#22 Nathalie Rozborski – NELLY RODI

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Pour lire la retranscription de l’épisode rendez-vous sur www.entreprendredanslamode.com

Dans ce 22ème épisode nous allons à la rencontre de Nathalie Rozborski, elle est la la Directrice Générale Déléguée de Nelly Rodi.

NellyRodi est une société de conseil en innovation et en création. Basée à Paris, Tokyo et New-York, elle est un référent mondial de la prospective appliquée aux industries et aux services.

Dans cette épisode Nathalie revient entre autre sur son parcours, sur comment Nelly Rodi accompagne concrètement ses clients et sur les personnalités qui l’inspirent en ce moment.

C’est un épisode passionnant, j’ai adoré interviewer Nathalie, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à l’écouter.

Et surtout, Bonne écoute!

Invité : Nathalie Rozborski

Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans « Entreprendre dans la mode ». Je suis aujourd’hui chez Nelly Rodi avec Nathalie Rozborski. Bonjour Nathalie.

Bonjour Adrien.

Est-ce que je peux vous demander de vous présenter pour commencer ?

Bien sûr. Je suis Nathalie ozborski et cela fait maintenant deux ans que je suis la directrice générale adjointe de l’agence Nelly Rodi. Après un parcours très orienté conseil, ou avant, je pilotais toutes les affaires Mode et beauté dans cette agence. Et depuis maintenant deux ans, lorsque nous avons décidé de réorganiser complètement cette société, j’ai été promue directrice générale adjointe à l’issue, en plus, d’un congé maternité. C’est bien de le souligner.

Super. Est-ce qu’on peut, quand même, reprendre votre parcours depuis le tout début ? Depuis vos études supérieures.  Qu’est-ce que vous avez fait comme études. Et puis votre parcours.

Moi j’ai un parcours assez singulier, assez atypique. Déjà, en fait, j’ai une formation de danseuse classique. Donc j’ai un double cursus en fait. J’ai toujours été passionnée par, vraiment deux axes. Les aspects vraiment purement créatifs et donc tout ce côté danse. Je suis passée par la danse urbaine, par la danse classique, la danse moderne. Et à côté de ça, j’avais toujours une grande passion pour la sociologie. Et donc, en fait, l’autre axe que je voulais absolument développer, je voulais être anthropologue. Ce qui m’animait principalement c’était de comprendre le fonctionnement des peuples, ce qui les animent en termes de valeurs, les communautés comment est-ce qu’elles se gèrent etc. J’ai été très branché là-dessus. Et donc, en fait, je suis arrivé assez vite à la sociologie de la mode parce que la mode aussi m’intéressait plus par goût en fait. Je trouvais que c’était une industrie qui était excessivement inspirante, très dynamique. Et donc, j’avais envie de croiser ces deux champs-là. Et quand j’ai décidé finalement de poursuivre ma voie académique, de laisser un peu la danse de côté comme une passion et de me renforcer sur mes fondamentaux et ma construction plutôt enseignement. J’ai un parcours tout à fait universitaire. Donc moi je n’ai pas du tout fait de grandes écoles. J’ai toujours tenu à faire plutôt fac, université. Je me suis d’abord orientée vers les langues étrangères appliquées aux affaires et au commerce donc avec un angle très business. Pour revenir en arrière, moi j’ai une double culture. Je suis franco polonaise. Donc j’ai toujours baigné dans un environnement très international. J’ai fait une partie de mes études à Paris, à la Sorbonne et le reste en Italie, où je me suis déjà spécialisé dans le marketing de la mode à l’époque, à l’occasion de ma licence, maîtrise. Et ensuite, je suis rentrée à Paris, à la Sorbonne pour faire un DESSS, puisqu’à l’époque ça s’appelait comme ça, spécialisé dans le management des industries de la mode, du luxe et de la beauté. Ma promo, comme ça s’appelle, était parrainé par Van Cleef & Arpels. C’étaient des toutes petites promotions donc 12 personnes avec un Chinois, un Italien un Espagnol, un Asiatique, voilà, donc vraiment quelque chose de très, très trié sur le volet. Et j’avais tenté l’IFM, pour l’anecdote, je n’avais pas été reçue, et aujourd’hui, c’est un peu la roue qui tourne, je fais partie du jury d’admission donc c’est un joli clin d’œil que j’aime bien raconter parce que voilà la boucle est bouclée. Et puis on peut aussi, en fait, ce que ça démontre c’est qu’il y a plein de chemins pour arriver à ses objectifs et il n’y a pas un seul et ça j’encourage aussi beaucoup en fait tous les étudiants évidemment à s’ouvrir à plein de choses différentes avant de figer complètement un parcours parce que je pense que la priorité c’est déjà de bien se connaître soi-même pour définir un projet professionnel. Voilà, moi j’étais diplômé de ce DESS, j’ai écrit une lettre en fait, à Nelly, manuscrite et je lui ai écrit parce que j’étais en stage chez Gaspard Yurkievich, je voulais absolument avoir une expérience créa. Donc vraiment jeune designer où, en gros, vous avez pas de laptop, vous n’avez pas de bureau, on vous accueille au stage, vous faites un peu tout, une fois vous êtes au commercial, une fois vous travaillez avec le studio, une fois vous travailler avec le marketing. Donc j’avais absolument envie de ça. Mais je savais qu’en filigrane, j’avais toujours un background derrière, cette idée de croiser l’expertise socio-conso avec le marketing, avec la créa. Et donc, pour moi la voie royale c’était Nelly Rodi. Donc j’ai écrit cette lettre à Nelly et je m’en souviendrai toute ma vie parce que c’est Nelly elle-même qui m’a appelé, en disant, j’ai bien reçu votre lettre elle m’a beaucoup touchée, rencontrez mon fils qui est le président de Nelly Rodi et voyons s’il n’y a pas un petit stage pour vous. Evidemment je suis allé au rendez-vous. J’ai adoré l’ambiance, immédiatement, j’ai trouvé que ce côté, vraiment, un peu temple, mystérieux, secret, où, au cœur des sujets, il y avait l’innovation, la créativité, le consommateur, c’était excessivement inspirant, foisonnant, stimulant et donc je me suis dit, voilà ma vie, ma carrière professionnelle. En tout cas, la première partie de cette carrière, je ne la vois que ici. C’était assez rigolo puisqu’en fait on m’a débauché de mon stage pour venir faire mon stage chez Nelly Rodi, où j’ai eu une première vie. Où j’ai d’abord été stagiaire, chef de projet conseil mode junior. Puis chef de projet tout court, sénior, chef de groupe et puis, je suis partie parce qu’en fait, au bout de cinq ans dans cette dimension conseil, j’ai ressenti le besoin de repasser côté marques. Et pour moi c’était fondamental d’allier les deux parce que quand vous faites du conseil en agence, vous avez un prisme analytique qui n’est pas nécessairement opérationnel, qui est vraiment dans le concept, l’idée puisque c’est pour ça qu’on vient vous voir et que votre valeur ajoutée c’est justement d’être sans les contraintes de l’opérationnel et d’ouvrir grand les chakras. Et donc, après ça, je me suis dit que, personnellement, d’un point de vue parcours, j’avais besoin aussi de revenir dans l’opérationnel des marques. C’est ce que j’ai fait. Je l’ai fait, en fait, d’abord en tant que consultante mais intégrée dans des structures, chez PPR donc ex Kering. Puis, j’ai été directrice de marque chez Etam Lingerie aux côtés de Elisabeth Cunin qui fait partie de mes mentors, que j’aime bien citer aussi parce que ça fais partie des figures qui m’ont accompagné dans la profession. Et Elisabeth Cunin, c’est une des reines du retail français et donc, j’ai beaucoup appris à côté d’elle parce qu’initialement, en fait, j’avais été recruté pour être responsable des collections Pologne et Italie, donc deux marchés que je connaissais bien pour des raisons de parcours personnels et académiques. Et puis, en fait, au bout de quelques jours, je me suis dit ça c’est pas trop pour moi, et en fait, elle avait besoin d’un bras droit pour travailler avec elle sur l’évangélisation de sa nouvelle stratégie de marque. Donc c’est ce que j’ai fait, à un niveau codir, donc j’ai travaillé pendant 12 mois à ses côtés, à un niveau codir, donc j’étais toute jeune, j’avais 25-26 ans et donc ça m’a permis de connaître vraiment toute la chaîne de valeur de l’entreprise puisque j’étais à ses côtés pour dire voilà la marque elle va dans ce sens-là, comment est ce qu’on va, en fait, déployer ce message aux achats, au retail, à l’international, aux RH, au style, à l’approvisionnement, à la supply et donc à 360 degrés. Et ça, c’était un stage « hyper accéléré ». Je pense que j’ai gagné dix ans en travaillant avec elle ainsi parce que ça m’a permis de connaître vraiment toutes les mécaniques et tous les rouages d’une entreprise, en tout cas dans la mode, et ça c’était formidable comme expérience. Je la remercie beaucoup de m’avoir donné cette chance. Elle, et Laurent Milchior d’ailleurs parce que ils ont eu confiance en moi et j’étais très jeune et ça m’a permis de connaître plein, plein de métiers différents. C’était assez exceptionnel. C’était un turning point, en fait, dans ma carrière. Et puis après Nelly et Pierre-François m’ont rappelé. C’était à l’été 2011. Ils m’ont proposé de revenir chez Nelly Rodi pour reprendre, dans un premier temps, la direction du Conseil Mode. J’ai longuement hésité puis j’ai fini par accepter en demandant d’avoir une forme de carte blanche sur la stratégie du Conseil et sur les RH. Et donc, ils ont accédé à cette demande et puis c’était parti. Et c’est parti comme ça. Donc depuis l’été 2011 jusqu’à 2015, on a repensé tous ensemble la matrice du conseil, qu’est-ce que l’on faisait chez nous Nelly Rodi quand on faisait du conseil ; et forte de mon expérience côté marques, j’avais la prétention de croire qu’on pouvait faire du conseil différemment, pas uniquement strat mais aussi opérationnel. Et donc j’ai apporté avec moi ce bagage de connaissances opérationnelles dans l’esprit conseil qu’avait déjà Nelly Rodi, avec l’étiquette Nelly Rodi. Et ça a créé, en fait, les prémices du nouveau Nelly Rodi.

Très bien, c’est parfait comme introduction. Nelly Rodi c’est quoi ? Qu’est-ce que c’était et qu’est-ce que c’est aujourd’hui ?

Nelly Rodi, il faut savoir que, historiquement, ça faisait partie, dans les années 80, de ce qu’on appellait les fameux bureaux de style. Les bureaux de style c’est déjà une spécificité très parisienne. Vous aviez Nelly Rodi, Mme Nelly Rodi , Dominique Peclers  avec Peclers, Promo style, Carlin, c’est chronologiquement dans le désordre mais c’était cet environnement-là. Elles avaient toutes pour particularité, généralement, en fait, c’étaient des femmes en plus qui étaient derrière ces boîtes-là, d’avoir une longueur d’avance et d’être là, en fait, pour aider les marques dans la mode, dans la beauté, dans le luxe, dans la maison, dans leur processus créatif. Donc vraiment, le point d’entrée c’était le processus créatif et comment est-ce que je pouvais innover dans la mode, dans la beauté avec les couleurs, les imprimés, les volumes. Et donc, c’était très très orienté sur le processus créatif. Et très, très vite Nelly a rajouté, en fait, la dimension marketing donc la connaissance des comportements consommateurs. Grâce aussi à l’arrivée de son fils à la présidence, évidemment de Nelly Rodi, qui lui avait un parcours Business School, IFM et donc plus, on va dire avec cerveau gauche, cerveau droit, les deux ralliés. Et ils ont mis au point cette méthodologie assez unique et pionnière à l’époque qui était axée sur ce métissage de connaissances socio, conso marketing et créative. Historiquement, le métier de Nelly Rodi c’était ça, bureau de style, Tendances, Les Cahiers, qui étaient très fortement contributeurs au chiffre d’affaires de l’agence et de la notoriété et qui étaient, en fait, des guides d’inspiration, enfin, des cahiers de tendance, ça s’appelait comme ça à l’époque, qui servaient les chefs de produit, les stylistes pour créer des collections plus innovantes, plus sexy, plus dans l’air du temps. Et puis, petit à petit, évidemment le marché s’est complexifié. La concurrence s’est internationalisée. Des nouveaux entrants sont arrivés. La disruption technologique est arrivée. Donc, il y a eu une redistribution des cartes assez récente du poids de l’influence et de qui influence quoi avec la montée en puissance du consommateur évidemment. Donc, cette espèce de pyramide de la tendance, de l’influence qui existait jusqu’alors, vous aviez, en fait, ce qu’on appelle les trendsetters, puis les prescripteurs, les leaders d’op, les suiveurs, la rue. Aujourd’hui, cette pyramide elle est morte, en fait, elle s’est aplanie. Aujourd’hui, on est dans un monde horizontal où le consommateur se met à la place de la marque et donc il y a un véritable changement de paradigme. Si bien que nous, en fait, avec Pierre-François, le président de Nelly Rodi, quand en 2015, en fait, on s’est posé la question de la suite de cette entreprise et comment est-ce qu’on allait nous positionner versus nos concurrents historiques mais aussi versus les nouveaux entrants. Il nous est apparu comme fondamental de nous émanciper de cet historique trop marqué style, créatif, sans pour autant le renier, mais plutôt nous positionner vers l’innovation, vers le digital, vers la data, vers le marketing et donc créer des outils, des méthodologies qui soient en phase avec les besoins de nos clients et avec l’air du temps. Si bien que nous, aujourd’hui, si on devait faire un peu un schéma, un mapping, un peu évidemment caricatural, on se positionne plus aujourd’hui comme le McKinsey des industries créatives. Et quand les clients nous le disent d’eux-mêmes c’est pour moi le plus grand compliment parce que c’est vraiment comme ça aujourd’hui qu’on travaille. Aujourd’hui, on accompagne des fonds d’investissement, des personnalités de niveau Comex, Codir sur des sujets d’innovation, sur des sujets stratégiques parce que le design et l’innovation sont des sujets Comex, c’est tout sauf des sujets cosmétiques qu’il faut traiter en aval, en opérationnel ; ce sont des sujets au niveau Comex, l’innovation en fait partie. Et pour nous, aujourd’hui, on se définit avant tout comme une agence spécialisée dans l’innovation et le processus créatif. Si bien que nous, aujourd’hui, on est organisé autour de deux pôles. Moi je dirige un pôle qui s’appelle le pôle business dans lequel j’ai des directeurs d’axe qui sont des spécialistes sectoriels qui sont plutôt des gens qui sont là pour développer le business et un point de vue sectoriel d’un point de vue strat. Et de l’autre côté, j’ai un pôle inspiration que je pilote. Dans ce pôle inspiration, vous avez de façon tout à , à hiérarchie égale, un pôle créatif avec un studio de créatifs  avec à sa tête une direction de création, un pôle digital, un pôle Data. Donc là, vraiment, où l’on va traquer de la data et on va la mettre en perspective de nos reco. Un pôle étude avec quelqu’un qui vient de chez Ipsos, qui a fait 12 ans d’Ipsos et qui est capable de faire des études quali-quanti. Et un pôle prospective piloté par Vincent Grégoire qui là, en fait, va lui vraiment s’attacher à être sur du quali exploratoire, sur de l’insight conso avec des sociologues, des anthropologues. Et donc, toutes ces sources de données fonctionnent chez nous en open source c’est-à-dire que c’est le pôle business qui vient caster, picorer les ressources en fait dans ce pôle d’inspiration en fonction des dossiers, en fonction des problématiques. Et aujourd’hui il n’y a pas un seul sujet qu’on traite uniquement avec un prisme, une compétence. Tout est systématiquement mis à 360 degrés en question parce que c’est comme ça que nos clients fonctionnent et c’est comme ça tout simplement que les usages consommateurs fonctionnent aujourd’hui.

Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples concrets d’accompagnement de marques ou de codir pour que les éditeurs comprennent bien, c’est quoi votre métier ?

Bien sûr. Pour vous donner un peu une idée de la diversité, sans citer nécessairement les clients parce qu’on a des clauses énormes de confidentialité, on va travailler autant pour des grands magasins qui veulent se réinventer dans leur parcours d’achat. Donc voilà, ils nous disent voilà aujourd’hui, nous on veut se réinventer sur telle cible. On va réouvrir à telle date, on vous donne un mandat précis pour nous accompagner sur le parcours d’achat, la sélection des marques, la mise en place, le setup, l’architecture commerciale, le travail de CRM à faire autour. Ça c’est typiquement un exemple. Côté marques, on va pouvoir travailler, quand un grand groupe cosmétique va lancer = une nouvelle fragrance femme et que cette marque elle est plutôt sur le territoire de la féminité, du sexy et du glamour, avant toute chose, avant de parler de jus, de packs, de cible, on va déjà se poser la question de c’est quoi le glamour en 2020. C’est quoi le sexy aujourd’hui à l’ère de Time’s Up, à l’ère de Me too, à l’ère de l’empowerement féminin, ou est ce qu’on en est des questions des archétypes de féminité, des représentations. Ça va être typiquement ça notre sujet avant même d’aboutir sur le flacon, le jus et l’inspiration. Ça c’est un autre exemple. On va accompagner des clubs sportifs internationaux sur des produits dérivés, sur leur stratégie de marque, sur comment est-ce qu’on projette aujourd’hui un club sportif dans un univers contemporain où on mélange tout et tout est comparé avec tout. On va travailler avec un grand musée qui va s’interroger sur est-ce qu’un musée est une marque, est-ce que les produits qui sont dans les boutiques sont des produits comme finalement des produits dérivés de marques. Donc voilà, aujourd’hui c’est excessivement large. Mais on va aussi travailler avec la Foire de Paris sur l’expression de sa stratégie face à une montée aujourd’hui en puissance où il n’y a plus de salon professionnel versus des salons particuliers. Là aussi il y a une horizontalité du visitorat, des demandes, des besoins, avec une montée en puissance de ce consommateur qui est tour à tour communicant, prescripteur, client, égérie. Donc aujourd’hui, dans cette redistribution de cartes, nous on tire notre épingle du jeu avec cette obsession de l’innovation et pas l’innovation au sens uniquement technique mais aussi au sens de l’innovation sociétale, innovation produits bien sûr mais vraiment innovation dans toutes ses formes, protéiforme. Et puis, on a une deuxième grande croyance chez Nelly Rodi, c’est la créativité n’est pas le pré carré des créatifs de formation. Ça je le répète assez souvent dans mes interviews parce que c’est vraiment une croyance, c’est-à-dire que pour moi la créativité, un comptable peut être créatif, un chef de produit peut être créatif et à l’inverse quelqu’un qui a été biberonné dans des écoles de mode pour être créatif l’est pas nécessairement parce qu’il est enfermé dans des carcans, dans des schémas. Et pour moi être créatif, en fait, c’est penser autrement, c’est proposer une autre lecture du monde, c’est faire bouger les lignes, c’est questionner, c’est interroger.

C’est quoi les outils concrets pour être créatif.

Il n’y a pas de recette magique parce que si il y en avait une ça se saurait. Je pense que c’est une façon de penser, un état d’esprit. Etre créatif, c’est vraiment un état d’esprit c’est un mindset, c’est être agile dans sa façon de regarder, de poser un regard sur les choses. C’est de ne jamais prendre les choses pour acquises, c’est systématiquement questionner, repenser, repousser les frontières. Aller chercher plus loin, déranger, provoquer avoir de l’audace. Ne jamais être, en fait, dans l’eau tiède, dans le consensus. Et ce qui est pour moi la plus difficile, c’est quand vous arrivez justement à repousser ses frontières et en même temps à trouver votre cible, là vous avez un succès commercial, là vous avez quelque chose qui va rencontrer un public, qui va faire bouger les lignes contemporaines dans n’importe quelle industrie. C’est là où il y a de la magie.

C’est quoi votre, vous y avez déjà répondu un petit peu, votre unfair advantage par rapport à Peclers, par rapport à d’autres concurrents et par rapport à McKinsey aussi ?

Je pense que la première chose qui nous définit, avant toute chose, et qu’on revendique pas mal, c’est que l’on est une PME française, familiale, 100% privée. Et ça, ça nous permet et ça on y tient beaucoup. Ça nous permet d’avoir une forme d’agilité. On a des processus de décisions qui sont très courts. On a un codir qui est très aligné, on a des actionnaires, donc Nelly et Pierre-François, qui sont des gens qui ont toujours été animé et porté par la modernité, par l’air du temps, par l’innovation, par une envie de faire bouger les lignes. Ce sont des gens qui sont visionnaires, qui sont entrepreneurs dans l’âme. L’un comme l’autre. Et donc, si à 9 heures le lundi on prend une décision et ben à 09h02 on essaye. Elle est appliquée. On essaye, tous ensemble. On peut se planter mais c’est pas grave, on aura essayé, évidemment, on essaie de se tromper le moins possible. Mais en tout cas, on a une forme d’agilité et je pense que c’est aussi le fait qu’on soit indépendant qui nous permet de conserver ça et de conserver cette énergie-là. J’en suis intimement convaincu. On a des propositions de rachat en permanence mais ce n’est pas du tout un projet. On n’a pas non plus le projet de grossir à outrance. Aujourd’hui, Nelly Rodi c’est un peu plus de 7 millions de chiffre d’affaires annuel, dans le monde. Une activité qui est 100% internationale avec des filiales à l’étranger bien sûr mais le tout est créé à Paris. Donc tous nos dossiers, toute l’intelligence est faite à Paris, au siège parisien. Ça aussi on y tient beaucoup et je pense que cette indépendance nous permet une forme de liberté à la fois entrepreneuriale et créative. Voilà ça c’est notre, je ne sais pas si c’est un avantage mais en tout cas ça nous définit. Et puis ensuite, ce qui nous définit aussi, c’est ses racines créatives profondes. C’est-à-dire mettre la couche d’intelligence, la couche de data, la couche de méthode, c’est fondamental. Mais ce qui va nous définir par rapport à, typiquement vous posiez la question par un cabinet de conseil comme Roland Berger McKinsey ou d’autres, c’est que nous, on va avoir la connaissance sectorielle très fine, la connaissance des personnalités, le réseau et je pense que… Moi aujourd’hui, je m’entoure beaucoup d’une génération qui m’inspire énormément. Hier on faisait une good mood classe. Je soutiens beaucoup, beaucoup de gens dans le secteur de la mode, dans la beauté et dans le luxe parce que j’adore l’époque dans laquelle on vit. Je trouve qu’elle est excessivement inspirante et qu’on a beaucoup, beaucoup de chance autour de nous que ce soit vous avec les podcasts, que ce soient des nouveaux entrepreneurs qui ruptent des modèles dans le matelas, dans la Food, dans la beauté, dans la mode, dans plein de sujets. Il y a une génération, aujourd’hui en France, qui est passionnante et qui est hyper inspirante.

Justement, qu’est ce qui a vraiment changé ces deux dernières années dans le processus créatif, dans le processus d’innovation et dans votre relation avec vos clients ?

Ce qui a beaucoup changé c’est que, en fait, on travaille pour personne on travaille avec. C’est le premier point et ça peut paraître anecdotique ce que je dis mais ça ne l’est pas, dans le sens où, les entreprises qui gagnent aujourd’hui, ce sont celles qui ont compris qu’il fallait intégrer ces expertises extérieures que sont celles de Nelly Rodi et d’autres, et qu’il faut les digérer, les ingérer. Et surtout ne pas nous demander, en fait, des recommandations qui sont des jolies recommandations qui vont rester, en se disant tiens on s’est payé McKinsey, on s’est payé Nelly Rodi, on s’est payé ci et ça, mais ça n’est pas opérant. Ça n’a pas été créé avec les tripes des équipes. Et nous on travaille énormément en Workshop. Ça pour nous c’est fondamental. C’est-à-dire que c’est aussi pour ça que nous, le fait d’être encore petit, nous permet d’être vraiment au plus proche de la réalité business de nos clients.

Ça veut dire quoi travailler en Workshop ? C’est quoi ?

Ça veut dire concrètement, vous arrivez pas avec une jolie reco de 150 slides, vous la présenter et hop vous partez et advienne que pourra. On va les laisser se démerder. Non, nous on est vraiment in situ, on est avec nos clients, on fait avec, on les aide. L’idée c’est pas du tout de se rendre Nelly Rodi dépendant. L’idée c’est de leur fournir des outils qu’ils ont cocréé avec nous. Même si c’est un mot un peu tarte à la crème la cocréation mais c’est ça, c’est-à-dire qu’on veut les outiller et les aider à penser avec ces méthodes-là, plus agiles, plus innovantes. Et donc, c’est vraiment d’être avec eux au quotidien et de ne pas être là uniquement pour prêcher la bonne parole, être dans quelque chose d’hyper dogmatique où on vient une fois dans la saison et puis tchao bye bye, démerdez-vous les amis. Voilà c’est tout l’opposé. On n’a pas du tout cette mentalité-là. Plus on est opérationnel, plus on aime ça. On adore rentrer par des sujets strat mais on adore atterrir sur des sujets concrets. Quand on a travaillé avec le Printemps de la beauté et qu’on a atterri sur ce magasin avec ces zones où on avait pensé que le petit panier serait plutôt comme-ci, de telles couleurs et plutôt comme ça, la plante à trois centimètres du produit etc. Mais c’est là où on est fier parce qu’en fait on voit aboutir concrètement le projet. Ou, en fait, avec le groupe L’Oréal on travaille en Asie sur des coloris spécifiques pour Lancôme en lipstick, pour donner l’exemple super pragmatique et concret, et qu’on voit que c’est des succès commerciaux, là on est fier parce qu’en fait on aura tiré le fil jusqu’au bout avec les équipes.

Comment vous faites quand, les gens avec qui vous bossez, ne comprennent pas les changements des règles du jeu et ce que vous faites, comment vous faites pour les convaincre ?

En fait, c’est une question qui se pose pas tellement parce que quand on fait appel à nous, généralement, ça veut dire qu’il y a une volonté quand même, du manager ou des managers, ils sont quand même assez d’accord pour dire ok…. En fait, Nelly Rodi, moi c’est un jour JOUR/NE qui m’a dit ça, je trouve ça assez assez mignon et assez vrai. Ils m’ont dit en fait Nelly Rodi c’est comme quand on va chez le docteur, on a un petit bobo, on sait pas forcément très bien ce que c’est et donc comme un psy, on va se confier. Et puis, ils vont nous donner une ordonnance et puis on va la mettre en place ensemble. Une séance, deux séances, trois séances et puis ça va aller un peu mieux. Il y aura peut-être une rechute et donc il y a une forme d’accompagnement. C’est un peu ça c’est-à-dire que nous on est là pour diagnostiquer, auditer, trouver la solution, proposer un scénario prospectif et puis derrière le déroulé avec eux.

Justement, là vous parlez de JOUR/NE, avec n’importe quelle autre marque, vous commencez par quoi ? Vous faites un scan de… ?

Nous, notre méthode elle est très claire. On ne démarre jamais un sujet avec une entreprise sans avoir fait un diagnostic. Donc vraiment on s’immerge dans la réalité du business, dans la réalité aussi organisationnelle des entreprises. On y va physiquement, une semaine, deux semaines, trois semaines, que ce soit en France ou à l’étranger. On fait ce qu’on appelle un audit. Donc, on va aller écouter les équipes, on va aller comprendre comment est-ce qu’elles fonctionnent, avec les outils avec lesquels elles fonctionnent. Donc on va s’immerger un peu dans le vis ma vie de la marque. Et donc on va diagnostiquer toute cette température, ce baromètre de l’entreprise en interne, que l’on va venir croiser avec un diagnostic extérieur, c’est-à-dire qu’on va croiser leur réalité de boîtes avec l’air du temps, avec justement cette big picture. Cette analyse sociétale 360 degrés conso, socio, marketing, créative et on va croiser ça. On va croiser ce diagnostic interne avec le diag externe, du monde externe. Et donc on va identifier les zones où il y a en fait des opportunités, où il y a une légitimité de la marque à venir s’agripper à des des macro tendances sociétales et comment est-ce qu’on va tirer ce fil, ce scénario prospectif forts de leurs forces avec le monde contemporain et du coup qu’est-ce que je peux en tirer comme fil pour demain.

Est-ce qu’il y a des gens qui vous impressionnent vraiment en ce moment dans le monde de l’industrie créative ?

Impressionnée c’est peut-être pas, c’est peut-être un peu fort, en tout cas inspirée oui. Il y en a beaucoup, beaucoup qui nous inspire. Il y en a un qui est très impressionnant, c’est notre président de la République. La semaine dernière, il y avait un dîner à l’Elysée, ce qui n’est pas arrivé depuis les années 80, pour juste dire merci de venir faire vivre Paris, merci de créer, merci d’innover, merci de choisir la France. Ça oui je trouve que c’est un acte fondateur et c’est quelque chose qui démontre à quel point, en fait, on a quand même un gouvernement qui est investi dans ce secteur, qui représente quand même plus d’un million d’emplois. Donc c’est fondamental de le souligner. Si il doit y avoir quelqu’un d’impressionnant de citer ça va être le groupe présidentielle. Après oui, évidemment, dans la génération contemporaine, on a commencé à en parler un peu plus tôt, il y a des entrepreneurs qui sont bluffants, qui sont formidables aujourd’hui. Je pense à une Julia Bijaoui avec Frichti, qui a réinventé et qui a rupté le modèle de la livraison à domicile de plats, de bons plats accessibles. Ou en gros vous n’avez pas le choix entre des burgers et des sushi, vous avez des vrais plats cuisinés. Que ce soit au bureau ou le soir, elle a inventé un modèle avec, en plus, un univers de marque hyper aspirationnel, hyper désirable qui, pour moi, a su adresser des usages contemporains ; donc typiquement pour citer un exemple dans la Food. Guillaume Gibault avec Le Slip Français, je trouve que ce qu’il a fait, là aussi, est assez inspirant, assez formidable avec une énergie et une cohérence, une force de frappe, hyper pertinente, hyper innovante. Une Juliette Lévy avec Oh My Cream !, pareil, elle a su, en fait, émerger dans un modèle de distribution beauté qui était hyper poussiéreux, où il n’y avait pas de retail dans la beauté, si ce n’est les grands mastodontes façon Douglass, Marionnaud, Sephora évidemment. Elle aussi a réussi à adresser un besoin qui ne l’était pas du tout. Et en fait, moi je me souviens de Juliette parce que depuis le tout début on la suit et au tout début on la regardait comme ça, on l’a fait intervenir dans un séminaire Nelly Rodi, il y a quelques années, et les gens quand elle disait ses chiffres de vente sur son eshop, les gens n’y croyaient pas. Et puis après, elle a trouvé des fonds pour l’accompagner et donc elle fait une boutique, deux boutiques, trois boutiques… Aujourd’hui elle a dix boutiques et c’est que le début. Elle a créé sa marque propre, son Private Label, qui cartonne. Et c’est super intéressant de voir toutes ces générations-là, d’énergie qui rupte des modèles et qui ne s’encombre pas des contraintes du passé.

Ils le font instinctivement ? Parce que vous vous arrivez à mettre des mots dessus mais tous ces jeunes entrepreneurs, la semaine dernière j’ai rencontré Lou Menais de JOUR/NE, ils te donnent le sentiment qu’ils ont beaucoup d’intelligence, ils prennent beaucoup de recul, mais j’ai l’impression qu’ils font les choses très instinctivement finalement.

Evidemment, il y a eu un mélange des deux. Déjà ceux que je cite, pour la plupart on les connaît bien, certains on les accompagne donc évidemment qu’il y a un mélange d’intuition mais aussi d’études de marché. C’est à dire que ce n’est pas non plus des gens qui sont, qui partent comme ça, complètement bille en tête, sans avoir un peu d’accompagnement, d’environnement solide autour d’eux. Donc évidemment, qu’il y a une part d’intuition, il y a une part de courage. Je pense que pour être entrepreneur, il faut beaucoup, beaucoup de volonté, beaucoup d’énergie et il faut aussi une part d’intuition, de force, de caractère. Et puis à côté de ça, il faut des équipes. Il faut un bon environnement, il faut des outils pour piloter, pour mesurer, pour structurer, pour corriger. Il faut des fonds d’investissement aussi, qui s’intéressent à eux pour les aider à se développer. Il faut des bons DG. Il faut cumuler les deux casquettes, il faut des gens qui parce que tous ne peuvent pas faire tous les rôles et ça n’est pas souhaitable. Il faut aussi que chacun trouve sa place et il ne faut pas que les gens aient la prétention de vouloir tout faire parce que c’est, d’une part c’est malsain et de deux, ce n’est pas forcément là où la compétence sera la plus valorisée et valorisante. C’est important aussi de se structurer assez vite.

Et ces jeunes marques, c’est vous qui allez les chercher où c’est eux qui viennent à vous ?

C’est les deux. Parfois on a des coups de cœur. Parfois ils viennent nous voir parce qu’ils sont intrigués, parce qu’ils savent qu’ils savent que Nelly Rodi, ils n’y auront pas accès en termes de possibilités financières d’accompagnement. Mais nous, on a toujours été particulièrement à l’écoute des jeunes générations. Pierre-François Le Louët, le président élu a créé à une entité qui s’appelle Nelly Rodi Money box, grâce à laquelle nous nous investissons dans des sociétés. Aujourd’hui, on accompagne Horace cosmétique qui marche très bien, on est très content pour Marc Briant Terlet, le fondateur. On accompagne Etudes Studio. Dans le passé, on a aussi eu des parts chez Michel et Augustin. On accompagne aussi comme ça des gens pour qui on a des coups de cœur parce qu’on sent qu’ils ont aussi, en fait, eu cette intelligence, cette veille, cette capacité à adresser des besoins qu’ils ne l’étaient pas jusqu’à présent. C’est des rencontres. Il y a quand même aussi beaucoup de coups de cœur personnel parce que mine de rien, on est dans un métier où il faut aussi qu’il y ait une rencontre de personnalité. Et puis, évidemment une réalité économique qui fait que l’on sent qu’il y a un potentiel.

Justement sur Money Box vous apportez des fonds, de la connaissance, il faut déjà avoir validé un business model, vous rentrer dans leur capital à quel stade ?

Alors, nous on ne prend pas de start up totalement naissantes. Il y a des conditions bien précises. Je ne vais pas rentrer dans le détail mais il y a des conditions bien précises qu’il faut cocher pour pouvoir proposer son dossier à Pierre François. Mais en tout cas, ce n’est pas des toutes petites boîtes qui démarrent. Il faut déjà avoir un peu les reins un petit peu solide

C’est quoi les erreurs les plus fréquentes que vous voyez chez vos clients ?

Malheureusement, il y a encore, en fait, peu de marques, peu d’entreprises notamment dans l’industrie de la mode. Il y a deux sujets aujourd’hui nous qui nous animent beaucoup c’est la notion d’engagement. Les plans RSE donc la question de la transformation, en fait, vers une consommation et une production et un sourcing et un supply beaucoup plus vertueuse. Il y a ces sujets là, où aujourd’hui, en fait, on trouve qu’on ne va pas assez vite dans l’industrie de la mode, ça reste encore quelque chose, on est quand même proche du stade zéro en terme de de la cosmétique. Ça il y a vraiment un sujet là-dessus ou nous, on va essayer aussi de prendre la parole très prochainement sur tous ces sujets-là pour essayer d’engager les marques à produire différemment et à construire les collections différemment parce que c’est tout sauf un sujet cosmétique. Et puis, il y a aussi, en fait, une tendance à prendre des décisions très court termiste. C’est à dire qu’aujourd’hui, dans cette industrie de la mode, à leur décharge il y a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de nouveaux enjeux qui sont rentrés, un renouvellement générationnel, qui n’a pas toujours été fait dans les entreprises au bon moment etc. La disruption technologique avec une rupture totale, en fait, de modèle dans la façon de consommer qui n’a pas toujours été bien anticipée. Donc une transformation des modèles aussi à opérer. Donc ça. Et aussi parfois, des rachats assez agressifs où on a une obligation de résultat à très court terme et donc on n’a pas nécessairement le temps de construire des projets un peu plus moyen terme. Et donc parfois on a du mal à construire des projets dans le temps, à inscrire, en fait, les projets de façon pérenne et qui, du coup, en fait, malheureusement, amènent les marques à avoir des petits accidents de parcours. Elles vont, en fait, parce qu’elles ont, à un moment donné, elles ont cru comprendre qu’il y avait une une lame de fond sur tel style ou tel genre de biens ou telle cible, avec l’engouement autour des Millénials, comme si c’était le sacrosaint des sujets qui allait être, en fait, l’ouverture de la marque. Typiquement, en fait, beaucoup de marques confondent modernité avec jeunisme. Et elles confondent beaucoup, en fait, notamment si je parle plutôt de la beauté, on va confondre, en fait, le fait d’être innovant, moderne, rupturiste en mettant Cara Delevingne en égérie et en créant en fait des coloris un peu fluo Flash. Et donc ça, c’est le raccourci qui pour moi est le pire des raccourcis parce qu’on confond être moderne, être innovant avec la notion d’âge est donc là, en ce moment, avec la notion des millénials. Et ça pour moi, ça c’est assez terrible parce que des marques se mettent à faire des lignes spécifiques pour ces cibles-là, en mettant de côté la clientèle historique, alors qu’on peut être tout à fait moderne, créatif, inspirant en s’adressant à une clientèle de trentenaires, de quadras, de quinquas et donc on n’est pas obligé de passer par la case Millénials pour être hyper moderne. Et ça c’est une des erreurs actuelles que je peux relever.

Sur la partie RSE est-ce qu’il y a des initiatives qui sont vraiment notables en ce moment en France, parce qu’à l’étranger on a déjà quelques exemples je pense à Reformation, mais en France est ce qu’il y a des acteurs qui sont déjà un peu gros qui sont notables ?

Alors un peu gros pas vraiment. Il y a une petite marque qui, mais qui va devenir bientôt grande je pense avec toutes les initiatives qu’elle est en train de prendre, qui s’appelle Rive Droite qui sont des accessoires. Mais c’est un peu plus que ça, en fait, c’est une vraie marque lifestyle, qui à date, aujourd’hui, propose, en fait, de réutiliser les chutes de tissus pour créer des accessoires, en fait, qui soient éco friendly et qui soient vraiment dans un protocole et dans un processus hyper vertueux. Je vous invite à aller voir, en fait, tout leur processus, toute leur façon de penser, leur façon de produire et de distribuer qui est très vertueuse. Et ça c’est des initiatives assez astucieuses, assez malignes, assez agiles parce qu’en fait l’idée n’est pas de créer from scratch des modèles vertueux mais c’est aussi d’utiliser, en fait, les stocks immobilisés, l’existant pour le transformer. Et ça se trouve ça hyper smart, parce que du coup c’est pas recréer quelque chose où on va recréer une usine à gaz en se disant nous on va on va créer, en fait, des produits qui sont vertueux avec des matières premières qui sont plus respectueuses de l’environnement et on va fabriquer de façon plus éthique, plus sociale. Il n’y a pas que ça. Il y a aussi, en fait, tous les abus et tous les gâchis que créent, en fait, l’industrie de la mode. Donc des gens qui réinventent le second marché donc les sites de revente, toutes les consommations nouvelles, astucieuses, agiles, je trouve qu’il a plein de choses hyper intéressantes qui sont en train de se passer autour de ça. Rive droite qui, justement, propose de réutiliser les chutes de tissus, les stocks immobilisés etc., je trouve ça très intéressant à observer parce qu’en fait, c’est comment est-ce que d’un modèle, en fait ,qui aujourd’hui a connu quelques pas de sa limite, comment est-ce qu’on arrive à recréer quelque chose avec ce système dont on a hérité. C’est assez intéressant et assez malin. Evidemment il y a les Everlane qu’on connaît par cœur qui sont aussi intéressant à observer mais sur un modèle différent.

Quand on démarre une marque, j’ai l’impression, ce que je vois c’est que aujourd’hui, il y a une sorte de voie royale, où on passe par les institutions, par l’IFM il faut gagner en concours, il faut travailler avec Nelly Rodi, toutes ces marques, JOUR/NE etc, me donnent le sentiment qu’ils suivent une certaine voie royale. Est-ce qu’il une autre façon de réussir dans la mode qu’en passant par… ?

Oui. Je pense tout à fait. Si on regarde un exemple très concret, contemporain, avec Sézane. Morgane Sezalory et son DG on les connaît, on échange régulièrement pour plein de sujets différents. On ne les a jamais accompagnés, ils n’ont jamais attendu personne. Et pourtant c’est un cas d’école absolu. Quand il y a dix ans, on disait le marché du prêt à porter féminin est complètement saturé, il n’y a plus aucune réponse possible, c’est l’enfer. Ben, non, en fait, on a des gens-là qui ont réussi à craquer un modèle en écoutant les usages consommateurs contemporains, en ayant besoin de personnes, en étant passées par aucune institution validante, comme celle que vous venez de citer, et qui se sont là, en fait, frayé un chemin et qui se retrouve aujourd’hui à la même table qu’Emmanuel Macron et que tous les autres designers des grandes maisons de luxe ou du moyen de gamme. Et donc oui bien sûr qu’il y a d’autres voies. Sézane en est pas moins le parfait exemple.

Très bien. On va passer aux questions de la fi. Vous êtes, vous avez un parcours vraiment impressionnant, c’est quoi votre moteur ? Où est-ce que vous allez chercher cette énergie et cette envie de croquer le monde ?

Il y a beaucoup, beaucoup d’énergie que je puise, en fait, dans les gens qui m’entourent, dans mon environnement. Je l’ai dit un peu tout à l’heure. Je trouve qu’on vit une époque formidable, qui est excessivement stimulante d’un point de vue intellectuel, d’un point de vue créatif. Je trouve, en fait, les changements que l’on vit actuellement passionnant et donc comme je suis assez ambitieuse de nature et assez téméraire, je crois, et j’ai envie d’y apporter ma contribution et j’ai donc envie d’apporter ma pierre à cet édifice nouveau que l’on est en train de tous créer. Je ne me positionnerai jamais anti anti mouvement, anti fashion, anti je ne sais quoi, au contraire. Moi je suis pour la proactivité, je suis pour lier l’action à l’idée et ça pour moi c’est fondamental. Donc aligner ses croyances, ses valeurs avec ses actions pour moi c’est fondamental. Et cette énergie où est ce que je la puise ? Je pense vraiment dans ça. C’est à dire dans une dynamique globale, générationnelle dans laquelle on vit, dans laquelle on est stimulé. Moi j’ai une lecture qui est plutôt positive du monde en étant bien ancré dans le présent et en regardant très loin vers le futur. Et je pense, aussi, que mon parcours personnel fait qu’il y a une démonstration que tout est possible et à qui veut bien s’en donner les moyens. J’ai toujours eu, en fait, cette motivation intrapraneurial où je pense que chacun peut se faire son job. Les gens pensent que je suis la plus grande preuve et la plus grande démonstration. J’ai eu aussi la chance d’être entouré par des gens qui ont cru en moi, bien sûr, évidemment, mais je pense vraiment que si à la fois, on prend son temps et en même temps on se donne les moyens de faire bouger les lignes c’est possible. Donc moi, j’ai cette croyance-là, qui est peut être utopique, mais en tout cas, je pense vraiment que chacun peut se construire, en fait, son parcours, sa carrière, pousser les portes, modéliser, en fait, son image, sa vision de ce monde-là et chacun peut apporter sa petite pierre à l’édifice. Et tous les entrepreneurs que j’ai cité, j’en ai oublié plein, je pourrais parler de Charlotte Husson avec Mister K, je pourrais parler de Sarina Lavagne avec Prescription Lab. Il y en a plein, une foultitude qui sont admirables et qui poussent les portes, qui vont chercher les financements, qui vont chercher les bonnes personnes, qui se mettent en réseau. Je crois aussi beaucoup à ça. La sororité, l’entraide la solidarité. Je pense qu’on a tout à gagner en se fédérant et certainement pas en étant les uns contre les autres mais vraiment en se donnant des tips. C’est pour ça que moi je suis hyper ouverte et je suis très transparente sur ce que l’on fait chez Nelly Rodi, nos clients, comment est-ce qu’on travaille, toutes les bonnes, et ça c’est vraiment aussi ce que Nelly et Pierre-François m’ont appris, ils ont toujours été dans le mentoring, toujours été dans l’entraide et je pense que c’est fondamental, en fait, tout ça parce que c’est excessivement motivant, c’est moteur.

Quand on est entouré d’autant d’intelligence, de bonnes idées, d’énergie positive, est-ce qu’on n’a pas envie d’entreprendre ? Même si vous entreprenez à l’intérieur de Nelly Rodi, vous avez pas envie de sauter sur un autre projet ?

C’est une question qu’on me pose très souvent, qui revient systématiquement. Ce n’est pas encore le moment pour moi parce que ce qui me passionne avant tout c’est des projets, c’est quand il y a des défis, quand il y a des challenges, c’est de passer de quelque chose qui n’est pas rentable a quelque chose qui est rentable, c’est d’aider les marques à trouver des solutions. Que ce soit pour Nelly Rodi ou pour les marques, c’est ça qui me passionne, aujourd’hui, c’est craquer des problèmes, des problématiques. Voilà c’est ça aujourd’hui moi qui m’anime. Evidemment ce n’est pas exclu, c’est ça n’est absolument pas exclu. Aujourd’hui, j’ai une vie quand même, qui est déjà qui est très riche en menant ce projet-là. J’attends mon deuxième bébé. Je suis aussi présidente d’une association, l’association féminine du 1er arrondissement de Paris où je vis pour accompagner les femmes dans leur chemin personnel d’épanouissement personnel, de confiance en soi via le sport et la culture. Donc j’ai plein de causes qui me tiennent à cœur. Aujourd’hui, j’ai déjà plein, plein, plein de combats, plein, plein de sujets. Peut-être que si on se reparle dans 5 ans, dans 10 ans ce sera différent. Aujourd’hui, j’ai déjà cette énergie-là a redistribuer.

Et comment vous faites pour ne pas friser le burn out ?

Je crois que j’ai la chance d’être très bien entourée et d’être assez équilibrée. Dans le passé, j’aurais pu me plonger un peu trop dans le travail, et un peu tombé dans un excès. Aujourd’hui, avec ma famille, la famille que je suis en train de construire avec mon compagnon, ça me permet d’avoir une forme d’équilibre et de justement, comme ça, de disperser, ce n’est pas le bon mot, de partager les énergies et de ne pas surinvestir un champ ; parce que moi je pense que quand on surinvestit un seul champ dans sa vie que ce soit perso d’ailleurs pro ou social c’est pas bon. Je pense qu’il faut trouver une forme d’équilibre. Après chacun a son équation donc je ne prétends pas du tout avoir la seule solution mais, en tout cas, pour moi ce qui marche c’est d’arriver à mettre un petit bout d’énergie là, un petit bout d’énergie là, beaucoup d’énergie dans le travail, beaucoup d’énergie dans différentes causes qui me tiennent à cœur. Mais voilà c’est de ne pas surinvestir un seul champ parce que ça déséquilibre, en fait, on perd de vue une forme de recul qui pour moi est nécessaire pour prendre les bonnes décisions.

Très bien. Dernière question. Qui souhaiteriez-vous entendre ce podcast ?

Qui je souhaiterais entendre dans ce podcast ? Probablement un entrepreneur, alors lequel. Une Morgane Sézalori  qu’on entend pas trop, je trouverais qu’elle serait intéressante à interviewer. Et puis complètement dans un autre sphère, j’adorerais que vous puissiez avoir Eddy Slimane pour qu’il nous explique sa copie pour Céline qui est monumentale c’est-à-dire d’ouvrir sur tous ces champs d’expression, le masculin, le parfum et d’avoir un champ comme ça de responsabilité, si vaste, si large, avec évidemment tout le talent qu’on lui connaît, c’est quand même beaucoup, beaucoup de , tout en étant pas à Paris, donc en travaillant à distance. J’adorerais qu’il nous explique qu’elle est sa vision de sa feuille de route, de son cahier des charges. Ça je trouverais que ça sera super intéressant.

Merci beaucoup Nathalie.

Merci à vous.

Bonne chance à Nelly Rodi.

Bonne chance à vous et à votre podcast et à toute la suite de vos expériences

A bientôt.

A bientôt.

 

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