partenaire maintenant. Et Garance m’a encouragée, on a monté avec Walter cette nouvelle agence qui s’appelle POOL Creatives, qui s’appelait POOL Represents. L’idée c’est de représenter des femmes multidisciplinaires qui ont une vraie place dans le digital, qui ont un vrai following dans les social medias, de par leur talent. Qui ont créé une vraie communauté de fans, de leur talent, de leur esthétique, du message qu’elles essayent de développer. Que ce soit dans la mode, dans la musique, le design, le fitness, le wellness. Elles sont vraiment toutes très actives, elles font énormément de choses et on collabore maintenant avec les marques de toutes ces façons différentes.

Quand tu as monté l’agence POOL avec Walter, Walter t’a accompagné, ils t’ont aidé à t’installer ?

 

Exactement. On avait travaillé ensemble déjà depuis cinq ans et je pense que, il y a une confiance qui s’était installée. Moi je suis très dedicated, je suis désolée, je suis très impliquée et j’aime avoir vraiment une vraie fierté dans ce que je fais. J’ai vraiment toujours travaillé très dur et je pense qu’il le savait. Je suis très consciente des efforts qu’il faut faire. Et il m’a fait confiance, il a voulu le faire et puis je pense qu’il aimait aussi beaucoup voir ce qui se passait. C’est quelqu’un qui est pas juste réactif, il regarde vraiment ce qu’il se fait. Il a vraiment envie de faire partie des nouveautés. On est dans un milieu qui est hyper excitant maintenant, avec la tech, on fait vraiment partie de, dès qu’il y a des changements on y est. C’est un monde hyper fluide, c’est vraiment passionnant quand même ce qui se passe.

Explique-nous ton quotidien.

Mon quotidien c’est, donc j’ai une équipe, j’ai un bureau. C’est donc de travailler avec mon équipe à New York et de penser à des clients avec lesquels, nous, on aimerait travailler. Ou alors de penser à des clients avec lesquels nos artistes aimeraient travailler. En fait, tout part de là, tout part vraiment d’une envie de, quelles sont les marques qui nous plaisent, est-ce que, parce que dans ces cas-là il y a une vraie affinité, on se force pas. On n’est pas là pour transformer une marque non plus, on est là vraiment parce qu’on aime ce qu’elles font. Ou parfois on pense à des marques qui ont un potentiel et qu’on pourrait peut-être aider. Vraiment c’est ça, c’est un désir de travailler avec des marques, de les contacter, de se présenter, de parler de notre travail, de parler de nos talents qui, on pense, sont les plus à même de leur plaire. Moi j’essaie vraiment de faire attention et ne pas faire perdre de temps aux gens. C’est-à-dire que si je fais un rendez-vous, je ne vais pas montrer tous les gens que je représente. Je présente les deux, trois ou quatre personnes qui peuvent plaire. Hier par exemple, j’ai fait un rendez-vous, j’y allais pour montrer une personne, et en fait, au fil de la conversation, je me suis aperçue qu’ils allaient certainement être intéressés par une autre personne. Donc du coup, et ce qui a été le cas, en fait, ils ont été beaucoup plus intéressés par quelqu’un d’autre. En fait, c’est être beaucoup à l’écoute de ce que veulent faire les marques, être beaucoup à l’écoute de ce qu’ils font. Donc, en fait, moi je passe beaucoup de temps à écouter. Beaucoup, beaucoup de temps à écouter ce que font les autres, ce que font les marques, ce que font les artistes. A beaucoup, beaucoup lire la presse mode, monde pour voir ce qui se passe. Je trouve que ce qui se passe dans la tech c’est très intéressant, ça aide aussi à voir ce que les marques vont vouloir faire ou les nouvelles applications qui vont être disponibles et en quoi ça va encore changer ce qu’on fait. C’est vraiment un métier d’adaptation je dirais. Mais vraiment mon quotidien, c’est de faire des rendez-vous, de contacter des gens, d’envoyer des présentations, d’envoyer des emails, de faire des devis, d’aller sur des shootings. C’est divers et varié. Je voyage beaucoup, du coup, soit pour des rendez-vous, soit pour des clients, soit pour des projets. C’est tous les jours différent.

Pourquoi un artiste a besoin d’un agent parce que les gens avec qui tu travailles, que ce soit une Garance Doré ou tous les autres, c’est des gens qui sont hyper smart, qui sont hyper intelligents, qui sont hyper introduits dans le milieu, pourquoi ils ont besoin de toi ?

En fait, très souvent, au début ils n’ont pas besoin. Et ils ne devraient pas, comme ça ils s’aperçoivent de ce que c’est que de vraiment aller vers les gens en leur disant j’ai envie de travailler avec toi. Il y a une vraie différence entre connaître les gens socialement, se croiser en soirée ou être assis à côté à un défilé et ensuite, d’aller vers eux pour leur demander quelque chose, leur dire faut qu’on travaille ensemble. Et encore ça, ça peut se faire. Après, il y a un moment donné, où c’est très difficile de parler d’argent, de négocier, d’être ferme, d’être vraiment ferme, parce que chacun a une valeur, on ne peut pas… Et je pense qu’il y a un côté trop peu émotionnel, trop proche, quand on est artiste, d’avoir à négocier sa valeur. C’est beaucoup plus facile pour quelqu’un d’autre, de la même façon que pour moi, c’est quasiment impossible de négocier mon propre salaire. En revanche, je n’ai aucun problème à parler d’argent en ce qui concerne les autres. Un artiste qui va arriver sur un photo shoot, il faut que sa relation avec un client soit complètement fraîche, elle soit hyper positive. S’il y a eu des soucis, des petits conflits au moment de la négociation parce que on voulait être plus payé que ce qu’il voulait ou vice-versa. Ce n’est jamais vice versa d’ailleurs, personne ne veut jamais payer plus que ce que l’on veut. Ça peut vraiment créer des conflits sur le shooting, ça peut vraiment créer un climat difficile. En fait, l’artiste ne doit jamais faire partie de ces conversations de mon point de vue. Il doit toujours être représenté par quelqu’un, quelqu’un doit toujours être le bad cop, on dit aux Etats-Unis. Moi, mon rôle, c’est de faire en sorte que mes artistes, même si parfois ça leur arrivent d’être un petit peu capricieux sur certains projets, personne ne le sache. S’il y a quelque chose, si quelqu’un doit prendre la faute c’est moi, c’est mon travail. C’est pour ça qu’on a une commission, etc. On est là pour le protéger, pour faire en sorte qu’il puisse uniquement se concentrer sur ce qui est leur rôle, c’est-à-dire développer un projet créatif et que ça soit beau, que ça se passe bien. Il n’y a rien qui doit entacher cette partie-là.

Est-ce que tout le monde a besoin d’un agent ?

C’est une grosse question aujourd’hui. Les marques, de plus en plus, font appel à des entrepreneurs pour les représenter. Non, je pense que tout le monde n’a pas besoin d’un agent au quotidien parce que tout le monde n’a pas plus de… Il y a beaucoup de gens qui ont un projet, peut-être, dans leur vie, un projet par an. En revanche, tout le monde devrait faire appel à un agent si quelqu’un vient vers eux et qu’il y a une négociation monétaire, pour les raisons que je viens d’expliquer.  Mais non, tout le monde n’a pas besoin d’un agent.

J’aimerais bien que tu me donnes de 2 ou 3 tips, parce que moi, avec mon podcast, je commence à, je ne commence pas à être sollicité mais je sens que je vais être sollicité à un moment ou un autre, comment on fixe un prix ? Comment tu mets une valeur sur quelque chose ?

C’est l’offre et la demande. Donc, tout dépend aussi de personnes qui te contactent. C’est vrai qu’il y a des marques qui arrivent à travailler avec des mannequins, des célébrités, des artistes pour des tarifs beaucoup plus bas que d’autres. Il y a vraiment une balance entre l’image que ça t’apporte et ce que ça peut générer dans le futur. C’est-à-dire que, travailler avec une grosse marque de luxe comme Chanel, Dior ça peut faire exploser la carrière de quelqu’un. Ils le savent, donc peut-être qu’ils vont payer moins qu’une marque qui n’a pas une image exceptionnelle et qui a vraiment besoin de pouvoir se payer le travail de quelqu’un qui va les aider, eux. Donc, en fait, ça dépend qui est-ce qui t’aide. Est-ce que c’est la marque qui va aider ta carrière ? Ou est-ce que, toi, tu vas aider cette marque ? Déjà il faut un petit peu voir ça. Est-ce que ça va t’aider ? C’est un rapport de force. Et est-ce que toi ça t’aide ou est-ce que c’est uniquement financier ? Quand c’est uniquement financier, en général, il faut se dire, moi je veux bien travailler avec vous mais je ne me vois pas le faire à moins que ça. Ou tu te renseignes aussi un petit peu. Si tu n’as pas d’agent par exemple, tu te renseignes un petit peu sur ce que les autres font. Ça dépend. Pour quelque chose comme le podcast par exemple, quels sont tes frais ? Déjà, disons que tu cherches un sponsor pour un podcast, c’est couvrir tes frais au minimum. Donc ça c’est les débuts. Et puis ensuite, c’est combien de ton temps ça te prends. Après, il faut essayer de se dire, moi mon tarif à la journée c’est ça, et travailler avec vous, ça me va me prendre quatre jours, entre les préparatifs, l’enregistrement, l’editing, la mise en place, etc. Et ensuite, ça donne un peu une vraie vision de ce que chaque projet te coûte, toi, en temps, en image et tu peux arriver plus facilement à établir un tarif. Mais c’est vrai qu’on se trompe beaucoup et puis on demande conseil et en fait, à un moment donné, on trouve un prix.

Très bien. Merci. Les artistes quand tu, c’est quoi ta relation avec chacun d’entre eux ? Comment tu travailles avec eux au quotidien ?

Elle est différente pour chacun. Il y en a qui sont, en plus, maintenant je représente un groupe de femmes qui est très différent d’avant. Avant, je représentais que des artistes freelance. Donc en fait, leur gagne-pain c’était les campagnes de pub qu’ils faisaient avec nous. Donc moi, mon travail c’était vraiment de leur faire gagner leur vie. Grosso modo. Maintenant, il y a certaines des filles que je représente qui sont aussi entrepreneuses, donc elles ont aussi des compagnies qu’elles gèrent. Donc elles ont des besoins différents ces filles-là. Elles ont aussi des publicistes qui gèrent leur compagnie. Donc avec certaines, c’est vraiment un contact quotidien. Par exemple, avec Garance, quand on travaillait ensemble, c’était un contact quotidien. Où on en est dans les projets ? Qu’est-ce qu’on fait demain ? Où on en est avec ce client ? De quoi tu as besoin ? etc. Avec quelqu’un comme Ana Kras qui est une photographe, une designer, elle travaille aussi avec des galeries d’art etc. Donc on se parle moins régulièrement, elle a vraiment des projets très personnels. Et puis après, il y a des gens qui ont plus ou moins besoin d’être accompagnés que d’autres. Donc j’essaie d’être assez proche. Faut faire attention de ne pas être trop proche. C’est très facile de devenir fan de ces artistes et d’avoir envie qu’ils nous aiment autant qu’on les aime. Faut pas oublier que c’est aussi, quand même, un rapport d’argent. Et que ça, c’est toujours ce qu’il faut garder en tête, c’est que tant que tout va bien, il n’y a pas de problème, il n’y a pas de, mais, si tout d’un coup, tout va mal, ce rapport amical qu’on pensait avoir, il disparaît rapidement. C’est vraiment, il faut garder la tête froide. On n’est pas là pour être leurs amis malheureusement.

Donc tu te protèges ?

Il faut beaucoup se protéger. J’ai fait l’erreur, plusieurs fois, tout au long de ma carrière. J’ai fait l’erreur, il y a très longtemps, à Paris. J’ai fait l’erreur deux fois aux Etats-Unis. Où, en fait, on se livre beaucoup. Et en fait, de se livrer beaucoup parce qu’on a l’impression qu’on peut, parce qu’on se parle tous les jours, parce que c’est presque des gens avec qui on parle plus qu’avec notre famille et qui se livrent eux aussi beaucoup. Mais eux peuvent se livrer beaucoup et nous, c’est très important pour nous, de savoir ce qui se passe dans la vie de nos artistes parce que ça va avoir un impact sur leur travail. Surtout quand les choses ne vont pas très bien. Mais nous, si les choses ne vont pas très bien, eux, très souvent ils se disent ah ben donc ça veut dire que là, t’as pas la tête à travailler quoi… Et ça c’est la vraie grosse différence. C’est qu’on n’est pas amis, on ne peut pas se confier comme ça. Il faut avoir un rapport proche, suffisamment proche, de vraie confiance. Parce que c’est vraiment un rapport de confiance incroyable d’être agent. On a vraiment la carrière et l’apport financier de quelqu’un entre les mains. Donc ce n’est pas un truc qu’il faut prendre à la légère. C’est vraiment très important qu’il y ait une vraie confiance.

Et tu as l’exclusivité à chaque fois de ces créatifs ?

Pas forcément. Pas forcément, parce qu’ils y en a certains qui sont représentés dans d’autres pays. Ils y en a qui sont représentés pour la télé par exemple. C’est un métier qui est complètement différent et qui ne m’intéresse pas forcément. En tout cas, pas aux Etats-Unis. Il y en a qui sont représentés par des galeries, auquel cas, il faut vraiment travailler main dans la main parce que la côte d’un artiste en galerie fluctue et donc, certains projets commerciaux sont pas toujours les bienvenus. C’est vraiment un travail d’équipe. Et puis certains travaillent avec des agences de PR. C’est un travail d’équipe. Faut essayer de ne pas avoir trop d’ego et de vraiment avoir en commun, juste, le succès de l’artiste. C’est vraiment la priorité.

Comment un artiste reste au top, reste unique, je lisais dans ta description de site web, que tu travailles avec les artistes pour qu’ils se démarquent et qu’ils travaillent leur unicité, et qu’ils restent complètement uniques. Comment on fait ?

Il faut dire beaucoup non à des projets qui, parfois, peuvent être très attractifs. Parce qu’ils vont être beaucoup vus, parce que ça va mettre le nom de la personne très en avant et parce qu’ils vont être très bien payés. Mais, si la marque n’est pas, si la marque ne les aide pas à aller plus loin. C’est-à-dire qu’il y a certaines marques avec lesquelles on va travailler très vite, qui peuvent m’empêcher de travailler avec d’autres plus tard. Ça, moi je peux beaucoup les aider en les guidant, en leur recommandant de ne pas faire ci, de ne pas faire ça, de leur présenter d’autres artistes pour qu’ils se créent des vrais liens et autres. Donc mon métier, aussi, c’est de les présenter à beaucoup de gens qui vont les aider à être créatifs, à pousser leur travail. Mais il y a quand même un moment où, s’il n’y a plus de passion de leur part, moi je ne peux quand même rien faire. C’est vraiment aussi, ça c’est vraiment aussi leur travail de vouloir avoir envie de continuer, de vouloir avoir envie d’être curieux. Il faut être très curieux dans ce métier. Qu’on soit les accompagnateurs ou qu’on soit les artistes, il faut être très curieux de savoir ce qui se passe, voir ce que font les autres. Et pas avec un côté compétition mais vraiment avoir un côté admiratif du travail des autres. Je pense que quand on arrive à continuer à être admiratif du travail des autres et à pouvoir dire de quelqu’un d’autre, avec qui on est peut-être en opposition sur certains projets, j’ai vraiment aimé ce que tu as fait, ça m’a vraiment fasciné, c’était très beau, ou quel impact. Mais moi pareil, avec certains agents de dire, j’aime vraiment les gens que tu représentes, c’est très beau. De continuer à vibrer c’est important. Ça vient vraiment par la curiosité, l’ouverture d’esprit et surtout de garder cette flamme intérieure, d’avoir envie de faire des belles choses.

Tu représentes uniquement des femmes, pourquoi ce choix ?

Alors quand j’ai commencé à y penser, en 2014-15, ce n’était pas tellement une volonté ultra féministe comme il y a maintenant. C’est vrai que maintenant les gens disent waouh, c’est incroyable surtout au jour d’aujourd’hui, blablabla. Moi j’ai travaillé avec beaucoup d’hommes, beaucoup d’agents hommes, producteurs hommes, mon boss c’était un homme, beaucoup des photographes que je représentais étaient des hommes, c’était des hommes avant, dans les agences d’avant aussi. J’avais vraiment une envie de fluidité, de travailler avec des femmes. Je trouve que les femmes, elles sont beaucoup plus à même de faire des choses, d’essayer des choses qu’elles n’ont pas fait avant. Et puis, il y avait aussi beaucoup cette envie de montrer qu’on peut être un groupe de femmes qui s’entraide, qui collabore. Je trouve que, très souvent, les femmes ne collaborent pas forcément. Ce n’est pas forcément les premières à se tendre la main. Elles sont plutôt là à regarder ce que font les autres pour voir si c’est mieux ou pas. Donc, c’est venu plutôt de ça, de vouloir avoir envie de créer une vraie communauté d’artistes féminines. Et puis aussi, parce que j’avais plus de trente ans et je trouve que les femmes, passé un certain âge, elles sont très contentes d’avoir de la compagnie féminine autour d’elles. Voilà, c’était un vrai désir d’avoir envie de travailler avec des femmes, de collaborer. C’est vrai qu’aussi, c’était le moment où Hillary Clinton commençait à faire sa campagne, il y avait quand même ce mouvement en moi qui se voyait, je sentais que c’était le moment d’aller dans cette direction.

Ta plus grande satisfaction dans ton métier c’est quoi ?

Ça dépend des jours. Ma plus grande satisfaction c’est parfois d’arriver, enfin, à travailler avec une marque avec laquelle je parle depuis des années. Même s’il n’y a pas d’argent mais que l’on est enfin sur un projet ensemble et j’en suis très fière. Donc ça c’est quelque chose d’incroyable. Mais c’est aussi de m’apercevoir que j’ai eu, j’ai pensé que cette artiste arriverait à faire ce genre de projet ou irait dans cette direction dans sa carrière et d’y arriver. Ce n’est pas facile comme métier d’être agent. C’est beaucoup de non. C’est beaucoup entendre non. C’est beaucoup peut-être, un jour, on verra… C’est un vrai roller coaster émotionnel. Faut être très fort. Il ne faut jamais avoir d’égo parce que ce n’est jamais, on ne s’intéresse jamais à moi, on s’intéresse aux autres. C’est toujours être behind the scene. Ce n’est jamais, faire des interviews c’est quand même très rare. Donc, c’est pour ça que j’espère que je suis à la hauteur. Parce qu’on me parle des autres, on ne me parle pas de moi. Et ça me convient très bien. Si j’avais voulu être sur le devant de la scène, j’aurais fait autre chose. Mais c’est, en fait, c’est une fierté plutôt je dirais, qu’une satisfaction, de voir que j’ai eu raison sur certaines artistes, de voir que j’ai eu raison d’être patiente, de voir que mon travail porte ses fruits. Je choisi de poursuivre certaines directions parce que j’ai envie d’être très fière de ce que je fais. Et je garde une ligne de conduite alors que parfois on est tenté de faire des projets ou de représenter des gens juste pour des raisons financières. Je garde une ligne de conduite parce que je veux être très fière des gens que je représente. Moi je suis très contente, si demain, une de mes artistes shoote un édito, non payé, ou fait une campagne pour une marque très bien payée. Les satisfactions elles changent tous les jours. C’est d’avoir travaillé comme une folle sur une présentation et d’avoir un coup de fil d’un client qui dit, c’est bon, c’est vous qui avez le projet.

C’est quoi ton moteur ?

Mon moteur, tu veux dire pour continuer ?

Mouais, pour continuer. Qu’est-ce qui te pousse à faire ce que tu fais aujourd’hui, à être si ambitieuse et déterminée.

Il y a deux choses. Il y a continuer à découvrir des artistes qui m’intéresse et ça c’est quand même incroyable. Aujourd’hui, je découvre tellement de choses grâce à Instagram, tellement d’artistes. Il y a tellement de gens avec qui j’ai envie de collaborer. Que ce soit en les représentant ou en les proposant à des clients pour certains projets. Parce que c’est ça qui est super aussi, c’est que maintenant que j’arrive à développer des campagnes avec des marques, je peux aussi enfin travailler avec des gens que je ne représente pas forcément, parce que ce n’est pas forcément des gens qui sont dans mon roaster mais qui sont parfaits pour un projet. Donc ce qui continue à me pousser, c’est de découvrir des talents. Mais c’est aussi les rencontres que je fais. Hier, j’ai fait un rendez-vous dans une agence de com ici à Paris. J’ai rencontré des gens supers, qui parlent avec autant de passion que moi des marques que, eux, ils représentent, d’avoir envie de travailler avec eux, les connexions etc. Parce que si je ne pense pas à ça, aux futurs projets potentiels, aux talents et autres, c’est vrai que c’est un métier un petit peu ingrat. Personne n’aime les agents. Il faut quand même me dire ce qui est. Il n’y pas d’agence de pub, il n’y a pas de clients, il n’y a pas vraiment beaucoup d’artistes qui vont dire ahlala, moi les agences je les adore, ils sont indispensables dans ma vie et j’adore les appeler. Ce que disent toujours les gens c’est, moi si je peux, je travaille en direct. Et moi ça me fait beaucoup de peine. Nous on travaille comme des bêtes pour représenter nos artistes.

Elle vient de quoi cette mauvaise image de gens qui viennent grignoter sur le dos d’autres gens ? C’est horrible, t‘apportes vachement de business, t’apportes vachement de valeur ajoutée j’ai l’impression.

Oui, mais il y a beaucoup de gens, en fait, qui nous voient juste comme ceux qui prennent de l’argent aux autres, comme les gens qui ne pensent qu’à l’argent alors que c’est pas du tout vrai. Il y a beaucoup d’agents de mannequin on leur dit qu’ils ne pensent qu’à l’argent, mais il y a aussi beaucoup d’agents de mannequins qui pensent sur la longévité de la carrière de leur mannequin, qui disent beaucoup non pour protéger l’image des filles. Et puis, c’est pareil, j’imagine, dans tous les milieux. J’imagine le milieu littéraire, que je connais moins bien, mais les agents littéraires c’est pareil. Oui, c’est toujours, tout le monde doit gagner sa vie. Nous on ne gagne qu’une commission donc il faut forcément que les gens gagnent bien leur vie pour que nous on puisse bien gagner la nôtre. Mais on n’est pas là pour voler les autres. En fait, il y a une espèce d’image, où on nous prend un peu pour des chacals, si je puis dire, alors que pas du tout. On a les meilleurs intérêts au monde pour nos artistes et puis, en général, quand on a une bonne relation avec les clients, c’est parce qu’on a aussi leur intérêt à cœur.

C’est quoi d’ailleurs les commissions, le pourcentage que vous prenez ? Pas forcément toi. Mais globalement, les chiffres dans l’industrie, c’est quoi ?

Alors ça dépend. Les agents de photographes, en général, c’est 25%. Les agents de stylistes, mannequins, coiffeurs, maquilleurs, c’est 20%. Je crois que dans l’audiovisuel, la télé, le cinéma c’est 10% parce que là on parle de cachets qui sont énormes. Mais, en général, c’est ça. C’est entre 10-15-20-25. Je ne connais pas de milieu où ce soit plus mais après il y a des deals qui sont personnels à chaque. Mais la majorité, je dirais, dans le milieu de la mode, c’est 20-25%.

T’as des collaborateurs. Je ne sais pas combien tu en as.

J’en ai deux. Et puis après, j’ai des gens avec qui je travaille pour tous ce qui est comptabilité, pour laquelle je suis assez nulle. Un business partner. Et puis après, j’ai des collaborateurs à Los Angeles et à Paris.

Comment tu les choisis ces gens ? Qu’est-ce que tu attends d’eux ? Et comment tu fais en sorte, pour garder cet état d’esprit, que les gens aient les mêmes valeurs que toi, qu’ils protègent ces valeurs-là, dans leur quotidien et avec leurs artistes, et avec leur communication externe ?

Alors je me suis trompée plusieurs fois déjà. Il faut essayer de rencontrer des gens qui… Pour moi, on me demande, on me pose beaucoup cette question, quelles sont les valeurs que tu cherches, qu’est-ce qui est très important… Moi, je veux que les gens soient curieux parce qu’il faut qu’ils sachent ce qu’il se passe. Donc il faut qu’il y ait un vrai désir d’être curieux, naturellement, une vraie envie. Il faut que les gens me mettent à l’aise. Parce que l’on va quand même être tous les jours ensemble, il faut que je me sente confortable avec eux. Ça ne veut pas dire qu’on est pote, ça ne veut pas dire qu’on part en vacances, on boit des verres le soir ou autre. Non, en général, pas du tout, ça nous arrive de temps en temps. Mais c’est des gens avec qui je ne me dis pas comment je vais lui annoncer ci, comment je vais annoncer ça… Les choses sont simples. Et puis ensuite, moi j’ai besoin que les gens soient sérieux et qu’ils travaillent dur. Moi je demande beaucoup. Je suis très patiente, les six premiers mois, mais après il faut que ça marche. Il faut que ce soient des gens qui soient assez indépendants aussi parce que je voyage beaucoup et j’ai besoin de me dire que ces gens-là vont venir travailler quand je ne suis pas là. Evidemment, ce n’est pas des choses qu’on sait immédiatement mais il y a quand même, j’ai un instinct, j’arrive à voir ça. Mais je me suis trompée. Là, j’ai une fille au bureau qui s’appelle Kas, qui est incroyable, qui est très ambitieuse pour elle-même et je sais qu’elle sera aussi très fière de ce qu’elle fait.

Elle bosse pour elle.

Exactement. Et moi, c’est exactement ce que j’ai toujours fait, ce que j’avais dit à Walter quand je l’ai rencontré. Je bosse pour mes artistes, je bosse pour moi et ma réputation et donc je bosse pour toi. Très important, si je peux donner un conseil. Une des choses que je regarde le plus sur les CV, c’est tous les combien de temps les gens quittent un travail. C’est-à-dire que si quelqu’un a des jobs différents tous les ans ou tous les 18 mois, en fait, c’est mauvais signe, dans tous les sens du terme. Soit c’est quelqu’un de très instable, auquel on ne peut pas faire confiance donc on va perdre son temps à les briefer sur ce qu’il faut faire et il va partir. Soit c’est quelqu’un qui est un mauvais élément et qui se fait virer tous les ans ou tous les 18 mois. Mais quoiqu’il arrive, montrer une instabilité et des changements constants ça va une fois ou deux parce qu’on peut dire j’ai fait une erreur, ça ne m’intéressait pas. Une autre fois parce que l’univers de la société me convenait pas. Mais après, c’est plutôt, c’est toi qui a un problème je dirais. Moi j’ai besoin d’avoir confiance que les gens vont rester. Sinon je ne vois pas pourquoi moi je m’investirais.

Parce qu’en plus, on est opérationnel au bout de 6 mois, 1 an ?

Au moins 1 an oui. En tant qu’agent, c’est 6 mois de développement et ensuite un autre 6 mois pour commencer à avoir des retombées. Il faut vraiment un an.

Comment tu fais pour, parce que tu me disais, avant l’interview, que tu passais beaucoup de temps, tous les matins, à lire des blogs, des magazines etc. Tu regardes quoi pour rester au top of the top de tes connaissances ? Et surtout, pour nourrir ta curiosité ?

Je ne peux pas dire tout parce que ce serait faux. Mais déjà, j’ai de la chance, j’ai un mari qui est, plus ou moins, dans ce milieu et qui est aussi extrêmement passionné de mode, d’art, de culture, de musique. Bon, après on a des goûts complètement différents. Je ne peux absolument pas écouter la même musique que lui, c’est horrible ! Je ne mentionnerai rien du tout. Je ne veux pas le gêner non plus. Il ne comprend pas le français. Mais moi, je suis abonnée à tous les magasins qui sortent. J’ai sur mon iPad, les magazines français, les magazines italiens et espagnols que je ne comprends pas. Je regarde les photos, je regarde qui sont les photographes qui travaillent pour eux, les mannequins, quelles sont les collaborations qu’ils font. J’ai besoin de savoir un petit peu qui fait quoi. Avant je le faisais en tant qu’agent de photographe pour voir quels étaient les intervenants de ce milieu, quels étaient les photographes qui étaient dans ce magazine. Maintenant, je le fais de façon très différente. Je regarde quelles sont les news de ce milieu. Quelles sont les grosses compagnies qui ont reçu un investissement parce que ça veut dire qu’il va y avoir des changements, parce que ça veut dire qu’il va y avoir des changements d’image. Je regarde quelles sont les marques qui font des collaborations et avec qui. Est-ce que c’est avec des influenceurs ? Est-ce que c’est avec des artistes ? Est-ce que c’est avec des célébrités ? Et je lis, ensuite, beaucoup de plateformes digitales. Je lis, bien sûr, le site de Garance, Man Repeller, Into The Gloss, ?29, Business of Fashion, IDEA, Hype Beast qui est beaucoup plus street mais très bien fait. Et puis beaucoup d’autres. Mon mari m’envoie des liens constamment aussi. J’essaie de me tenir au courant. Mais bon il y a de plus en plus de sources, quand même.

C’est énorme. Il faut faire une sélection à un moment ou un autre.

Et puis après, bien sûr, il y a les heures passées sur Instagram, le soir pendant que je regarde un film pour voir qui a fait quoi. Quels sont les artistes avec qui mes filles peuvent être en compétition et qui ont eu certains des projets sur lesquels on travaillait. C’est vraiment une constante curiosité. Mais en même temps, ça permet d’aller en rendez-vous de façon confiante, de savoir de quoi on parle, ce qui se passe. Quand on ne sait pas ce qui se passe nulle part, on est sûr, un peu comme une biche face à des phares, un peu effarée, un peu en constante question.

Ouais tu te sens bête. D’ailleurs, je me suis senti bête tout à l’heure, en début d’interview.

Mais non !  Je suis un tout petit peu plus âgée donc je peux avoir lu un tout petit peu plus.

Est-ce que dans ton organisation t’as des tricks, des outils qui font que, ça te permet d’être organisée quoi. Comment tu fais pour être mieux organisée dans cette… Tu dois être sollicitée en permanence, tu es sollicitée sur ces blog, sur ces sites d’information, tu reçois beaucoup d’appels, tu es tout le temps par monts et par vaux, comment tu fais pour rester focus, organisée et efficace ?

J’aimerais tellement avoir une bonne réponse. Je ne le suis pas du tout. C’est un vrai problème. Ça ne m’empêche pas de fonctionner pour l’instant mais je ne le suis pas du tout. Alors moi je fais beaucoup de screenshot, de captures d’écran sur mon téléphone, ensuite je me les envoie par email. Je m’envoie des liens que je viens de lire pour les regarder et les relire. J’envoie constamment des profils Instagram à mes équipes pour soit des recherches, soit pour qu’elles les voient. Dès que je vois quelque chose d’intéressant, de toute façon, je le transfert à mon équipe aussi pour qu’elle le lise. Surtout si c’est des news importantes. Donc je n’ai aucun système. J’ai un très beau notebook, j’essaie d’écrire beaucoup dedans mais pas trop. Je rêve d’être techy, je rêve de pouvoir utiliser toutes ces applications. Mais j’ai déjà du mal avec Google Docs au grand désarroi des filles avec lesquelles je travaille. Donc je ne suis pas du tout organisée. Je dirais que I-Kall m’aide beaucoup.

C’est quoi ?

C’est sur un iPhone, c’est ton app calendrier. Donc, en fait, je note dedans demain appeler telle personne, écrire à telle personne, faire telle chose… J’ai une to do list mais sinon, moi je, en fait, je rebondis vraiment sur ce que je lis le matin. C’est vrai que je lance des projets, ensuite j’ai des équipes super qui font le follower et qui continuent derrière moi et autres. Et moi je continue, continue à emailer les gens que je découvre.

Avec qui tu rêves de bosser ?  Que ce soit artiste ou marque ?

C’est une grosse question. Avec qui je rêve de bosser ?

Ou tu bosses peut-être déjà avec.

Il y a tellement de gens qui sont intéressants. Je viens de découvrir une photographe incroyable que je rencontre en rentrant, j’espère signer. Je ne peux pas trop dire qui c’est parce qu’elle est représentée. J’ai pas, de la même façon que je n’étais pas fan quand j’étais jeune de qui que ce soit, j’avais tellement envie d’être avec cet acteur, ce chanteur, je ne sais pas si j’ai vraiment un rêve. J’ai envie de continuer à travailler avec des marques que je trouve belles. Je trouve que c’est hyper beau ce que fait Chloé là et j’adorerai travailler avec Chloé. Je viens de travailler avec Miou-Miou. C’est tellement beau visuellement, c’était un tellement beau projet, j’ai adoré. Mais j’adorerai travailler avec une grosse marque de tech parce que je trouve qu’on peut vraiment développer des supers projets aussi. J’adore travailler avec les marques de beauté parce qu’il y a toujours un lancement où on peut faire des choses incroyables. Je ne sais pas trop. Ça dépend. Et puis, c’est un milieu qui change tellement maintenant. Il y a un design différent partout tous les ans.

On arrive à la fin, j’aimerais bien continuer cette conversation pendant des heures et des heures mais il faut bien que ça se termine. Pour passer le relais qui souhaiterais-tu entendre dans ce podcast ?

Il y a plusieurs personnes que j’aimerais bien entendre. J’aimerais bien entendre Lolita Jacobs parce que je la trouve très intéressante. Elle est jeune, elle est fraîche. Et puis, c’est un peu une fille pareille, qui est un peu une muse mais un peu aussi behind the scene. Qui travaille vraiment côte à côte avec les designers.

Tu la connais ?

On s’est parlé plusieurs fois par email. On ne s’est pas encore rencontrées mais je la trouve vraiment intéressante. Et vraiment, elle a un super style en plus, que je trouve cool, et je pense qu’elle pourrait parler du métier de styliste d’une façon très différente d’autres. J’aimerais bien les gens qui sont plus dans le côté très business de la beauté, de la mode. Mais j’aimerais bien entendre Marie Gulin, qui était, qui est encore la CMO de L’Oréal USA et qui devient, dans les prochains mois, la CMO Calvin Global. CMO c’est Chief Marketing Officer. Et, en fait, ce qui est très intéressant avec Marie, j’ai la chance de la connaître, c’est que, elle a vraiment une énorme connaissance de tout ce qui est marketing, communication, impact sur une marque et une clientèle. Mais elle est aussi une vraie fan de la tech, de ce milieu, des nouveautés. Et, de vraiment inclure toutes ces nouveautés tech dans tout ce qu’elle fait dans les marques et d’en faire des marques extrêmement réactives. Elle est vraiment sur le devant de la scène avec les marques avec lesquelles elle travaille. Et là, j’ai hâte de voir ce qu’elle va faire chez Calvin. Mais voilà, je pense que c’est une femme, une Française, qui vit à New York, qui est très ambitieuse et qui a vraiment créé sa place dans ce milieu et qui devient une femme indispensable maintenant.

Génial. Ecoute Delphine, merci beaucoup pour ton temps, merci beaucoup pour cet interview.

Merci Adrien.

Et je souhaite plein de bonnes choses pour POOL et pour toi. A très bientôt !

Merci pour toi aussi.

Merci. Salut !

 

 

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