#23 Valérie Tribes – Chiffon Podcast – Transparence et naturel

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Pour lire la retranscription de l’épisode rendez-vous sur www.entreprendredanslamode.com

Dans ce 23ème épisode nous allons à la rencontre de Valérie Tribes, journaliste et fondatrice du podcast Chiffon.

Chiffon est le Podcast indépendant qui analyse notre rapport à la mode et aux fringues.  Valérie interview des femmes et des hommes, connus ou inconnus venant de milieux, de villes et de pays différents. On y parle avec un ton libre, pertinent et décalé.

Dans cette épisode Valérie revient sur son parcours, sur la genèse de Chiffon, sur son modèle économique de podcasteuse indépendante et bien sûr on parle de mode.

C’est un épisode passionnant, j’ai adoré interviewer Valérie, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à l’écouter.

Et surtout, Bonne écoute!

Invitée : Valérie Tribes de Chiffon

Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans « Entreprendre dans la mode ». Je suis aujourd’hui avec Valérie Tribes. Elle est la créatrice du célèbre podcast Chiffon. Bonjour Valérie.

Bonjour Adrien.

Bienvenue dans « Entreprendre dans le mode ». Est-ce que pour commencer, comme je demande à chacun de mes interviewés, est-ce que tu peux te présenter stp ?

Donc je m’appelle Valérie Tribes. Créatrice du célèbre podcast, je ne sais pas s’il est encore célèbre mais je suis journaliste depuis de longues années. J’ai commencé à la fin de mes études de droit, à l’âge de 25 ans. J’ai été journaliste, d’abord dans la restauration, dans la presse professionnelle de la restauration, secteur que j’ai adoré. Et puis à 30 ans, j’ai été attirée par les paillettes de la télévision et je me suis retrouvée très vite happé par la télé et j’ai détesté ce milieu. Donc par un concours de circonstances, je suis entré dans un magazine de mode « Perso », pour ne pas le citer et le groupe Hachette Filipacchi. Puis après j’ai enchaîné, je travaille pour Milk. J’ai enchaîné plein de choses en fait. Mon parcours a été assez, n’est pas linéaire. On pourrait croire que c’est un peu psychopathe ou instable. Pas du tout. C’est que j’ai toujours, et je suis très fière de moi, c’est que j’ai toujours réussi sans piston. C’est pour ça que je suis assez, j’ai la niaque et j’ai toujours réussi toute seule au fil de mes rencontres et au fil du hasard.

Comment on réussit sans piston ?

Je dirais que maintenant c’est quasiment impossible parce que j’accepte, dès que j’ai un peu de temps, j’accepte de prendre des cafés avec des jeunes étudiants pour leur donner des conseils ou autre, c’est un côté très mama italienne, et je leur dis que ce n’est pas évident quand on n’a pas de piston. Je crois que c’est dans tous les domaines ceci dit et surtout dans la mode. Moi je suis la première à m’inquiéter pour ma fille qui fait du fashion business et je me dis wouah dans deux ans elle va se retrouver sur le marché du travail,  je pense qu’elle aura besoin d’un coup de pouce. Donc y arriver sans piston, il y a quinze ans c’était possible, au fil des rencontres. Et puis, il y avait peut-être moins de concurrence aussi il y avait peut-être un peu moins d’attrait pour les médias. Et puis, il y a un autre élément aussi, je digresse un peu, mais les journaux avaient une vraie valeur. Maintenant, le travail gratuit a été encouragé par Internet donc tout se mélange en fait.

Et comment est née l’idée de faire un podcast ?

Moi j’ai toujours écouté des podcasts parce qu’au début quand j’ai créé Chiffons, donc il y a un an, c’est récent c’était en janvier 2017. Quand j’ai créé ce podcast les gens me, j’ai passé je crois six mois à expliquer aux gens ce qu’était un podcast. Et après il fallait la différence écouter, faire la différence entre écouter un podcast et écouter en podcast. Ecouter un podcast c’est écouter un podcast natif, un podcast indépendant. Ecouter en podcast c’est écouter une émission d’Europe 1 ou France Inter. Et ça, déjà dans la presse, quand je vois des journaux comme Télérama où, là ça y est je vais commencer à m’énerver un petit peu, ou des grands journaux qui disent voilà nos podcasts préférés sont ou qu’ils parlent de la difficulté économique des podcasts et qui nous citent les podcasts d’Arte, les podcasts de Radio France et après ils nous parlent de nouvelles écoutes ou de petits podcasts indépendants. Je me dis attends là, ils citent 4 situations économiques différentes. Pour revenir au podcast, moi j’écoute ça depuis des années. Il faut savoir que les podcasts existent quasiment depuis la création d’internet. Et j’ai écouté aussi des podcasts sur la mode aux Etats-Unis.

T‘écoutais quoi ?

Moi j’aimais bien le podcast de refinery29 et tout son univers, Man Reppeler s’y est mise aussi, Garance Doré aussi. Et puis après, j’écoutais d’autres trucs aussi, des conférences sur, comment dirais-je, sur la sociologie parce que je suis passionnée par la sociologie. Dans les universités il y a beaucoup de podcasts, il faut le savoir. C’est comme ça. Et aussi, j’ai un autre rêve secret que je vais t’avouer, c’est que je suis passionnée par la radio. J’ai grandi avec le média radio, avec des parents qui n’écoutaient que la radio. Et moi la première chose que je fais le matin, j’allume la radio, la première chose que je fais en m’endormant c’est que j’étais à la radio. Vraiment, je vis avec ce média et je me nourris de la radio et mon rêve serait de bosser à la radio C’est fin 2016 que j’ai pris la décision de créer Chiffons, j’arrivais à un déclin total au niveau des piges, on en reparlera peut-être.

T’as été pigiste toute ta carrière ?

Non, j’ai eu des postes de rédac chef notamment dans la presse people enfin j’ai fait vraiment plein de choses. Mais j’ai toujours été quand même journaliste de tendance, dominante tendance. Mais quand j’ai quitté ce poste de rédac chef, je me suis retrouvée pigiste et là j’ai vu la différence, le déclin du statut des pigistes, la précarité. Maintenant on demande aux pigistes d’être auto entrepreneur ce qui est parfaitement illégal. Il faut le savoir, un pigiste ne peut pas être auto entrepreneur. Bon maintenant tout se fait, je pense que même le Syndicat de la presse n’a plus le pouvoir qu’il avait avant. Moi je sais qu’avant je me suis déjà vu aller avec un syndicat de la presse voire un rédac chef en disant bon mon article vous l’avez copié, voilà il y avait un vrai pouvoir. Donc tout a changé, tout ce système a changé et je me suis dit j’en ai marre bon bah moi comme je ne suis pas pistonnée et que je ne fais pas partie de l’entre soi parisien des médias, je me suis dit bon je veux absolument faire de la radio donc je me suis dis pourquoi pas créer un podcast. J’ai regardé sur internet, ça m’a paru compliqué, j’en ai parlé une copine qui au départ s’est occupée de mon montage et elle m’a dit c’est super simple en fait. Et on est parti comme ça. J’ai lancé un appel sur Instagram et Chiffon est né.

Comment tu as décidé de la ligne éditorial, peut-être que tu peux le rappeler pour les auditeurs qui ne connaîtraient pas, ça m’étonnerait grandement mais…

En fait, la ligne éditorial, c’est assez drôle parce que je voulais faire un podcast sur la mode, mais pas un podcast sur les tendances. Parce que ça m’intéresse pas, moi ce qui m’intéresse c’est le côté social et anthropologique. Mais je me disais mais qu’est-ce que je peux faire… Et je t’assure que, c’est en ouvrant le meuble, en faisant une revue de presse, j’ouvre Marie-Claire et je vois untel et untel et untel nous parlent de leur mode. J’ouvre Grazia le même jour et je vois les mêmes personnes parler de leur indispensable dans leur garde-robe. Et je me suis dit j’ai Chiffons, j’ai le sujet. C’est faire parler tout le monde de la mode des gens connus, des gens inconnus, des hommes, des femmes, des ados, des vieux. On a tous à raconter quelque chose. Et de là, de fil en aiguille, c’est vraiment, je me suis aperçue en plus, au fil des interviews, que c’est une véritable introspection quand tu parles de ta façon de t’habiller. Moi, il y a plein de gens et surtout les hommes qui m’ont dit Halala mais ton truc ça vaut une séance de psy. Ou d’autres me disaient, non mais je t’assure je n’ai pas grand-chose à raconter. Surtout au début, j’avais du mal à avoir des invités donc je faisais passer les copains et je me souviendrai toujours de Jack, un américain qui m’avait dit non mais moi Valérie, je n’ai rien à raconter. En fait, à la fin du podcast, il m’a dit mais je me suis aperçu que je m’habillais qu’en noir. Voilà et, en fait, au fil des aiguilles c’est comme ça et beaucoup me disent ohlàlà, et puis on parle souvent, ça ramène à l’enfance, à l’adolescence, aux parents. J’ai eu des gens qui ont pleuré en parlant de leurs parents.

Est-ce que tu as fait évoluer la ligne éditoriale justement ? Est-ce que tu as une vision à plus long terme sur la ligne éditorial de Chiffons ?

Non, enfin, est-ce que ça a évolué un petit peu parce que j’en suis déjà à la deuxième saison maintenant. J’essaye de poser toujours les mêmes questions. Alors pourquoi ? Il y a des gens qui me disent mais là tu poses toujours les mêmes questions mais c’est fait exprès, parce que ça permet, alors évidemment je change un petit peu parce que sinon les gens qui passent écoutent et préparent leurs questions alors que je veux de la spontanéité mais parce que personne n’a le droit au questionnaire avant. Ça tous les gens qui passent dans Chiffons c’est une totale improvisation, ça je refuse de donner les questions.

Pourquoi ? Tu penses que ça coupe la spontanéité ?

Bien sûr, bien sûr je préfère avoir des euhhhhh sincères que des gens qui me récitent un texte. A même des gens connus, j’ai refusé de donner les questions.

Et ça les embête pas ?

C’est tant pis ils passent pas dans Chiffons sinon.

Tu as déjà eu des situations où ils refusaient de venir parce qu’ils n’avaient pas les questions ?

Non. C’est plus problématique dans le cadre d’hommes politiques ou de choses comme ça mais pour l’instant je ne veux pas, beaucoup de gens demandent des hommes politiques mais moi c’est un peu compliqué. Mais je veux de la spontanéité, de l’émotion donc ma ligne éditoriale ne change pas, je rajoute des questions au fur et à mesure mais ça permet de comparer. On se dit tiens untel avait dit ça, untel avait dit ça.

Comment tu les choisis d’ailleurs tes invités ?

Au fil, c’est difficile à dire, c’est vrai que ma régie pub elle s’arrache les cheveux les filles parce qu’elles me disent on a besoin de voir une programmation sur du long terme, ben j’en ai pas. Je peux t’assurer que je ne sais pas qui je vais interviewer, je sais maintenant à 15 jours près, mais je peux t’assurer qu’en avril je ne sais pas.

T’as toujours deux ou trois épisodes d’avance.

J’ai toujours deux-trois épisodes d’avance. Il m’est arrivé de ne même pas avoir de marbre du tout, donc pas de marbre ça veut dire il m’arrive un pépin je suis aphone, ben pas de podcasts ça ne m’est jamais arrivé. J’ai toujours préparé, j’aime bien en avoir d’autres. Là j’en ai trois d’avance pour permettre, pouvoir réfléchir. Après c’est au fil des rencontres, ça peut être une occasion d’en faire et puis surtout en fait, pour moi, mon outil de, j’observe beaucoup Instagram. Instagram ça fait sept ans que j’y suis, j’ai beaucoup trop de followers mais je connais bien la machine et je connais, je commence à bien connaître les gens. Je vois comment ils sont et il y a des personnalités qui m’attire et même si elles n’ont pas beaucoup de followers ces personnalités et ben elles sont, c’est comme ça que je les aime.

Tu sélectionnes les gens sur Instagram?

Beaucoup sur Instagram

Les gens connus et les moins connus ?

Voilà, même des filles que tu vas te dire mais pourquoi cette femme, je vais te dire cette femme elle a 50 ans, elle a fait de la politique, maintenant elle dessine des poupées, je trouve qu’elle a un parcours hyper intéressant et elle a une vraie communauté aussi. Je regarde aussi des gens qui ont des communautés parce que c’est aussi stratégique pour que ça me ramène de l’écoute. Et aussi je sélectionne en fonction des personnalités bien évidemment et puis aussi les gens m’écrivent beaucoup. J’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, de plus en plus de gens qui me contactent. Alors là c’est plus problématique pour les gens qui me contactent.

Comment tu fais ton choix ? Tu dis oui systématiquement, parce que moi j’ai le même problème que toi, j’ai des gens qui commencent à me contacter et parfois je n’ai pas trop envie en fait…

Je suis confrontée au même problème que toi, je ne vais pas donner, je ne vais pas dire ce que je réponds mais après quand des profils, malheureusement les gens ont souvent les mêmes profils donc je le dis c’est déjà passé, j’ai déjà eu. Parce que j’essaye de varier si tu veux, moi je veux, la plus jeune interviewé, c’était des enfants, c’était pour l’épisode de noël, c’était deux ans mais bon la plus jeune interviewé adulte c’était17 ans, la plus âgée je crois que c’est 60 ans, je varie. C’est-à-dire que tu n’auras pas trois fois une femme de soixante ans, trois fois un millénial et je sais ce qui plaît aux gens aussi. Je commence à savoir, je commence à bien cerner, je vois par rapport aux audiences, je vois ce qui marche donc je cherche des personnalités fortes, des gens rigolos, des gens des médias c’est toujours intéressants et donc je varie tu vois. Par contre j’essaye d’éviter, de plus en plus parfois les gens sont pas contents, mais les créateurs, les jeunes créateurs veulent tous passer dans Chiffon pour avoir un coup de pub, moi ça ne m’intéresse pas, ce que je veux c’est que les gens parlent d’eux et pas de leurs produits et ça m’est arrivé de refuser, de ne pas diffuser des interviews parce que la personne n’arrêtait pas de me dire…

Elle se vendait, elle était en mode automatique pour se vendre.

Voilà et ça c’est niet.

Mais c’est vrai que finalement c’est un podcast, la mode c’est un prétexte, c’est plus pour que les gens parlent d’eux, de vie…

Ce sont des parcours de vie et c’est aussi pour ça que dès le départ j’ai dit je ne veux pas rester à paris il faut que je me déplace donc pendant six mois je disais que, il ne va pas être content si je le dis, mais c’était sponsorisé par mon mari, par mon conjoint parce que je faisais tout à mes frai. J’ai fait une levée de fonds en crowdfunding sur kisskissbankbank qui m’a permis d’acheter du matériel et de faire quelques voyages en province je suis allé à Bordeaux, je suis allé à Rennes, je suis allé à Chartres, je suis allé à Bruxelles, à New-York, à Londres pour voir ce qui se passe aussi. C’est ça l’intérêt. il y a plein de filles qui me disent pourquoi tu viens pas à Bourg-en-Bresse, c’est l’occasion de dire j’aimerais les filles mais je ne peux pas non plus. Là je sais que je vais à Lille très bientôt, Strasbourg.

Ouais et puis step by step, il y en a que un par semaine finalement des épisodes.

Voilà c’est ça. Avant il y avait deux et j’ai dû réduire le rythme parce que c’était ça où je tombais malade tellement je donnais tout. Et il a fallu que je fasse des choix quand même et puis c’était au détriment de la qualité des interviews.

Est-ce qu’il y a quelqu’un en particulier que tu voudrais, que tu rêves d’interviewer ? c’est qui ton number one, ton trio de tête ?

Moi je suis aussi une passionnée de cinéma donc… Mais j’ai peur d’être déçu parce que quand j’étais, je vais te raconter une petit histoire, quand j’étais plus jeune, j’étais absolument fan de Zazie mais vraiment fan, fan de Zazie. J’allais voir tous ses concerts et tout. Et j’ai tourné une émission chez elle et j’ai été hyper déçue. En rentrant chez moi j’ai jeté tous ses cd. Donc je me suis dit voilà, je t’avoue que j’adorerais avoir Isabelle Huppert. Pour moi ce serait des femmes comme Isabelle Huppert, Carole Bouquet, Sandrine Kiberlain là je suis comme ça. Bien évidemment, Charlotte Gainsbourg parce qu’on est de la même génération. Vanessa Paradis aussi mais bon pour moi ce sont des filles complètement inatteignable. Il y a d’autres rêves, j’adorerais avoir Karl Lagerfeld aussi. Je suis assez, je serais peut-être moins impressionné d’ailleurs que devant Isabelle Huppert ou Carole Bouquet. Il y a Claire Chazal aussi que j’aimerais avoir. Il y a plein de gens comme ça après il y a des gens beaucoup plus accessible que j’aimerais avoir.

Moi je pense qu’ils sont accessibles ces gens.

Tu sais, la problématique de ces gens c’est que oui, ils sont accessibles je pense mais moi je suis quelqu’un de très timide donc une Isabelle Huppert que j’ai croisé il n’y a pas longtemps encore au Bon Marché je ne peux pas aller la voir en disant, salut je m’appelle valoche et je voudrais que tu passes dans mon podcast. Non, j’ai beaucoup de respect pour ces personnes. Je croise Caroline Mégret tous les jours parce que c’est ma voisine et j’ose pas lui demander.

Peut-être qu’ils viendront à toi naturellement.

Peut-être, j’espère qu’un jour pour des promos ça pourrait être intéressant pour des promotions mais le problème c’est que les agents parce que le problème c’est que pour une star de cinéma notamment, t’as deux étapes. T’as l’agent et t’as l’attachée de presse. Donc si un dit oui l’autre dit non, c’est très compliqué.

Tu ne peux pas bypasser ces gens-là ?

Les actrices de cinéma je ne sais pas comment les atteindre. Il faut passer…

Tu vois, moi je vais te raconter Vanessa Seward, déjà tu me fait penser à Vanessa Seward parce que c’est quelqu’un qui est extrêmement timide et qui mine de rien a fait progresser, a fait ce qu’elle fait aujourd’hui, elle a sa marque éponyme etc et elle avait une timidité maladive qui fait qu’elle n’a jamais mis le pied dans la porte et que les gens sont venus naturellement à elle. Alors, bien sûr ça a pris beaucoup plus que temps.

C’est Vanessa Seward, moi je ne suis que Valérie Tribes

Mais en tout cas, elle a bossé avec les plus grands, aujourd’hui elle a sa marque backup par PAC, tu te rends compte que cette timidité, finalement, n’est pas un frein et surtout ça joue à son avantage parce est pleine d’humilité et que les gens ont envie d’être sympa avec elle.

Mais même je suis dans le respect, je ne veux pas donner le nom, mais il y a une très grande actrice de cinéma que j’aimerais interviewer je suis en contact avec sa maman sur Instagram qui m’écrit beaucoup et qui aime bien mon univers. J’ai même bu un café avec elle parce que j’étais, j’ai fait une photo, une story dans le café d’en bas chez elle, elle me dit je rêve trop de te rencontrer, est-ce que je peux me joindre à toi. Je rêve d’interviewer sa fille ben je ne l’ai pas demandé parce que il y a un respect parce qu’effectivement il y a une part de timidité.

Ça vient de quoi ça ? ça vient de l’éducation ?

Je pense qu’il y a l’éducation, merci papa et maman, il y a l’éducation et beaucoup timidité aussi et un manque de confiance en moi, aussi, je pense que quelque part. Et aussi, on en avait parlé en préparant l’émission, mais un sentiment de, comment, le mot m’échappe, quand tu n’appartiens pas au milieu. Tu me citais Vanessa Seward par exemple, elle est mariée à Bertrand Burgalat  quand même, donc qui fait bien partie l’entre soi etc. Moi je suis mariée à un pharmacien. Dans ma famille, moi mon père, il était cheminot, ma mère ne travaillait pas, dans ma famille il y a de tous les niveaux sociaux. Il y a plus d’ingénieurs ce n’est pas…

Est-ce que le succès de Chiffon ne te donne pas des ailes justement te permet une certaine approbation. J’avais un patron qui disais toujours le seul juge de paix c’est le client, et t’as des gens qui t’écoutent, des gens qui te suivent, des gens qui t’envoient pleins de message de bienveillance etc ça doit te donner des ailes ça.

Je reçois, je te dis entre 100 et 200 MP par jour et j’y réponds à tous. Les mails, j’ai plus de mal à répondre pour les e-mails parce qu’il y a pas de smileys de machin, mais ses mail j’en reçois tout le temps. Même des filles qui me disent ah ah là là j’ai lu un livre sur la mode, des filles que je ne connais pas, qui m’écrivent en disant tu devrais lire ce livre, ça t’intéressera. Ou des gens qui me remercient tous les jours. Effectivement, j’ai pris confiance en moi, vraiment, parce que je me dis ouah, quand je me retourne je me dis mais j’ai fait tout ça, maintenant j’arrive à en vivre de Chiffons, j’en vie bien et je me dis j’ai fait ça toute seule, donc ouais. Mais il y a toujours ce fond de, comment dirais-je, tu sais quand tu te sens un peu un intrus…

C’est le complexe du, tout le monde en parle tout le temps, de l’imposteur

De l’imposteur exactement et je me dis voilà le syndrome de l’imposteur comme Inès De La Fressange j’ai quand même dîné avec elle à deux reprises, il y  a un autre truc aussi c’est que je suis très étourdie, et que j’ai perdu ses coordonnées. Je ne suis pas du tout opportuniste en fait. Et finalement Inès De La Fressange me disait ouais non, elle Chiffon et finalement elle serait excellente dans Chiffon parce que je crois que la moitié des invités m’ont parlé d’elle. Mais je n’ai pas ses coordonnées, j’ai bouffé avec elle et Denis Olivennes un soir. Ben voilà, c’est tout à fait moi, je ne suis pas non plus, je crois que je suis pas assez opportuniste mais je ne changerai pas à 46 ans. Donc pour revenir aux gens très connus, ils sont très difficiles à avoir mais bon après à voir. J’y vais step by step.

Est-ce que justement pas bon que pour l’ego d’avoir des gens très connus, est-ce qu’ils ont vraiment des choses à dire ?

Exactement, exactement parce qu’il y a des gens connus qui ne sont peut-être pas spécialement intéressants et qui ont peut-être aussi un ego surdimensionné et puis des gens connus ne se livre peut-être pas facilement.

C’est vrai que c’est assez difficile de le faire parler.

J’ai interviewé quelques personnalités dans Chiffons, des petites personnalités, je peux t’assure que pour certains je ramais pour les faire …

Alors justement, comment tu fais quand tu fais tes épisodes pour détendre l’atmosphère et faire en sorte que les gens s’ouvrent ? Est-ce que tu as des petits trucs ?

Pas du tout, en fait, souvent, moi j’ai une possibilité, j’ai un partenariat avec un hôtel pas très loin mais les gens aiment bien venir ici chez moi, là il faut savoir que là tu parles, il y a le chat à côté de toi, il y a le chien à mes pieds, j’arrive à créer une atmosphère. C’est Peggy Frey qui m’a dit qu’est-ce qu’on sent bien chez toi, il y a de bonnes ondes. Joseph Ghosn aussi de Grazia m’avait dit oui c’est génial, il y a plein de bd. Je vois que c’est rassurant et puis je suis hyper simple comme fille en fait. Et c’est ce qui plaît dans Chiffons, c’est que je suis accessible et voilà je ne joue pas en fait, je joue pas un rôle.

 

 

Comment ça se fait que ça marche ?

Ben, tu sais quand j’écoute d’autres podcast, je me dis wouah sont bien meilleurs que moi mais comment les gens… Pareil par rapport à mon Instagram, je me dis mais comment 47000 personnes peuvent me suivre, et même mes story, en moyenne elles sont vues par 6000 personnes. et je me dis mais qu’est-ce que… si une personne je vais au yoga je fais exprès aussi, je joues un personnage, je suis avec mon chien, donc Fleur Simone est très connue, je suis dans mon Franprix je ne sais pas quoi faire à bouffer ce soir ; mais je crois que les gens ça leur plaît parce que je ne joue pas, je ne mens pas. Parce qu’on est quand même dans l’air du fake ou dans la manipulation des images, où tout est carré, contrôlé et c’est pareil pour certains podcasts, et ces podcasts-là ressemblent plus à des émissions de radio d’ailleurs que des podcasts. J’essaye de prôner la transparence et le naturel.

Alors parlons de ton modèle économique. Tu fais partie des rares, je ne sais pas si c’est des rares, mais en tout cas tu es indépendante, complètement indépendante. Mais surtout tu vis de ton podcast et ça c’est assez exceptionnel dans le monde du podcast actuellement. Je ne connais personne d’autre, peut-être que ça existe, d’ailleurs je serais ravi de vous rencontrer, mais explique-nous voilà tout le cheminement, à partir de quand tu as commencé à gagner ta vie avec, est-ce que c’était vraiment une volonté de gagner ta vie avec ou c’était surtout faire un podcast pour rentrer à la radio. Explique-nous toutes ces démarches-là.

Au départ, quand j’ai fait le podcast je l’ai bien dit, c’est parti d’un pari, une copine qui me dit vas-y on le fait. Et puis, j’ai été hyper étonnée par l’audience et par les gens qui en redemandé de nouveau, donc j’ai été prise dans une spirale. Il y a eu deux étapes. La première, jusqu’en juin dernier, et là il fallait vraiment, il y avait une éducation sur les podcasts à faire, il fallait expliquer aux gens ce que c’était, je passais mon temps à expliquer sur Instagram comment allez sur iTunes ou si vous n’avez pas, si vous avez un Android, il faut Soundcloud, c’était vraiment éducatif. Puis, je me suis dit quand même, je regardais l’argent qui filait à toute vitesse parce que la campagne du crowdfunding c’est bien beau mais quand on lève 12000 on en touche 7000, c’est un peu une arnaque ce truc… Donc l’argent est parti très vite et je me suis dit il y a peut-être quelque chose à faire quand même parce que j’ai vu qu’aux États-Unis, je suis allée à New York et ils m’ont expliqué que là-bas les podcasts, certains, étaient cotés en bourse. Je n’ai pas l’ambition d’être cotée en bourse mais certains en vivaient très très bien. Et je me suis dit pourquoi pas. Je me suis ds après tout, les bloggeuses gagnent bien leur vie alors que le podcast il y a un vrai boulot, alors certaines postent des photos sur Instagram, des photos de rouges à lèvres, elles touchent 3000 euros par mois pour une photo. Je me suis dit essayons. C’est tout mon cheminement cet été. Et puis la presse a commencé à parler des podcasts. Et moi, le détonateur ça a été en septembre, je me suis dit il faut que je me professionnalise. Maintenant, il faut que je passe à une vitesse supérieure. La radio bon bah j’essaie pas encore, je me suis dit Chiffon, j’étais à deux doigts d’arrêter Chiffon l’été dernier parce que je bossais énormément pour rien bon… C’est un peu frustrant parce que j’étais invité dans des villes out ça mais je ne peux pas y aller, c’est abusé je ne peux pas continuer à prendre l’argent de la maison pour Chiffons. Et puis c’est un peu frustrant d’être une femme et de ne pas gagner sa vie aussi, de dépendre complètement de son mec, ça aussi c’est un autre sujet mais c’est important de le dire. Ça nécessite des sacrifices et tout ça. Donc, il y a eu cette deuxième période et je me suis dit je vais me professionnaliser. Donc j’ai commencé à m’entourer d’une équipe, d’une régie pub qui m’ont dit c’est possible et j’ai vu que des podcasts, certains podcasts, gagnaient de l’argent déjà avec des groupes comme Nouvelles écoutes etc, avaient des sponsors. Et je me suis dit allez, j’y vais. Problématique, combien demander ? Parce que quels sont les tarifs du marché et je ne les connaissais pas du tout. Du coup, je me suis basé sur les bloggeuses, je me suis dit combien gagne une bloggeuse et je me suis adaptée comme ça. Et puis mazel tov !

T’as été cherché où ces informations ?

Il faut savoir qu’en France l’argent est très tabou, j’y suis allé, certaines bloggeuses sont ouvertes et m’ont dit c’est ça, là ça a été plus du bouche à oreille.

En message privé t’as dit combien tu gagnes alors ?

Non pas en message privé. C’est des bloggeuses que j’ai interviewé et qui m’ont dit, voilà, les chiffres. Et je dois dire que je suis tombé des nues, vraiment, je ne m’attendais pas du tout à ça, vraiment, vraiment. J’entendais on me disait oui Kenza elle gagne ça, Jeanne Damas elle gagne ça.  Mais alors moi c’est des chiffres qui me dépassent totalement, comme je suis pas du tout jalouse, j’en ai absolument rien à foutre en fait. Mais là tu dis waouh, 2000 euros pour poster une photo d’un rouge à lèvres, je me dis waouh, c’est… Alors que le podcast c’est un vrai boulot quand même. Donc j’ai commencé à prospecter et puis finalement j’ai eu un papier de Noël, que je ne savais pas du tout, j’en ai eu deux, ça a été le premier et là ça a été un détonateur. Je suis arrivé voilà je suis dans N, citée comme les podcasts à écouter et le seul en français. J’ai commencé par Audible qui ont été les premiers à me faire confiance. Et Audible était déjà venu me chercher, l’été, mais je n’avais pas vu, le mail s’était noyé dans la centaine de mail que j’avais reçu. Et ils m’ont relancé et là ça a commencé. Depuis je n’ai pas arrêté en fait.

Donc en fait, ils sponsorisent chaque épisode ?

Non pas tous, ils en ont sponsorisés au départ quelques-uns, j’ai fait une opé spéciale avec eux, j’ai enregistré un épisode spécial à noël et puis maintenant quand ils font des opérations, là je vais être au salon du livre avec eux donc ils vont me financer un podcast voilà. Ça et puis d’autres, après j’en suis, je sais pas, déjà à une bonne douzaine de sponsors de milieux complètement différents. Ça va d’un défroisseur à une marque de cosmétiques, à une marque de fringues. C’est très varié.

Une fois qu’ils ont décidé de te sponsoriser, tu leur fais écouter l’épisode avant de ?

Pas du tout mais vraiment j’ai beaucoup de chance pour ça, je tombe sur des gens très cool. Par exemple Birch box, qui est quand même le numéro un de la box, et qui est vraiment un très bel univers avec Mathilde Lacombe, la fille qui est responsable du marketing avec qui j’ai négocié le truc m’a dit non, non mais… Parce que je lui dis est ce que tu veux des invités plus prestigieux, même si ce terme prestigieux me dérange un peu, ce n’est pas forcément les invités prestigieux qui sont les plus écoutés en plus ; elle a dit non, non, non tu fais ce que tu veux. Et, en fait, moi ce que je leur demande, la seule condition c’est que je personnalise le message qu’ils ont à passer, ça c’est vraiment, c’est la condition. Et je le fais valider toujours, je dis voilà est-ce que vous pouvez le valider ? C’est bon ? C’est parti. Voilà. J’ai beaucoup de chance pour l’instant.

Ça c’est cool

Mais je n’ai pas eu aussi de sponsors de gros, gros groupes. Peut-être que si j’étais sponsorisé par LVMH ou par Laredoute ou par Kiring etc peut-être que la donne serait complètement différente mais pour l’instant ce sont plutôt des petites boîtes qui me font confiance.

Est-ce que ça ne gêne pas tes invités ?

Ils ne le savent pas en fait. Le message publicitaire, je l’enregistre à part, toute seule, et après il est collé au montage de l’épisode. Donc mon invité ne sait pas du tout.

Tu leur demandes pas, tu leur soumets pas le fait que ton épisode est sponsorisé ?

Non parce que j’ai un podcast bienveillant, qui n’est pas du tout dans le scandale, qui n’est pas du tout, comment dirais-je, je ne cherche pas à dénoncer les choses, rien. C’est sur ce que tu n’auras jamais Marine LePen dans mon podcast donc qui pourrait déranger le sponsor ou l’inverse. Je n’ai pas eu ce problème là.

Ça prend du temps de préparer tes podcasts ?

Énormément de temps. Je crois que les gens se rendent pas compte. Il y a une fille qui m’a écrit pendant que j’étais en Grèce, je suis allé en Grèce pour, effectivement quand tu vois mes story tu dis ouais c’est cool elle a visité tout Athènes et tout mais j’ai enregistré cinq podcasts, cinq épisodes. Mais les gens ne voient pas, les gens voient les choses, le côté positif mais, le côté paillettes mais pas le vrai boulot. C’est un travail de malade, il faut penser toujours à la programmation, il faut vérifier le montage, il faut, les questions il ne faut quand même mener une enquête sur l’invité, il faut après réécouter l’interview derrière. Il y a de multiples choses. Bon je m’occupe aussi des sponsors. Et puis il faut parler aussi que dès que tu gagnes de l’argent bah il faut le déclarer mine de rien. Alors je suis passé de simple journaliste à, c’est ce que je disais, je suis passé de journalistes à podcasteuse, à entrepreneuse. Et maintenant, j’ai découvert la joie d’embaucher des gens, de faire passer des entretiens d’embauche ou de dire non ou de refuser ou de virer quelqu’un.

Et alors comment, expliques-nous cette phase-là où tu as commencé à recruter des gens. Pourquoi tu t’es entouré de ces gens-là et comment tu les choisis ?

Parce qu’en fait, le montage par exemple je pouvais plus.

Au début tu le faisais toi-même ?

C’était une amie qui me le faisait et puis après, je me suis dit je vais le faire moi-même parce que je pars du principe que le mieux c’est de tout faire soi-même comme ça on n’a pas de mauvaises surprises. Et puis j’arrivais à saturation, j’ai eu quelques soucis de santé en décembre et je me suis dit là il faut que je freine. Donc je me suis entouré d’un groupe de professionnels, un ingé son notamment qui assure le montage. Et puis j’ai pris des stagiaires au départ, des stagiaires que je paie, je tiens à le dire 500 à 600 euros par mois en fonction de ce qu’elles font. C’est un budget mine de rien, c’est pour ça que j’ai besoin de gagner ma vie aussi. Quand je dis je gagne ma vie, je reverse la moitié aux impôts, à l’URSSAF et pour payer Najima et Thomas. Il faut être réaliste, il y a tout ça derrière. C’est pas, l’argent que je gagne je ne vais pas chez Gucci, pour l’instant je ne me suis pas encore acheté, je voudrais m’acheter des mocassins Gucci, ben non, je crois que les achèterait pas pour le moment. Dès que j’ai de l’argent je préfère partir en weekend justement mais c’est un choix.

Qu’est-ce que tu regardes dans tes collaborateurs ?

En fait, j’aime les gens qui sont réactifs, qui aiment Chiffons aussi. Et j’ai eu une mauvaise surprise une fois avec une fille, je me suis aperçue qu’elle n’écoutait pas Chiffon, donc c’est difficile de vendre un truc quand tu écoutes pas la chose. Des gens passionnés, des gens sur qui je peux vraiment compter. En plus, moi je suis pas du tout du genre à téléphoner à 23 heures, au contraire moi je ne supporte pas qu’on me contacte après 19 heures. Je ne suis pas une mondaine du tout. Je ne vais pas envoyer mon assistante Najima, je ne vais pas lui dire un samedi à 23 heures est-ce que tu peux faire ça ? Non, moi le weekend c’est sacré, j’ai changé ma vie perso. Je fais beaucoup, beaucoup de yoga justement pour décompresser. Donc je suis dans le respect donc il faut que ce soit pareil. En fait, je n’ai pas le temps d’expliquer donc il faut que les gens pige vite et je peux comprendre que c’est assez déstabilisant. Mais je suis vraiment, j’essaye d’être aussi dans la bienveillance. Je découvre, quand j’étais rédac chef et que j’avais des équipes j’ai toujours été comme ça, moi je disais aux filles non mais reste pas au bureau à 19 heures pour faire semblant de travailler, t’as finis tes papiers sort, mais ça c’est très rare dans le milieu de la presse. Il faut faire de la présence. Moi je suis plutôt, on arrive au bureau, on bosse et après on se casse. On a une deuxième vie. Pour moi je suis un peu à la danoise pour ça. J’admire les danois qui sortent très tôt de leur bureau pour avoir une deuxième vie. Mais c’est vrai que le management c’est très compliqué. et on en parlait aussi en préparant l’émission, mais c’est très difficile quand, par exemple j’ai une régie publique qui négocie mes contrats, je m’aperçois qu’elles tiennent pas forcément le bon discours et je m’aperçois qu’il faudrait que je sois avec elle aussi parce que finalement celle qui vend le mieux Chiffon c’est moi. Mais je ne peux pas être partout.

T’es obligée de passer par la régie pub, tu peux pas le faire en direct?

Oui, mais le problème c’est qu’il me faudrait des journées de 48 heures. C’est ce que je dis souvent, et ça fait rire les gens d’ailleurs, quand dans mes story je dis souvent aller à 19 heures, allez ma deuxième journée commence, je prends mon caddie et je vais faire mes courses parce que mon conjoint travaille sept jours sur sept, il a une grosse pharmacie à paris et je suis obligé de gérer aussi la maison. Donc ce n’est pas facile en fait. Je suis un peu schizophrène, j’ai l’impression d’avoir le cul sur deux chaises. Mais depuis je fais Chiffons, je me lève Chiffon, je me lave Chiffon, je manges Chiffon, je dors Chiffon voilà.

Ça me fait penser à une citation « pour que ta vie ne dévore pas tes rêves, il faut que tes rêves dévorent ta vie. »

Ah c’est joli !

La mode, parlons de la mode un petit peu, parce que c’est le sujet de ton podcast, c’est quoi la définition de la mode ?

C’est la question que, c’est Alexandra Golovanoff qui m’avait dit mais elle est complètement débile votre question.

Ok, ben merci …

Non, mais justement, elle m’avait dit c’est comme si vous demandiez à un banquier qu’est-ce que la banque ? Bon, moi j’avais été très déstabilisée quand elle m’avait dit ça. C’est pour ça que j’ai arrêté de poser la question. Qu’est-ce que la mode ? La mode c’est une multitude de choses. Et pour moi la mode c’est avant tout de multiples entreprises, de multiples métiers, de multiples petites mains, de multiples créations, de multiples rêves, de multiples espoirs, de multiples innovations. La mode c’est ce qui nous entoure en fait. Et après, quand on parle plus de la fringue, du vêtement, on en a besoin. Pour moi, certains m’ont reproché de ne pas aimer la mode, en disant que je dégommais la mode dans Chiffon. Je pense qu’il faudrait que ces personnes écoutent mon podcast, bien au contraire je pense que je rends un bel hommage à la mode. Pour moi suivre la mode c’est pas forcément être présent à la fashion week, ce n’est pas parce que je ne couvre pas les fashion week que je ne regarde pas ce qui se passe dans les fashion week, bien au contraire, je regarde. Et puis ce n’est pas parce je ne vais pas au fashion week que je n’aime pas les tendances, bien au contraire, je suis la première à suivre les tendances, à regarder ce qui se passe et à aimer ça, au contraire.

Justement qu’est-ce qui t’a surpris, cette dernière année, est-ce qu’il y a des initiatives, des modèles économiques, des gens qui t’impressionne, pas qui t’impressionnent mais qui t’ont interloqué, ou qui t’ont, que tu trouves que c’est bien de le souligner ou autre chose.

Je trouve qu’il y a une vraie évolution dans la façon de consommer et même-moi. A force de parler de chiffon toute la journée, de chiffon dans le grand mot du terme, de fringues, de mode toute la journée, j’en ai une overdose. Alors qu’avant moi j’étais une acheteuse compulsive, il fallait que j’aie le dernier sac à la mode, le dernier it bag et maintenant plus du tout. En plus c’est tellement difficile d’y arriver et de décrocher des partenariats qui coûtent moins cher qu’un sac Gucci, voilà je me dis c’est complètement irréel de dépenser 3000 euros pour un sac, ça en est limite indécent. En plus, moi je suis très, j’aime beaucoup la société, j’aime ce qui se passe, je suis une férue d’actualité donc quand je vois que des gens gagnent même pas le smic, je me dis, voilà, il y a des choses qui ne vont pas dans notre société. Donc non, non j’aime la mode, j’aime et donc ce que je te disais, pardon je m’éloigne, mais il y a une vraie prise de conscience, beaucoup, beaucoup, beaucoup, et de plus en plus. Ou alors c’est peut-être moi qui choisit ces invités-là, mais ce n’est pas fait exprès.

Dans la façon de consommer

Dans la façon de consommer, consommer mieux, pas consommer à outrance. Je ne parle pas de la fast fashion parce que il y a une étudiante qui m’a, j’ai fait une conférence à la Sorbonne et à une étudiante qui m’a alpaguée et qui m’a dit oui vous êtes bien sympa, mais moi je n’ai pas d’argent pour aller ailleurs, je ne peux m’habiller que chez H&M, que répondre à ça. Je comprends tout à fait. Mais je m’aperçois, quand même, que beaucoup de gens consomment moins, recyclent leurs vêtements depuis que j’ai commencé Chiffon, j’ai remarqué ça.

Tu sens qu’il y a une tendance de fond

Ben parce que les gens ont aussi moins d’argent, il faut être réaliste.

Moi je suis un consommateur, je travaille dans la mode mais j’ai la chance d’avoir des prix mais je suis un gros consommateur de vintage parce que j’aime la mode, j’aime le chiffon et j’aime

Mais tu serais parfait dans Chiffons d’ailleurs, tu vas bientôt passer dans Chiffons !

Laisse-moi encore un peu de temps parce que je suis encore très timide. Parlons de toi, de ta psychologie, de ton équilibre.  Je sais que tu as frôlé le burnout, il y a pas longtemps, comment tu l’as senti venir et comment t’as fait pour l’éviter et comment tu fais aujourd’hui pour ne pas retomber dans cette affaire ?

J’étais extrêmement fatiguée et je ne l’ai même pas senti venir, je suis tombée dans la rue, je suis tombée. J’ai été ramassé dans la rue, 5 de tension, ça s’est produit deux fois. Au départ, on a commencé, on s’est dit oh là là elle a une maladie, elle a un truc au cerveau tout ça. Et finalement c’était un épuisement total. Et par chance c’est arrivé juste avant noël. Je crois que c’est les nerfs qui ont lâché aussi peu avant noël. Du coup, je me suis coupé de tout. J’ai dit à la communauté, j’ai des soucis, il faut que je me repose et j’ai même, pour moi ce qui a été salvateur, je me suis coupé d’Instagram. J’ai fermé mon téléphone, alors j’ai pris mon téléphone je l’ai enfermé dans le tiroir de mon bureau et je n’y ai plus touché. Alors que dans la rue quand je promène mon chien j’ai tout le temps la musique avec moi, j’avais un appareil, un vieil appareil, un vieil ipod pour ne pas être tenté d’aller sur Instagram. Je n’ai fait que ça. Et j’ai appris un peu du yoga kundalini qui est plus spirituel et je n’ai écouté que moi

Pendant combien de temps ?

Pendant dix jours moi, une bonne douzaine de jours.

Tu penses que c’est suffisant ?

Oui, parce que je suis bien entouré et que j’avais besoin de faire ce break, de réfléchir mais je me suis coupé de tout ça, je n’ai vu personne. Je passais mes journées à marcher avec mon chien, à écouter de l’opéra et à dormir, dormir, dormir, dormir. Et dire voilà tous les gens, j’avais coupé, j’avais mis un message sur mon ordinateur, j’avais dit voilà cet ordinateur est en vacances jusqu’au 3 janvier.

Et on te l’a reproché ou pas ?

Non, non, non, non, mais ce qui a été rigolo, quand même, c’est que c’est là que je dis j’ai quand même une communauté hyper bienveillante, c’est que des gens ont écrit à ma fille sur Instagram pour savoir si j’allais bien et si je pouvais donner des nouvelles, donc au cours de ce break-là, j’ai quand même posté une photo sur IG en disant tout va bien.

Est-ce qu’on est obligé de passer par IG pour réussir ?

Pour un podcast ? Moi si je n’avais pas eu Instagram, Chiffon n’en serait pas là. C’est ce que je dis souvent. Beaucoup de gens me dit ouais mais comment tu fais pour y arriver, comment tu fais bah j’ai cette communauté extraordinaire qui me soutient. C’est comme ça parce que sinon à moins d’avoir, d’être très très connu et d’avoir des relais sur France-Inter et Europe 1.

Sans le relais d’Instagram t’aurais jamais pu

Non pas du tout, j’en serai pas là du tout. Non pas du tout, ça c’est évident. Et certains jours Instagram me gonfles, pas du tout, je ne veux pas que des gens qui écoutent disent elle est prétentieuse, pas du tout, mais il y a tellement, comme je suis quelqu’un d’extrêmement entier, j’ai beaucoup de mal avec les mensonges et le fake et les gens qui mettent leur vie en scène. Parce que j’interviewe beaucoup de filles qui me disent qu’elles sont complexés en voyant Instagram, des filles qui m’écrivent oui mais moi je n’ose pas, mais moi je complexe par rapport à cette fille si parfaite et je leur dis oh là là mais si vous saviez, arrêtez arrêtez de complexer, arrêtez, soyez-vous-même. Et donc, en fait, ça m’agace quand je vois toutes ces mises en scène, ces trucs complètement fake. Parfois ça me… comme ça. Je n’en peux plus.

Je comprends

Les gens qui mentent

C’est un vrai sujet

J’adorerais en faire un livre mais le problème c’est que si je fais le livre, là je crois que je n’ai plus de sponsor… je vais me faire beaucoup d’ennemis.

Je ne sais pas si je t’ai déjà posé cette question-là, je ne sais plus, comme j’avais un interview ce matin, j’ai l’impression d’avoir posé deux fois la même question, mais c’est quoi ton moteur ? Qu’est ce qui fait que tu te lèves tous les matins et qu’est ce qui t’anime au plus profond de toi ?

Je te rassure tu ne m’as pas posé la question. Mon moteur tous les matins, c’est déjà me dire voilà j’ai de la chance, je suis en bonne santé. C’est la première chose, je me dis, voilà, j’ai de la chance. J’ai la chance, je vis dans un bel univers parisien, je suis heureuse avec, j’ai une famille, j’ai un conjoint qui me soutient, une fille extra. La première chose le matin, c’est très con, ce qui me motive le matin c’est de sortir mon chien. Et là je me dis la journée peut commencer. Après, hop, comme je te dis je me lève Chiffon, je mange Chiffon, je petit déjeune Chiffon, je me dis voilà il faut avancer. Maintenant, je suis dans une spirale infernale parce que, mine de rien, quand tu gagnes ta vie eh bien il faut continuer à la gagner. C’est ça la problématique maintenant, c’est une nouvelle problématique que je rencontre. Et là je me dis bon bah il faut y aller, pas le choix, c’est mon travail.

Pendant ta carrière, j’imagine que tu as eu des moments de doute, des moments de creux, comment tu y fais face et comment tu, à quoi tu te raccroche pour surpasser ces moments-là ?

Les voyages, pour moi c’est, dès que j’ai un moment de creux ou de doute, je me casse, c’est un peu une fuite en avant. Mais non les moments de doute, je dirais dans ce cas-là, je me mets sous ma couette, je pleures un bon coup et ça va mieux voilà. Après les moments de doute effectivement quand t’es journaliste freelance et tu vois ton métier se casser la gueule notamment avec l’émergence des bloggeuses qui ont changé toute la donne, après je n’ai rien contre, tant mieux, elles ont, ces filles ont réussi des parcours extraordinaires pour certaines, tant mieux elles ont surfé sur la vague, c’est génial d’avoir fait ça. Mais à côté, le métier de journaliste qui était quand même le métier de mes rêves quand j’étais gamine ne correspond plus vraiment au mon métier d’avant. Et, oui j’en ai eu de nombreux doutes quand tu vois ta fiche de paye qui baisse à vue d’œil, quand tu vois que ben on embauche plus, ou on te propose de faire des piges gratuites, j’ai eu envie de changer de métier souvent. Mais ça me ramène tout le temps, je reviens toujours au journalisme, en fait, je me dis je ne peux pas. J’ai une espèce de…

Qu’est-ce que tu ferais aujourd’hui si tu avais 20 ans ?

Si j’avais 20 ans, oh ! Qu’est-ce que j’aimerais bien avoir 20 ans. Je voyagerais, je ferais le tour du monde. En fait, je trouve que les gens qui voyagent ont un esprit peut-être plus ouvert, ou qui ont la chance parce que c’est une chance de pouvoir voyager. Mais j’ai envie de dire aux gens allez voir ce qui se passe à côté et vous vous porterez beaucoup mieux. Justement là je reviens d’un voyage en Grèce à Athènes où j’ai interviewé des athéniens, des athénienne et des créateurs sur leur vie et on a forcément parlé de la situation économique, je peux t’assurer que je me suis pris une claque dans la gueule. Et je me suis dit wouah, quand tu vois que le salaire moyen est de 500 euros par mois, il y a 49% de chômage chez les jeunes. Tu te dis mais nous avons de la chance quand même. Et ça, c’est ça aussi un moteur. Si j’avais 20 ans, ma fille a 21 ans et je lui dis qu’une chose ma fille voyage, elle est encore maman, famille tout ça, mais elle part à Londres pour ses études. Mais si j’avais 20 ans, très franchement, je serais toujours journaliste, je suis sûre parce que je suis très curieuse et je m’intéresse beaucoup aux gens mais je crois que je ferais tout pour bosser à la radio. Peut-être. Je ne sais pas. Je dois t’avouer que là tu m’as posé une colle en fait.

Je suis content, j’ai réussi à te coller. En plus, non mais ce n’est pas vrai, c’est un podcast bienveillant. Qui souhaiterais-tu entendre dans ce podcast ?

Dans ton podcast, Karl Lagerfeld et puis… Donc toi c’est entreprendre dans la mode, donc des entrepreneurs, pas que des success stories justement. Je te dis Karl Lagerfeld oui parce que le personnage m’intrigue et moi-même j’aimerais l’avoir dans Chiffon mais, j’aimerais que tu interviewe quelqu’un qui galère et qui ose le dire. Parce qu’en fait on est dans une société aussi, c’est ce qui m’agace aussi profondément sur Instagram c’est ça, c’est qu’il faut être 100% feel good, tout doit toujours aller très bien, tu n’as pas le droit de dire que t’as un coup de blues. On est dans une société, et c’est Vanessa Paradis qui le disait hier sur France Inter, dans l’émission Boomerang, elle disait que, malheureusement, on est dans une société où il faut être parfait, parfait en tout, avoir une image parfaite, avoir,  être en pleine forme, il faut être super bien golée, il faut avoir un super métier, il faut briller et surtout avoir toujours le sourire et la positive attitude. Et ben moi non, je n’ai pas toujours la positive attitude, je suis une grosse râleuse dans la vie en plus. Mon entourage peut en attester. Mais j’ai oublié le début de question.

Non tu disais ce serait bien d’avoir des invités qui ne n’ont pas forcément réussis.

Et j’aimerais que tu aies des invités qui ont échoué ou qui échoue, qui ose dire voilà je doute, j’ai peur de me planter, mon entreprise est en redressement ou en liquidation, je me suis trompé, je trouve que ce serait super intéressant.

Je fais un appel à des gens qui ont échoué ou qui sont en galère et qui ont envie de partager surtout parce que c’est ça la difficulté, c’est que les gens ne veulent pas en parler.

C’est ça ! On est dans une société où tout est tabou. Donc on apprend que des boîtes, moi j’ai appris il n’y a pas longtemps que Delphine Manivet, sa boîte a coulée. Je ne sais plus qui encore, je l’ai appris hier, a coulé. Les prairies de paris, Laetitia Ivanez. Et je me dis mais pourquoi on le sait pas, pourquoi ces filles-là viennent pas le dire, je me suis planté. Moi j’aimerais dire ça dans la presse.

C’est un problème très culturel parce qu’aux Etats-Unis ils ont pas ce problème-là.

Voilà, je sais, c’était Alice Pfeiffer que j’ai interviewé, elle m’a parlé, elle dit qu’en France, en fait, l’ascenseur social n’existe pas, ça on est bien d’accord, mais elle dit qu’en France on n’ose pas dire quand on s’est foiré et on n’ose pas dire quand on réussit aussi. C’est toujours très, très particulier. Et voilà ce que j’aimerais entendre ton podcast, bon pas tout le temps parce que ce serait un peu…

Après moi dans mon podcast j’essaye vraiment d’interviewer des gens connus, des moins connus, des gens qui sont dans l’industrie de la mode, mais sur plein de sujets différents.

Mais l’industrie de la mode ça touche plein, plein de choses. Tu peux aller voir un tailleur, tu peux aller voir un cordonnier, tu peux aller voir une petite main, tu peux aller voir un mannequin cabine, t’as une, t’es aussi vaste que Chiffon presque.

Dernière question. Qu’est-ce que tu conseillerais à un jeune podcaster qui démarre, qui a envie de lancer son podcast, qu’est-ce que tu lui dirais ?

Déjà, de s’armer de beaucoup de courage. De pas se lancer à l’improviste, de bien… On m’a critiqué aussi parce que j’ai osé dire que c’était un métier fait pour les journalistes. Je crois que les gens n’ont pas compris ce que je voulais dire par là, c’est qu’il faut vraiment créer, tu l’as dit tout à l’heure, il faut avoir une vraie ligne éditoriale. Déjà se dire voilà moi je vais me mettre dans ce secteur-là. Essayer d’innover parce que là maintenant les podcasts féministes, il y e, a une dizaine, des podcast sur la mode comme, on a tous une façon différente, mais essayer de trouver des secteurs, moi j’aimerais bien voir un podcast de cuisine. Là moi je vais me lancer, je vais créer un podcast sur le yoga bientôt, c’est un scoop. Mais des podcasts vraiment novateurs. Il y a plein plein de choses à faire donc ça. Et puis surtout bien avoir une assise financière derrière parce que mine de rien ça coûte de l’argent.

Et du temps.

Et beaucoup de temps bien évidemment.

Est-ce que tu veux rajouter quelque chose ?

Ecoute, je te remercie infiniment, je trouve que ton podcast est très chouette et très complémentaire de chiffon.

Merci. Merci beaucoup Valérie. Ecoute, moi je te souhaite aussi beaucoup de succès pour Chiffons et pour tes projets à venir. Et surtout beaucoup de bonheur dans ta vie personnelle.

Et je te retourne la même chose

Merci Valérie, à bientôt.

Merci à toi

 Salut

 

 

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